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Colonisations et société civile en Afrique

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178 pages
L'étude de l'Afrique a sans nul doute partie liée à la reconstruction entreprise par Habermas pour expliquer, par la métaphore de la colonisation du monde vécu, l'érosion de la culture, de la société et de la personnalité, les trois composantes cardinales du monde quotidien. Parce qu'une telle colonisation renvoie au modèle colonialiste historique et classique, le défi politique majeur pour l'Afrique est la décolonisation systémique. Pareille décolonisation est à organiser sur les cendres de la colonisation historique.
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Yao-Edmond KOUASSIColonisations et société civile en Afrique
L’étude de l’Afrique, de l’État de droit, de l’intégration démocratique
nationale et post-nationale, de l’éthique, de la confiance
institutionnelle, de la société civile et des droits de l’homme a sans
nul doute partie liée à la reconstruction entreprise par Habermas Colonisations
pour expliquer, par la métaphore de la colonisation du monde vécu,
l’érosion de la culture, de la société et de la personnalité, les trois et société civile en Afrique composantes cardinales du monde quotidien.
Parce qu’une telle colonisation renvoie au modèle colonialiste
historique et classique qui a consisté en la désagrégation des sociétés
archaïques par des conquérants issus de sociétés étatisées, et qu’elle
a entraîné la déréglementation des cadres tribaux de perception
de soi et le calvaire des colonisés, le déf politique majeur pour
l’Afrique est la décolonisation systémique.
Pareille décolonisation est à organiser sur les cendres de la
colonisation historique. Elle sera l’affaire des citoyens volontaires des
sociétés civiles vivaces ou ne sera pas, à moins d’attendre le salut de
l’Afrique d’un État interventionniste.
Préface d’Abou Karamoko

Yao-Edmond Kouassi, maître de conférences en philosophie
politique, sociale et juridique, est enseignant-chercheur à l’Université
Alassane Ouattara (Bouaké, Côte d’Ivoire). Il a publié Habermas et
la solidarité en Afrique, ouvrage paru en 2011, chez L’Harmattan.
Il est engagé dans différents programmes de recherche en philosophie
contemporaine, en relation étroite avec la composante Normes, sociétés
et philosophies (NoSophi) de l’équipe de recherche de l’Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne, dirigée par Jean-François Kervégan.
ISBN : 978-2-343-04787-4
17 e
Yao-Edmond KOUASSI
Colonisations et société civile en Afrique
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Colonisations et société civile
en Afrique


Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen

Dernières parutions

Simon-Pierre E. MVONE-NDONG, Regard critique sur
la médecine traditionnelle au Gabon, 2014.
SimMédecine
traditionnelle et médecine scientifique, 2014.
Simon-Pierre E. MVONE-NDONG, La rationalité de la
médecine traditionnelle, 2014.
Mariella VILLASANTE CERVELLO, Le passé colonial
et les héritages actuels en Mauritanie, État des lieux de
recherches nouvelles en histoire et en anthropologie
sociale, 2014.
Abdoulaye Aziz NDAW, Sécurité pour l’émergence du
Sénégal, 2014.
Patrick HINNOU, Négocier la démocratie au quotidien,
2014.
Chrysostome CIJIKA KAYOMBO, Quelles stratégies
pour une éducation idéale en Afrique ?, 2014.
Augusto OWONO-KOUMA, Les essais de Mongo Beti :
développement et indépendance véritable de l’Afrique
noire francophone, 2014.
Augustin Jérémie DOUI-WAWAYE, Repenser la sécurité
en République centrafricaine, 2014.
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2014.
Mohamed Abdoulay DIARRA, Profession : marabout en
milieu rural et urbain. L’exemple du Niger, 2014.
Charles-Pascal TOLNO, Afrique du Sud, Le rendez-vous
de la violence, 2014.
Koffi Matin YAO, Famille et parentalité en Afrique à
l’heure des mutations sociétales, 2014.

Yao-Edmond Kouassi













Colonisations et société civile
en Afrique


Préface d’Abou Karamoko


















































































































































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04787-4
EAN : 9782343047874









Colonisations et société civile
en Afrique

« Collection Études africaines »

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À ma Mère, Yao Amoin Thérèse :
Modèle d’engagement et de solidarité !

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10Sommaire
Préface ........................................................................... 13
Remarques introductives ............................................... 15
Première partie
L’Afrique en contexte de colonisation historique ......... 23
Deuxième partie
L’Afrique en contexte de colonisation systémique ....... 57
Troisième partie
L’Afrique, les sociétés civiles
et les droits de l’homme ................................................ 105
Remarques finales ......................................................... 149
Bibliographie ................................................................. 157

11

12Préface
Enseignant-chercheur ivoirien, Monsieur Kouassi
YaoEdmond est l’auteur d’une thèse que le professeur Marc
Jimenez (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et moi-même
avons dirigée jusqu’à soutenance en octobre 2004. Le sujet de
Monsieur Kouassi, Citoyenneté et nationalité(s) chez
Habermas, a porté sur l’intégration démocratique nationale et
post-nationale par le droit démocratiquement institué certes,
mais également par des droits réels dans lesquels l’on peut
reconnaître le visage d’une société solidaire et intégrée. Si le
premier ne souffre d’aucune discussion, les seconds sont sans
cesse à réévaluer, donc susceptibles d’accueillir des discussions.
C’est fort de ces préalables (méthodologiques) que Monsieur
Kouassi a pu produire différentes réflexions réunies sous le
titre : Colonisations et société civile en Afrique.
En plus de faire le bilan de ses recherches post-doctorales, ce
deuxième ouvrage, après Habermas et la solidarité en Afrique,
soulève des préoccupations allant du désir de liberté
démocratique des hommes, des Africains et Ivoiriens, en
particulier, au renouvellement du rapport des élites
postcoloniales à la chose publique. Ces élites n’ont pas à distraire,
soutient avec conviction le Chercheur, le droit au point de le
revêtir du vernis de la cohérence formelle, voire de le subvertir ;
elles n’ont pas non plus à ruser avec la tâche essentielle de
reenchantement par le canal du droit démocratiquement institué et
soumis à la discussion des mondes désenchantés.
Soucieux de questionner la réalité, sa réalité, l’auteur a
rappelé ce qui – en regard du nouvel esprit démocratique
reconstruit de David Thoreau à Jürgen Habermas en passant par
Emmanuel Kant, Friedrich Hegel, Hannah Arendt, John Rawls,
Aimé Césaire, etc. – ralentit voire annule les efforts des uns et
des autres pour asseoir une société réunifiée, intégrée et
solidaire. Monsieur Kouassi est, par conséquent, conscient du
traumatisme subi par tous, qu’il faut chercher à surmonter en le
rendant explicite dans la discussion ; toute attitude contraire
serait un clou/flou supplémentaire à la modernité comme projet
inachevé. Il est également conscient de la complexité des

13mondes vécus africains doublement éprouvés par le rabot de la
colonisation historique (réelle) et juridique (systémique) qui
tend à les robotiser et/ou à les aseptiser.
C’est pourquoi, au terme de chaque partie (il en existe trois
(3) en tout), M. Kouassi propose des résultats critiques
indiquant non seulement clairement les avancées sur le chemin
de l’émancipation collective mais aussi les écueils. Ceux-ci ont
pour noms : lassitude des élites, juridisme des cours et des
défenseurs des droits de l’Homme, nationalisme étroit et
« éthocratie ». Celles-là se rapportent à la reconnaissance
formelle par la plupart des Africains, de l’État de droit
démocratique couplé aux droits de l’Homme, de l’usage public
des idées et des valeurs éthico-morales. Toutefois, la
reconnaissance formelle sans l’exemplarité de la pratique ne
saurait suffire à sauver les peuples des États post-coloniaux de
la Force pour les ramener dans le giron du vivre-ensemble
exclusivement ordonné par le Droit : médium par excellence de
l’intégration des sociétés complexes.
Abou KARAMOKO


14Remarques introductives
Conformément aux perspectives de recherche que nous
offrait notre thèse sur la citoyenneté démocratique à partir des
écrits politiques de Jürgen Habermas, nous avons engagé
différentes réflexions sur les conditions de l’intégration sociale
au seuil des sociétés complexes. Elles partent du
questionnement de la société la plus proche, en l’occurrence la
société ivoirienne, à la société mondiale. Au terme de ce
parcours, il apparaît que la complexité du monde, qui joue
ouvertement contre l’intégration nationale et post-nationale, est
réelle et observable dans les conflits sociaux, politiques,
économiques, moraux, éthiques et juridiques, de même que
dans le recul de la solidarité au moyen des idées comme des
actes. Aussi, en renforçant la démocratie ou en la radicalisant, à
travers le jeu des acteurs faisant un usage public de la raison en
écho dans la politique délibérative et en se rapportant, en
particulier, au droit comme un système de normes juridiques, à
la fois clos et ouvert, partant, susceptible d’accueillir la
discussion sous les conditions de l’éthique de la discussion, les
sociétés actuelles pourraient répondre à l’appel de l’intégration
et faire ainsi échec à la division, à la guerre et à la barbarie.
Il faut en convenir, le droit démocratiquement institué reste
incontestablement le pilier de l’intégration recherchée qui est
une des exigences de notre époque. Entre avoir des sociétés
intégrées ou revoir les barbaries d’une autre époque, les
réflexions qui suivent, sont à ranger du côté de la première
hypothèse. En d’autres termes, il s’agit de réflexions qui vont
contre la barbarie, la combattre à l’aide du droit, des droits de
l’Homme opposables, de la solidarité par les idées et les actes,
de la confiance institutionnelle et de l’éthique.
Contre le spectre d’une certaine éthocratie, le cinquième
chapitre intitulé « Remarques sur l’éthique contemporaine.
L’éthocratie est-elle à nos portes ? », est un texte qui
recherche le ton de la modestie des ambitions, étant donné que
le faillibilisme n’est pas une illusion de la raison. Se savoir
faillible, c’est accepter de sortir des rêves de grandeur du « je »,
pour ne pas dire de la subjectivité. C’est clairement un appel à

15l’intersubjectivité et à l’altérité. Notre intérêt d’interroger les
sociétés actuelles reprend cette ambition de l’altérité et de
l’intersubjectivité comme des vecteurs essentiels du
vivreensemble. Quant au troisième chapitre, « L’autonomie du
droit a-t-elle un sens face à la colonisation du monde
vécu ? », il est une interrogation qui vient décliner les modalités
(juridiques) par lesquelles une société mutilée, comme le dit
Adorno, peut encore poursuivre sa marche vers l’intégration.
Elle devra faire sienne la double posture face au droit que
résument les expressions autonomie rationnelle et autonomie
relationnelle du droit. Elles tendent à dire que la justice, l’ordre,
le progrès, finalités premières, si ce n’est même immémoriales
du droit, comme le fait remarquer, par ailleurs, François Terré,
exigent de lui par la distinction même de son essence et son
existence, la nécessité d’éviter l’écueil de la démesure dans
l’expression ostensible des modèles de comportement et des
règles de vie juridique, en société.
Toutefois, la conscience d’avoir été mutilé par la
colonisation peut conduire sur le chemin de la gloire et de la
grandeur autant que sur celui de la misère et du déclin, si l’on
ne saisit pas le cours juridique du monde, tel qu’analysé au
premier chapitre, « Grandeur et misère de la conscience
césairienne ». Ce n’est pas, en effet, entreprendre une marche à
pas forcés de Césaire et d’Habermas que de voir et concevoir
les écrits, les vers, les cris de désespoir appelant reconnaissance,
réhabilitation et réparation du premier (Césaire) sous l’angle des
mises en forme juridiques des revendications, suggérées par le
second (Habermas), surtout lorsqu’il passe pour être un
défenseur déclaré des droits de l’Homme.
Et, autant l’on peut réconcilier Césaire et Habermas sous le
toit du droit, autant l’on peut réunir certains des écrits de Weber
et Césaire sous le signe du désenchantement du monde ; l’un
pleure son pays natal perdu, l’autre réinterroge les ordres de
légitimités remis en cause. En effet, le philosophe allemand a
bien raison d’accorder des charges particulières à
l’administration qui accueille le droit comme une des conditions
majeures de son existence et de celle de la société tout entière,
après la désuétude déclarée du Charisme et du Sacré. C’est
pourquoi, toute volonté de re-enchantement du monde, de
quelque lieu qu’elle provienne, devrait emprunter la voie du

16