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AUX ORIGINES DE LA COMMUNICATION HUMAINE

De
240 pages
L'auteur présente le bilan d'une chaîne qui mène des premiers hommes à Homo sapiens sapiens, c'est-à-dire à nous-mêmes. Le langage est-il apparu subitement avec Homo sapiens sapiens ou bien s'agit-il d'une évolution progressive jusqu'à Cro-Magnon ? Y a-t-il eu ou non pensée sans langage chez les premiers hommes de la préhistoire et jusqu'à quel stade de leur évolution ? Une réflexion sur le comportement cognitif des premiers hommes et sur les origines d'un langage gestuel, oral ou symbolique.
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AUX ORIGINES DE LA COMMUNICATION HUMAINE

Collection Ouverture philosophique dirigée par Dominique Chateau et Bruno Péquignot

Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. II s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou natureJles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Paul DUBOUCHET, De Montesquieu le moderne à Rousseau l'ancien, 2001. Jean-Philippe TESTEFORT, Du risque de philosopher, 2001. Nadia ALLEGRI SIDI-MAAMAR, Entre philosophie et politique: Giovanni Gentile, 2001. Juan ASENSIO, Essai sur l'œuvre de George Steiner, 2001. Réflexion sur l'Enseignement de la Philosophie, Pour un avenir de l'enseignement de la philosophie, 2001. Hervé KRIEF, Les graphes existentiels, 200 I. Heiner WITTMANN, L'esthétique de Sartre, 2001. Christian SALOMON, Le sourire de Fantine, 2001.

Claude MEYER

AUX ORIGINES DE LA COMMUNICATION HUMAINE

Préface de Jean Chavaillon

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Ualia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0759-9

À Sylvette, sans qui cet ouvrage n'aurait jamais vu le jour.

À Odile, qui supporte quotidiennement mon mauvais caractère.

À Vincent, à Anne-Céline et à Lise-Laure en leur demandant de bien vouloir me pardonner de ne pas leur avoir donné suffisamment de temps.

Remerciements:

À Jacques PERRIAULT, pour m'avoir engagé sur cette voie.

À Colette KOUCHNER, pour m'avoir permis l'accès aux archives de la fondation Fyssen.

À Jean CHAVAILLON,

pour la pertinence relatives

de ses remarques à ,la préhistoire.

Préface

Qui pouvait, mieux que Claude Meyer, nous faire découvrir les origines de la communication chez les premiers hommes? Sa parfaite maîtrise des sciences cognitives et, tout particulièrement, celle de la communication, l'intérêt que ce chercheur porte à la préhistoire, le soucis de lier cela avec les sciences de la vie, "l'ancrage biologique de la communication" pour reprendre ses propres termes, le prédisposaient à s'engager dans cette passionnante aventure. D'où venons-nous? Hormis l'affirmation religieuse d'une création divine, les hypothèses se suivent donnant tantôt plus, tantôt moins de pouvoirs aux Hominidés. Par exemple, l'homme devenu chasseur provoque un bouleversement social avec le partage de la nourriture et la primauté des mâles. Peut-être utilise-Hl déjà un proto-Iangage? Afin de mieux nous situer dans une ambiance évolutive, Claude Meyer présente, avec pertinence, le bilan d'une chaîne qui, anatomiquement et culturellement (outils en pierre taillée, traces ou structures de construction, maîtrise du feu, peintures rupestres), mène des premiers hommes à Homo sapiens sapiens, c'est-à-dire à nous-mêmes.

Préface

Claude Meyer discute sur la fiabilité des arguments évoqués, rappelle les hypothèses anciennes et en évoque de nouvelles. Peintures et gravures rupestres révèlent chez l'homme de Cro-Magnon un psychisme et une vie intellectuelle, voire spirituelle, incontestables. C'est alors que l'auteur nous entraîne sur le chemin ardu que les premiers hommes de la Préhistoire ont suivi dans leur approche d'une communication interpersonnelle au sein du groupe ou d'un groupe à l'autre. L'auteur évoque en premier la progression cognitive, depuis la "pensée" de l'Australopithèque jusqu'à celle d'Homo erectus. L'origine du langage est alors abordée avec un sens critique qui fait honneur à l'auteur. Par exemple, on peut se poser la question: si l'on admet que l'outil n'est pas le propre de l'homme, Homo habilis est-il pour autant un être humain? Alors que, comme le souligne pertinemment Claude Meyer, Homo erectus,certes à un stade évolutif plus proche de nous, devait déjà posséder une intelligence pratique qui se manifestait "sous forme de schèmes opératoires". Mais, on n'en serait encore qu'aux prémices d'un raisonnement cognitif. Avec Homo sapiens sapiens tout change. Apparaît alors une sorte de "révolution cognitive". Ce que nous nommons art pariétal était-il un langage, un moyen de communiquer? Il nous reste de belles images qui ne sont pas innocentes du fait de leur représentation et du lieu où elles sont figurées, mais dont on croit deviner certains aspects cognitifs. Ainsi, le véritable langage et, par là même, la notion de culture ne semblent apparaître qu'au paléolithique supérieur. Il est vrai qu'Homo sapiens sapiens avait la possibilité de s'exprimer comme le fait l'homme d'aujourd'hui. Toutefois, ce langage est-il apparu subitement avec Homo sapienssapiens 10

Préface

ou bien s'agit-il d'une évolution progressive jusqu'à CroMagnon ? Y a-t-il eu ou non pensée sans langage chez les premiers hommes de la préhistoire et jusqu'à quel stade de leur évolution? Claude Meyer résout quelques problèmes mais en pose de multiples. C'est le propre même de la recherche d'aujourd'hui. Ce livre pétillant et remarquablement documenté nous informe sur le comportement cognitif des premiers hommes et nous amène à réfléchir sur les origines d'un langage gestuel, oral ou symbolique.

Jean Chavaillon Préhistorien, directeur de recherche au CNRS.

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Introduction

En 1976, R. ESCARPIT1 publiait, chez Hachette, un ouvrage intitulé L'Information et la Communication, ThéorieGénérale.La relecture d~ ce livre permet, si besoin est, de donner une référence, une base de départ pour évaluer le travail considérable réalisé en vingt cinq ans, tant dans l'élaboration conceptuelle que dans la structuration du champ disciplinaire des Sciences de l'Information et de la Communication (SIC), que ce soit au niveau des pratiques et des usages des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), de l'étude des médias, de la presse en particulier, de la communication d'entreprise, de l'argumentation, de la communication politique et publique Malheureusement, un domaine est resté pratiquement inexploré, il s'agit de celui de l'origine de la communication humaine. Dans ce domaine, nous vivons, depuis plus de quarante ans, .avec l'héritage de LEROI-GOURHAN. auteur a tendance à Cet devenir une sorte d'autorité unique pour appuyer nos

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Qui, malheureusement, nous a quitté en novembre 2 000.

Introduction

nécessitent une référence à la que l'une des hypothèses fortes le développement du langage à ce principe dans l'un des thèmes majeurs de la paléontologie d'alors: la main qui libère la parole.

travaux lorsque ceux-ci préhistoire. On se souvient de cet auteur était de lier celui de l'outil en inscrivant

Lorsque l'homme, en acquérant la stature verticale, cesse de marcher à quatre pattes, il libère les membres antérieurs pour d'autres fonctions. Désormais, il peut les utiliser pour saisir, lever, déchirer, percer, rogner: ils deviennent outils. La bouche, ainsi délivrée de la fonction de préhension de la nourriture, est libre pour une autre activité: la parole. L'expression de la main et l'expression de la bouche possèdent, selon la thèse de LEROI-GoURHAN, une syntaxe commune « outil pour la main et langage pour la face sont les deux pôles d'un même dispositif» (1964 : 34). Mais ces
recherches, certes admirables, datent de l'époque de MAc LUHAN. Depuis les années 60, paléontologie humaine et sciences de la préhistoire ont progressé de façon spectaculaire. Que sait-on aujourd'hui de l'évolution de la technique par rapport à celle du langage? Peut-on accréditer, dans un contexte ancien, l'hypothèse d'une coévolution de l'homme et de la technique? Que peut-on dire aujourd'hui de l'origine de la communication humaine?

Pour apporter des éléments de réponse à ces questions cet ouvrage est organisé en trois parties. La première traite de la communication chez l'animal, puis chez l'Homme pour tenter de mettre en évidence similitudes et différences entre l'une et l'autre. La deuxième partie s'attache à décrire, de façon critique, à la lumière des connaissances actuelles, ce passage, encore bien mystérieux, de l'animal à l'Homme. En
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Introduction

utilisant les connaissances que nous aurons acquises dans ces deux premières parties, nous tenterons, dans la troisième partie, de caractériser la communication des premiers hommes. Traiter de cette question, c'est que\que part prétendre être capable de pointer sur un continuum en disant: «c'est là, à cette époque, que cela a commencé». Ce qui est évidemment impossible. En fait, l'étude de ce sujet est le type même d'une démarche pluridisciplinaire impliquant les Sciences de l'Information et de la Communication, la philosophie, la psychologie cognitive, l'archéologie, la paléo-anatomie, la paléoanthropologie, la biochimie, la paléozoologie, l'éthologie cognitive et, depuis peu, la génétique moléculaire et la génétique des populations. Ce qui ne devrait pas choquer dans un champ disciplinaire caractérisé par l'interdisciplinarité et souvent perçu comme un carrefour, un lieu de coexistence de nombreuses disciplines. Pour cette recherche se posait d'emblée un problème de compétences: un préhistorien ne possède pas nécessairement les connaissances en Sciences de l'Information et de la Communication et la réciproque est vraie aussi. Vaut-il mieux alors que le thème soit traité par un préhistorien que par un spécialiste des SIC? Lorsqu'en 1996, j'ai commencé à m'intéresser à cette question, j'ai été frappé de voir combien la communication était, à quelques exceptions près (DONALD,1991; LISKA,1994; TOBIAS, 995), toujours rame1 née au langage. Cette approche métonymique ne pouvait être satisfaisante. Mais, en voulant aller au delà, j'étais conscient des risques que je prenais quant aux erreurs que j'étais susceptible de commettre en m'aventurant dans un domaine qui n'est pas le mien. 15

Introduction

C'est un risque que j'ai pris pour ce travail qui se cantonnera

uniquement au paléolithique, c'est-à-dire à l'époque de « la
pierre ancienne », cette période de l'histoire humaine pendant laquelle l'homme s'est lentement affirmé dans sa spécificité. Il s'agit, bien entendu, d'un travail daté et provisoire dans la mesure où, comme le montre le développement des Sciences de la Préhistoire, la représentation de l'évolution de l'homme est sans cesse remise en cause par de nouvelles découvertes.
Un autre risque était d'être victime du syndrome des phrénologues2, c'est-à-dire, s'en tenir au mesurable, aux crânes ou aux tibias sous prétexte que nous travaillons dans un contexte pour lequel nous n'avons que des données fragmentaires et le plus souvent sujettes à controverses. Mais, il existait aussi le danger inverse, celui de se laisser fasciner par nos origines, et de combler les vides de savoir par une production spéculative ou pire enCore, laisser libre cours à l'imaginaire. Pour s'en prémunir, une bonne méthode est absolument indispensable. Je l'expose à la fin du chapitre 4.

2

La phrénologie ou étude du caractère à partir de la forme du crâne s'est développée au début du XIX siècle à la suite des travaux de Franz Joseph Gall. Celui-ci pensait que chaque type de comportement occupe une zone bien précise du cerveau. D'où l'idée que plus une faculté est développée, plus elle a tendance à déformer les os du crâne. En mettant en relation, chez de nombreux individus, leurs «qualités» (générosité, sens moral, sagesse, religiosité) et la forme de leur crâne, il devrait être possible de dessiner la carte des fonctions du cerveau.

16

Introduction

Mais les plus grosses difficultés étaient ailleurs. La première d'entre elles se trouvait au niveau épistémologique. Comme nous le verrons, la communication est un ensemble de phénomènes d'abord naturels et biologiques avant de devenir culturels et, bien plus tard, industriels. À quel moment, dans cette perspective, quitte-t-on le domaine biologique pour entrer dans celui de la culture? À quel moment doit-on abandonner l'espace poppérien des sciences expérimentales, sciences qui formulent leurs connaissances sous forme de lois universelles pour entrer dans l'espace non falsifiable des sciences humaines, sciences idiographiques par excellence ? Prenons un premier exemple, celui de la définition de l'homme. Pour les sciences naturelles, la question ne fait pas problème. Celui-ci est défini par une bipédie parfaite, une

face courte, un gros cerveau avec un développement
particulier du cortex frontal, les mains libres pendant la locomotion associées à des qualités de dextérité manuelle. Cette définition est-elle pertinente pour les Sciences Humaines? Rien n'est moins sûr. La question est loin d'être résolue comme nous le verrons au chapitre 3. Plus que des critères anatomiques, l'homme se définit, pour les Sciences Humaines, en termes comportementaux et en termes cognitifs. Un homininé pourrait très bien être défini biologiquement comme un homme et être un animal du point de vue comportemental et cognitif. Prenons un second exemple, celui des outils. T. WYNN(1994) rappelle fort à propos qu'il existe deux traditions très différentes pour l'analyse de la technologie des premiers hommes: une tradition naturaliste et une tradition culturaliste. Pour cette dernière, les processus culturels sont 17

Introduction

autonomes par rapport au biologique alors que pour la tradition naturaliste le changement technologique résulte d'une adaptation biologique. Les culturalistes définiront la culture comme un système de significations hiérarchisées qui sert de base à l'action alors que les naturalistes ramèneront la culture à la transmission d'une innovation d'une génération à l'autre.
Ce qui, au niveau de la communication, se traduit par deux pôles théoriques très éloignés, pour ne pas dire contradictoires: l'approche naturaliste postule, à la suite de DARWIN, une évolution progressive, continue, sans changement de nature, entre la communication animale et la communication humqine. Au contraire, pour l'approche culturaliste, il existe une discontinuité radicale entre l'une et l'autre. Ces questions sont d'autant plus difficiles à aborder dans les SIC que celles-ci sont largement sous l'influence de la sociologie durkheimienne.

Pour cette dernière, le propre de l'homme est d'être nécessairement socialisé et, par conséquent dénaturé. Ce qui risque de rendre incongru un questionnement sur un quelconque ancrage biologique de la communication. Certains y verront une tentative de réductionnisme biologique et ne manqueront pas de rappeler la malheureuse affaire du darwinisme social auquel on associe, peut-être un peu rapidement, la sociobiologie d'E. O. WILSON (1975).Il est vrai que, dans la longue tradition des conflits autour de la question de la naturalisation de l'homme, le darwinisme social est coloré d'une idéologie détestable, celle d'une
«

extrême droite biologisante

»

(B. BRUN, 1998 : 179) qui veut

trouver, dans la théorie de l'évolution et dans la sociobiologie, les preuves scientifiques justifiant les
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Introduction

inégalités sociales. D'un point de vue scientifique, la sociobiologie a aussi souffert du discrédit jeté par la sentence, restée célèbre de WILSON,à savoir que les gènes tiennent la culture en laisse. Il ne s'agit pas ici de se réclamer de la sociobiologie, ni d'entrer dans le débat du déterminisme culturel ou du déterminisme biologique de nos comportements, mais seulement d'essayer de contribuer à une meilleure compréhension de l'origine de la communication humaine. Une dernière difficulté provient de la démarcation entre l'histoire naturelle et celle de l'Homme. Les grandes dichotomies produites par notre culture telles que animal/homme, nature/culture, sauvage/civilisé, corps/esprit sont devenues

des catégories a priori qui ne nous préparent pas à explorer
un espace où les frontières sont souvent brouillées. À quel moment, devons-nous abandonner une approche de type écologie du comportement au profit d'une approche de type ethnologique? Doit-on, par exemple, considérer Homo habilis comme un animal ayant réussi une adaptation biologique avec l' outil lithique ou bien comme un humain engagé dans un processus d'adaptation culturelle? Il est évident que ces

choix gouvernent les hypothèses que l'on peut faire sur sa communication intentionnelle qui, au bout du compte, pourrait
bien marquer l'homme. la frontière définitive entre l'animal et

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Première

partie

Communication Communication

animale humaine

Le monde malentendu universel

ne marche

que par le malentendu. s'accorde;

C'est par le

que tout le monde on se comprenait,

car si, par malheur, jamais s'accorder.

on ne pourrait

C. BAUDELAllŒ Mon cœur mis à nu.

Chapitre

1

L'ancrage

biologique

de la communication

Bien souvent, le terme générique d'animal est utilisé pour mieux caractériser l'Homme dans sa spécificité. C'est une façon de penser héritée à la fois de la pensée religieuse (l'Homme est à l'image de Dieu) et de DESCARTES. Pour cet auteur, le langage, par exemple, est le propre de l'Homme et les animaux ne sont que mécaniques sans âme.
Dans La Lettre du 23 novembre 1646 au Marquis de Newcastle, il lui «semble fort remarquable que la parole ne convient qu'à l'homme seul. Car, bien que Montaigne et Charon aient dit qu'il n'y a pas plus de différence d'homme à homme, que d'homme à bête, il n'est toutefois jamais trouvé aucune bête si parfaite, qu'elle ait usé de quelque signe, pour faire entendre à d'autres animaux quelque chose qui n'eût point de rapport à ses passions; et il n'y a point d'homme si imparfait, qu'il n'en use... Ce qui me semble être un fort argument pour prouver que ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est qu'elles n'ont aucune pensée, et non point que leur organe leur manque» (1979 : 1255, 1256).

L'ancrage biologique de la communication

Mais nous savons aujourd'hui, grâce à l'éthologie cognitive, que l'idée selon laquelle la plupart des animaux obéiraient à des instructions pré-câblées est fausse. Un animal est désormais considéré comme un acteur dans le processus adaptatif, un acteur qui sélectionne et traite l'information pour s'adapter. Dès lors, il est possible d'étudier diverses habiletés parmi lesquelles figure la communication.

Une grande

variété de communications

La communication humaine s'ancre dans la biologie, dans le vaste domaine de l'interaction des êtres vivants. L'échange d'information existe à tous les niveaux de la matière vivante. Il commence au niveau de la macromolécule d'ADN ou d'ARN (l'ARN messager), se poursuit au niveau du métabolisme intra et intercellulaire pour s'enraciner dans le système nerveux. Celui-ci est constitué de neurones, cellules de même origine, de mêmes caractères fondamentaux que les autres cellules, mais qui possèdent des prolongements cytoplasmiques de forme spécifique qui s'étendent sur une longue distance. Chaque neurone est lui-même une petite centrale de traitement de l'information. Chacun possède un «centre opérationnel» : le corps cellulaire, qui analyse l'information et décide ou non d'envoyer à son tour un message. Tous les neurones sont connectés entre eux. Les neurones travaillent toujours en réseau pour coupler les surfaces sensorielles (prise d'information sur l'environnement) aux cellules motrices (action sur l'environnement). De quelques milliers chez les échinodermes, les neurones passent à plusieurs

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