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Adieu à Jacques Derrida

De
159 pages
Ayant mis à l'épreuve de la déconstruction les pensées de Platon, Rousseau, Condillac, Nietzsche, Hegel, Marx, Levinas, Heidegger, Foucault, Blanchot, Malarmé, Artaud, Searle, etc. Derrida s'est avéré être l'un des plus vigilants gardiens de cette même tradition occidentale dont il a ruiné les mécanismes de réification, l'assurance et les présomptions pour les revitaliser. Dans cet essai, j'entendais indiquer et réévaluer les héritages et les enjeux du moment derridien dans l'histoire de la philosophie.
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Cette collection entend promouvoir la recherche dans les lettres et les sciences humaines en priorité en Afrique, en insistant sur le "retour au texte", en vue de produire des analyses d'intérêt pédagogique. Elle tente ainsi un nouveau partage entre deux grandes orientations souvent demeurées sans médiation, en valorisant l'examen interne et patient des textes et la nécessité d'en restituer méthodiquement les connaissances. Le dessein de cette collection est donc d'accueillir des productions originales pour la publication des ouvrages attentifs aussi bien au contrôle des connaissances tirées du textes eux-mêmes qu'à la clarté de leur exposition, pour
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à celles d'ailleurs -

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Grégoire BIYOGO, Traité de méthodologie, 2005 Grégoire BIYOGO, La Philosophie africaine, 2005

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Adieu à Jacques Derrida

Enjeux et perspectives de la déconstruction

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www.librairiehannattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr @L'Ha~ttan,2006 ISBN: 2-296-02096-8 978-2-296-02096-2 EAN : 9782296020962

AVANT-PROPOS
J'ai rencontré l'œuvre de Jacques Derrida - et le philosophe lui-même - dans l'effervescence de mes années d'étudiant en Sorbonne, en 1986, convaincu qu'elle disait quelque chose que nous ne savions pas encore entendre ni nommer. Quelque chose dont l'époque sous-estimait encore largement la portée, la reléguant à un mouvement de pensée avant-gardiste, apparenté au structuralisme et à la phénoménologie. Près de vingt ans plus tard, mon inquiétude n'a pas changé. Non pas qu'il n'y ait pas eu de livres au demeurant importantsl consacrés à cette œuvre, mais ce qu'elle nomme et trace comme tournant après les maîtres du soupçon (Nietzsche, Marx, Freud et dans une certaine mesure Heidegger) semble encore à configurer et à reconfigurer. C'est en quoi il convient de l'approcher avec une tout autre attitude, un tout autre état d'esprit dirigé par la prudence, la vigilance et la patience. Lorsque j'ai appris la mort de Derrida, survenue dans la nuit du 9 octobre 2004, j'ai eu le sentiment étrange que quelque chose d'essentiel et d'unique venait de se dérober sous nos pieds sans qu'on l'ait aperçu et que le philosophe de la différance emportait avec lui ce fameux secret dont il disait lui-même qu'il était le ressort caché de toute grande œuvre, et que jamais plus nous ne saurions en prononcer l'urgence. Car, s'il en a montré les effets multiples à travers l'entreprise étrange de la déconstruction, il n'en a pas moins gardé entier le mystère.

1. Une bibliographie exhaustive de Derrida figure à la fin de cet ouvrage, qui distingue bien les livres de Derrida - qui avoisinent les 90 titres - des ouvrages sur Derrida que le lecteur pourra consulter librement.

Aussi commencerai-je dès l'abord par signaler que la notoriété exceptionnelle de Jacques Derrida - que l'on ne peut comparer en France qu'à celle de deux philosophes (Bergson et Sartre) - constitue un véritable paradoxe. D'autant que le style philosophique de Derrida, parfois jugé difficile, voire inaccessible, a eu un grand retentissement sur le paysage général des sciences de l'homme et de la société, la pensée politique, l'éthique, le cinéma, l'esthétique, et plus encore la littérature. Pourtant, cette même tradition philosophique qui a vu naître cette pensée est encore celle qui va lui opposer la résistance la plus farouche. Fallait-il vraiment en être surpris? L'œuvre derridienne met à l'épreuve cette tradition, ruinant la rigidité de son système conceptuel, sa théorie unitaire et stable de la vérité, à la suite de Nietzsche et de Heidegger. Elle met en péril la métaphysique classique, le régime assuré de ses énoncés, et sa prétention à connaître cela qu'elle ne pouvait point, à la vérité, connaître, du moins de manière certaine. Prenant sans cesse la tradition philosophique occidentale à défaut, en flagrant délit de tricherie et de violence, le moment derridien constitue de part en part une pensée de la dissidence à travers l'opération de la mise en question permanente des certitudes closes, la réfutation des dogmatismes les plus insidieux, mais plus encore, la réfutation du double optimisme épistémologique et métaphysique d'une certaine tradition philosophique. Elle est ainsi parvenue à opérer silencieusement, mais fort vigoureusement, un déplacement paradigmatique aux conséquences décisives. N'était-ce pas là sa suprême méprise? Le refoulement de cette pensée par une certaine institution académique continentale - et notamment française - n'aurait donc pas de quoi surprendre. La subversion de cette œuvre qui a choisi de faire reculer des préjugés féroces et de saper les

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fondements de la conception entéléchique2 du savoir et du langage qui oriente encore largement cette tradition et son effort pour rejeter l'assurance excessive dont témoignait encore l'écriture de l'histoire du savoir lui auraient valu un tel reniement, un tel rejet. Pourtant, et c'est cela qu'on s'emploiera à montrer tout au long de cet essai, cette réserve insistante et inexpliquée que l'on oppose à la philosophie de Derrida n'a pas lieu d'être. Car, cette œuvre joue sur plusieurs registres. Elle est à la fois destruction des spectres du vieil héritage de la pensée occidentale et réinvention de nouveaux héritages par le déploiement d'un philosopher radicalement autre, déployant une forme moderne de réfutation et de réélaboration des acquis qu'il nomme sous le mot étrange et inquiétant de la déconstruction. C'est que, le véritable héritier est celui qui introduit des mutations et des ruptures profondes au sein d'une tradition, allant jusqu'à en affecter durablement les croyances devenues naturelles, avec des confusions austères, des dogmes légitimés, des fausses certitudes.. .L'héritier va ainsi orienter la réflexion vers des horizons encore inassignables. Prenant avec fermeté le contre-pied des critiques unilatérales et de la pensée dialectique, comme celui de toute pensée du dépassement, Derrida semble réinventer une intelligence néo-sceptique, lui insufflant de nouveaux éclairages, orientés vers la tension démultipliée du même, la prééminence du moment de la scansion de l'interrogation sur celui des conclusions et des résultats, le
2. Chez Aristote, la notion d'entéléchie désigne un état de perfection et d'accomplissement parfait de l'être, par opposition à l'être en puissance, qui serait incomplet et inachevé. Il y a aussi dans cette conception entéléchique de l'Occident l'idée de centre du monde et celle du lieu unique et ultime d'où émanerait la lumière de la Raison et qu'il y aurait impérativement à répandre aux autres peuples de la terre. Quitte à prendre prétexte des programmes humanistes pour annexer cet Autre... 9

souci du travail de la différence - mot dont le philosophe rend l'usage autrement plus complexe - davantage que celui de la stabilité - dont Derrida dit qu'elle est toujours différée, voire inarticulée. Face à l'identité, l'un et l'autre, dit Derrida, affirment la multiplicité de la différence et leur infinie irréductibilité. Leur horizon, que la déconstruction tient éveillé, est la permanence du secret que préserve le visage de l'autre - à qui on doit donner une hospitalité inconditionnelle. Une telle hospitalité qui se donne sans la moindre condition appelle à la réinvention de l'autre, à moins qu'elle n'invite à une altérité sans cesse ouverte. De la sorte, la pensée derridienne peut se découper en sept axes, eux-mêmes reliés entre eux, bien qu'étant relativement autonomes. Chaque identité, chaque séquence, chaque tension, comporte sa différence propre ainsi que son altérité. 1. Le premier axe est celui de la déconstruction, qui part du Mémoire de 1953-1954 sur Husserl, où Derrida s'emploie encore à définir cette notion et à la faire exercer. Il s'agit d'une opération de pensée qui travaille à ruiner toute illusion de la stabilité. Il en expose les usages et les enjeux, puis commence à la mettre à l'épreuve de la tradition par l'opération de la différence (De la grammatologie, Minuit, 1967). Elle culmine avec les trois ouvrages de 19673. C'est un axe de recherche où Derrida rencontre encore la phénoménologie husserlienne et expose patiemment les principes de sa pensée4 en y localisant des survivances du logocentrisme.
3. Derrida s'élève contre la tradition qui va "confiner l'écriture dans une fonction seconde et instrumentale: traductrice d'une parole originaire elle-même soustraite à l'interprétation." . Cf De la grammatologie, Paris, Minuit, Coll. "Critique", 1967, 455 p, p. 12. Lire aussi La voix et le phénomène, Paris, PUF, 1967, 119 p et L'Ecriture et la différence, Paris, Seuil, coll. " Points", 1967, 448 p. 4. On sait que Derrida oppose une grande résistance à l'usage du mot pensée, en ce qu'il suppose encore une donnée stable et unitaire. Cette 10

2. Le second axe de son travail conforte les usages de la déconstruction des concepts de la philosophie occidentale,

qui débute avec Platon. Il commence avec l'Ecriture et la
différence (Seuil, 1967) jusqu'aux quatre ouvrages de 19725. Ceci est un axe opératoire dont l'analyse se prolongera jusqu'à la fin de sa vie. L'entreprise de la déconstruction défait méticuleusement les héritages, les concepts et les raisonnements, ruinant l'assurance des maîtres-mots de la pensée dominante: le concept, la pensée, l'être, la voix, la philosophie, le corps, le sexe, la mort, la traduction, la présence, la littérature, le livre, la politique, la démocratie, l'éthique, le nom... Il en est de même des grands courants de pensée qui sont sans cesse revisités par Derrida: d'abord la phénoménologie husserlienne, puis le structuralisme lévistraussien, la psychanalyse freudienne et lacanienne (Major, Lacan avec Derrida, Paris, Flammarion, ColI. "Champs", 2001, 204 p), le marxisme (Spectres de Marx, Paris, Galilée, 1993, 285 p), l'ontologie heideggérienne, l'éthique lévinassienne, la philosophie de la différence, l'éthique habermassienne de la discussion, l'herméneutique de Gadamer. Ainsi des principaux penseurs questionnés par Jacques Derrida: Freud, Rousseau, Condillac, Nietzsche, Hegel, Marx, Husserl, Heidegger, Lévi-Strauss, Levinas, Mallarmé, Blanchot, Artaud, Paul de Man, Searle, Kaufman, Nancy, Habermas...
suspicion apparaît dans son œuvre dès le De la Grammatologie. C'est pourtant cette notion à laquelle nous continuerons de faire recours, faute de mieux. Pour nous y autoriser, nous garderons donc à l'esprit l'idée de fluidité et d'instabilité. Il s'agit donc moins d'un désir de transgression de la recommandation de Derrida que d'une simple commodité méthodologique. 5. Notamment La Dissémination, Paris, Le Seuil, 1972, 451p; Marges de la philosophie, Paris, Minuit, 396 p; Positions, Paris, Minuit, Coll. "Points", 1972, 135 p; puis L'Archéologie du frivole, Introduction à l'essai sur l'origine des connaissances humaines de Condillac, Paris, Galilée, 1972, 153 p. Il

3. Le troisième axe correspond au tournant éthique et politique, qui part des Spectres de Marx (Galilée, 1993) aux Politiques de l'amitié (Galilée, 1994) jusqu'à l'Adieu à Emmanuel Levinas, à De l'hospitalité (Galilée, 1997), et aux deux Psyché6 comme à l'ultime ouvrage écrit de la main même de Jacques Derrida avec Habermas sur Le concept du Il septembre (Galilée, 2004). 4. Le quatrième axe est une méditation sur la poésie et plus généralement sur l'herméneutique comme lieu de mutation de l'écriture philosophique et de déclinaison du vrai, notamment avec Qu'est-ce que la poésie? (Berlin, 1991) et l'avant-dernier livre écrit du vivant de Derrida, Béliers, le dialogue interrompu; entre deux infinis, le poème, (Galilée, 2003). 5. Le cinquième axe est celui de l'exploration de l'aporie, qui met en relief le statut indécidable de la certitude. Et affine la méditation sur les héritages secrets des institutions du savoir et des archives. Cf. Apories (Galilée, 1996), Le secret de l'Archive (Galilée, 2003). C'est un axe essentiellement épistémologique, qui affine la notion d'indécidabilité. 6. Le sixième axe de la pensée de Derrida attaque à la fois l'idée de la philosophie et la conception classique de l'ontologie, en en déplaçant considérablement les termes et les usages. Le philosophe semble modifier de fond en comble les cadres, les programmes et les fins de ces deux discours auxquels il ne reconnaît aucune vertu entéléchique. Cette préoccupation se révèle dès les premiers ouvrages de Derrida, et atteint son expression

6. Derrida (Jacques), Psyché, Inventions de ['autre, t. 1, (nouvelle édition augmentée), Paris, Galilée, 1998, 422 p (Rééd.) et Psyché, Inventions de ['autre t. 2, Paris, Galilée, 2003, 307 p. 12

culminante avec Marges7, Glas (Galilée, 1974), D'un ton apocalyptique adopté naguère en philosophie (Galilée, 1983), L'Archéologie du frivole (Galilée, 1990), et Le Toucher (Galilée, 2000). 7. Le septième et demier axe me paraît être relatif à la réflexion sur le rapport entre Foi et savoir (Seuil, 2000). Ici s'énonce la fameuse théorie messianique dont il dit qu'elle est une " messianicité sans messianisme". 8 Pour Derrida, cette messianicité est authentique et antérieure à toutes les religions institutionnelles. Il y voit la marque d'une donnée originaire. L'œuvre de Jacques Derrida nous invite ainsi à aller vers elle avec circonspection, tant elle est traversée par une espèce de promesse précaire, mais jamais advenue, ne s'autorisant d'aucun programme, mais disloquant les notions-clefs de la pensée moderne et postmoderne. Ainsi des notions de sujet, de souveraineté, d'Etat-nation, de liberté, de justice, d'éthique et de politique, explorant sans cesse l'horizon d'une autre démocratie et découvrant une hospitalité inconditionnelle et une expérience sans frontière, (La démocratie à venir, Galilée, 2004). Derrida devait opérer, par pans discontinus, une mutation radicale de la philosophie moderne elle-même, redécouvrant après Nietzsche, son horizon métaphorique. Et avec Rorty, son dessaisissement permanent de la vérité. Contre Nietzsche, il exorcise cependant le spectre de la hiérarchie et de l'aristocratie. Hanté par la perte du cercle et de toute présence que l'on s'aviserait encore de penser comme substantielle, Derrida devait se révéler être à la fois
7. Dans cet ouvrage, DeITida réintroduit les marges
et ces questions écartées arbitrairement, minimisées

- ces lieux raturés,
à l'extrême

- dans

sa philosophie. Marges- de la philosophie, Paris, Minuit, Coll. "Critiques", 1972, 396 p. 8. Foi et savoir, suivi de Le siècle et le pardon, Paris, Seuil, Coll. " Essais", 2001, 137 p, p. 30. 13

l'adversaire radical et le précieux héritier de la tradition philosophique occidentale. Ce double mouvement rend compte au fond de l'entreprise de la déconstruction qui est le fil conducteur de ce que dessine ce livre, jusqu'au lieu ultime où cette opération dément tout repos, tout apaisement. Son essence est agonale, conflictuelle, qui attaque le fait métaphysique et ses formes sécularisées, momifiées. Le mérite de Derrida est là, dans ce traitement critique auquel il soumet les concepts qui ont façonné l'Occident et dont il montre qu'ils restent encore captifs d'un déterminisme austère qu'il nous invite à abandonner. Il est alors question de se déprendre de l'idée que le logos gouvernerait infailliblement le cosmos, l'agir, le sens, ou la Cité. Se déprendre aussi du postulat conséquent qui veut que tout soit stable, calculable, mesurable, prévisible, moyennant la formation des concepts quantitatifs. Autant d'idoles et de spectres sont démantelés avec véhémence, sans ménagement ni la moindre concession. Au point qu'on pourrait se demander légitimement ce qui, après ce travail de sape qui a laminé la croyance à une rationalité unilatérale, garantissant à l'Occident son prestige intellectuel et son emprise sur le monde, ce qui autoriserait encore la légitimité de la déconstruction elle-même. Autant de questions seront soulevées ici, ou simplement formulées, à l'appui du corpus des textes derridiens eux--mêmes, pour réévaluer l'efficacité de cet outil déroutant et pour tenter à mon tour des usages de la déconstruction qui sont plutôt des perspectives, comme par exemple le dialogue que j'ai tenté d'instruire ici entre Derrida et Rorty, entre déconstruction et néo-pragmatisme. La pensée de Derrida, souvent jugée d'un abord difficile, n'en a pas moins eu un impact considérable sur le XXème siècle, et sans doute continuera-t-elle pour longtemps encore d'exercer cette influence. Ne pouvant 14

rendre compte dans le cadre de cet ouvrage introductif au corpus immense du philosophe avec l'ampleur à laquelle cette œuvre invite, il m'a néanmoins paru urgent et nécessaire de mettre en lumière autant que possible les étapes essentielles qui la constituent, la ponctuent, en localisant les principales questions qu'elle articule, ses enjeux épistémologiques ainsi que les problèmes qu'elle a pu soulever ou résoudre, à l'aune de la déconstruction. En raison de son importance, l'œuvre de Derrida mérite largement d'être interro~ée, réinterrogée, tant elle s'ouvre au débat international, au réexamen patient de ses énoncés, ici à partir de la notion d'adieu que porte le titre de cet essai, en faisant écho au célèbre titre que le philosophe a lui-même consacré à Levinas naguère. Autour de ce mot d'adieu, aussi bien dans son acception éthique et théologique lévinassienne dont Derrida se reconnaît tributaire que dans sa propre résonance interne, se signale fortement le réaménagement de la question de l'héritage ou des héritages de l'œuvre étudiée:
" ce mot d'adieu, ce mot "à-Dieu" que, d'une certaine façon, je tiens de lui, ce mot qu'il m'aura appris à penser ou à prononcer autrement", Adieu à Emmanuel Levinas, p. Il

En effet, chez l'auteur de L'écriture et la différence, le destin de la philosophie consiste de part en part dans une
9. Signalons les principaux colloques organisés autour du travail derridien au Centre culturel International de Cerisy-Ia-Salle : (sous la dire de Philippe Lacoue-Labarthe et Jean Luc Nancy), Les Fins de l'homme, A partir du travail de Jacques Derrida, Paris Galilée, Coll. "La philosophie en effet", 1981; M.-L. Mallet (sous la dir.), Le Passage des frontières, Paris, Galilée, Coll. "La philosophie en effet", 1994. Lisse M., (sous la dir.) Passions pour la littérature, Paris, Galilée, 1998, 584 p. M.-L. Mallet (sous la dir.), L'Animal autobiographique, Paris, Galilée, Coll. "La philosophie en effet", 1999, 564 p, et Marie Louis Mallet (sous la dir.), La Démocratie à venir. A utour de Jacques Derrida, Paris, Galilée, Coll. "La philosophie en effet", 2004, 621 p.

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analyses des spectres dévoyant les héritages. Ainsi notre travail s'organisera-t-il autour de 7 grandes parties: I. II. III. IV. Les préliminaires. Formation et Parcours La Déconstruction de la philosophie occidentale. Les grandes étapes de la déconstruction de la philosophie. Richard Rorty, Jacques Derrida: néopragmatisme et déconstruction. Trois grandes querelles. Conclusion.

V. VI. VII.

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PREMIERE PARTIE:

PRELIMINAIRES