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Petit dictionnaire des mots d'amour qui ont fait l'histoire

De
160 pages
Du Moyen Âge jusqu’à nos jours, les hommes et femmes célèbres ont aimé et été aimés, ont séduit et été désirés, ont trahi et été déçus. Écoutons-les car en leur compagnie les délices de la chair ou les tourments du coeur prennent une saveur remarquable.
Gilles Henry nous entraîne dans un voyage passionnant, souvent drôle, toujours singulier, au cours duquel se dessinent le portrait caché de grands personnages, l’histoire indiscrète des pouvoirs et la cartographie des coeurs à travers les âges. Chacun pourra à loisir se reconnaître dans ces pages, y glaner peut-être quelques conseils et, pourquoi pas, y trouver à son tour les moyens de séduire !
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INTRODUCTION


Chaque année, le 14 février est un jour particulièrement cher aux amoureux. C’est en effet leur journée, durant laquelle les échanges fleuris, les mots doux, les marques d’affections se multiplient pour fêter saint Valentin.

D’où vient cette sympathique coutume ?

Le mot valentin fut utilisé, au féminin, par le poète Charles d’Orléans, dans le sens de « femme aimée » ; puis, repris au masculin, il servit vers 1460 à désigner un marchand de petits cadeaux, de ceux que l’on offrait volontiers à la femme aimée.

Une quinzaine d’années plus tard est venue tout naturellement la fête valentine, manifestation au cours de laquelle étaient désignés les valentins pour la durée de l’année. Le valentin qualifiera vers 1690 un jeune homme, sorte de chevalier servant, choisi comme amoureux par une jeune fille et qui doit lui offrir des cadeaux le jour de la Saint-Valentin. Tel quel, le mot est passé dans la langue anglaise (la querelle linguistique entre l’anglais et le français ne date pas d’hier…) sous la forme valentine.

En France, une valentine est, dans la première partie du XIXe siècle, une jeune fille qui choisit un valentin, alors que dans la seconde partie du siècle, la semaine des valentins est celle qui comprend le 14 février, car la coutume – voulant que la jeune fille choisisse le chevalier servant qui lui offrirait un présent – s’est plutôt développée dans certaines régions de l’Angleterre, où elle se perpétue en ce fameux jour de la Saint-Valentin.

On notera que les fiancés sont dotés de deux « patrons » : sainte Agnès, que l’église Saint-Eustache à Paris a choisie comme patronne secondaire, morte vers l’an 304, et saint Valentin, un médecin qui devint ensuite prêtre à Rome, martyr en 269 – et qui est de manière curieuse également le patron des apiculteurs : à cause du dard de l’amour ?

Pour la petite histoire, sachez que Valentin d’Alexandrie, né en Égypte et mort en 161, fut le chef d’une secte gnostique plaçant un démiurge entre la nature divine et le monde extérieur ; rassurez-vous, cette secte nommée valentinianisme, a été réfutée par saint Irénée et par l’empereur Tertullien. Sachez également que Rome connut un pape nommé Valentin en 827 : il ne régna que… quarante jours.

La Saint-Valentin est la fête des amoureux, c’est-à-dire de ceux qui aiment d’amour – défini par le dictionnaire comme le mouvement de l’âme qui pousse à établir une relation intime avec un être ou des relations physiques et sentimentales entre deux personnes qui s’aiment – et nous saluons celui qui l’incarnait déjà chez les Latins, Cupidon.

Cupidon, dieu de l’amour, est le fils de Vénus – personnification de cupido, le désir – et de Mars, l’époux de Psyché et le père de la volupté. (Chez les Grecs, le dieu de l’amour se nomme Eros.) Mais il faut préciser que le père de l’amour se nomme Jupiter pour Cicéron, Vulcain pour Sénèque et le Ciel pour Sapho, d’autres encore le faisant fils de Mercure et le poète grec Simonide le donnant pour fils de Mars et de Vénus. Dieu(x) que l’amour est chose compliquée !

La forme cupido est attestée en ancien français vers 1230, puis elle fait place aux environs de 1611 à l’orthographe cupidon, que nous utilisons encore.

On représente Cupidon sous la forme d’un enfant aux formes arrondies, au rire malin, les yeux quelquefois couverts d’un bandeau, portant un arc et un carquois empli de flèches dont il se plaît à blesser les cœurs des mortels ainsi que des dieux de l’Olympe.

Beaucoup de Cupidons ont été sculptés dans la pierre (Cupidon de Praxitèle, Cupidon du Vatican, Cupidon tendant son arc ou Cupidon couronné de lierre, tous deux au Louvre, et le célèbre Cupidon bandant son arc, de Michel-Ange, à la Galerie des Offices de Florence) ou peints (Cupidon lisant du Corrège, Cupidon et Pan de Raphaël, Cupidon aiguisant ses flèches du Titien ou Cupidon enchaîné par les Grâces de Boucher).

Le mot cupidon n’a pas toujours eu son aimable connotation ; il a connu quelques emplois figurés moins positifs : au XVIIIe siècle, il désignait un homosexuel, puis au début du XIXe, un adolescent tellement beau que l’on pensait à un bellâtre ; enfin, en argot, cupidon désigne au XIXe un chiffonnier qui perce les vieux vêtements avec un crochet (comme l’amour perce les cœurs), mais est également cupide, mot dont l’origine latine rappelle le désir que l’on trouve chez Cupidon. Le chemin de l’amour est ainsi fait que ce dernier n’est pas, parfois, absent de toute notion matérielle…

Ami lecteur, après avoir réalisé la série des Dictionnaires des Mots, des Phrases, des Lieux et des Expressions en rapport avec l’Histoire, il était naturel que nous vous proposions ce Petit dictionnaire des mots d’amour qui ont fait l’Histoire.

Les Battements de cœur de l’Histoire d’André Castelot résonnent encore jusqu’à nous, ainsi que ses Belles et Tragiques Amours de l’Histoire ; en n’ayant garde d’oublier Les Histoires d’amour de l’Histoire de France de Guy Breton, les Secrets d’histoire chers à Stéphane Bern et à Michel de Decker, voire L’Ombre d’un doute de Franck Ferrand, nous nous consacrerons aux mots qui ont pu être prononcés et qui sont liés à des situations historiques ; bien entendu, les poètes et les écrivains – souvent intégrés à l’histoire, d’ailleurs – ne sont pas absents du débat.

Ainsi, paraîtront devant vos yeux maintes favorites et de nombreuses maîtresses : Montespan, Pompadour, Du Barry, Maintenon, La Vallière, sans oublier les Dames, qu’elles soient de Beauté (Agnès Sorel reçut de Charles VII le château de Beauté, près de Nogent-sur-Marne) ou de Plaisir (situé près de Versailles). Seront également présents les enfants légitimes des rois et reines, comme leurs bâtards, puisqu’aussi bien l’Histoire blanchit souverainement toutes les fautes, avec le recul du temps.

Certes, on est un peu éloigné d’Héloïse et Abélard, ou de Tristan et Yseult, mais les femmes vedettes des Historiettes de Tallemant des Réaux ou les Dames galantes de Brantôme savent nous rappeler la diversité des situations amoureuses. Et nous n’aurons garde d’oublier Marie-Antoinette, Joséphine de Beauharnais, Anne de Bretagne ou Jeanne d’Albret : elles ont toutes écrit un pan d’histoire avec amour.

Il convient d’ailleurs d’exposer les plus belles amours ou les amours mortes, lorsqu’après avoir vécu d’amour et d’eau fraîche, nos héroïnes ont filé le parfait amour.

On les retrouvera dans Les Amours de Ronsard ou Les Amours jaunes de Tristan Corbière, mais également dans De l’amour de Plutarque, de Senancour ou de Stendhal, voire dans L’Amour médecin de Molière, Un amour de Swann de Proust ou L’Amour de Michelet.

Et pour montrer comment l’histoire et l’amour peuvent se rencontrer, elles nous ont octroyé la Guerre des Amoureux !

Un conflit surgit au début de 1580 : Henri III, averti des intrigues amoureuses nouées à la cour de Nérac et de la liberté de mœurs montrée par le roi Henri de Navarre et son épouse Margot (sœur d’Henri III), se fait un malin plaisir de les ébruiter. Furieuses, Margot et ses femmes d’atour poussent leurs maris à prendre les armes et un profond conflit s’ouvre en avril : ce sera la fameuse Guerre des Amoureux, que Henri de Navarre ponctue par la prise de Cahors le 30 mai, puis l’heureuse conclusion avec la Paix de Fleix, le 26 novembre, qui confirme l’accord de Nérac signé dix-huit mois plus tôt.

La guerre, fût-elle des amoureux, se termine toujours par la réconciliation, mais parfois une petite invocation à saint Valentin n’est pas inutile, surtout lorsqu’on est en présence d’une personne qui a perdu connaissance (Ah ! l’amour et ses vapeurs, jadis…) :

Saint Valentin, vous qui vous êtes tant dévoué pour les malades pendant votre vie, et qui maintenant, dans le séjour des bienheureux dont vous êtes l’un des plus glorieux ornements, veillez sur le bonheur de ceux qui s’apprêtent à s’unir par les liens sacrés du mariage, je vous prie de ramener la vie à cette personne qui s’est évanouie. Si vous lui faites retrouver ses esprits, je me porte garant qu’elle saura vous témoigner sa reconnaissance et vous rendre l’hommage que vous méritez.

Savoir à quel saint se vouer,
Jacques Veissid, Plon-Mame, 1995.

Au fil des pages qui vont suivre, vous rencontrerez différentes formes d’amour et tout ce qui les fait éclore, les fait mourir, les peaufine ou les malmène. Car l’amour est un corps vivant : il a ses caprices et ses exigences, ses héroïsmes et ses petites lâchetés. Ceci est valable pour chacun d’entre nous comme pour les grands personnages de l’histoire que ce livre va faire revivre. Enfin, il n’est sans doute pas inutile de rappeler que par amour nous entendons tout ce qui s’y rapporte, jalousie, séduction, épreuve du temps, etc. Comme une multitude de petites planètes tournant autour du soleil. L’image n’est pas gratuite ; elle voudrait signifier que l’amour est au centre de l’histoire des hommes, de leurs préoccupations, de leurs joies et de leurs tourments. Comme le soleil, il réchauffe et éclaire tous ceux qui, un jour, l’ont approché.

CHAPITRE PREMIER

DE L’AMOUR EN GÉNÉRAL
ET DU CŒUR EN PARTICULIER


« L’amour est comme la fièvre, il naît et s’éteint sans que la volonté y ait la moindre part. » Ainsi s’exprime Stendhal dans De l’amour, ce livre merveilleux qui place son auteur au rang des plus grands connaisseurs du cœur humain. Stendhal distingue quatre amours différents :

– l’amour-passion (« celui de la religieuse portugaise ») ;

– l’amour-goût (« c’est un tableau où, jusqu’aux ombres, tout doit être couleur de rose ») ;

– l’amour physique (« tout le monde connaît l’amour fondé sur ce genre de plaisirs ; quelque sec et malheureux que soit le caractère, on commence par là à seize ans ») ;

– l’amour de vanité (« l’immense majorité des hommes, surtout en France, désire et a une femme à la mode, comme on a un joli cheval »).

Ces quatre formes d’amour stendhalien doivent peut-être subir quelques ajouts aujourd’hui mais sur le fond l’écrivain voit juste.

Voici donc une première incursion au pays de l’amour en général. On y retrouvera des mots savoureux sur la mécanique des cœurs et le feu des passions. Aussi, chacun pourra picorer dans ces textes et noter, pour lui tout seul ou pour l’être cher, la phrase qui dit en peu de mots ce qu’il a sur, pardon dans le cœur.

Les amoureux sont comme les somnambules…

L’écrivain Jules Barbey d’Aurevilly, Normand du Cotentin, fut un dandy célèbre. Catholique et royaliste militant, l’homme aimait les excès et ne s’en priva pas. Les titres de ses livres sont presque un programme : Un prêtre marié, Une histoire sans nom, Les Diaboliques, etc. Dans Une vieille maîtresse, il écrit avec justesse : « Les amoureux sont comme les somnambules ; ils ne voient pas seulement avec les yeux, mais avec le corps tout entier. »

Quand on n’aime pas trop, on n’aime pas assez.

Roger, comte de Bussy-Rabutin, fut à la fois le cousin et le correspondant de Mme de Sévigné ; lieutenant-général de l’armée, il écrivit notamment une Histoire amoureuse des Gaules (1665), chronique scandaleuse de la cour de Louis XIV. Outre des Mémoires, il a écrit des Maximes d’amour pour les femmes dans lesquelles on peut lire : « Quand on n’aime pas trop, on n’aime pas assez. »

L’homme commence par aimer l’amour et finit par aimer une femme…

Rémy de Gourmont a écrit des poèmes (Les Divertissements, 1912), des pièces de théâtre, des romans et des ouvrages où il exprime ses idées philosophiques et ses théories littéraires, par exemple Nouvelles dissociations d’idées et Physiques de l’amour, dans lesquels ce critique pénétrant affirme : « L’homme commence par aimer l’amour et finit par aimer une femme. La femme commence par aimer un homme et finit par aimer l’amour. »

Regarder ensemble dans la même direction.

Antoine de Saint-Exupéry est né avec le XXe siècle ; aviateur, inventeur, romancier, poète, il fut un homme d’exception. De la Cordillère des Andes au Sahara, en passant par New York et l’Afrique du Nord, le monde reçut sa marque, multiple et de qualité.

Vol de nuit (1931), Courrier sud, Terre des Hommes et surtout Le Petit Prince ont fait étinceler le nom de Saint-Exupéry au firmament des lettres. Ainsi définit-il l’amour : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. »

On aime sans raison, et sans raison on hait.

On qualifie Jean-François Regnard de poète comique (ce dernier terme entendu dans le sens de comédie) pour avoir écrit Le Divorce, L’Homme à bonnes fortunes, La Foire Saint-Germain, etc. Son œuvre mériterait une plus large audience.

Vendu comme esclave par des pirates lors d’un voyage en Méditerranée, il est racheté à 26 ans et obtient une charge de trésorier… qui lui permet de se consacrer à la littérature : il avait tellement de choses à raconter, tellement d’observations à faire partager ! Dans Les Folies amoureuses (1704) il note avec beaucoup d’acuité : « On aime sans raison, et sans raison on hait. »

De l’ombre aux amoureux.

Georges Clemenceau fut surnommé « le Tigre » en raison de son esprit opiniâtre et incisif. Mais il avait aussi ses moments d’émotion. À quelqu’un qui lui demandait quel serait le sculpteur le plus digne d’exécuter sa statue, il répondit : « Une statue ? Pourquoi donc ? Si vous voulez honorer ma mémoire, plantez plutôt un chêne. Dans plusieurs années, il aura un mérite que n’aurait pas ma statue : procurer de l’ombre aux amoureux. »

Vous les faites oublier.

Fontenelle, durant sa longue existence, fut considéré comme un dieu de la philosophie ; il fréquentait le salon de Mme de Tencin qui lui demanda un jour :

– Quelle différence faites-vous entre moi et ma pendule ?

En un instant, Fontenelle trouva une réponse, aussi philosophique que galante :

– Chère madame, la pendule marque les heures. Vous, vous les faites oublier.

J’ai eu le plaisir de n’y parler que de vous.

La duchesse Anne de Longueville, sœur du Grand Condé, fut une ennemie résolue de Mazarin. Elle ne mit pas moins d’acharnement à poursuivre ses liaisons. Elle écrivit à son amant ce qui représente peut-être le plus beau témoignage d’amour : « Je viens de confesse. J’y ai été trois quarts d’heure et j’ai eu le plaisir de n’y parler que de vous. »

Je suis venue pour vous sauver.

Charles VII se trouvait en l’abbaye de Jumièges en 1449 afin de préparer militairement la reconquête de la Normandie. Mais le roi avait plutôt en tête le beau visage d’Agnès Sorel qui, au même instant, allait accoucher pour la quatrième fois.

Pourtant, la Dame de Beauté vint jusqu’à Jumièges rencontrer son royal amant ; elle avait pour mission de lui apprendre que des sbires devaient l’assassiner. Aussi dit-elle simplement au roi, qu’elle aimait sincèrement : « Je suis venue pour vous sauver. »

Il est plus difficile de bien faire l’amour que de bien faire la guerre.

La belle Ninon de Lenclos vécut longtemps et ses amants furent innombrables, dont certains militaires du plus haut rang. Avec une note toute moderne, elle écrit dans l’une de ses lettres cette formule, qui semble avoir inspiré la jeunesse en mai 1968 : « Il est plus difficile de bien faire l’amour que de bien faire la guerre. »

Amants, fuyez l’amour, fuyez ce feu, fuyez.

Michel-Ange Buonarotti, né en 1475, fut un des artistes les plus complets de tous les temps : sculpteur, peintre, architecte et poète, il vécut sur deux siècles, les marquant chacun de son génie.

Son Masque de Faune le révèle sculpteur, la Préparation et l’attente de la rédemption le confirme peintre et tout le monde connaît les fresques sublimes de la chapelle Sixtine. Dans un de ses poèmes, il prévient : « Amants, fuyez l’amour, fuyez ce feu, fuyez. » Michel-Ange a peut-être raison mais nous ne savons pas s’il est profitable de suivre ce conseil au pied de la lettre.

Avant l’amour, l’amour-propre était né.

Pierre Gentil-Bernard, poète du XVIIIe siècle, a écrit des strophes gracieuses et spirituelles, parfois licencieuses.