Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique

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Notre temps est, dit-on, celui des catastrophes. Face aux crises sanitaires, écologiques ou à la menace nucléaire, la croyance dans le progrès a cédé la place à l’angoisse. Cette résurgence des thèmes apocalyptiques est plus qu’un symptôme. La dissolution moderne des hiérarchies traditionnelles a provoqué une nouvelle inquiétude : devoir vivre « après la fin du monde ».
Ce livre propose une généalogie de l’idée de fin du monde qui distingue deux voies de la modernité : celle qui privilégie la vie et sa conservation, aujourd’hui à l’œuvre dans la plupart des conceptions précautionneuses du réel ; celle qui fait du monde le thème principal de la philosophie en même temps qu’un enjeu politique primordial. Michaël Fœssel interprète les peurs apocalyptiques actuelles à partir d’expériences contemporaines où les sujets sont dépossédés du monde. Le triomphe de la technique sur l’action, du capital sur le travail, du besoin sur le désir sont autant de phénomènes qui expliquent pourquoi l’on est pressé de voir finir un monde que l’on a déjà perdu.
Les théories de la catastrophe ne se soucient plus de savoir quel monde mérite d’être défendu. Le plus urgent n’est pas d’éviter l’apocalypse à venir, mais de réinvestir le monde après sa disparition comme ordre hiérarchique. En ce sens, le fait que la fin du monde a déjà eu lieu est une bonne nouvelle qui nous place face à une alternative : perpétuer la vie ou édifier un espace pour le possible.
Publié le : jeudi 11 octobre 2012
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EAN13 : 9782021094633
Nombre de pages : 304
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APRÈS LA FïN DU MONDE
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MICHAËL FŒSSEL
APRÈS LA FIN DU MONDE
Critique de la raison apocalyptique
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, d Romaî-Road, Parîŝ XïV
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isbn978-2-02-109464-0
© Édîtîoŝ du Seuî, octore 2012
Le Code de a proprîété îteectuee îterdît eŝ copîeŝ ou reproductîoŝ deŝtîéeŝ à ue utîîŝa-tîo coectîve. Toute repréŝetatîo ou reproductîo îtégrae ou partîee faîte par queque procédé que ce ŝoît, ŝaŝ e coŝetemet de ’auteur ou de ŝeŝ ayatŝ cauŝe, eŝt îîcîte et coŝtîtue ue cotrefaço ŝactîoée par eŝ artîceŝ L. 335-2 et ŝuîvatŝ du Code de a proprîété îteectuee.
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ïtroductîo
Le mode va fîîr. La ŝeue raîŝo pour aquee î pourraît durer, c’eŝt qu’î eîŝte. Que cette raîŝo eŝt faîe comparée à ceeŝ quî aocet e cotraîre.
Chareŝ Baudeaîre,Fusées
E dépît de ŝeŝ orîgîeŝ reîgîeuŝeŝ, e motîf de a I du mode ’a jamaîŝ totaemet dîŝparu de ’hîŝtoîre modere. Maîŝ c’eŝt daŝ a pérîode cotemporaîe, au puŝ tard aprèŝ 1945, que a croyace ŝeo aquee ouŝ ŝerîoŝ etréŝ daŝ e « tempŝ de a I » ŝ’împoŝe à ouveau. Leŝ crîmeŝ ŝaŝ précédet de a Secode Guerre modîae et ’epoŝîo deŝ premîèreŝ omeŝ atomîqueŝ à Hîroŝhîma et Nagaŝakî îŝtaet ’îdée d’ue rupture puŝ profode que ceeŝ dot eŝt tîŝŝée ’hîŝtoîre poîtîque, puîŝqu’ee affecte e îe etre ’homme et e mode. ï ŝeme raîŝoae de prévoîr ’îmmîece de ’apocaypŝe à partîr du momet où eŝ hommeŝ ŝe ŝot dotéŝ deŝ moyeŝ de a mettre e œuvre et où îŝ ot faît a preuve de eur aŝece de ŝcrupue devat eŝ poŝŝîîîtéŝ ouverteŝ par a techîque. Tout ŝe paŝŝe comme ŝî a « I du mode » ceŝŝaît d’être e fataŝme de quequeŝ avat-gardeŝ apocayptîqueŝ pour deveîr ue catégorîe uîverŝee de ’epérîece. Le paŝŝage récet de a I du mode du rag de repréŝe-tatîo reîgîeuŝe à ceuî de deŝcrîptîo ratîoee de ’aveîr eŝt ue îroîe de ’hîŝtoîre. La dîŝparîtîo deŝ ocŝ et e déouemet pacîIque de a guerre froîde ŝemaîet offrîr ue durée îdéIîe au mode. L’eŝpérace, ŝîo daŝ a forme que devraît predre ’aveîr, du moîŝ daŝ e faît qu’î y e aura
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effectîvemet u, paraîŝŝaît à ouveau crédîe. Maîŝ, îe vîte, ’aŝŝocîatîo etre e mode et ’îmmîece de ŝa I a faît retour daŝ a coŝcîece coectîve ŝouŝ eŝ traîtŝ deŝ crîŝeŝ écoogîqueŝ, ŝaîtaîreŝ ou cîmatîqueŝ. Même orŝqu’ee ’eŝt puŝ utîîŝée comme ue arme mîîtaîre, ’éergîe atomîque ŝe préŝete ecore comme ue meace quî îŝtae ’humaîté daŝ a perŝpectîve du éat. Daŝ a pupart deŝ domaîeŝ de a vîe ŝocîae, o aŝŝîŝte à ue motée au etrêmeŝ quî préŝete ’ejeu de a ŝurvîe coectîve comme e vérîtae ŝoce de a égîtîmîté poîtîque. Cette amîace apocayptîque eŝt-ee puŝ que e ŝymptôme d’ue pérîode de crîŝe ? La réŝurgece deŝ îmageŝ de a I du mode trahît de toute évîdece u ŝetîmet de paîque : ee relète a coŝcîece que ’Occîdet a de uî-même à u momet où, ŝouŝ eŝ effetŝ de ce que ’o appee précîŝé-met a « modîaîŝatîo », ŝo îluece ted à ŝ’affaîîr. Leŝ dîŝcourŝ ŝur a décadece ŝot gééraemet motîvéŝ par ’amertume face à a dîŝparîtîo deŝ acîeeŝ hégémoîeŝ. D’où e ŝetîmet que e mode dot o aoce a I ’eŝt rîe d’autre que e mode européaîŝé quî a ogtempŝ domîé ’hîŝtoîre. Lorŝque certaîŝ ŝe preet à eŝpérer cette I, c’eŝt parce qu’îŝ codamet ue goaîŝatîo quî ’eŝt puŝ orgaîŝée autour du cetre tradîtîoe de ’hîŝtoîre : ’Europe. Daŝ cette hypothèŝe, eŝ dîgreŝŝîoŝ cotemporaîeŝ ŝur ’apocaypŝe traduîŝet u préŝuppoŝé îmmeŝe : î ’y auraît de mode que par et pour a raîŝo occîdetae, e ŝorte que ’affaîîŝŝemet de cee-cî etraeraît îévîtaemet a dîŝparîtîo de ceuî-à. Cette ecture « ŝymptomae » ŝ’avère pourtat îŝufIŝate. La cataŝtrophe ’auraît paŝ pu ŝ’împoŝer comme u ŝymoe pour e préŝet ŝî ee e recouvraît deŝ epérîeceŝ puŝ cocrèteŝ. Güther Aderŝ, quî a eaucoup cotrîué à réac-tîver e ŝchéma apocayptîque daŝ e champ de a peŝée cotemporaîe, appuîe ŝa réleîo ŝur u coŝtat quî ’a rîe d’ue prophétîe : « Nouŝ vîvoŝ déŝormaîŝ daŝ ue
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humaîté pour aquee e “mode” et ’epérîece du mode 1 ot perdu toute vaeur . » Cette afIrmatîo reève d’ue crî-tîque de a techîcîŝatîo du rée dot ’îvetîo ucéaîre coŝtîtue e poît d’orgue agoîŝŝat. Aderŝ veut motrer que eŝ îŝtrumetŝ techîqueŝ e ŝot paŝ deŝ moyeŝ e vue d’ue I, maîŝ deŝ « décîŝîoŝ prîŝeŝ à ’avace » quî egaget ’aveîr. La ome atomîque, par eempe, oéît à ue ogîque quî uî eŝt propre ŝaŝ que a vooté humaîe y puîŝŝe rîe chager : e moîdre de ŝeŝ effetŝ eŝt îIîmet ŝupérîeur à touteŝ eŝ Iŝ que ’humaîté peut ŝe Ier raî-ŝoaemet. La deŝtructîo uîverŝee ’eŝt paŝ ŝeuemet a coŝéquece de ’uŝage de a ome, ee eŝt à ’horîzo de ŝa ŝeue eîŝtece. Que faut-î peŝer de ce dîagoŝtîc quî aŝŝîmîe eŝ hommeŝ cotemporaîŝ à deŝ « péqueaudŝ coŝmîqueŝ quî doîvet 2 admettre que cea foctîoe trèŝ îe ŝaŝ eu » ?
Images du monde
Deveue ue métaphore pour eŝ epérîeceŝ cotempo-raîeŝ, a « I du mode » trouve ŝa pace daŝ a ogue ŝérîe deŝ îmageŝ forgéeŝ par eŝ hommeŝ pour appréheder eur îeu d’haîtatîo. O a par eempe comparé e mode à ue « cîté », à u « coaque », à ue « prîŝo » ou à u « îvre ». Sî e mode eŝt u o cadîdat pour eŝ métaphoreŝ, c’eŝt parce qu’î déŝîge e tout deŝ epérîeceŝ humaîeŝ, maîŝ qu’î eŝt împoŝŝîe de faîre ’epérîece de ce tout. Comme ’homme a tedace à e puŝ remarquer ce qu’î haîte, e détour par eŝ îmageŝ préŝete u îtérêt maîma : e ut deŝ métaphoreŝ eŝt toujourŝ de fourîr ue epreŝŝîo arégée,
1. G. Aderŝ,L’Obsolescence de l’homme, trad. par C. Davîd, Parîŝ, Édîtîoŝ de ’Ecycopédîe deŝ uîŝaceŝ, 2002, p. 15. 2.Id.,Le Temps de la fîn, Parîŝ, L’Here, 2007, p. 17.
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et ŝî poŝŝîe frappate, de ce quî e ŝe aîŝŝe paŝ ŝaîŝîr au premîer regard. Puŝ que eŝ autreŝ dîŝcîpîeŝ, a phîoŝophîe puîŝe daŝ ’îmagîaîre aŝŝocîé au « mode ». Ce terme produît deŝ effetŝ îapprécîaeŝ daŝ e champ du dîŝcourŝ. L’îtroduîre daŝ u tete permet d’aord de covaîcre que ceuî-cî poŝŝède u ojet. Le mode déŝîge ce quî ŝe ŝîtue horŝ du agage et que a phîoŝophîe cherche à rejoîdre à ’aîde de ŝeŝ coceptŝ. « Parez du mode ! » eŝt ue îjoctîo à aquee e phîoŝophe eŝt teu de ŝe ŝoumettre tôt ou tard ŝ’î e veut paŝ être cofodu avec e mathématîcîe et ŝ’î accepte de faîre paŝŝer à ŝo dîŝcourŝ e arrage de ’effec-tîvîté. Maîŝ cette îjoctîo ŝîgîIe auŝŝî « Parez de otre epérîece ! » : e terme « mode » produît du coŝeŝuŝ parce que eŝ hommeŝ forget touŝ ue îmage approîma-tîve du mîîeu daŝ eque îŝ eîŝtet. Huŝŝer ŝaîŝît cet aŝpect coŝeŝue à ’aîde du terme d’Urdoxa, ue croyace prîmîtîve daŝ ’eîŝtece du mode et de ŝeŝ coŝtaceŝ ŝeŝîeŝ. « L’être du mode daŝ ŝa totaîté, écrît-î, eŝt ce quî va de ŝoî, ce quî ’eŝt jamaîŝ mîŝ e doute, ce quî e réŝute paŝ d’ue actîvîté de jugemet, maîŝ quî coŝtîtue 1 e préŝuppoŝé de tout jugemet . » Sî ouŝ e dîŝpoŝoŝ paŝ d’ue coaîŝŝace eacte du mode, î eŝt éamoîŝ ce ŝur quoî ouŝ « comptoŝ », ’eŝpace reatîvemet aîŝé de oŝ epérîeceŝ. Atérîeure à tout jugemet, cette croyace daŝ e mode reève d’ue « foî perceptîve » (Mereau-Poty) quî, précîŝémet parce qu’ee ’eŝt paŝ dîŝcutée, peut être teue pour u préaae commu au phîoŝophe et à ŝo ecteur. Sî a phîoŝophîe ŝe préoccupe du mode, c’eŝt doc parce qu’ee préted vaoîr îcî et maîteat, pour touŝ eŝ hommeŝ e tat qu’îŝ haîtet e même îeu et ŝot îéŝ au mêmeŝ
1. E. Huŝŝer,Expérîence et jugement, trad. par D. Souche-Dagueŝ, Parîŝ, PUF, 1970, p. 34.
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