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Mémoires perdues

De
125 pages

Vingt cinq ans déjà et pourtant une vie à peine ébauchée. Ce nouveau départ vers l'inconnu du sud Pacifique va permettre enfin au jeune Bruno de réaliser ses rêves de jeune gay face aux plaisirs et dangers de la vie Tahitienne et Calédonnienne. Venez le rejoindre, dépaysements et sexe garantis...

Publié par :
Ajouté le : 10 juin 2011
Lecture(s) : 39
EAN13 : 9782748111224
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Mémoires perdues
Bruno Valmar
Mémoires perdues





AUTOBIOGRAPHIE / MEMOIRES (NON FICTION)











Le Manuscrit
www.manuscrit.com












© Éditions Le Manuscrit, 2001
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-1123-0 (fichier numérique)
IS-7481-1122-2 (livre imprimé)



21 h 45 sur le vol intérieur Y345, Bruno regarde
à travers le hublot. Ses yeux gris verts au bord des
larmesfixentl’horizon. Cespetiteslumièresauloin,
signe de la civilisation, des villes qui défilent en
bas. Calédanssonfauteuil,ceinturedesécuritéfixée
avec dans la main crispée un billet d’avion pour le
boutdumonde. Lacabineestpresquepleine. Essen-
tiellementdesjeunesgensrieurs,lisantlesjournaux
distribués par l’hôtesse pendant que d’autres walk
man en tête, fredonnent un air connu.
Ce billet d’avion, je le regarde à nouveau, les
larmesauyeux,pourredécouvrirlesescalesprévues.
Devraisnomsdecartespostale : Dubai, Singapour,
Djakarta, Sydney, pour enfin Nouméa, la Nouvelle
Calédonie. Alors pourquoi cette peur au ventre ?
cettetristesseétouffantequisetransformeenunean-
goisseincontrôlable,rendantimpossibletoutpartage
dumomentprésent. Enfermantlesyeux,lesjambes
à demi repliées, les bras étendus, je repense à ces
dernièressemainesécoulées,etleschoixquej’avais
fait.
Troissemainesauparavant,j’étaisencoreunjeune
salarié de 25ans, employé de banque dans une ville
au bord de la mer. 25 années déjà, et pourtant une
vie à peine ébauchée. Elle s’était résumée à beau-
coup de travail, d’ennui et de rébellion intérieure
face à un désir caché. Toujours latent, toujours pré-
sent. L’enviedel’autre…Cetautrequereprésentesi
bienmonamid’enfanceSerge. Lesimplefaitd’être
assis à ses côtés et déjà sentir monter ce désir aux
creuxdesreins. Cetteenvieincontrôlabledetoucher,
7Mémoires perdues
d’êtretouchéparcesmainsd’hommejeuneetvigou-
reux. Unjeunepetit méditerranéen commemoi,qui
pourraitêtresoncousintellementontseressemblent.
Deuxpetitesfrimoussesdepetitsminetsdusudbien
balancés,à lapeaubronzéeetdouce,que tant dere-
gards appuyés ont déjà croisé le long des plages le
soir, ou à la sortie des vestiaires de la salle de sport.
Mais par pudeur, pour ne pas dire par lâcheté, pen-
danttoutescesannéesilétaitbeaucouptroptôtpour
selancer. Assumercettevéritéqueleplaisir,etdonc
le bien être ne peut se construire qu’avec un autre
homme. La société et entourage m’avaient montré
autre chose. D’autres voies à suivre, comme celles
tracée par l’exemple de mes parents. Ainsi ma vie
sexuelle se passait dans ma tête. Rien de concret, et
pourtant j’étais déjà passé à l’acte.
Celas’étaitdérouléunété,undimanchematinde
juillet déjà chaud, brûlant. Une fin de matinée qui
me voit descendre les marches de la gare dans mon
short kaki et petit polo blanc « Marcel », en direc-
tion du centre ville. Parfumé aux senteurs marines,
dontlapublicitéventelesméritesavecdegrandsen-
carts : Un homme supposé nu, étendu sur la plage
entre deux eaux. Son corps mouillé, « donné » au
soleil et l’écume qui l’envahissent. Arrivé au début
de l’artère principale, les odeurs delamer, du vieux
port tout proche, se mêlent aux effluves des gaz des
voitures qui encombrent le centre ville. Ce bruit in-
cessant des Klaxons, et de la foule méditerranéenne
qui parle fort.
Je regarde tous ces visages, le plus souvent cos-
mopolites, de touristes en vadrouille, et d’immigrés
d’Afrique du Nord, dont le passe temps favoris est
de faire le boulevard. Marcher entre hommes, d’un
pas nonchalant, chaussures de plage au pied, épou-
sant du regard, tout ce qui croise leur passage. Sans
hésiter,enprenantmoncourageàdeuxmains,jeme
8Bruno Valmar
lanced’unpasrapideversunlieutantettantressassé
dansmamémoire. Lesexeshopduparkingdel’im-
meuble qui abrite le cinéma porno de la ville. Ce
fameux endroit sombre et isolé ; où enfin je pourrai
voir ce que j’imagine depuis des années dans mes
rêves les plus fous. Deux hommes faisant l’amour
à l’écran. Presque comme si c’était vrai. Le rideau
rouge de l’entrée est vivement poussé pour me re-
trouver coincé dans une petite pièce illuminée, ta-
pissée de cassettes du sol au plafond avec toutes les
spécialités du moment. Dans le coin à droite est
placée la caisse avec un monsieur d’un certain âge
quiregardesesclientspotentiels. Unepetitedizaine
de personnes, tous des hommes regardent et lisent
même la jaquette de certaines cassettes. On peut y
voirdejeunesmâlesauxbellesmensurationsquime
font déjà saliver. Vite réglé, vite installé dans une
cabine, la projection commence. Seul dans l’obs-
curité, dans ce minuscule habitacle, je contemple le
film de tous mes yeux. Deux hommes moustachus
qui ne plaisantent pas ; se roulant des pelles tout en
se serrant de leur puissante musculature. Enfin ar-
rive l’acte sexuel. Un homme s’offrant à un autre
homme. Abandonner son corps pour son plaisir et
le plaisir de l’autre. J’en ai les yeux fébriles et me
laisse aller dans une frénétique masturbation devant
cesgémissementsd’hommesquiprennentduplaisir
ensemble. Ils jouent de leur corps, de leur attributs,
leursexedursetvirils,quetoutescesannéesdefrus-
trations ont toujours voulu connaître.
Déjà terminé, je sors et aperçois un regard noir
qui ne me lâche pas à travers la pièce, tel un ra-
dar pointé sur sa proie. Se retourner ou ne pas se
retourner, et risquer de ne pas entrevoir qui a dé-
cidédemeprendre enchasse ? La tentation esttrop
grande. Unbrefdemitouretjerencontrelevisagede
l’autre. Jeune, brun frisé typé Méditerranéen. Sûre-
ment Marocain. Lesmains dans les poches,unpetit
9Mémoires perdues
tee-shirtserréàrayures,laissantentrevoirdespecto-
raux bien dessinés. L’image à l’instant gravée dans
ma mémoire est trop parfaite. Je commence à sen-
tir un trouble m’envahir. Que faire ? quelle attitude
prendre? sortir,sefairesuivre,voirdépasséparl’in-
connu ; échanger deux mots à son passage et : (Y
Veremos) comme on dit chez moi. Les événements
me donnent raison : l’inconnu me suit, me dépasse
et me demande l’heure. « 13 h 45, mais je n’en suis
pas sur, vous n’êtes pas d’ici ? »
« Non je suis étudiant, c’est ma première année
enFrance. JeviensdeCasablanca,jecommencefin
septembre desétudes àl’université enSciences ».
Je suis soulagé, la discussion a commencé, nous
marchonsensemblelelongduport,presquelamain
danslamain,àlalimited’êtrecollésl’unàl’autre…
Onnevoitpaslafoule,justenousdeuxdanslaville
à travers cettepetite promenade. Dans la discussion
chacuntouràtouressayededécouvrirl’autre,lesen-
tir, le jauger tout en rêvant d’une possible aventure.
Goûter ce fruit défendu dont chacun rêve en secret.
Lafindel’aprèsmidiestlà,jeproposeàAbdel,mon
nouvel ami de lui faire visiter l’endroit où j’habite.
Un très beau quartier dans les hauteurs de la ville.
Pourquoi pas prendre un verre à la maison ? les pa-
rents sont partis pour le week-end… Arrivés au do-
micile, l’ambiance déjà chaude devient électrique.
Je ne sais plus quoi faire avec ce désir qui monte en
moi seul avec Abdel sur le canapé à boire un coca.
Noussommesdéjàenslipaveclebonprétextequ’il
faittropchaud. Sansréfléchirjemelèvedufauteuil,
ferme la porte d’entrée à double tours, débranche le
téléphone pendant qu’Abdel me propose d’enlever
monslipsij’aitropchaudcarpourluicelaneledé-
rangepas…Ilnefallaitpasendiredavantagepourse
retrouvertous lesdeuxdanslelitdesparents. Enfin
leplaisirdesetoucher,découvrirlecorpsdel’autre,
sa peau centimètres par centimètres.
10Bruno Valmar
Le contact des lèvres qui se rencontrent, avec la
fougue orientale d’Abdel qui se déchaîne. Il me
montedessus,m’enfermedetoussesbrasetcuisses
musclées, ne veut plus me lâcher. Commence alors
un long va et vient, entrecoupé de gémissements.
Ces corps qui s’abandonnent ensemble, cette sueur
qui naît de leur deux corps. Deux corps noués l’un
à l’autre qui se donnent ensemble, dans le feu et le
plaisir qui jaillit…
« mon dieu que c’est bon… »
Jepousseunderniergémissementetmedemande
pourquoiavoirattendusilongtemps? Abdelluisou-
rit,selèvepourfaireglisserlevoletdelabaievitrée.
La nuit douce estivale est déjà là. Nous sommes as-
sis sur le lit parental, dos appuyés au mur, moi calé
sur son ventre, les mains jointes aux siennes. Un
drap à demi relevé recouvre une partie de notre nu-
dité. Nousregardonsdehorsauloinsansbruitperdus
dans nos pensées. Rasséréné je me dis que la chose
étaitfaite,touslestabouslevés: Fairel’amourdans
lelitdesparents avec un homme musulman. Abdel
luiaussivientdedécouvrirsespremiersvraisémois
avec un homme, savourant son choix d’avoir quitté
le pays ; goûter à une nouvelle liberté, ces nouveau
plaisirs avec ce jeune homme au goût sucré…
La lumière rouge du plafonnier retentit, l’avion
amorce déjà sa descente. La piste illuminée appa-
raîtsousunlégerchocdesrouesramenéesaucontact
du sol. D’un pas pressé je pousse mon chariot vers
lebureaudesenenregistrementsvolsinternationaux
Gate 3. Les couloirs et tapis roulant sont pratique-
ment déserts. Murs gris, boutiques fermées, rien
d’accueillant. Une foule au loin se presse devant
plusieursguichets. Beaucoupd’enfants,descrisdes
11Mémoires perdues
mamansenboubouscolorés,entouréesdesacsetva-
lises. Les panneaux d’affichage indiquent : Embar-
quement immédiat, vol 839/Bamako. Du regards je
cherchemonvol,letrouveetjem’avancetoutenne
quittantpasdesyeuxunjeunehommedéjàaucheck
in. Brun mince, une veste costume sur un jean et
des chaussures de ville. Se sachant observé le jeune
hommeseretourne,medévisagepourlaisseréchap-
per :
« Excusezmoi,pardon,pourriezvousprendreun
de mes bagages, et l’enregistrer car je suis en excé-
dent ; jevois quenous allons au même endroit.»
Je fais mine de regarder mon sac tout en scrutant
moninterlocuteur: Plutôtmince,l’œiltrèsnoir,àla
limite bridé, nerveux mais très séduisant.
«scelapeutvousarranger,jevaiseneffetàNou-
méa, il faudra donc s’attendre à note arrivée. »
« je me nomme Franc, je me suis permis de te
demander ce service, car je sais qu’entre nous, les
gensducaillou(ceuxquiviventenCalédonie)onne
se gêne pas, l’entraide est toujours là ».
Je lui souris :
«Pasdeproblèmepourleservice,maisjenesuis
pas de l’île, je n’ai jamais vu la Nouvelle Calédo-
nie ».
« Ah bon, mais beaucoup de garçons te res-
semblentlàbas,tuverras,ily abeaucoupdechoses
à voir. Je ferai le guide si cela t’intéresse. »
L’invitation est bien sur la bienvenue, que ne fe-
rait t’on pas pour ne pas rester seul. De plus Franc
prend les devants en demandant à l’hôtesse de nous
placercoteàcotesousleprétextequenoussommes
devieuxamisenpleineretrouvaille.Nousavonstel-
lementdechosesànousraconterpendantcelongvol
denuit…L’embarquementcommence,lespassagers
s’avancentsurlaramped’accèspourrejoindrelaca-
binedel’avion. L’hôtessetoutsourire,vêtuedebleu
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