BERLIN ENTRE LES DEUX GUERRES : UNE SYMBIOSE JUDÉO-ALLEMANDE ?

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Pendant la République de Weimar, les Juifs allemands, pour la première fois de leur histoire, furent des citoyens à part entière. Les intellectuels et artistes juifs furent nombreux à s'affirmer dans la culture allemande. Leur créativité pouvait donner l'illusion d'une " synthèse germano-juive ", " d'une symbiose judéo-allemande ". Pourtant, comme le dit Gershom Sholem, " les juifs ne se parlaient qu'à eux-mêmes, pour ne pas dire qu'ils s'assourdissaient eux-mêmes ". C'est que les élites culturelles allemandes n'ont porté qu'un intérêt médiocre à leurs interlocuteurs juifs et à leur culture, les amenant ainsi à se questionner sur leur identité.
Publié le : dimanche 1 octobre 2000
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EAN13 : 9782296420403
Nombre de pages : 192
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Berlin entre les deux guerres: une symbiose judéo-allemande?

Collection La Philosophie en commun dirigée par S. Douai//er, J. Poulain et P. Vermeren

Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique. Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de VIe. Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement.

@ L'Harmattan, ISBN:

2000 2-7384-9586-9

Colletion « la Philosophie en COlmnun » dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain et Patrice Vermeren

Berlin entre les deux guerres. une symbiose judéo-allemande?

Textes recueillis par Daniel Aberdam

L' Hannattan 5-7 rue de t'école Polytechnique 75005 Paris - France

L'HannattanInc 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Couverture Lotte Lenya, photographiée par Lotte Jacobi, vraisemblablement en 1928. Photographie reproduite avec l'aimable permission des Archives Lotte Jacobi, Services photographiques, université de New Hampshire, USA

Actes du Colloque tenu à l'Université Stendhal

Grenoble

à l'initiative du Cercle Bernard Lazare

et avec le concours
des Universités Pierre Mendès France et Stendhal et du Musée de Grenoble

Comité d'organisation
Cercle Bernard Lazare - Grenoble
Edith et Daniel Aberdam Janine Alvarez- Pereyre Jacqueline Frank Michèle Ganem Gumpel Liliane Lévy Bérénice Rosanier Irène Saya François Suchod

Université Pierre Mendès France - Grenoble-2 Janine Chêne,Maître de Conférences,Philosophie. Université StendhalGrenoble-3

Nassima Bougherara, Maître de Conférences, Civilisation Allemande.

Remerciements
Le colloque Berlin entre les deux guerres, une symbiose judéo-allemande? s'est tenu à l'initiative du Cercle Bernard Lazare - Grenoble à l'occasion de l'exposition Un siècle d'art à Berlin - la collection de la Berlinische Galerie au Musée de Grenoble. Les organisateurs tiennent à remercier les universités Pierre

Mendès France - Grenoble-2 et Stendhal- Grenoble-3, pour le
concours qu'elles ont apporté à la réalisation de ce colloque. Ils souhaitent tout spécialement exprimer leur reconnaissance à Janine Chêne (université Pierre Mendès France) et à Nassima Bougherara (université Stendhal). Ils tiennent à exprimer leur gratitude au Musée de Grenoble pour avoir accueilli dans ses locaux la table ronde de clôture et le concert l'accompagnant. Ils remercient tout particulièrement le Directeur de la Communication du Musée, Monsieur Tomasini, pour l'aide apportée dans son domaine, et le Commissaire de l'exposition, Madame Besson, qui a accueilli et piloté les intervenants du colloque dans le Musée et l'exposition. Un tel projet ne peut se réaliser sans financement. Que la Ville de Grenoble, le Conseil Général de l'Isère, l'université Pierre Mendès France et l'université Stendhal soient ici remerciés pour leur soutien financier et / ou leur aide en nature.

Prélude, « en revenant de l'exposition »
par Michèle Ganem Gumpel Cercle Bernard Lazare Représentant ici le Cercle Bernard Lazare, initiateur et coorganisateur de ce colloque avec les universités Stendhal et Pierre Mendès France, je vous soumettrai en prélude ces très brèves réflexions, avant l'ouverture au débat que vous proposera M. Gustave Peiser. Lissitzky Eliézer, dit El Lissitzky, né à Potchinok en 1890 et mort à Moscou en 1941, pourrait bien être l'une des figures emblématiques de notre colloque. Il était russe pourtant, l'un des

chefs de l'avant-garde artistique russe - et ne travailla en Allemagne - à Berlin qu'entre 1922 et 1925, après avoir dirigé,
à l'école d'art de Vitebsk, où il avait rejoint Chagall, l'atelier de typographie, dessin et architecture. Et, comme à Iwan Puni, comme à Naum Gabo, Malévitch et Nathan Altman, et tant d'autres artistes, souvent venus de l'Est, Berlin lui fut asile, et ville presque atelier où il lui était possible de poursuivre les débats de l'avant-garde et de mettre en application ses principes artistiques. Les « Proun » témoignent alors de cet « espace imaginaire» où El Lissitzky invite le spectateur à entrer, pour y faire l'expérience d'un nouveau système perceptif. Dans l'espace Proun, le spectateur est libre de circuler, aucun point central ne le retient, le point de fuite étant effectivement rejeté à l'infini... L'infinité virtuelle réalisée ici est, en 1922 et 1923, dates de la Première exposition d'art russe à la galerie berlinoise Van

Diemen, puis de la grande exposition d'art de Berlin, comme le signe ou le symptôme d'une société en rupture où l'artiste affirme et défend le rôle social de l'art, et rejette le vieux monde. El Lissitzky avait d'abord fait une plongée dans l'art populaire et religieux juif, en Russie, et avait participé à un mouvement de légitimation de cet héritage culturel, en particulier entre 1912 et 1916, au sein d'une mission ethnographique dans la zone de résidence juive de Saint Pétersbourg. Il avait illustré Had Gadya, « mon père acheta une chèvre pour deux sous », et d'autres ouvrages en yiddish: il y utilisait par exemple l'arche et les lettres hébraïques comme des éléments à part entière dans la composition et c'était déjà une façon de conjuguer la tradition et les dernières recherches théoriques de l'art occidental. C'est ce que l'on retrouve en 1922, fortement affirmé, dans l'illustration de « Ticket de bateau », Six nouvelles avec des fins faciles de Ilya Ehrenbourg. Dernière des œuvres d'El Lissitzky sur un thème juif, ce collage très complexe réorganise la perspective: c'est simultanément vouloir réorganiser la vie, réellement, concrètement, ouvrir un nouvel horizon d'expériences dans un monde d'après la Révolution. Entrés dans cet espace Proun, que nous serions tentés de désigner comme un « incunable du xxe siècle », pour reprendre une formule de Jorn Merkert, directeur de la Berlinische Galerie, nous voilà face à l'Histoire, et à Berlin, devant ces œuvres choisies au sein d'une très importante collection témoignant d'un monde fiévreux, tout en tensions, en éruptions et en menaces, Berlin, creuset essentiellement urbain où se concentrent des forces intellectuelles et créatrices extraordinaires. «Quand vous aviez Berlin avec vous, disait Carl Zuckmayer, le monde entier vous appartenait.» Et puis aussi: «Berlin avait le goût de l'avenir. » Il nous reste à déchiffrer et questionner, au long de ce parcours, avec en mémoire bien des jalons offerts par la présentation d'une partie importante de la collection de la Berlinische Galerie, au Musée de Grenoble, parmi lesquels, pour

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ne faire que nommer quelques œuvres et quelques noms: le Masque debout, d'Otto Freundlich, le Musicien synthétique, d'Iwan Puni, les constructions et sculptures de Naum Gabo, Mes parents, d'Issai Kulvianski, Portrait de femme, de l'artiste photographe Yva (Else Simon, morte à Maïdaneck-Lublin en 1942). Enfin, La Place démente et l'Autoportrait au linceul, (sous-titré portrait de groupe) : deux œuvres du peintre Felix Nussbaum, sans doute prémonitoires, et terrifiantes. Depuis l'autodafé des toiles des peintres exclus jusqu'à l'extermination programmée, de 1931 à 1942, c'est désormais le récit sinistre du naZIsme. En 1940, rendant hommage à Walter Benjamin, le philosophe et l'ami qui s'était suicidé à Port-Bou, traqué alors qu'il tentait le passage de la frontière franco-espagnole, Théodor Adorno disait: « Il est perdu maintenant, ce regard qui voyait le monde du point de vue des morts, comme s'il se tenait là, devant lui, dans l'obscurité du soleil: le monde est exactement tel qu'il apparaît au regard de ceux qui ont disparu, tel il est. » C'est le même regard mortellement triste qui est là, dans l'autoportrait où Felix Nussbaum se représente, témoin lucide, ironique et désolé d'un monde où « l'ombre du fascisme portait loin », pour citer encore Adorno. Berlin avenir, Berlin et ses ruines amoncelées aux pieds d'un certain Ange de l'Histoire, Berlin espace Proun peut-être encore: ainsi pouvons-nous aborder ces Perspectives allemandes, pour reprendre le titre d'une œuvre du début des années soixante du peintre WolfVostell. Notre interrogation a voulu se porter sur la place et la part des Juifs allemands et des Juifs venus de l'Est dans la vie berlinoise d'entre les deux guerres, et nous avons demandé aux éminents et éminentes spécialistes qui vont intervenir ces deux jours de nous apporter l'éclairage de leurs disciplines respectives dans le débat sur la réalité contestée / contestable d'une symbiose judéo-allemande problématique, voire négative.

Il

Introduction
par Gustave Peiser Professeur émérite, Université Pierre Mendès France - Grenoble-2 Le colloque d'aujourd'hui présente un paradoxe qui consiste à lier le thème d'une possible symbiose judéo-allemande sous Weimar- donc de 1919 à 1933 - à une exposition Un siècle d'art à Berlin, la collection de la Berlinische Galerie, présentée au Musée de Grenoble. Cette exposition met en valeur les aspects
successifs de la création artistique à Berlin tout au long du xxe

siècle, incluant le début du siècle aussi bien que la période de Weimar. Elle laisse de côté la période 1933-1945 pour reprendre dans l'art, moins riche, il est vrai, du Berlip ou plutôt des deux Berlin d'après la deuxième guerre mondiale. Elle porte sur une période plus étendue que celle de notre colloque. En revanche, elle est bien plus réduite dans son thème, car, naturellement, elle est consacrée uniquement aux arts plastiques. Elle ne peut traiter ni la musique, ni la littérature, ni le cinéma, ni évidemment tout ce qui n'est pas art, religion, philosophie, politique... Enfin, l'exposition ne se réfère à aucune relation spécifique entre le judaïsme et l'Allemagne, alors que c'est l'objet même du colloque. A priori, on pourrait en conclure qu'elle ne constitue qu'un prétexte plus ou moins vague pour un colloque sur un thème très différent. Pourtant, les liens entre l'exposition et le colloque sont peutêtre plus intimes qu'il ne paraît au premier abord: la courte période de Weimar est cette période charnière, heureuse et

malheureuse où tous les arts modernes et provocants explosent à Berlin. Le mouvement Dada en constitue une des meilleures expressions. Cette période sous-tend déjà que la guerre de 19141918, malgré ses millions de morts, n'a rien réglé, que ces morts sont morts pour rien, et qu'une autre folie, pire encore que la précédente, se prépare. Et ce n'est pas pour rien que Berlin, capitale d'une Allemagne pour le moment vaincue, deviendra le centre de cette vie artistique en ébullition. Cette explosion artistique est liée à l'implosion des structures politiques allemandes traditionnelles. Si on met à part l'Union Soviétique, la révolution politique allemande que constitue la république de Weimar et sa constitution ébranlent les bases du système institutionnel allemand. N'oublions pas que la République a été précédée de tentatives d'implantation d'un régime communiste à Berlin et à Munich. Mais la constitution de Weimar, qui vivra quatorze ans, établit un ordre démocratique et bourgeois qui constitue en Allemagne une nouveauté révolutionnaire. Alors que les autres pays d'Europe occidentale, et surtout la Grande Bretagne et la France, étaient depuis plus ou moins longtemps des démocraties, la résistance de la caste militaire, de la noblesse, l'absence d'une bourgeoisie revendiquant la démocratie n'ont pas permis l'établissement d'un régime stable. Certes, qu'on ne s'y trompe pas, l'empire de Guillaume 1er ou de Guillaume TI était plus libéral qu'on le suppose souvent, mais c'était une sorte de libéralisme octroyé pour éviter la participation des masses à la conduite des affaires. Weimar sera certes un échec, il est inutile de le rappeler, mais les Constituants de Bonn de 1949 en tireront les leçons. Et puis, il y a les Juifs. Certes, la présence juive était très ancienne en Allemagne. Mais aux Juifs anciennement implantés vont s'ajouter, avant et après la guerre de 1914-1918, les immigrants de Pologne ou de Russie, les Ostjuden, parlant le yiddish, et généralement rejetés, voire détestés par les Juifs allemands qui ne se reconnaissaient pas dans leur culture, et craignaient le développement d'uh nouvel antisémitisme

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s'ajoutant à l'antisémitisme traditionnel. Le passage de centaines de milliers de Juifs en Allemagne entre 1880 et 1920 laissa sur place quelque deux cent mille personnes, si bien que l'Allemagne comptait environ cinq à six cent mille Juifs à cette époque. Mais la coupure dans la population juive était extrêmement vive, développant de forts sentiments de rejet, largement repris dans la littérature (juive ou non) du début du siècle.

Ce rejet des Juifs de l'Est par les Juifs allemands - ou Allemandsjuifs - était d'autant plus marqué que ces derniers se
ressentaient comme membres d'une des nations les plus civilisées de la terre, la nation allemande. Cette forte conscience d'appartenance à l'Allemagne se traduit pleinement au sein des institutions juives, souvent très patriotes. Ce patriotisme s'exprime sans faille en 1870-1871 et 1914-1918. Dans l'espace socio-économique, les Juifs allemands ont pris une part importante non pas tant dans la finance, contrairement à des idées reçues, que dans la presse, l'édition, la médecine, le droit. Si un certain antisémitisme règne partout, il est certainement moins virulent en Allemagne qu'en Russie, où les pogroms se succèdent depuis 1880, et même en Europe occidentale, et particulièrement en France, où il s'exprime violemment dans la littérature et dans la presse. Mais les Juifs en Allemagne ne peuvent devenir hauts fonctionnaires ni officiers dans l'armée, contrairement à la situation qui prévaut en France. Walter von Rathenau, ultra allemand, et juif, sait, lorsqu'il intègre volontairement l'armée allemande, qu'il restera sous-officier, à un moment où, en France, il y a un certain capitaine Dreyfus. La république de Weimar va donc libérer les Juifs de tout statut d'infériorité, et ils pourront accéder à toutes les fonctions. En théorie, on a donc là une situation tout à fait nouvelle, et peut-être unique en Europe: l'existence d'une forte élite d'origine juive, ayant, plus qu'ailleurs, participé au

développement- économique peut-être - culturel certainement,
et qui se voit accorder maintenant tous les droits du citoyen et de

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la participation politique. Walter von Rathenau représente fort bien cet enchevêtrement judéo-allemand: homme riche, ultranationaliste allemand, inventeur de génie, il est aussi écrivain, tout au moins écrivain politique, mais il ne deviendra ministre que sous Weimar. Peut-être son assassinat en 1922 préfigure-t-il, à onze ans de distance, la chute de la république de Weimar. Ainsi, trois conditions de cette symbiose sont réunies: - développement des arts et de la culture, - régime démocratique, - intégration très forte des Juifs en Allemagne. Elles sont nécessaires. Sont-elles suffisantes? C'est au colloque de chercher une réponse, et non à moi. Voilà au fond l'objet du colloque: rechercher si d'autres conditions se sont ajoutées à ces conditions nécessaires pour que cette symbiose se réalise. Si l'on regarde de plus près les interventions programmées au colloque, on peut les classer en trois catégories, qui seront abordées plus ou moins explicitement par les intervenants: le domaine politique et sociologique, le domaine des arts et des lettres, le domaine de la religion. Dans le domaine politique et sociologique, il est essentiel de recentrer le cadre historique de cette courte période, de 1919 à 1933, marquée par une révolution, une inflation sans limite, et plus tard, un chômage colossal. On pourrait dire qu'en réalité la république de Weimar n'aura existé qu'entre 1924 et 1929. Rita Thalmann nous parlera de «La république de Weimar, un espoir déçu. » Après ce hors d' œuvre fondamental, le plat de résistance, les arts, les lettres et la culture. C'est surtout par l'écriture, par la langue allemande, considérée comme la langue de la civilisation, que les Juifs ont participé à la culture allemande. Else Lasker Schüler, vue par Régine Pietra, est la représentante la plus parfaite de l'esprit de Weimar. Liée à tous

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les artistes de l'époque, elle transfigure la réalité dans sa poésie. Elle prête à ce monde ses sentiments amoureux, son inquiétude religieuse, où judaïsme et christianisme se mêlent. Arnold Zweig, moins romanesque et plus politique, montrera, au lendemain de la première guerre mondiale, les effets de la guerre sur les différentes classes de la société. Norman Thau nous en entretiendra. Else Lasker Schüler et Arnold Zweig sont bien des écrivains, des écrivains de Weimar. Peut-on en dire autant de Gershom Sholem, évoqué par Denis Charbit? Historien de la Kabbale, il est également analyste politique de la relation et du dialogue judéo-allemands, dont il nie la réalité avec vigueur. S'agissant de Heine, romantique et politique, peu d'œuvres ont suscité autant de passion, peu de morts sont restés aussi vivants. Il est considéré par tous comme un phare spirituel, bon européen, médiateur entre le romantisme et la raison, entre l'Allemagne et la France, prophète de la révolution prolétarienne, cauchemar des réactionnaires, ami des socialistes exilés. Il n'est pas surprenant qu'il ait laissé des fils dont nous parlera JeanPierre Faye. Quant à Victor Klemperer, il commence par s'intéresser à Montesquieu, aux littératures française et italienne. Puis, maltraité par les nazis, il travaillera clandestinement et finira par publier une analyse de la langue du Ille Reich. Pourtant, alors qu'il vit jusque dans les années soixante, il ne se détourne pas de l'Allemagne, en choisissant l'Est. Sonia Combe le considère comme un cas atypique. Aucune période de l'histoire allemande depuis l'invention du cinéma au début du siècle jusqu'à aujourd'hui ne fut plus fertile pour le cinéma allemand que la période de Weimar. Jamais le cinéma allemand ne retrouvera un tel éclat. Qu'il s'agisse de Max Reinhardt, de Ernst Lubitsch, de Carl Mayer, et de tant d'autres, juifs ou non, ce fut un éblouissement, dans le parlant comme dans le muet. Le cinéma constitue-t-il un élément de la symbiose judéo-allemande? Claude Labrue nous répondra.

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La musique est un art auquel les Juifs ont contribué depuis longtemps, soit comme compositeurs, soit comme interprètes. Pascal Huyhn nous entretiendra de l'antisémitisme qui sévissait à l'encontre des compositeurs tels que Schonberg, qui, bien qu'admirateur de Wagner, donna au dodécaphonisme ses lettres de noblesse. Cette révolution musicale fut alors qualifiée d'art décadent. Parallèlement à la littérature, et à l'art proprement dit, Martin Buber introduit le facteur religieux, l'annonce messianique. Certes il se passionne pour la relation judéoallemande, mais il met en évidence la valeur primordiale de la judéité et le message universel du judaïsme qui s'opposent radicalement au romantisme allemand, comme nous l'expliquera Henri Cohen SolaI. Walter Benjamin, critique de la symbiose judéo-allemande, développe un messianisme biblique, une langue adamique originelle, qui ne se contenterait pas de décrire les choses, mais de révèle leur essence. C'est Jean Caune qui nous le présentera. Politique, littérature, arts, messages messianiques ont-ils contribué à l'existence d'une symbiose judéo-allemande ou bien celle-ci ne fut-elle qu'un leurre? La suite de ce colloque nous le dira peut-être.

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«Was ist Seelenmargarine ? » « Qu'est-ce que la margarine de l'âme? »1
par Nassima Bougherara Maître de conférences Département d'Études Allemandes et Néerlandaises Université Stendhal- Grenoble-3 «Un siècle d'art à Berlin, La collection de la Berlinische Galerie» Musée de Grenoble

20 juin-l

er

novembre 1999

« Un siècle d'art à Berlin, La collection de la Berlinische Galerie» n'est pas une exposition rétrospective et historique, au sens où elle s'annonce confusément sur les affiches distribuées au centre 2 de la ville et dans les médias : Un siècle d'art à Berlin - Musée de Grenoble, mais un essai de représentation esthétique de la création artistique berlinoise, surprenante par sa disparité, et limitée aux œuvres prêtées par la Berlinische Galerie, comme
1Tract publicitaire, Hanovre, 30 décembre 1923, présent en salle 6 de l'exposition: Le Cabinet Dada. Nassima Bougherara: «La politique culturelle national-socialiste

et l'art dégénéré - Münich 1937», in Revue de l'Institut des Langues
Etrangères, Université d'Alger, décembre 1990. 2 Olivier Céna, « Votez Georges Bouche », Télérama n02592, 15 septembre 1999, p. 56.

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