Conférences de Stuttgart

De
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Les Conférences ont été publiées dans les Oeuvres de Schelling en 1860. Ce texte, compilé à partir des notes préparatoires du philosophe lui-même et d'un des auditeurs de ces leçons, est reproduit ici en langue allemande. Ces Conférences présentent un véritable exposé en raccourci de la pensée schellingienne dans son mouvement vers les philosophies négatives et positives.
Publié le : dimanche 1 février 2009
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EAN13 : 9782296215689
Nombre de pages : 278
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CONFÉRENCES
STUTTGARTER

DE STUTTGART
PRIVA TVORLESUNGEN

Ouverture philosophique Collection dirigée par Dominique Chateau, Agnès Lontrade et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Philippe S. MERLIER, Patoéka. Le soin de l'âme et l'Europe, 2008. Michel FA TT AL, Image, Mythe, Logos et Raison, 2008. Max-Henri VIDOT, L 'Humanisme éthique et ses fondements historiques, 2008. Bertrand DEJARDIN, L'Art et l'illusion, Ethique et esthétique chez Freud, 2008 Stéphanie GENIN, Le Guépard ou la Mélancolie du prince, 2008. Philippe SECRET AN (Trad. et prés.), Etudes autour de Xavier ZUBIRI: Dieu, les religions, le bien et le mal, 2008. Jean-Pierre Emmanuel JOUARD, Le principe de justice. Quatre leçons de philosophie morale et politique, 2008. Paul DUBOUCHET, Droit et épistémologie. L'organon du droit, 2008. Nassim BENAISSA, Folie et nihilisme. Essai d'interprétation philosophique du Don Quichotte de Cervantès, 2008. Virginie BOUTIN, Petite scénologie de la pensée, 2008. P. RIVIALE, L 'homme vivant et le matérialiste imaginaire, 2008. E. GABELLIERI, M. C. LUCCHETTI BINGEMER, Simone Weil. Action et Contemplation, 2008. Cécile VOISSET-VEYSSEYRE, Hobbes philosophe redoutable? Des Amazones et des hommes, ou le contrat selon Hobbes, 2008.

FRIEDRICH W. J. SCHELLING

CONFÉRENCES
STUTTGARTER

DE STUTTGART
PRlVATVORLESUNGEN

Version inédite, accompagnée du texte des Œuvres, publiée, préfacée et annotée par MIKLOSVETO

Seconde édition corrigée et complétée

L'HARMATTAN

Première édition
Bottega d'Erasmo, Torino, 1973

@ 5-7,

L'Harmattan,

2009 75005 Paris

rue de l'École-Polytechnique;

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmatran@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07399-9 EAN : 9782296073999

A la mémoire de Horst Fuhrmans

PREFACE A LA SECONDE EDITION

La première édition de cet ouvrage, parue il y a trente-cinq ans, est désormais inaccesible. Nous avons résolu de présenter une seconde édition qui reproduit, inchangés, les textes de Schelling et seulement quelques corrections et compléments dans l'apparat, qui d'ailleurs pour l'essentiel, ont df/à figuré dans l'Appendice de notre ouvrage Le Fondement selon Schelling, 1977 (2e éd 2002). Des nouvelles mises au point concernant les sources possibles de ces leçons, de même l'uniformisation des riférences devront attendre jusqu'à la parution du texte dans la Historisch-Kritische Ausgabe des oeuvres de Schelling en cours. Quant aux références aux autres auteurs allemands, elles sont également reproduites sans changement, sans mise àjour. Paris, janvier 2008

PREFACE

L'édition critique des Œuvres Complètes de Schelling est en préparation, mais plusieurs décenniessepasseront avant que les Nachschriflen soient imprimées. En attendant, nous avons cru utile depublier les notes qu'E. F. Ge01;gii vait prises en 1810 lors des entretiensphilosophiques connus sous le a nom de Stuttgarter Privatvorlesungen. Elles ont été dijà utiliséespar K. F. A. S chellingpour établir le texte de l'édition Cotta, texte que nous réimP171nons dans cet ouvrage. Nous complétons notre édition par les brèves remarques trouvéesdans le calendrierde Schellingpour l'année 1810 et par les lettres que le philosophe avait adressées à Georgii à propos des entretiens. Nous

6

PREFACE

reproduisons le texte de K. F. A. S che/ling pratiquement sans changement et nous conservons l'orthographe primitive des notes de Georgii, du calendrier et de ce/les des lettres dont nous avons pu obtenir l'original. Nous tenons à exprimer nos remerciements à tous ceux qui nous ont aidé dans la rédaction de cet ouvrage. Monsieur le Professeur H. Fuhrmans a déchiffré certains manuscrits difficilement lisibles, le R P. X. Tilliette S.]. nous a assisté surtout dans la recherche des sources schellingiennes, Monsieur le Professeur W Grube nous a communiqué des renseignements biographiques sur certains membres du cercle de Georgii et le Docteur D. Kuhn a généreusement revu et corrigé notre transcription impaifaite du manuscrit de Georgiz~ Finalement ma femme et Monsieur G. R Ingram ont re/u le texte français eny apportant maintes corrections et améliorations.

Nous étendons notre reconnaissance à la direction du SchillerNationalmuseum Cotta-Archiv (Stiftung der Stuttgarter Zeitung), qui a mis à notre disposition une xérocopie du manuscrit de Georgii, et à celle de la Deutsche Akademie der Wissenschaften zu Berlin, LiteraturArchiv des Instituts für deutsche Sprache und Literatur, qui nous a fait parvenir desphotocopies du calendrierde Schellingpour l'année 1810 et du
brouillon de sa seconde lettre du 18 février 1810 à Georgii
,.

enfin à l'American

Philosophical S ocieryde Philadelphie qui nous a rendu possible un sijour de recherchesà Bonn en 1965. La publication des inédits a été autoriséepar le Musée National Schiller et les Archives de Littérature de l'Académie Allemande des Sciences.
New Haven, juillet 1972

INTRODUCTION

HISTORIQUE AUX

ET PHILOSOPHIQUE

CONFERENCES

DE STUTTGART

I. L'ACTIVITE LITTERAIRE DE SCHELLING EN 1810

L'année 1810 a été d'une importance essentielle pour Schelling: elle vit l'épanouissement de cette correspondance avec Pauline Gotter qui devait conduire à leur mariage en 1812, et ce fut dans ses derniers mois qu'il se mit à travailler sur les premiers brouillons de sa grande œuvre, Les Ages du Monde, restée à l'état de fragment. Cependant avant d'inaugurer sa nouvelle philosophie « historique », Schelling va exposer sa pensée pour la dernière fois dans une forme plus traditionelle. Cet exposé est ce qu'on est convenu d'appeler les Conférencesde Stuttgart. Sans doute, il ne s'agit que d'un squelette de traité, d'une esquisse, d'un texte très court, plein de schémas, de raccourcis et d'énumérations; il reste cependant qu'à côté du Système de toute la philosophie professé en 1804 à Wurzbourg, les Conférencessont le seul écrit de Schelling qui s'étende sur toutes les domaines de sa pensée: l'ontologie générale, la philosophie de l'histoire de la philosophie, la philosophie de la nature et la philosophie « idéale ». Rien n'est vraiment élaboré et tout reste au niveau d'une ébauche souvent hâtive, mais cette ébauche semble résumer tous les thèmes essentiels de la grande décennie de Schelling, à partir des perspectives de la philosophie intermédiaire (1806-1821) et dans son magnifique langage. De même que le système de Wurzbourg n'a vu le jour qu'après la mort de l'auteur, les Conférences de Stuttgart, elles non plus, ne seront publiées que par son fùs à partir des deux manuscrits dont le philosophe parle

10

INTRODUCTION

lIISTORIQUE

ET PHILOSOPHIQUE

dans son testament littéraire1 : ses propres notes préparatoires et la Nachschrift de son ami, le Président Georgü. Schelling lui-même trouve que ses notes contiennent beaucoup d'imperfections et il laisse au jugement de son fùs de les publier in extenso ou seulement partiellement2. Les deux manuscrits ont été brûlés lors de l'incendie qui détruisit le Nachlass de Munich, mais il y a une quinzaine d'années Horst Fuhrmans a réussi à retrouver une copie du texte de Georgü dans les Archives Cotta du Musée Schiller à Marbach3. Grâce à sa découverte nous sommes maintenant en mesure de reconstituer presque toute la matière des Conférencesde Stuttgart, car même si les notes propres de Schelling sont irrémédiablement perdues, c'est elles que les 64 pages des Oeuvres suivent (cf. 7, VIII). Autrement dit, nous possédons un des deux manuscrits de base et presque tout le contenu de l'autre4. Sans pouvoir apporter une modification radicale de nos connaissances sur la pensée
t

7,419-484.7

et d'autres

chiffres

de 1 à 14 indiquent

les volumes

de Schellings

séimmtliche Werke, ed. K. F. A. Schelling, Stuttgart, 1856 ff. Pl. 1, 2, 3 correspondent à Aus ScheJJings eben in Briefen, ed. G L Plitt, 1, 2, 3, Leipzig, L 1869-1870. 2 Schelling parle dans ce texte daté du février 1853 « ...des Entwürfe zu meinem
1810 in Stuttgart vor einem Freunden-Kreis gehaltenen Privat-Vorlesungen (aIs Hilfsmittel der Entzifferung kann eine beiliegende Nachschrift von der Hand des sel. Prasidenten Georgii dienen). Ob ganz, ob theilweise zu benützen, penes vos judicium sit. Uebrigens ist viel Unvollkommenes darin, denn ich habe erst in den folgenden Jahren die entscheidenden Ideen gefunden ». H. Fuhrmans : Dokumente zur ScheJJingforschung IV. Kant-Studien, 51. 1959-1960. p. 15. 3 M. Schroter: Bericht über den Münchener ScheJJing-Nachlass, Zeitschrift fur Dokumente zur Philosophische Forschung, 8. 1954. p. 439; H. Fuhrmans: ScheJJingforschung Kant-Studien, 47.1955-1956. p. 182. I.
4 Dans sa préface l'éditeur rapporte que « das von ihm

[= Schelling]

Niedergeschriebene ist hier zum Abdruck gekommen mit Beiziehung einer vom Schelling selbst revidirten Nachschrift Georgiis... » 7, VIII. Donc H. Fuhrmans : Dokumente zur ScheJJingforschung I. Kant-Studien 47. 1955-1956. p. 183 et "'\. Hollerbach: Der Recbtsgedanke bei ScheJJing,Frankfurt am Main, 1957. p. 190. n. 418 qui le suit, ont tort d'affirmer que les Oeuvres ne contiennent que les notes préparatoires tandis que le manuscrit de Georgi! nous révèle ce que Schelling a vraiment dit. Dans ce cas-là, nous aurions tout le matériel des Conférences de Stuttgmi, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Vu le fait qu'on ne saura jamais délimiter avec précision l'apport relatif des deux manuscrits de base, le texte de Georgi! devra trouver sa place dans la future édition critique des œuvres de Schelling. De même cette partie de la Nachschrift d'Erlangen que H. Fuhrmans
reproduit dans F. W.

J. Schelling:

Initia PhiJosophiae

Universae, Bonn,

1969.

pp.

8-

68: voir les notes de H. Fuhrmans

: Ibid. XX-XXIII.

L'ACTIVITE

LI'ITERAIRE

DE SCHELLING

EN 1810

11

schellingienne dans cette année critique de son évolution, le manuscrit de Georgii complète utilement et selon toute apparence clôt définitivement la série des documents philosophiques et biographiques relatifs à l'espace de temps entre la mort de Caroline et le commencement des travaux des Ages du Monde. Ces documents sont: a) les Stuttgarter Privatvorlesungen(7, 419-484), b) le manuscrit de Georgii, () les lettres à Georgii qui nous renseignent sur les circonstances historiques des Conférenceset en sont le commentaire le plus autorisé (Pl. 2, 194-203 et 218-223), d) le dialogue Clara (9, 3110), e) le fragment Frühling (N 272-27S),f) d'autres lettres de cette même périodel. Parmi les inédits, il y a une lettre à l'éditeur hambourgeois Perthes2 et, publiées en appendice à la fin de notre travail, les notes du calendrier de 1810, source importante d'informations sur les voyages, les visites, la correspondance et les lectures de Schelling (p. 213 sq.). A partir de cette masse de documents qui s'entrecoupent et convergent, nous essayerons de reconstituer les grandes lignes de la spéculation schellingienne, résumées dans les Conférenceset élaborées et illustrées en détail dans Clara. Contrairement au ton strictement spéculatif qui domine surtout la première moitié des Conférences, Clara est celui des écrits de Schelling qui dépend le plus étroitement des événements de sa vie personnelle3. Tout ce qui est relatif à l'autre vie et à la communication avec les esprits, c'est-à-dire les éléments les plus caractéristiques du dialogue, est le fruit de ces méditations mélancoliques qui suivirent le décès de Caroline, pourtant il ne faut pas croire qu'il s'agisse d'idées radicalement neuves. On avait dit et redit à satiété combien Schelling a été inspiré par la lecture de Boehme et d'Oetinger et par les entretiens avec Baader pendant les années qui précédèrent immédiatement la disparition de Caroline, influences que recèlent visiblement les développements profonds des Recherchessur la liberté humaine de 1809. En ce qui concerne les problèmes particuliers de l'immortalité et du monde des esprits, Schelling profita de l'étude des œuvres de son ami Schubert. Et
1 Pour ces lettres voir Calendrierp. 213-216. 2 Cette lettre répond à la missive de Perthes, publiée en Pl. 2, 189 f. 3 Quant à certains passages vers la fin des ConférenceJ,Schelling lui-même qu'ils ont été inspirés 1811. Pl. 3,253. par des sentiments personnels: Schelling à Georgii,

avoue 19-3-

12

INTRODUCTION

IIISTORIQUE

ET PHILOSOPHIQUE

finalement il ne faut pas oublier l'influence de Caroline elle-même qui, depuis la mort de sa fille Auguste Boehmer, « s'était tournée... de plus en plus vers l'autre monde »1. Non, le décès de Caroline n'a pas provoqué un tournant dans la spéculation schellingienne, tout au plus il accéléra un glissement d'intérêt qu'on pouvait discerner auparavant. En fait, Schelling a retrouvé assez rapidement son équilibre après la perte de son épouse. Sans doute, la disparition de cette femme exceptionnelle l'a comme «foudroyé» et, après un séjour de quelques semaines chez son frère Karl à Stuttgart, c'est toujours «prostré» qu'il repartit pour Munich (Pl. 2, 89). Là-bas, seul dans l'appartement qui rappelait les souvenirs de Caroline, il se sentait misérable, puis il tomba malade2. Il décide donc de quitter Munich pour Stuttgart3, où il arrive le 20 janvier, et dès le 23 il se met aux lectures préparatoires de ses conférences4. Un peu plus tard il pourra annoncer à Pauline qu'il avait commencé à penser et, dans une certaine mesure, même à « produire» (Pl. 2, 194). Dans les amers moments de sa solitude il a réussi à retrouver sa sérénité et, si la douleur ne l'a pas encore quitté, il a fini, du moins, par la dominer
1 Schelling à Ph. Michaelis. 29-11-1809. Pl. 2, 185. Dès 1801 Caroline écrit: « ich

bin nicht mehr von dieser Welt...» Caroline. Briife aus der Frühromantik ed. E. Schmidt, 2. Leipzig, 1913. p. 198. En 1802: « ...mich jede Nacht aus tiefen Schlaf die Erinnerung weckt, die immer lebendiger mir aus diesem Leben winkt ». Ibid, 308. ; « ...ich bey meinem }Cinde bin im Himmel und nur noch diese Zufàlligen Gestalt nach auf der Erden ». Ibid. p. 346. En 1804: « Der Tod ist eine himmlische Hoffnung, wenn er so der Bewahrer unsrern liebsten Schatze geworden ». Ibid. 392; cf. Ibid. 477, 500; 543, 551. Remarquons aussi que Clara s'était retirée du monde et habitait depuis six ans près d'un couvent: 9, 14. Il s'agit probablement d'une réminiscence du couvent de Weinhausen que Caroline avait plusieurs fois visité: Caroline. Briife aus der Frühromantik 2. Leipzig, 1913. pp. 52, 104. « Für sich selbst hat sie [Caroline] nach ihrer jetzigen Stimmung und korperlichen Verfassung schon gem Abschied von der Welt genommen, und ihr Leben ist nur wie ein leichter Schein ». "~. W. Schlegel à S. Bernhardi, 4-9-1801. J. Korner: Krisenjahre der Friihromantik. Briife aUf dem S chlegelkreis, Brünn, 1936. 1. p. 18. 2 Schelling à P. Gotter, 12-2-1810. Pl. 2, 192. 3 Schelling a obtenu le 15-12-1809 un congé de quatre mois du gouvernement bavarois, renouvelé plus tard jusqu'au 1-10-1810. Le lendemain, il exprime à Cotta le désir de s'entretenir avec lui sur sa « künftige literarische Thatigkeit und geistige Plane... ». Lettre inédite au Schiller-Nationalmuseum, Marbach. Communication de H. Fuhrmans. 4 Il marque dans son calendrier le 23 janvier: « Angefangen die nothige Lektüre und V orbereitung um philosophische Gesprache. trübe Stunden und grosse Thranen », p. 214. Hahn's Schriften. Nachmittag

L'i\CTIVI'l'E

Ll'ITERJ\JRE

DE SCHELLING

EN 1810

13

(Pl. 2, 192). Il continue à être mélancolique!, mais la peine éprouvée pour le passé se fond dans une aspiration indicible vers l'avenir2, c'est-à-dire vers la réunion avec l'épouse perdue. Dès le mois de février il prend vigoureusement position contre les intrigues an tiprotestantes du bibliothécaire munichois, Aretin3; en avril il reparlera des projets de voyage à Rome, projets que lui et Caroline chérissaient depuis leur mariage4 ; et au mois de mai il pourra même écrire à Pauline qu'il se sent plutôt bien depuis le printempss. On voit donc que, même si Schelling a été comme terrassé par la peine immédiatement après la mort de sa première femme6, il reprit rapidement ses esprits, et le sentiment de la solitude et du détachement du terrestre, au lieu de lui enlever le goût d'écrire, lui inspire plutôt un sentiment impérieux de devoir compléter son travail « unique »7. L'œuvre unique sera les Ages du Monde; mais une idée plus claire n'en éclôt que le 15 septembre, où il marque sur son calendrier comme dans une illumination soudaine: « Die 3 \V'eltalter in d. Nacht »8. Avant cette date, Schelling ne semble pas avoir eu des idées très claires sur ce que devait être le grand ouvrage auquel il aspirait peut-être dès la publication en 1801 de l'Exposé de

1 Schelling 2 Schelling

à Cotta,

13-3-1810.

Schelling und Cotta, 12-3-1810.

p. 41. Krisenjahre der Ftiihromantik, Sur Briefe

à A. W. Schlegel,

J. Korner:

aus dem Schlege/kreis, Brünn, 1936, II. p. 120. Cf aussi 9, 27. 3 Schelling à Cotta, 10-2-181 Schelling und Cotta p, 41 cf. p. 43.

les intrigues

: Friedrich Thiersch's Leben, 1. Leipzig und Heidelberg, d'Aretin : H. W. J. Thiersch 1866. pp. 72 ff, 79 sq, F. Jacobs: Personalien. Vermischte SchrifteJl, Leipzig, VII, pp. 92 sq., 381-404, 414-419. 4 Schelling à J. M. Wagner, 17-4-1810. Pl. 2,204 f.

5 Schelling à P. Gotter, 17-5-1810. Pl. 2,210. 6 Cf. Cotta à Charlotte von Schiller, 16-11-1809. Cotta, Stuttgart,
7 Schelling à A. W. Schlegel, 12-3-1810.

Briefwerhsel :::Jllischenchiller und S
Ktisenjahtr der Frühromantik, Briefe

1876. p. 563, cité in Schelling zmd Cotta, p. 297.

J. Korner:

aus dem SchlegelkreiJ, II, Brünn, 1936, p. 121. Schelling à Cotta, 13-3-1810. Schelling und Cotta, p. 41. 8 Calendrier p. 216. Dès le 14 septembre Schelling parlera à Pauline de l'état admirable de germination d'idées qui l'avait empêché dans les deux semaines précédentes de lui écrire: Pl. 2, 227. Le 20 septembre, il annonce à J. M. Wagner qu'il a beaucoup travaillé sur son plan et que ses idées vont en se clarifiant, mais que pour réaliser son projet, il lui faudra aller à Munich: Pl. 2, 229. Le 30 janvier 1811, il annonce à Cotta qu'il travaille incessamment depuis deux mois: Schelling und Cotta, p. 50. Quant au calendrier on y lit le 27 décembre: « Die Weltalter ernstlich angefangen », p. 216.

14

INTRODUCTION

HISTORIQUE

ET PIIILOSOPI-IIQUE

mon !)stème de philosophie, ce texte « faussement rigoureux »1 et si hâtivement écrit. Les critiques étonnées et hostiles de Philosophie et Religion rendaient évidentes les fissures secrètes du système de l'identité, mais au lieu de refondre tout son système, même en 1809, Schelling semblait plutôt ne vouloir que mieux le développer (7, 333 f) par quelques traités de « philosophie idéale» (7, 416). Nous savons par sa correspondance que dès 1806 il voulait écrire un autre dialogue pour compléter le Bruno et Philosophie et Religion2, et dès 1807 il aura remanié plus de la moitié de ses Conférencessur les études universitaires3. En 1809 il parlera à Windischmann d'un autre traité qui aurait dû être publié avec les Recherches,mais que les désordres de la guerre l'empêchèrent de compléter4. Les lettres à Windischmann ne disent rien sur le contenu de cette œuvre, mais nous croyons pouvoir l'identifier avec le traité qui selon K. F. A. Schelling devait servir comme matériel de Clara (9, 3 n. 1). En fait, à part un schéma de 15 lignes qui semble lui être relatif (N 275), rien ne paraît avoir été écrit de cet ouvrage resté sans doute au stade du pur projet. Du moins, c'est ainsi que nous interprétons le cri du cœur du philosophe: « Vielleicht das do ch in dieser Zeit die Arbeit noch gedeiht, von der ich Ihnen geschrieben. !ch habe so viel auf dem Herzen, dass ich nicht weiss wie anfangen, und mich jetzt ernstlich beschranken muss, urn nicht wie so lange Zeit gar nichts zu thun »5. Cette impuissance d'écrire ne disparaîtra que six mois plus tard à Stuttgart, et même là quand il écrivit à Cotta: « !ch gehe nicht von hier weg, ohne das eine vollendet zu haben, woran ich arbeite »6, peut-être n'était-il pas très au clair sur la portée véritable de son travail en cours. Nous allons expliquer dans la suite qu'à notre avis il s'agissait de la préparation ou de la rédaction même de Clara, or peut-on vraiment juger ce très beau texte, même dans le contexte du projet des dialogues correspondant aux quatre saisons
1

X. Tilliette

: Schelling. Une philosophie

en devenit; 1. Paris,

1970. p. 263.

2 Sur les projets de dialogue voir les notes de H. Fuhrmans in Schelling und Cotta, pp. 288-292, 295 ff. Schelling lui-même parle encore du troisième dialogue dans une lettre à H. Beckers, 21-10-1835. Pl. 3, 114. et encore à Berlin: H. E. G. Paulus: Die endlich of!enbar geJlJordene ositive Philosophie der Q[fenbarHng, Darmstadt, p 1843. p. 383. 3 Schelling à Cotta, 26-2-1808. Schelling und Cotta, p.26. .j Schelling à Windischmann, 17-6-1809, Pl. 2, 163 ff. 5 Schelling à Windischmann, 7-8-1809, Pl. 2, 166. 6 Schelling à Cotta, 13-3-1810. Schelling und Cotta, p.41.

L'ACTIVITE

LITI'EIù\IRE

DE SCHELLING

EN 1810

15

(9, IV), comme un ouvrage unique1 ? De toute façon, sa pensée comme ses projets étaient dans une sorte de fluctuation et ce n'est pas sans justesse qu'il remarquera à propos de ses conférences 43 ans plus tard: «Uebrigens ist vie! Unvollkommenes darin, denn ich habe erst in den folgenden Jahren die entscheidende Ideen gefunden »2. En fait, Schelling saisissait si peu l'évolution de sa propre pensée qu'il a laissé au manuscrit de Georgü, corrigé par lui, le titre F. W]. SchellingsNatur-pft}losophisches Sjstem, et tout cela plus d'une année après les Recherches...3. Quelle est donc la chronologie de la production schellingienne dans cette année de 1810 ? La première hypothèse est la suivante: Schelling rédigea les notes préparatoires des Conférencesau mois de février, il travailla à Clara pendant les mois qui suivirent et dès septembre il se trouva aux prises avec les Weltalter. L'invitation par le Président Wangenheim à donner une série de conférences à un groupe de hauts fonctionnaires, de médecins et de professeurs semble avoir été rapidement accepté par Schelling. Lui qui, en 1807, s'était félicité d'être libéré des obligations professorales4, devait ressentir de plus en plus le besoin d'un enseignement orals. Seules les nécessités d'ordre pédagogique purent contraindre le philosophe
Il est vrai que Schelling attribue toujours une importance excessive à son dernier ouvrage, même quand il s'agit d'un texte comme l'Anti-Jacobi: Schelling à Cotta, 10-2-1812, Schelling und Cotta, p.66. 2 Cf. P. 10 n. 2. 3 Il ne s'agit pas d'une simple méprise. Même en 1810 la méthode de la philosophie «dem Stufenweise fortschreitenden Hervorbringungen der Natur analog seyn muss ». G 24-5et surtout G 36. 4 Schelling à Goethe, 17-10-1807. Goethe und die RD/J'Jantik.Briejè und Erlduterungm, Weimar, 1898. 1. p. 252. Schelling à son père, 7-8-1806. Pl. 2,99. 5 Dès 1811 Schelling écrit à A. W. Schlegel que le goût de la vie de professeur lui Klisenjaht~ der FriihtV/J'Jantik. Btieft aus de/J'J est revenu: 15-5-1811. J. Korner: Schlegelkreis, II. BrÜnn, 1936. p. 206, cf. Schelling à Cotta: 26-11-1811. Sihelling und Cotta, p. 59 ; et un an plus tard dans un petit texte sur L. A.. HÜlsen il parle de l'importance de l'enseignement pour le développement harmonieux et articulé des idées: 8, 193. Pendant les quarante ans à venir Schelling ne cessera d'insister sur l'enseignement comme facteur essentiel de la création philosophique: Schelling und Cotta, p. 93, 143; Pl. 2, 432; 3, 24, 28. Cf. G. H. Schubert: Der EI'IJJerbaus eitte/J'J Vergangmem und die EI'IJJanzmgenvon eittem zukünftigm Lehen, III. 2. Erlangen, 1856, p. 508. On sait que six mois avant sa mort Schelling écrit à son fils Hermann qu'il ne peut rédiger autrement que sous forme d'exposé oral et il exprime le désir de reprendre ses cours: 14-2-1854. Briejè Schellings an seine Sô'htte Fritz und Hermann, Hochland, 9.1911. p. 327.
1

16

INTRODUCTION

rrrSTORIQUE

ET PHILOSOPHIQUE

à donner une forme systématique à ses idées et, en fait, cet homme si hautain, si abrupt et si obscur devant les gens du métier, prodigua des efforts sincères pour se mettre à la portée de son auditoire. Schelling était professeur jusqu'au bout des ongles et les lettres à Georgii attestent quelle importance il attribua au « succès)} de ces conférences, à ce que ces messieurs le comprennent vraiment1. Or, tout n'a pas marché aussi bien que prévu. Les conférences devaient avoir lieu tous les mercredis à 5 heures chez Georgii2, mais, on ne sait pourquoi, les deux premières conférences n'ont été suivies par les six autres qu'au mois de juillet et alors en une très rapide succession (16, 18, 19,21,23)3. Cette séparation des deux séries est indiquée par le manuscrit de Georgii qui s'arrête vers le milieu de la page 64, mais nous n'en obtenons aucun éclaircissement quant à la date où Schelling aurait rédigéses notes. A-t-il préparé ses leçons au jour le jour ou bien écrivit-il toutes ses notes en une courte période de temps, d'un seul trait? Originellement nous penchions vers cette dernière hypothèse. Si on compare le manuscrit de Georgii et le texte des Oeuvres, on voit alors que la Généalogie des systèmes philosophiques mise à part, il y a une correspondance presque littérale pour les deux premières conférences entre les deux textes, mais avec la troisième conférence un changement radical s'opère. En fait, les notes de Georgii prises lors des six dernières conférences, même si elles contiennent ici et là quelques formulations identiques, ne suivent que de loin le texte des Oeuvres, c'est-à-dire le manuscrit brûlé. La raison de ce changement doit
1

Pl. 2, 195; 198 f, 202 f. S'agissant

d'un groupe d'hommes

d'âge mûr, Schelling

insiste sur le caractère de « dialogue» de ces réunions: il raie même le terme « Untersuchung» pour le remplacer par « Unterredung» (G 64 n.). Cf. Pl. 2, 195, 199. Schelling semble connaître le cercle de Georgii depuis une visite de 1803 à Stuttgart. Il écrivait alors à Hegel: « Sonst bin ich in Stuttgart auch in einigen Philistergesellschaften gewesen, einer /ut von Kranzchen, wo mich Haug eingeführt hat, dessen Bekanntschaft ich auch gemacht habe. Es sind doch übrigens recht behagliche Leute, besonders die Regierungsrathe, welche mir ohngefahr die gebildetsten Stuttgarter scheinen» Pl. 1,467. 2 Schelling à Cotta, 10-2-1810. Schelling und Cotta, p.41. 3 « Der Philosoph Schelling... tragt im Georgiischen Gartenhaus die Gründsatze seiner
pflegten,

Philosophie
vor ».

in Unterredungen,
Hartmann: Chronik

wie die \V'eisen
der Stadt Stuttgart,

des Altertums
Stuttgart, 1886.

zu tun
p. 204.

J.

Morike rappellera en 1868 « Die Zeiten wo er [=Schelling) im Georgiischen Gartenhaus V ortrage hielt» X. Tilliete : Schelling im Spiegel seiner Zeitgenossen. III. NIilan, 198, p. 1988.

L'ACTIVITE

LI1TEIù\IRE

DE SCHELLING

EN 1810

17

s'expliquer par l'éloignement de l'auteur d'un travail rédigé cinq mois auparavant, éloignement qui ne manque pas de mettre en une perspective plus juste l'importance de ses idées et de ses formulations. Il est naturel qu'on insiste à exposer tout ce qu'on vient de rédiger, mais le passage du temps nous détache d'une certaine expression et nous donne la liberté d'en rechercher d'autres. Il nous éloigne ainsi subrepticement de nos anciennes préoccupations et nous suggère que tous les détails de nos développements ne sont pas également importants. Schelling remarque lui-même une certaine « fluctuation» dans son exposé oral (Pl. 2, 223) que vérifient éloquemment les chiffres. Si on se met à comparer les parties respectives de nos deux textes, on voit bien qu'aux premières dix pages des Oeuvres correspondent 64 pages dans le manuscrit, tandis que pour les six dernières conférences les Oeuvres donnent 53 pages et le copiste de Georgü 1331. Autrement dit, le volume de l'exposé oral, par rapport au texte imprimé, c'està-dire, et ici nous conjecturons, par rapport au manuscrit original, accuse un décroissement de l'ordre de presque deux cent cinquante pour cent... Désormais Schelling n'expose plus tout ce qu'il écrivit auparavant, il se contente de résumer ses idées. La deuxième hypothèse, formulée par le Père Xavier Tilliette après la lecture de cette Introduction, replace la rédaction des notes dans l'intervalle entre les deux séries de réunions: « Contrairement à son habitude, comme il s'agissait d'une causerie entre gens de bonne compagnie, Schelling n'a pas tiré de sa poche intérieure un cahier déjà rédigé. Tout au plus quelques griffonnages, un schéma. C'est ce qui paraît ressortir de ses avis à Georgü (Pl. 2, 199, 202). Donc il improvisait. La méthode ne s'est pas montrée tellement fructueuse, puisqu'il a abandonné, déclaré forfait après deux exercices d'école. Mais cela expliquerait la similitude remarquable entre le texte des Oeuvres et la version Georgü pour les deux premières leçons. Il est à présumer que les notes de Georgü ont servi de base à la rédaction de Schelling. Du reste celle-ci est une rédaction continue, sans notation de style télégraphique, elle a très bien pu être postérieure aux exposés oraux. Ensuite il n'y a pas eu indolence estivale ou relâchement de la part de Georgü, mais en fait, stimulé par ses débuts, Schelling avait, lors de la reprise, un papier
1

7, 421-43127:

G 1-64 dans le manuscrit;

7,43121'-7,

484:

G 65-197 dans le

manuscrit.

18

INTRODUCTION

HISTORIQUE

ET PJ-IILOSOPHIQUE

écrit dont il s'est servi librement, tandis que l'auditeur privilégié ne se sentait plus, en somme, la mission de conserver pour les temps futurs les paroles tombées de l'auguste lèvre. Notre conclusion serait donc que, dans l'espoir de renouer le fù interrompu des causeries, Schelling se serait mis après février à une rédaction élaborée, tantôt cursive, tantôt détaillée, cependant qu'il dédiait le principal de ses soins à Clara. .. ». L'hypothèse du Père Tilliette s'appuie sur les deux lettres du 20 février. Dans la première, Schelling propose d'apporter à chaque réunion les développements écrits de la réunion précédente (Pl. 2, 199). Cependant, quelques heures plus tard, il se ravise: « Das Aufsetzen der Themata konnte ich bey genaueren Schatzung der Zeit die mir meine nothwendige literarischen Arbeiten übrig lassen, do ch nicht mit Gewissheit versprechen» (Pl. 2,202). Apparemment Schelling parla donc sans papier lors de la première conférence mais cela ne signifie pas nécessairement qu'il y était venu sans aucune préparation. Ces travaux auxquels il vient de faire allusion peuvent ne consister que dans des réflexions générales, des schémas rapides; il ne s'agit pas de la création littéraire proprement dite, mais seulement de cette « production de quelque façon» qu'il mentionnait quelques jours auparavant à Pauline Gotter (Pl. 2, 194). Ce qu'on peut en discerner à travers la compilation des Oeuvres montre que les notes de Schelling formaient un texte bien organisé, bien rédigé, qu'il aurait pu très bien apporter aux réunions de février. S'il ne l'a pas fait, c'est, tout simplement, parce que ces textes n'étaient pas encore prêts. Si l'on opte pour la seconde hypothèse, et c'est elle qui nous semble la plus plausible, la date de la rédaction des Conférences devient incertaine et peut se situer entre le début de février et la mijuillet et c'est dans cette même période que devait naître le dialogue

Clara. Nous savons

-

par sa correspondance -

que le philosophe

travaillait sans cesse pendant ce temps-là. En mars, il parle de son « unique» œuvre à Cotta, en avril il dit à J. M. \'Vagner qu'il serait déjà parti de Stuttgart si le travail ne l'avait pas retenu1, et il écrira aussi pendant son séjour à Maulbronn2. Puisqu'il est peu vraisemblable que les formules succinctes des Conférences aient demandé une si longue gestation, le travail qui occupait Schelling
1 Schelling à). M. Wagner, 7-4-1810. Pl. 2, 204. 2 Schelling à P. Gorter, 27-5-1810. Pl. 2, 211.

L';\CTIVITE

LJ'ITERr\IRE

DE SCHELLINC;

EN 1810

19

pendant le printemps devait être Clara, dont il rédigea au moins quatre versions complètes1, et si en juillet il peut toujours s'en tenir à des notes rédigées cinq mois plus tôt, c'est tout simplement parce qu'il ne devait y avoir aucune rupture philosophique entre ces dernières et Clara. Ce très beau dialogue, « un second Phédon », restera, lui aussi, inédit. Schelling ne le mentionne jamais, à part un jugement très sévère dans son testament littéraire2 ; par conséquent son fils ne pouvait que conjecturer le temps de sa rédaction. Il proposera 1816-1817 (9, IV), mais l'attribution de cette date trop tardive ne peut pas être retenue. Déjà H. Beckers attire l'attention du fils de Schelling sur « la doctrine de l'immortalité» de ce dialogue, pratiquement identique à celle des Conférencesde Stuttgart, pour suggérer que les deux textes devaient être rédigés dans une même période. K. F. A. Schelling concèdera à Beckers que certaines parties du dialogue ont pu être écrites immédiatement après la mort de Caroline, mais il estime toujours que les idées proprement philosophiques qu'il contient présupposent les réflexions des Ages du Monde3. Quant à nous, nous pensons avec toute l'historiographie contemporaine qu'au lieu de présupposer l'acquis des Weitalter, les idées du Clara semblent plutôt en préparer la voie4, et qu'il n'y a rien dans le dialogue qui ne puisse être directement attaché aux Conférences. Selon K. F. A. Schelling Clara reprenait l'essentiel du traité qui aurait dû porter le titre Darstellung des Uebergangs von der Philosophie der Natur zur Philosophie der Geiste1Welt(9, 3 n. 1), traité auquel nous avons cru pouvoir retrouver des allusions dans les lettres à Windischmann5. Nous pensons que Schelling a bien réalisé son projet - en forme de dialogue - mais, pendant toute la période entre février et juillet 1810, on ne trouve qu'un seul passage

1

H. Beckers:

Die

Unsterblichkeits!ehre

Schellings im ganzen Zusammenhange ihrer EntJJJicklung

dargestellt, MÜnchen, 1865. p. 24, d'après une lettre de K. F. A. Schelling. 2« Will sie Fritz [= K. F. "'\. Schelling] lesen, sa bin ich's zufrieden. Er kann sehen, ob Einiges zu brauchen. Das Ganze jedenfalls zu vernichten, wenn ich selbst nicht mehr die Zeit dazu gefunden habe». H. Fuhrmans: Dokumente zur Schelling,(orschung, I/. Kant-Studien. 51. 1959-1960. p. 19. I 3 H. Beckers: Die Unsterblichkeitslehre S che/lings im ganzen Zusammenhange ihrer Entwicklung dargestellt, MÜnchen, 1865. pp. 23 f. 4 Sur le développement par les Ages du Monde des idées de Clara: S. Portmann : Das Bose - Die Ohnmacht der Vernmift. Das Biise und die Er/ô"sungais Grundpmbleme im Schellingsphilosophischer Entwick/ung, Meisenheim am Glan, 1966. p. 73. n. 1. 5 Cf. p. 14, n. 4, 5.

20

INTRODUCTION

HISTORIQUE

ET PI-IILOSOPIIIQUE

dans la correspondance qui puisse être interprété comme se référant à la rédaction de Clara. Dans une lettre à Pauline, Schelling raconte qu'après son arrivée à Maulbronn, c'est-à-dire après le 27 avril, il fit des excursions dans les alentours évoquant les souvenirs de Caroline, dont il retrouva presque jusqu'aux empreintes de pas, et il ajoute: « Auf der Stelle fast, wo ich ihre letzte Blick und süssen Worte empfing, habe ich einiges niedergeschrieben was wohlgesinnten Seelen einst Vergnügen machen kann »1. Très probablement, il s'agit d'un des passages de Clara relatif à l'autre monde ou à la communication avec des êtres chers disparus, mais nous ne voyons pas comment préciser l'allusion. Clara n'est qu'un des dialogues projetés par Schelling (9, IV), et il ne s'étend que sur l'automne et l'hiver. Cependant Schelling n'a pas seulement fait des plans pour la continuation de son travail, mais il en a aussi rédigé un beau fragment, le Printemps, publié la première fois en 18622, puis par M. Schroter en 1946 (N 272-275). Même si certains thèmes de ce fragment rappellent une lettre un peu plus tardive à Georgü3, nous ne voyons aucune raison de placer ce court fragment au milieu des Ages du Monde. Schelling mentionne la dernière fois les « dialogues philosophiques» dans une lettre du 30-1-1811 à Cotta, et cela dans un contexte qui laisse supposer qu'il en suspendit la rédaction4. Après cette date, on n'entendra parler que des Ages. F. Horn croit pouvoir discerner une coupure entre les Conférencesde Stuttgart jusqu'à 7, 482 et Clara d'une part et les deux dernières pages des Conférences et le Printemps [= Clara 11] d'autre parts, mais peut-être exagère-t-il... Sans doute les deux dernières pages des Conférencespeuvent être mises en relation avec le Printemps, mais le rapport statistique (et philosophique) qui motive la première hypothèse en faveur d'une rédaction interrompue ne semble pas être altéré pour les pages en question, et puis le philosophe luiI Schelling à P. Gotter, 27-5-1810. Pl. 2, 211. Cf. F. Horn: Schelling und Slvedenborg,

Zürich, 1954. p. 35. 2 Clara oder Zusammenhang der Natur mit der Geistenvelt, Ein GeJprdch von Schelling. Separat-Ausgabe, Stuttgart, 1862. pp. 175-180. i\ notre connaissance cette première publication du fragment n'a été relevée que par Li\.. Damer: Zur EIÎnnernng an den hundertjdhrigen Geburtstag von Friedrich Wilhelm Joseph von Sche!!ing, Gotha, 1875, p. 12, n.letp.19. 3 Schelling à Georgii, Pâques 1811. Pl. 2,248 ff.
4 Schelling à Cotta, 30-11-1811. Sche!!ing und Cotta., p. 50.

S Voir p. 93, n. 1.

L'N:TIVITE

LITl'ERi\IRE

DE SCIIELLING

EN 1810

21

même n'est guère conscient d'une rupture quelconque; il expose ce que Horn croit désigner comme deux eschatologies différentes le même jour et en une continuité apparente (cf. G 189). Le Frühling a dû être rédigé lui aussi pendant la première moitié de 1810, probablement un jour de printemps... Finalement il reste le problème de l'Introduction de Clara (9,310), que F. Horn situe autour de 18061. K. F. A. Schelling rapporte que ces pages devaient servir d'introduction au traité qui devint plus tard Clara (9, 3 n. 1), et compte tenu de l'hypothèse qu'il s'agit du projet dont Schelling parlait à Windischmann, on pourrait à la rigueur en repousser la rédaction jusqu'en 1809 ou peut-être jusqu'à la fin de 1808. Cependant, d'une part, on n'a aucune preuve que Schelling ait vraiment commencé à écrire ce texte, d'autre part, même s'il l'avait commencé, rien n'exige que l'introduction d'un ouvrage soit rédigée avant le texte qu'elle devrait présenter. Bien au contraire, l'Introduction s'apparente à un de ces fragments que M. Schroter a publiés en appendice des deux premières versions des Ages du Monde. Il s'agit d'une ébauche de préface (N 194-197) qui révèle des correspondances littérales avec 9, 3-10. Sans doute, l'Introduction à Clara s'étend-elle sur 7 pages et la Préface n'en couvre que trois et demie, mais une grande partie de ces trois pages et demie répètent les mots même de l'Introduction ou sont répétées par elles2. Evidemment nous ne pouvons pas dater cette préface, mais il y a une très forte probabilité qu'elle provienne de la période des premiers travaux des Ages du Monde, c'est-à-dire des tout derniers mois de 1810 et peut-être des premières semaines de 1811. D'autre part, l'Introduction se réfère expressément à un traité (9, 9), et si notre hypothèse est juste, le projet du traité précéda celui du dialogue; on se retrouve alors au printemps de 1810... Evidemment, il n'est pas exclu que K. F. A. Schelling se soit trompé et que le texte en question ait été destiné à un projet plus tardif, mais ici on glisse sur le terrain des suppositions gratuites et pour éviter les conjectures futiles, nous laisserons ces sept pages parmi les documents reliés aux Conférencesde Stuttgart - tout en rappelant
1

F. Hom:

F. W

J. Schellings

lAre

von den Let::(jen Dingen, Zeitschrift für Religions- und

Geistesgeschichte, 1954. 6. p. 254. Remarquons que dans son livre Schelling und SlvedenbOl:g, ürich, 1954, l'auteur ne semble pas réaffirmer cette hypothèse. Z 2 Les correspondances quasi-littérales sont: 9, 31-15 = N 19611-24; 9, 46-25 = N
19711-32; 9, 78-14 = N 1974-10

22

INTRODUCTION

HISTORIQUE

ET PI-IILOSOPHIQUE

qu'elles ne font qu'énoncer des thèses très générales, connues de presque tous les écrits de la période intermédiaire.

II. APERÇU GENERAL ET REMARQUES SUR L'ONTOLOGIE

Les deux grands ouvrages de la période intermédiaire de Schelling sont les Recherchessur la liberté humaine et les Ages du Monde, restés à l'état de fragments. Les Recherches sont le dernier travail important du philosophe publié de son vivant, et même si des critiques contemporains, un Süskind, un Fries ou un Herbart, crient à l'absurde, voire au pernicieux, déjà Hegel saura appeler l'écrit « un traité profondément spéculatif»l, et de nos jours Heidegger n'hésitera pas à le mettre en parallèle avec la Monadologie de Leibniz et la Phénoménologiede l'Esprit de Hege12. Quant aux Ages du Monde, « le livre fatal de l'idéalisme allemand» (N LVIII), longtemps attendus des contemporains d'« un désir ardent »3, mais ignorés après leur publication posthume en 1860, ils se trouvent, surtout depuis la parution de leurs versions inédites, au centre même des études schellingiennes. Il en va autrement des Conférencesde Stuttgart, qu'on a l'habitude de prendre soit pour une sorte de retour aux positions de la thématique de l'identité (cf. 7, VIII), soit pour un prolongement et une explication des Recherches, et se situant déjà

« en marge des Weltalter»4.Schelling - paraît-ilphilosophique
1 Hegel:
2

avec
Vorlesungen

la

magnifique

narration

a choqué le monde spéculative des
1836. pp. 672, 682.

Werke.

über die GeschÙhte der Philosophie. XV.

M. Heidegger:

Hol'?}vege,4. ed. 1963. p. 233. Cf. surtout Schellings Abhandlung über
1.

1971. das Wesen del' menSihlichen Freiheit, éd. H. Feick, Tübingen, 3 Goethe à Schelling, 26-10-1827. Goethe und die Romantik. Briejè und Erlduterungen.

Weimar, 1898. p. 252.
4 Cf. Tilliette : Schelling. Une philosophie en devenir. I, Paris, 1970. p. 541.

24

INTRODUCTION

HISTORIQUE

ET PHILOSOPHIQUE

Recherches où le pathos théosophique a comme brisé l'armature métaphysique du système de l'identité, et maintenant « il prend soin de coller le neuf au déjà complété », de reprendre dans des formules anciennes les positions trop récemment acquises1. On a l'impression que l'auteur « veut verser du vin nouveau dans de vieilles outres» ; et finalement les Conférencess'avèreraient ainsi une simple confirmation, assortie de quelques progressions, du point de vue de 18092. C'est le Père Tilliette qui résume peut-être le mieux la position, une sorte de consensus tacite, de toute l'historiographie. Tout en concédant que, « placé au croisement de deux époques... », ce texte est « une véritable aubaine pour l'historien, un observatoire privilégié du développement de Schelling, à la lisière de la Freiheitschrift et des Weltalter», X. Tilliette pense qu'à Stuttgart Schelling « n'a pas cherché à faire du neuf, mais seulement à consolider les positions acquises, en les précisant et en les amendant au besoin »3. La critique a été presque unanime à ne pas considérer les Conférences comme un écrit autonome, et la forme trop schématique, le rythme trop saccadé, l'expression trop concentrée de ces notes pouvaient lui suggérer que pour Schelling lui-même il ne devait s'agir que d'une ébauche des travaux à venir4, une étape intéressante sans doute, mais provisoire, de la longue gestation des Ages du Monde et de la lointaine « philosophie positive ». On n'ignore

pas, certes, les Conférences e Stuttgart - elles contiennent trop de d
belles formules frappantes - mais si on les cite, c'est pour appuyer ou éclairer d'autres écrits et si certains auteurs y puisent largement, nous ne connaissons dans toute l'historiographie schellingienne que quatre travaux consacrés explicitement à ce qui fut exposé devant les amis de Georgü. Il s'agit de deux dissertations dont l'une, celle de F. Horn, est solide mais assez étroite et l'autre, celle de E.
1 S. Drago del Boca: La Filosofta di Schelling, Firenze, 1943. p. 187. 2 S. Drago del Boca: La Filosofta di Schelling, Firenze, 1943. pp. 201;

187. En

revanche, pour G. Waldmann les Conférences contiennent déjà toute la démarche des Ages du Monde, surtout de la première version de 1811 : Die Entlvicklung und Darstellung der idealistiS(hen und theogonischm Geschichtsauffammg in S chellings Systembau bis zu den Weltaltern, Diss., Heidelberg, 1954. pp. 154 f. 3 X. Tilliette: Schelling. Une philosophie en devenir. Paris, 1970. 1. pp. 544; 546; 544 f. 4 C'est avec une certaine réserve que Schelling se réfère à ses notes lors du moment de leur rédaction: « Ich habe angefangen gewissermassen zu produziren ». Pl. 2, 194. et puis il yale testament littéraire: cf. p. 10. n. 2. zu denken, auch jugement sévère du

APERÇU CENERAL

25

Koehler, est entièrement insignifiante, et de deux articles, celui déjà mentionné de H. Fuhrmans et un autre, par W. A. Schulze, mais qui s'étend finalement sur toute la philosophie intermédiaire de Schellingl. De bons traitements des Conférences, parfois enrichis d'allusions à Clara, se trouvent dans de grandes monographies2, et certains travaux partiels leur consacrent des analyses assez étendues3. Quant à Clara, le seul écrit schellingien qui ait été réimprimé séparément dans les années de silence et aussi d'oubli qui suivirent l'édition de Cotta, il recevait sans doute un accueil assez favorable et fut baptisé, bien sûr, par le très fidèle Beckers, « un second Phédon »4. Cependant Clara, texte « d'impalpable et crépusculaire beauté »5, a été surtout apprécié pour ses mérites proprement littéraires et presque personne n'a fait attention à son

1

F. Horn: Schellingund Swedenborg, ürich, 1954; E. Koehler: SchellingsWendutlg Z

zum Theismus. Versuch dner Erldutetfmg von Schellitlgs Gottesbegrlf! itl den Stuttgarter Privatvorlesutlgetl.Diss. Leipzig, 1932; H. Fuhrmans: Dokumetlte ZJlrSchellingforschung,1. Kant-Studien, 1955-56, pp. 182-191 ; W. A. Schulze: Zum Verstdndtlis derStuttgarter PtivatvorlesungenS chellings.Zeitschrift fur Philosophische Forschung, 1957. pp. 575593. 2 X. Tilliette: Schelling. Une philosophie en devenit; Paris. 1. 1970. 541-568; S. Drago del Boca: La Filosofta di Schelling, Firenze, 1943. 187-215; K. Fischer: Geschichteder neZtrenPhilosophie, 7. Heidelberg, 1899. pp. 666-670. Pour K. Jaspers qui les résume, les Cotlféretlcesprésentent un exposé du processus total de l'être, anticipant ainsi le contenu même de la Spdtphilosophie: Schelling. Grosse und Verhdngnis, München, 1955. pp. 162-165. La meilleure analyse des CotifCt?nœsse trouve dans l'admirable livre de J.-F. Marquet: Lbelté et existetlce.Essai sur la }Ormationde la philosophiede Schelling,2e éd. Paris, 2006, pp. 430 ff. 3 W. Heinrich: Schellings Lehre von den let::;!etlDingell, Salzburg, 1955. 52-75; A. Hollerbach: Schelling und der Rechtsgedatlke, 1957, 188-197. L'ouvrage de J. Tautz se réfère continuellement aux Conféretlœs: Schellings philosophisthe Anthropologie, Würzburg, 1941. Selon H. Beckers dans les Conférmces « finden wir... die ganze spiitere Schelling'sche Weltanschauung in ihrem frühesten ausführlicher begründeten Ausdruck. . .» Schelling's Geistesmtlvicklung ltI ihr?m ltlneren Zusammenhang, München, 1875, p. 43. 4 H. Beckers: Die UlIsterblichkeitsleht? chellingsim ganzen Zusammenhang ihf?tl EntlvÙkltmg S dargestellt, München, 1865. p. 24. Remarquons qu'une soixantaine d'années plus tôt ce fut le Brnno qui reçut le même épithète: J. J. Wagner. Lebensllachrichten utid Briefe, Ulm, 1851. p. 210. Pour H. von Stein Clara est un « modernes christliche deutsche Gegenstück zum platonischen Phaedon». Schellitlg. Populdr-lIJissenschqft!icher Vortrag, Rostock, 1875. p. 26. S X. Tilliette : Schellitlg. Une philosophie ell devenir. 1. Paris, 1970. p. 454.

2(,

INTRODUCTION

HISTORIQUE

ET l'I-IILOSOI'I-IIQUI';

contenu spéculatifl. Quant à nous, nous ne pensons certes pas à intenter un procès pour négligence à l'historiographie, mais nous croyons, tout de même, qu'il s'agit de textes d'une réelle importance pour des études schellingiennes. Sans doute, Schelling n'innove en rien dans le domaine de la philosophie de la nature2, et en ontologie fondamentale il ne fait que reformuler les positions du système de l'identité, fissurées par l'irruption du Grund et troublées par le dynamisme dramatique de la théosophie chrétienne. Le tableau change radicalement dès le passage à la philosophie idéale, où la transformation du langage traduit une véritable mutation spéculative... Il s'agit d'une ouverture vers cette « anthroposophie » que Schelling appelait de ses voeux à Wurzbourg (6, 488), et qui, coiffée par l'ébauche d'une eschatologie que reprendront les magnifiques discours de Clara, restera le plus important monument et la meilleure formulation de l'anthropologie schellingienne. Les Conférences de Stuttgart veulent présenter « l'essentiel de la philosophie de Schelling» (G 643) et si ce n'était pas pour leur caractère de schéma hâtif, on serait tenté de les appeler le Système de Stuttgart. Système, elles le sont, et leur articulation est fidèlement conforme à la structure habituelle des systèmes de la maturité schellingienne. Après avoir compris que les deux philosophies sœurs, celle de la nature et celle de l'idéalisme transcendantal, doivent avoir une mère commune3, c'est-à-dire le moment où il accéda au point de vue de l'identité, Schelling élabora la structure tripartite de l'idéalisme absolu que conduira plus tard à la perfection
1 Nous ne connaissons que deux recensions de plume de philosophes sur Clara:

F. Hoffmann: Schellillgs Ullsterblichkeitslehre ill Philosophische Schriftetl, VI, Erlangen, 1879. 457-472 et G. Daumer: Schellillg iiber den fuilligullgs'.{!lstalld lIach dem Tode. Der Katholik, 1866. 1. 327-334. Cependant la rédaction du périodique a tenu de publier une mise au point immédiate: la doctrine de Schelling est inacceptable pour le chrétien. Ibid. 334-337. Dans ces mêmes années 1836 K. Ph. Fischer trouve que « la génialité et la profondeur philosophiques» du Clara rappellent Platon: Zur hUlldertjdhrigetl Gebm1sfeier FrallZ VOII Baader's. VerStlch eiller Charakteristik seimr Theosophie Ulld ihreJ Verhdltl1isJeJ ZU dell Systemell Schellillgs ulld Hegels, Daubs Ulld Schleiermachers, Erlangen, 1865, p. 18. Une centaine d'années plus tard, Gabriel Marcel se laisse aller à parler de Schelling comme « l'auteur de Clara », Schellillg et Coleridge, Paris. 1971. p. 9. 2 Cf. cependant J. Habermas: Das Absolute Ulld die Geschichte. Über die Zu)iespdltigkeit ill Schellillgs Detlketl, Diss. Bonn, 1954. pp. 264 f. 3 G. Buhle: Lehrbuch der Geschichteder PhilosophieUlld eimr kritischetlUteratur derselbetl,Gottingen, 1804,Vm. p. 836 ff.

J.

APERCU GENI.:JZi\L

27

l'EnrydoPédie de Hegel: logique, philosophie de la nature, philosophie de l'esprit. Ce qui devient logique chez ce dernier, était ontologie fondamentale dans la pensée de Schelling, qui tient aussi à la compléter d'une « généalogie des systèmes philosophiques» (G 104). On le sait, déjà Aristote pensait que l'évolution de la réflexion philosophique n'était pas purement contingente, mais que « sa voie est tracée par la vérité elle-même» qui « contraint» les philosophes d'adopter certaines théories1, et si Kant ne présentait dans la Critique qu'une classification très sommaire et très abstraite des systèmes philosophiques (cf. B 880-884), Fichte, lui, se préoccupera de déduire leur évolution, cette manifestation éclatante de l'histoire transcendentale de la raison2. Cependant même le fondateur de la Doctrine de la Sàence reste largement confiné dans la sphère des abstractions, et ce ne sera que Schelling qui offrira, à ses élèves de Wurzbourg, le premier échantillon d'une véritable philosophie de l'histoire de la philosophie3. L'ontologie fondamentale, c'est-à-dire la structure même de l'identité absolue et son explicitation historique dans le devenir des philosophies composent la première partie du système de Wurzbourg: « Philosophie générale» (6,137214) et « Propédeutique de la philosophie» (6, 67, 130). Ensuite on accède à la philosophie de la nature qui occupe plus de la moitié du Système de toute la philosophie (6, 215-494) et finalement on a les pages classiques de la philosophie idéale (6, 495-576). Schelling restera toujours fidèle à cette articulation tripartite de sa spéculation, mais plus tard les distinctions entre philosophie négative et philosophie positive, le recul de la philosophie de la nature, la profusion du matériel mythologique rendront plus difficile à en retrouver les divisions originelles4. A Stuttgart ces divisions sont encore d'une

1 Métaphysique. 984 a-b 2 Sur cela voir les analyses phziosophie
3

excellentes 1966. pp.

de Fichte, Paris, 179-214.

de : La Liberté humaine dans la "~. Philonenko 199 sq, etc., et de L. Pareyson : FÙ'hte, Torino,

1950. pp. 62-67,

Déjà Ch. de Rémusat proteste

contre le traitement

de la philosophie

de l'histoire

de la philosophie comme propriété exclusive du hégélianisme. La gloire pour cette découverte revient autant à Schelling qu'à Hegel. La Philosophie allemande, Paris, 1845. p. 198. n. 1. 4 Cependant encore à Berlin cette division peut être discernée. Après quelques remarques préliminaires sur la philosophie et son étude en général (13, 3-33), Schelling passe à l'histoire des systèmes (13,34-174). Sans doute, on trouve après les longs chapitres sur les puissances et la chute, qui ne correspondent que très

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