Paradoxe africain et ses réalités

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Les réalités africaines ont toujours été mal interprétées et faussement médiatisées. L'escalade des médias occidentaux qui badigeonnent toujours l'Afrique en noir est une réelle illustration. Le plan du livre a été déterminé par ce qui semble être les questions dont les gens notamment en occident ignorent la réalité en Afrique. Ce sont à la fois des sujets pour lesquels des millions de personnes dans le monde ont des idées reçues. Plusieurs sujets sont abordés dans ce livre. Les thèmes traités sont d'ordre culturel, politique, économique et social. Les sujets sont : mariage, corruption, maladie, obésité, vaccination, exode rural, immigration, système scolaire, bancaire, pollution, maquillage, coopération nord-sud, transport, religion ...
Publié le : dimanche 12 juin 2011
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EAN13 : 9782304002560
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2
Paradoxe africain
et ses réalités

3Jean Alain Claver Mounkeni
Paradoxe africain
et ses réalités

Essai
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00256-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304002560 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00257-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304002577 (livre numérique)

6





« À mon fils Sylvalain pour le bonheur qu’il me pro-
cure. Un seul message : notre devoir est d’apprendre, ap-
prendre et apprendre toujours. »
. .

8
AVANT-PROPOS
Les réalités africaines ont toujours été mal in-
terprétées et faussement médiatisées. L’escalade
des médias occidentaux qui badigeonnent tou-
jours l’Afrique en noir en est une réelle illustra-
tion.
Le présent ouvrage est le premier du genre
qui relate les réalités africaines tout en démon-
trant leur paradoxe.
Le plan du livre a été déterminé par ce qui
semble être les questions dont les occidentaux,
ignorent la réalité africaine. Ce sont des sujets
pour lesquels des millions de personnes dans le
monde ont des idées reçues. Ces idées reçues
sont pour la plupart fausses, car mal rensei-
gnées, constituant ainsi le classique concept de
stigmatisation.
Ainsi plusieurs sujets sont abordés dans ce li-
vre, pour éclairer la lanterne de l’auditeur et
braver les idées fausses reçues. Les thèmes trai-
tés sont d’ordre culturel, politique, économique
et social. L’ampleur du sujet nous a contraints à
nous tenir sur les thèmes les plus pertinents qui,
9 Paradoxe africain et ses réalités
selon nous créent l’imbroglio sur la réalité en
Afrique : mariage, corruption, maladie, obésité,
vaccination, exode rural, immigration, système
scolaire, système bancaire, pollution, maquil-
lage, coopération nord-sud, transport, religion,
etc.
Nous n’avons pas voulu faire de cet ouvrage,
une œuvre exhaustive sur les réalités africaines,
mais un label pour lever la cacophonie sur tou-
tes les appréhensions acquises sur les réalités
africaines.
Tout l’intérêt de cet outil repose en illustrant
le caractère paradoxal des réalités africaines,
d’où son intitulé.
Enfin, nous avons opté pour une méthode
qui consiste à présenter ces réalités en se basant
sur le vécu quotidien de la sous région de
l’Afrique centrale. La méthode élaborée se re-
pose sur trois plans :
– le premier consiste à décrire la réalité telle
qu’elle se présente et vécue quotidiennement,
– le deuxième volet, lui montre le caractère
paradoxal de la réalité,
– et enfin pour terminer la description de la
réalité sans faire de critique réelle ou donner
une ébauche de solution.
Pour y parvenir, nous avons sollicité la colla-
boration de nombreux cadres africains de
France à qui nous disons grand merci au pas-
sage, auditionné des autochtones africains dans
10 Avant-propos

leur fief ainsi que des citoyens occidentaux
ayant sillonné l’Afrique.
Nos remerciements à ceux qui, de près ou de
loin ont apporté leur soutien à l’édification de
cet ouvrage.

Dr Jean Alain MOUNKENI
Médecin.
11
SOMMAIRE
Avant-propos.........................................................9
Sommaire ............................................................ 13
I. Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui............. 17
1. L’amour....................................................... 17
2. Le mariage................................................... 26
3. La polygamie............................................... 40
4. Le divorce 48
5. L’héritage .................................................... 52
II. Quelques considérations des faits sociaux. 61
1. La corruption (pots de vins ou dessous de
table des occidentaux) ................................... 61
2. Le système scolaire .................................... 88
3. Etonnement : histoire de Bambi, un garçon
qui est né hier ............................................... 102
4. Le maquillage............................................ 114
13 Paradoxe africain et ses réalités
5. Obésité ...................................................... 121
6. La maladie : conception africaine........... 127
7. Prévention de la douleur de l’enfant :
Ignorance, pauvreté ou maltraitance de
l’enfant ? ........................................................ 161
8. La vaccination en Afrique : évidence d’une
problématique............................................... 167
9. Organisation du système bancaire :
exemple d’un modèle africain..................... 176
10. Transports en milieu africain................ 183
11. Pollution.................................................. 192
12. Vol et viol : Intolérance des faits de
société............................................................ 204
13. Exode rural............................................. 210
14. Dégradation des mœurs........................ 219
15. La coopération Nord-sud ..................... 226
III. La politique africaine ................................ 237
IV. La typologie d’une stigmatisation............ 253
a. Afrique noire ou Sénégal......................... 254
14 Sommaire
b. Raisons du tourisme au Sénégal pour les
occidentaux................................................... 255
c. Les tirailleurs sénégalais........................... 257
d. Les anciens dockers sénégalais............... 258
e. Senghor l’écrivain noir............................. 259
f. Le Sénégal à la coupe du monde. ........... 260
V. À la recherche de la citoyenneté et de
l’identité............................................................. 281
VI. Afrique et religions : Afrique carrefour de
l’œcuménisme, du polythéisme et de la laïcité,
est aussi le berceau de l’animisme.................. 291
VII. Je reviens de paris, … tu repars quand ?
............................................................................ 299
VIII. Place de l’ascenseur social en Afrique . 313
Conclusion........................................................ 325
Annexe .............................................................. 329
Biographie......................................................... 333
15
I. AFRIQUE D’HIER ET CELLE D’AUJOURD’HUI
1. L’amour
La question de l’amour n’est pas homogène,
surtout en Afrique où on compte plus de
53 pays, ajouter à cela, la multiplicité ethnique
et culturelle.
Les questions liées à l’amour n’alimentent
pas les conversations familiales en Afrique. Ce
sont des données taboues, car relevant de la
pudeur et de l’intimité.
Pour preuve : la fête de la Saint-Valentin qui
est célébrée le 14 février de chaque année, est
une vieille fête, mais qui vient seulement de
faire surface dans la plupart des pays africains.
En Afrique francophone, par exemple, elle est
célébrée depuis 5 à 6 ans seulement. Ce sont
surtout les commerçants et les médias qui ont
plus fait connaître cet événement au public. Les
médias l’ont adopté par le canal de la publicité.
C’est le cas de la radio Nostalgie en Côte
d’Ivoire qui, en 1992, a fait une forte pression
médiatique sur cette fête aux ivoiriens. Cepen-
17 Paradoxe africain et ses réalités
dant cette dernière ne connaîtra un véritable
succès que dans les années 2000-2001. En
RDC, c’est l’œuvre de la chaîne RAGA qui a
permis aux congolais de Kinshasa de connaître
cette fête des amoureux. Au Congo Brazzaville,
l’artisan de la fête a été la chaîne DR TV. Au
Gabon et dans le reste de l’Afrique, la radio
africaine AFRICA N°1, ne cesse d’annoncer
l’événement contribuant ainsi à sa promotion.
Les commerçants, par le biais des promotions :
baisse des tarifs de location des chambres
d’hôtel le 14 février, tarifs réduits du ticket de
cinéma, supplément des minutes de communi-
cation sur les portables, multiples soldes sur les
vêtements, sous-vêtements, bijoux, parfums,
etc. ont contribué sans nul doute à l’éclosion de
cette fête de la Saint-Valentin.
Seulement en Afrique du Nord ou le Mag-
hreb, la Saint-Valentin est une fête connue,
mais elle a du mal à faire surface. Dans cette ré-
gion d’Afrique, la Saint-Valentin se heurte au
poids de la religion islamique qui n’autorise pas
certaines dérives hédoniques.
En Afrique du Sud et les autres pays anglo-
phones d’Afrique, la Saint-Valentin est une tra-
dition ancienne et initiée aux enfants dans les
écoles depuis le bas âge. Malheureusement,
cette initiative bien que précoce ne permet pas à
elle seule d’enrayer les dogmes, coutumes et
traditions africaines sur la question sensible de
18 Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui
l’amour. C’est pour dire que même dans ces
pays, l’amour est sacré et n’alimente pas les
conversations dans les familles. Les parents ont
toujours beaucoup de mal à faire, par exemple,
l’éducation sexuelle des enfants. Les frères et
sœurs n’abordent pas toujours facilement les
questions liées à l’amour avec tous les aspects
qui l’accompagnent.
Comment donc communiquer sur un sujet
tabou tel l’amour et tous ses aspects, au sein
d’une société aux apparences très pudiques ? À
vrai dire, c’est difficile, car l’amour implique le
sexe, le plaisir sexuel, donc la pudeur et
l’intimité qui du reste sont des sujets très sensi-
bles pour les Africains.
Pour cela, il y a plusieurs manières pour
communiquer à ce sujet dans les sociétés afri-
caines. Ces manières peuvent varier d’une fron-
tière à une autre. Mais de façon générale le dis-
cours s’articule au niveau des danses, de la
chanson, des objets « fétiches » ou d’autres pra-
tiques comme la circoncision ou l’excision ri-
tuelle . De nos jours, en ville, les moyens de
communication à ce sujet sont les mêmes qu’en
Occident à savoir médias, Internet, cinéma et la
fête de la Saint-Valentin.
Les danses africaines sont en fait des vérita-
bles outils de communication ou
d’enseignement. Il y a des danses traditionnelles
qui sont des démonstrations des postures à
19 Paradoxe africain et ses réalités
adopter dans les relations sexuelles. Ces danses
se pratiquent toujours à deux entre l’homme et
la femme, mais en public pour véhiculer un
message. On peut voir une pure masturbation
de l’homme ou une réelle scène de kama-sutra.
Au Congo Brazzaville, ce sont les danses kongo
qui sont les plus spectaculaires. On peut tout
voir pour donner l’appétit sexuel. Les femmes
généralement exhibent leur derrière qu’elles
font bouger au rythme de la chanson pour
montrer à la fois aux jeunes femmes comment
se tenir face à son mari au lit. De l’autre côté,
l’homme adopte l’attitude qui s’impose. Des
scènes de jouissance ou des simulations de
jouissance agrémentent parfois la danse.
En Côte-d’Ivoire, c’est le Mapouka qui est la
danse qui montre tout sur les attitudes sexuel-
les. Il suffit d’assister à une scène de danse de
Mapouka pour apprendre des choses sur la
sexualité. En fait, c’est une danse sans pudeur,
qui a fait ses débuts en Côte-d’ivoire et qui a
rapidement gagné toute la sous région, notam-
ment la côte Ouest africaine. Elle consiste à
bouger très rapidement les fesses tout en gar-
dant les hanches immobiles. Les danseuses ne
gardent qu’un string, voire moins. Du fait de
son caractère un peu impudique, elle a été in-
terdite dans certains pays. C’est le cas du Togo,
du Niger, du Burkina Faso et du Cameroun où
cette danse a été chassée en 2000.
20 Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui
En RDC, c’est le Ndombolo qui est une danse
pleine d’enseignements, mais qui se pratique de
façon plus épurée que le Mapouka.
La Rumba reste la danse classique qui démon-
tre toutes les manières possibles de tenir son
(sa) partenaire. Le couple y exécute une choré-
graphie fondée sur la séduction. La danseuse
finit toujours par succomber au danseur. Elle
est très répandue en Afrique centrale (Rumba
congolaise.). Parfois, s’agissant de la Rumba, on
parle de tenez femme. Elle n’a rien de particulier,
si ce n’est montrer comment tenir le ou la par-
tenaire.
Il ne faut pas négliger la part importante de la
chanson africaine dans cette communication.
Nous pouvons nous permettre de dire sans trop
se tromper que 80 à 90 % des chansons africai-
nes sont articulées autour de l’amour et/ou de
la femme. L’exemple de la chanson congolaise
(RDC et Congo Brazzaville) est très édifiant à
ce propos. Cette musique a déjà chanté tous les
aspects possibles de l’amour : coup de foudre,
jalousie, polygamie, divorce, déception, rivales,
sida, etc. La mission de cette musique est dou-
ble : faire danser les gens, tout en véhiculant un
message. Le message véhiculé est toujours un
reflet de la réalité objective. Ce dernier, pour les
amateurs, est perçu comme une sonnette
d’alarme. Exemples : « le sentiment le plus pro-
che de l’amour est la haine » ou « l’amour
21 Paradoxe africain et ses réalités
n’existe pas, il n’y a que des preuves d’amour »
ou encore « nous devons porter des bottes (pré-
servatifs) : il y a le sida », « le sida c’est une bê-
tise de samedi soir », etc. autant d’assertions à
but éducatif. Dans le premier exemple qui est
l’œuvre de Muana Mukamba, ce musicien veut
dire qu’en matière d’amour, il ne faut pas trop
se donner corps et âme, car celui qui aime vite
et fort te laissera tomber aussi facilement. En
fait, il veut dire attention au coup de foudre, car
il peut être court comme un feu de paille. Dans
le deuxième exemple qui est l’œuvre de Koffi
Olomidé, un grand musicien de la RDC et bien
connu en Afrique, il veut dire simplement que
si l’on aime quelqu’un, il faut matérialiser son
amour par des actes concrets. Enfin le dernier
exemple est un enseignement pour la préven-
tion du sida. Zao Casimir, musicien congolais
de Brazzaville veut dire qu’il ne faut pas se lais-
ser emporter par les sentiments d’amour, car il y
a le sida, donc il ne faut pas oublier la capote.
Les Africains communiquent aussi sur
l’amour à travers des objets. Chaque groupe
ethnique a toujours son objet fétiche pour sym-
boliser la force sexuelle ou pour donner le plai-
sir sexuel. Il y a des totems pour avoir un gros
pénis, signe de la puissance de l’homme,
comme il y en a pour avoir un petit vagin étroit
signe de savoir-faire en matière d’amour. De
même, il existe des décoctions qui ont des ver-
22 Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui
tus aphrodisiaques. Les autres sont des tiges ou
des racines des plantes qui ont le pouvoir de re-
tarder l’éjaculation, d’augmenter l’endurance
sexuelle, qui sont des paramètres capitaux dans
les relations amoureuses. Ce sont les viagras
africains fabriqués traditionnellement. Pour les
femmes des bains traditionnels existent pour
améliorer la contracture du muscle vaginal.
Tous ces différents objets sont en vente libre
dans les marchés ou place publique et consti-
tuent des moyens de communication au sujet de
l’amour et tous ses aspects inhérents.
Quant à la circoncision, c’est une pratique
qui n’a pas partout la même signification. Le
pénis est un organe qui a une dualité fonction-
nelle : une pour permettre d’éliminer les urines
et une autre pour faire l’amour. Toutefois, il ne
suffit pas d’avoir un pénis pour avoir des rela-
tions sexuelles. Dans la plupart des traditions
africaines, le pénis qui est admis pour les rela-
tions sexuelles est le pénis circoncis. Donc la
circoncision apparaît comme une première
étape de l’admissibilité avant de passer l’examen
pratique qui est en occurrence la relation
sexuelle. Au Congo Brazzaville, par exemple,
est accepté en qualité d’homme celui qui est cir-
concis. Un homme non circoncis est mal accep-
té tant dans le milieu des hommes que des
femmes. Il est l’objet des moqueries et repoussé
ou refusé par les femmes. Les femmes ont peur
23 Paradoxe africain et ses réalités
du pénis non circoncis. Il en est de même dans
les écoles, les enfants se moquent de leur collè-
gue non circoncis, parfois ils peuvent l’isoler.
Par conséquent, les enfants sont circoncis très
tôt pour être vite accepté dans la société et pour
entrer dans le cercle des futurs hommes. Ce-
pendant, la circoncision peut revêtir la marque
d’un grand événement dans la famille. C’est
alors une grande fête car un nouvel homme va
intégrer le rang des hommes. Ce dernier contri-
buera à la pérennité de l’espèce humaine. C’est
ce que nous observons par exemple au Congo
Brazzaville dans les régions du Nord-Ouest.
Dans ces localités, bien que pratiquée un peu en
retard par rapport aux régions du sud, la cir-
concision est un grand rituel traditionnel.
Qu’en est-il de la question en ville ? La situa-
tion est tout à fait différente. Les moyens de
communication sur l’amour ne sont pas les
mêmes. Nous assistons à une ouverture
d’esprit, un dialogue de plus en plus entre pa-
rents et enfants à ce sujet. Le tabou est entrain
d’être brisé petit à petit. L’arrivée des occiden-
taux a changé le concept. Les outils comme le
cinéma, la télévision, les livres et l’Internet opè-
rent des grands changements en brisant plu-
sieurs mythes. Les parents d’aujourd’hui, qui
pour la plupart n’ont pas connu l’Internet dans
leur jeune âge, ont du mal à contrôler l’accès de
leurs enfants à cet outil. Il faut ajouter, l’arrivée
24 Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui
des modèles de cinéma plus ou moins person-
nalisés comme les DVD ou les cassettes vidéos
que les enfants ont aujourd’hui à portée de
mains et que les parents ne peuvent pas tou-
jours contrôler. À partir de tout cet arsenal, les
enfants peuvent visualiser tout et n’importe
quoi sur les relations amoureuses ou le sexe et
donc vivre prématurément leur propre expé-
rience c’est-à-dire le plaisir sexuel.
De tout ce qui précède, le grand boom a été
l’arrivée de la fête de la Saint-Valentin en Afri-
que. Depuis qu’elle est maintenant célébrée en
Afrique, les gens ne cachent plus leur amour. Le
14 février est devenu une date très attendue par
tous. C’est l’occasion de montrer ou de prouver
qu’on aime et qu’on est aussi aimé. Les Afri-
cains, à l’occasion de la Saint-Valentin, font
maintenant comme les Occidentaux. Ils en-
voient des lettres d’amour. Les cartes d’amour
sont acheminées à celui ou celle que l’on porte
dans son cœur. Les messages d’amour sont en-
voyés par téléphone à la personne que l’on pré-
fère. Les cadeaux ne sont pas laissés de côté.
Bijoux, fleurs ou parfums sont offerts à sa moi-
tié. C’est également la course pour trouver une
place dans un bar, un restaurant, un hôtel ou
une salle de cinéma, car les demandes tombent
de partout. Par ricochet, on assiste à une préci-
pitation inhabituelle pour réserver une place. À
propos, à la différence de ce que nous obser-
25 Paradoxe africain et ses réalités
vons en Occident, en Afrique, c’est celui qui
invite qui paye tout. C’est pour dire par exem-
ple, que c’est l’homme qui paye tout lorsqu’il
invite la femme dans un bar ou un restaurant,
contrairement à ce qui se passe la plupart du
temps en occident. C’est paradoxal, mais c’est la
conception de la vie dans ces sociétés.
L’amour avec son cartel des aspects qui
l’accompagnent est-il vraiment un sujet tabou
pour les Africains ? Au regard de tout ce qui
précède, nous pouvons affirmer que non. Les
Africains ont leur manière qui leur permet de
communiquer autour de ce sujet supposé tabou.
Ce tabou est d’ailleurs en train d’être brisé en
petits lambeaux par le conflit de générations
importé de l’occident.
2. Le mariage
Pour le mariage, selon la tradition africaine,
on se marie plusieurs fois car il y a le mariage
coutumier, le mariage religieux et le mariage à
l’état civil. La notion de virginité avant le ma-
riage n’est plus un dogme dans la plupart des
régions africaines, exception faite dans les pays
islamiques : Maroc, Mauritanie, Algérie, Tunisie,
etc. La majeure partie des filles perdent leur vir-
ginité de manière très précoce. Plusieurs fac-
teurs expliquent cette dégradation de la situa-
tion : l’influence des médias, cinéma, la dégrada-
26 Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui
tion des mœurs orchestrée par les guerres, les
changements biologiques et physiologiques en-
gendrés par les modes alimentaires et environ-
nementaux. Une fille de 14 ans en 2007 n’a plus
le même physique et le même développement
physiologique et biologique qu’il y a 20-30 ans.
Les effets de l’évolutionnisme que l’espèce hu-
maine a connus ces 20-30 dernières années,
n’ont pas épargné les enfants de l’Afrique. De
nos jours à l’âge de 14 ans, une fille est déjà
bien développée et présente des apparences
d’une femme. Il en est de même pour les gar-
çons, qui à cet âge ont une allure d’homme. Par
conséquent, ils s’affirment plus vite que prévu.
Actuellement, 14 ans est l’âge du premier rap-
port sexuel dans pas mal des pays. C’est une
forme de recherche aussi de la personnalité tant
masculine que féminine.
Quant à la question du choix de son conjoint
ou époux, la question n’est pas encore complè-
tement résolue. On voit encore des mariages
forcés ou imposés dans certains coins reculés
de l’Afrique. De la même façon, on voit encore
des mariages consanguins dans certaines ré-
gions avec toutes les conséquences que vous
pouvez imaginer : drépanocytose par exemple
pour ne citer que celui là.
– le mariage coutumier est celui qui consiste
pour l’homme de marier sa femme au sein de la
structure familiale de sa future épouse. Il se fait
27 Paradoxe africain et ses réalités
différemment selon les régions, la coutume ou
l’ethnie. Le mariage coutumier peut se faire aus-
si en deux temps à savoir un temps pour le côté
paternel et un deuxième temps pour le côté ma-
ternel. Mais il faut dire que ce système en voie
de disparition, reste quand même observable
dans certaines localités. La tendance actuelle
consiste à faire un seul mariage coutumier. Le
plus souvent c’est l’occasion de présenter
l’époux aux beaux-parents et à la famille de la
femme d’accepter l’époux de leur fille comme
un nouveau membre de leur famille. À la même
occasion, on procède à la présentation des dif-
férents membres de chaque famille. C’est-à-dire
le père de la fille ou son oncle présente tous les
membres de sa famille auprès de la famille de
l’époux. Par la suite du côté de l’époux, on pro-
cédera de la même façon. C’est une étape im-
portante, car elle consiste à prendre connais-
sance de la nouvelle famille.
Une notion importante intervient dans le ma-
riage coutumier : la question de la dot. « La dot est
l’ensemble des biens donnés par le futur époux
à la famille de sa future épouse. » Là encore, la
dot varie selon les familles, les régions, la cou-
tume ou l’ethnie. De façon générale la dot est
composée des biens en nature en espèces. C’est
une forme de troc en ce sens que vous me don-
nez tels et tels articles plus la somme de x euros
et en revanche vous prenez ma fille comme
28 Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui
épouse. Le plus souvent c’est le père de la fille
qui décide de la composition de la dot. À défaut
ce sont les oncles qui décident. Sa composition
peut varier en fonction de la taille de sa famille
(nombre de frères et sœurs) ou de son statut
social. Un papa a la retraite qui n’a pas perçu sa
pension depuis longtemps et qui vit dans une
condition plus ou moins difficile, demandera
une dot plus importante pour marier sa fille.
Par contre, un papa intellectuel, bien instruit,
qui a fait un séjour d’étude en Europe par
exemple, qui travaille et gagne bien sa vie, de-
mandera moins d’articles et d’argent pour ma-
rier sa fille. Ce dernier demandera la dot juste à
titre symbolique, c’est-à-dire en respect des
normes et coutumes de la société. La dot n’est
pas la même selon que la fille vient d’une fa-
mille nombreuse ou non. Elle sera plus élevée
pour une fille issue d’une famille nombreuse et
moins pour une fille issue d’une famille de pe-
tite taille. Pourquoi, parce que le but de la dot,
c’est de satisfaire tous les membres de la famille.
Chaque membre de la famille doit avoir sa part
dans la dot. Le chef de la famille fixe la dot,
mais toutes les parts ne lui reviennent pas à la
fin. Après il y a tout un travail de redistribution
qui se fera au sein de la famille.
Au Congo Brazzaville, dans l’ethnie Kongo
par exemple, la dot est composée ainsi :
– un costume pour le père ;
29 Paradoxe africain et ses réalités
– une chemise ;
– une cravate ;
– une paire de chaussures pour le père ;
– une montre pour le père ;
– un pagne pour la mère ;
– un foulard pour la mère ;
– une paire de chaussures pour la mère ;
– une montre dame pour la mère ;
– un bracelet dame pour la mère ;
– une chaînette pour la mère ;
– une couverture en laine de grande taille ;
– un coq ;
– une dame-jeanne de vin rouge ;
– trente dames-jeannes de vin de palme (vin
traditionnel) ;
– sept à neuf cassiers de bière (une bouteille
de bière contient 67 cl et un cassier a
12 bouteilles) voire plus ;
– cinq à six cassiers de jus de fruit (orange,
grenadine, citron… toujours 67 cl/bouteille)
voire plus ;
– une bouteille de whisky ;
– un panier de poissons fumés ;
– une ou deux houes ;
– une ou deux machettes ;
– un grand couteau ;
– dix à douze lampes luciole (lampe à pé-
trole) ;
– deux grosses marmites ;
– deux à trois grosses casseroles ;
30 Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui
– une cuvette ;
– une natte ;
– et enfin une somme de 250.000 à
400.000 francs Cfa soit environ 355 à 570 euros
selon les cas constituera la bagatelle somme à
payer. Certaines familles peuvent demander des
sommes allant de 1.000.000 à 2.000.000 de
francs Cfa soit à peu près l’équivalent de 1500 à
3000 euros.
La dot est souvent le stade ultime ou final du
mariage coutumier. Plusieurs étapes peuvent
parfois précéder la dot. Ces étapes sont quali-
fiées de vin et à chaque vin correspond une
boisson (nombre de casiers de bière et de jus
différent.). On peut distinguer :
– Le premier vin : équivalent à la présenta-
tion.
– Le deuxième vin : équivalant à la demande
de la liste composant la dot.
– Et enfin le troisième et dernier vin qui cor-
respond en fait au jour même de la dot.
La tendance actuelle consiste le plus souvent
à faire une seule étape au lieu de trois avec,
comme avantage de gagner du temps et comme
inconvénient de payer toutes les étapes en une
seule fois.
En Afrique et pour certaines communautés,
un enfant né d’une union libre, c’est-à-dire hors
mariage peut revenir très cher au père quand ce
dernier décide de se marier coutumièrement
31 Paradoxe africain et ses réalités
avec la mère de cet enfant. Le fait essentiel est
que vous pouvez être amené à « épouser » votre
propre enfant né avant le mariage à l’occasion
de votre mariage coutumier. Dans ces condi-
tions une amende forfaitaire est souvent ajoutée
au supplément de la dot. Cette amende n’est
pas obligatoire, mais certaines tribus peuvent
l’exiger en dédommagement du préjudice causé
à la famille. Le préjudice consiste alors à avoir
donné un enfant à leur fille avant ou hors ma-
riage. L’enfant issu d’une telle union est consi-
déré comme illégitime, une honte pour la fa-
mille de la femme et pour enlever toutes ces tâ-
ches, il faut payer une amende. Le paiement de
cette amende est à la fois un symbole de la re-
connaissance de la part du père de l’enfant du
forfait commis et aussi une meilleure considéra-
tion pour la belle-famille. Car, pour cette der-
nière, un homme qui donne un enfant à leur
fille avant le mariage est considéré comme un
voleur, en ce sens qu’il n’entre pas dans la mai-
son des parents de la femme par la grande
porte, mais plutôt par la petite porte ou par la
fenêtre. Celui là paiera alors une amende en
supplément de la dot si, un jour, il décide de se
marier avec leur fille. La grande porte ici est
identifiée au mariage avant d’avoir eu l’enfant.
La conséquence majeure est que beaucoup des
mariages se font dans la précipitation alors que
la femme est déjà en aménorrhée gravidique,
32 Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui
mais avec absence des signes ostensibles de
grossesse. Ce mariage précipité a l’avantage
pour la femme d’honorer sa famille, d’avoir un
enfant légitime et pour l’homme de rentrer dans
la famille de sa femme par la grande porte et
d’éviter une éventuelle amende qui rendrait très
onéreuse la question de la dot. Ça n’a rien
d’étonnant, ce sont les calculs de la vie, car la
manière de vivre détermine la manière de pen-
ser.
Attention la liste de la dot n’est pas exhaus-
tive ni immuable, elle peut changer en fonction
des données précédemment décrites. Ainsi
donc le nombre de pagnes, foulards, lampes lu-
ciole, machettes, houes, marmites, casseroles et
autres peut changer en fonction de nombre de
tantes ou des oncles de la fille à épouser. Il en
est de même pour le nombre de vestes ou cos-
tumes.
En revanche, le jour du mariage coutumier,
après réception de la dot par la famille de la fille
à épouser, cette dernière en guise de bonne ré-
ception, d’acceptation du nouvel époux dans
leur famille et pour dire au revoir à leur fille qui
désormais vivra avec son époux, donnera :
– des provisions alimentaires (sac de fou-
fou « farine de manioc », plats cuisinés, ara-
chide, tubercules de manioc, fruits locaux, etc.) ;
– la boisson (bière et jus de fruit) ;
– une poule ;
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