//img.uscri.be/pth/51bc5869dfacfce42d898b81371536b5d3c1ed4c
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Contribution à la généalogie de la morale

De
304 pages
L'analyse généalogique des concepts moraux les définit dans leur réalité sociale. La généalogie est donc l'histoire de la filiation et de l'engendrement des valeurs et des concepts que des hommes ont élaborés pour "sélectionner" l'homme ; ce qui veut dire : soit pour l'exploiter au service de quelques-uns, soit au contraire "pour promouvoir l'humanité entière".
Voir plus Voir moins

CONTRIBlTTION À LA GÉNÉALOGIE DE L£4 ~fORALE

« C01\lIJ\~lE_NT~4.fRES .PlIILOSOP1IJQtIES Collection dirigée pal" ~~11gèleKrenler-J\é'Jlrietti et Fouad Nohra

.)}

D~jâ parus Guy-François DELAPORTEt LectüTe dll Conl!11entaire de Thanlas d~quin .sur le Traité de lame d'Aristot~ 1~'i9~ John Stuart fi1IlL1~4uguste Comte et le posltivlsl11ey 1999~. ~1ichel BOURDEAU, Locus l.og/eus, 200o" Jean.-flVlarieVERNIER (Introduction, traduction et notes par), Saint Thomas d1Aquin[ Questions disPlltéeS. de ~.~.j2001~ Auguste COMTE, des travill.l}{ &~ s l1~cssaires pour réorganiser la sociét~ 2001 Angèle KREMER-MARIETIIt Camels plliloscphiqlles.~ 2002~ Ang KREI\1ER-MARIETII1 Karl Jaspe~ 2~ Gisèle SOUCHONI Nietzsche: Gé7éalogie de l'individu, 2003€ Gunilla HAAC, Hornmage à Oscar Haac, 2003~
~

Rafika BEN MRAD, la mimésis créatrice dans la Poétiql.Jeet la
Rhétorique d'Arjstot~ 2004
~

t\1ikhail MAIATSKI, Platon penseur

du vÎsue~ 2005~

Angèle KREMER-rJlARIEm, Jearl-Pau! Sartre et le désir detre, 2005~ Guy-François DELAPORTE; lecture du COffltnentailC! e Thomas d d~qujn sur le Traité de fadénlonstration d~nstotef 2005..

FRIEDRICH NIETZSCHE

CONTRIBllTION
GÉNÉALOGIE

L~ LA

DE LA MORALE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Kinshasa Pol. et Adm. ;

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14- I 6

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan

Burkina Faso
villa 96

1200 logements 12B2260

KIN XI

1053 Budapest

Université Kinshasa RDC de -

Ouagadougou 12

1ère édition dans la. Collection

10/18 en 19744

Traduction et Notes par Angèle Krenler-1vtarietti Précédé de
De lt1 philologie à la génét.l!()b,Tie

par Angèle Kremer-~larietti

http://www.librairieharmattan.con1 diffusion.hannattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

2006

ISBN: 2-296-00042-8 EAN : 9782296000421

DE LA PHILOLOGIE par ANGELE

A LA GÉNÉALOGIE

KREMER-MARIETTI

INTRODUCTION*
Pour Nietzsche, l'homme reste' prisonnier dans l'illusion et l'auto-illusion; la raison n'est pas destinée à la conquête de la connaissance pure mais à la seule maîtrise du monde. L'hoffiIJle, en tant que hiérarchie d'instincts, est soumis à l'instinct dominant qui fait la loi de la vérité et de l'humanité; il n'y a pas de vérité autre que labyrinthique, mais seulement des

vérités, des perspectives,

qui, de leur fait propre,
.

dénoncent la nullité de toute question absolue sur la vérité, et particulièrement en droit, en morale et en politique. Tout ce qui relève'de l'esprit n'est finalement que l'expression d'une structure instinctuelle socialisée et en même temps couverture de cette structure; c'est ce que nous appelons une vérité. labyrinthique (cf. l'Homme et ses labyrinthes, colI. 10 j18, 1972). L'homme crée le labyrinthe pour sa vérité, c'est dire qu'il crée et sa vérité et ce qui camoufle l'origine de cette vérité. L'homme devient

l'auteur d'un - procès dans lequel il est lui-même impliqué, ce qui lui enlève toute clarté et toute
* Les notes sont rejetées à la fin de cette étude page 101. 11

honnêteté. Pour Hermann Zeltner (I) à juste raison, Nietzsche est celui qui avu que l'homme cherche la philosophie dont il a besoin : la Volonté de puissance, en. effet, se masque sous le christianisme, sous la révolution, sous l'égalité des droits, sous l'amour de la paix, sous la justice, sous la vérité; ces grands mots n'ont de valeur que pour tout autre chose que ce qu'ils prétendent désigner. L'idéologie est. de même le masque de la Volonté de puissance ou son expression masquée, à la fois sa diversion et sa per-

version. L'impératif de Nietzsche: « Le mauvais et
le faux doivent paraître à la lumière », s'accorde avec l~ position de Burckhardt: « devenir toujours plus ouvert et plus honnête (II) ». Il n'y a partout que des {( rapports de valeur (III) ». La théorie de la connaissance de Nietzsche constitue une généalogie difficile à établir, car elle exige une attitude d'esprit nouvelle: non pas purement rationnelle et logique, mais « labyrinthique », c'est-à-dire dynamique et 'profonde, ouverte aux détours et retours du labyrinthe. Dans le chapitre De la vision et de l'énigme, le nain dit à Zarathoustra que toute vérité est courbée à l'image du temps qui est un cercle: les vérités droites sont des mensonges. La vérité courbe est cachéederrière l'écran de la vérité droite, due à l'esprit de lour{(

deur (IV).Ainsi, le météore de la contestation» qu'est

Nietzsche cache. un spécialiste des profondeurs, ainsi qu'un sociologue des temps modernes et un connaisseur de l'hellénisme: ces différents aspects du philologue-philosophe n'ont été vus que successivement, comme le montre Ernst von Aster (v) jusqu'à~e que Stefan George et L. Klages d-écouvrent l'unité profonde de la pensée nietzschéenne; ce n'est d'ailleurs qu'après Klages que fut appréhendée la Volonté de puissance comme constitutive du « réalisme politique» qu'explicita Baümler. Dans l'avant-propos du Gai Savoir, Nietzsche explique comment il s'est déterminé à la sérénité par.
.

12

le dégoût du « besoin de vérité », de la « vérité à tout prix». Les profondeurs réelles de la « volonté de vérité» ne sont autres que la Volonté de puissance, c'est-à-dire un imperium, une forme de domination, parachevant « l'essence poético-pratique du connaître» vue par Kant, ainsi que le précise Henri B~rault (VI) et supprimant « cette dernière croyance de l'homme moderne, c'est-à-dire ce qui fait qu'il est. encore pieux», ainsi que Jean Granier (VII) le démontre. Ces deux auteurs voient chez Nietzsche l'aboutissement de la critique kantienne, son point optimum (VIII), mais ce point optimum,- pensonsnous, se retourne finalement contre la critique. kantienne elle-même puisque Nietzsche dénonce les prétendues catégories a priori de la raison, puisque les catégories grâce auxquelles l'homme se laisse conduire vienn'ent se réduire finalement à de pures nécessités vitales, d'origine corporelle et sociale ou économique: chaque centre de forèe a sa propre perspective sur le monde et son propre mode d'évaluation. On voit ainsi que le paragraphe 344 du Gai Savoir se complète par l~ paragraphe 192 de Par-delà le bien et le mal dans lequel Nietzsche démythifie ce que les honimes appellent la vérité et même la «'vérité scientifique », il montre que le « pouvoir d'invention permanente» est une caractéristique essentielle de l'homme, pouvoir d'invention c'est-à-dire de mensonge ou encore d'art. Par le biais de l'histoire d'une science particulière (la philologie), Nietzsche, qui en suit le fil conducteur, montre que les méthodes anciennes ne sont que des « procédés », c'est dire qu'elles n'ont que peu de valeur intrinsèque: mais ce que le passé nous apprend le présent nous l'apprendrait également pour ce qui est des « hypothèses prématurées » et des « fantaisies »reconnues rétrospectivement. Ce qui était 'vu comme « bonne foi », comme « véracité» apparaît maintenant comme « manque de patience », comme « manque de méfiance». Le
13

fait est que nous sommes rebelles à la nouveauté, ne suivant que les habitudes de nos 'sens éduqués, reconnaissant le déjà connu socialement, qualifiant de « barbare » ce qui nous est inconnu. Pour supporter des impressions nouvelles et les apprécier, il nous fait plus de « moralité», plus de force de caractère. De haut en bas de l'échelle des fonctions cognitives, ce qui domine partout c'est tout autre chose que la vérité: ce sont les passions actives .(comme la domination) et passives (comme la paresse). Nous découpons le monde selon des formes prédéterminées (par les habitudes instituées, par le langage sousjacent, par l'utilité éprouvée dans le passé de la communauté): dans la lecture, sur vingt mots, nous en prenons cinq, nous ne voyons qu'un « à peu près» d'arbre, nous inventons la majeure partie de notre aventure... nous sommes, quoi que nous fassions et disions, des menteurs... ou bien des « artistes ». Ainsi sans aucun doute, c'est bien « l'objectivité scientifique » que Nietzsche attaque cette fois. Parce -qu'il dénie tout pouvoir à une raison autoritaire, car il nie l'en-soi de la raison, Nietzsche assoit sa double critique de la connaissance .et des institutions sur la mise à nu de filières généalogiques conduisant à la double origine chrono-historique (généalogique) et biosocio-historique (analytique). Le credo radical est l'absence de but en soi (xv, 25). Sur le nihilisme radical, Nietzsche se prononce: « Le nihilisme radical, c'est la conviction que l'existence est absolument intenable, si on la compare aux valeurs les plus hautes que nous connaissions; il s'y ajoute cette constatation que nous n'avons pas le moindre droit de supposer un. au-delà ou un en-soi des choses qui serait « divin», qui serait la

morale incarnée. Cet aveu est le fruit d'une « véracité» parvenue à l'âge adulte; il résulte donc luimême de la croyance à la morale » (xv, 3). L'être humain doit se dilater au-delà des frontières

14

du conscient et de l'esprit. Le « moi» et le « toi» à la limite se confondent, également le corps et l'esprit, au point que la « matière» n'existe plus. L'homme, créateur des valeurs, reconnaît que la vérité est une illusion créée par lui et dont il peut se. rendre indépendant et maître par. cette reconnaissance même. Landgrebe n~a pas tort d'affirmer que chez Nietzsche « toute vérité est par le fait évaluée selon les services qu'elle a rendus à la vie» (Ludwig Landgrebe, Philosophie der Gegenwart, AthenâumVerlag, Bonn 1952, p. 149). Chaque vérité est liée au vivant et la « route de la vérité » (XIV, 2e partie, 207)* est semée de résistances et de contradictions.

* A défaut d'indication spécifiant qu'il s'agit de la page, les chiffres arabes concernent les paragraphes.15

{(

La question du nihilisme « dans quel but?»

provient de l'habitude établie en vèrtu de laquelle le but semblait posé, donné, exigé de l'extérieur nommément par quelque autorité surhumaine. Après avoir cessé de croire en elle, on cherche encore selon l'antique habitude une autre autorité qui saurait parler sans condition et pourrait commander les fins et les tâches. L'autorité de la conscience vient maintenant en première ligne (plus elle s'émancipe de la théologie. et plus la morale devient impérative) comme dômmages-intérêts pour une autorité personnelle. Ou bien l'autorité de la raison ou bien l'instinct social (le troupeau). Ou bien l'histoire avec un esprit immanent, qui 'a son but en e1le-même et à laquelle on peut s'abandonner. On aimerait laisser derrière soi la volonté, la poursuite d'un but, le risque de $e donner à soi-même un but; on aimerait se décharger. de la responsabilité (on accepterait le fatalisme). Enfin: le bonheur, et, avec .quelque tartuferie, le bonheur du plus grand nombre. On se dit: 1) Un but déterminé n'est pas du tout nécessaire. 2) Est absolument impossible à prévoir. Et à présent, justement alors que la volonté la plus forte serait nécessaire, elle est la plus faible et la plus découragée. Méfiance absolue envers des forces organisatrices de la volonté à l'intention de la totalité. » (La Volonlé de Puissance, premier livre: Le
nihilisme européen, K, xv, 20). 17 '

Chapitrp

.premier

Le3 années

d'études

philologiques

Un point de départ fondamental de la pensée de Nietzsche, et auquel il va s'opposer, c'est le christianisme dans lequel il est né et s'est développé jusqu'à ses années d'études universitaires. On trouve des pasteurs dans sa parerité proche et lointaine. Ses deux grands-pères Oehler et Nietzsche (de celui-ci il tenait le prénom et le goût d'écrire) étaient pasteurs, ainsi que son père. Charles Andler définit comme suit le caractère des deux familles: « Les Oehler avai~nt des croyances chrétiennes et un c~ractère profane. Les NÏetzsche étaient des ascètes, mais avec du raffinement de libre-pensée 1*.» La famille de Nietzsche vécut au presbytère de Roecken jusqu'à la mort prématurée du père de Nietzsche qui fit une chute fatale dont on ne sut jamais si elle était cause ou effet d'une lésion cérébrale. Il mourut en juillet 1849 et la famille quitta le presbytère en avril 1850. Né le 15 octobre 1844, Nietzsche n'avait
* Les notes sont rejetées à la fin de cette étude p. 102 à 105. 19

pas encore six ans, mais ce changement grave s'inscrit déjà dans sa vie comme un signe inéluctable. Quatre femmes: sa grand-mère, ses tantes, sa mère se chargent de son éducation chrétienne, l'entourent de leurs soins, lui et sa sœur Elisabeth. Le séjour de huit ans dans la ville de Naumbourg, où il fréquenta le collège, est agrémenté de visites au grandpère Oehler qui devine en Nietzsche une nature originale. D'une sensibilité délicate, il devait ressentir l'absence paternelle mais sa mélancolie naturelle ne l'éloignait pourtant ni des jeux, dans lesquels se manifestaient ses facultés symboliques, ni d'ailleurs des' exercices physiques tels que la nage et le patinage. A cette époque sa foi était vive, comme elle le restera durant son adolescence studieuse à l'école de Pforta où Nietzsche commença ses premières études. de philologie. Des poèmes datant de 1858 et 1859 magnifient le jour de Noël et l~ Patrie éternelle: Quand ainsi vibrent leseloches, Je songe que tous nous devons rejoindre la Pairie éternelle. Heureux, qui vit ravi à la terre et chante des chants du Pays
louant cette béatitude
2

!

sincère; c'est pour lui « affaire de cœur », comme il
l'écrit en prose et en vers, mais déjà Nietzsche relativise l'absolu chrétien et minimise sa visée méta-

Jusqu'en

1864, le chri$tianisme

de Nietzsche est

physique: « Dieu s'est fait "homme,cela in,dique simplement que l'homme ne doit pas chercher son salut dans l'Infini, mais placer son Ciel sous la terre; le mirage d'un monde supra-terrestre avait mis les esprits humains en fausse posture vis-à-vis du monde terrestre: il tenait à l'enfance des peuples 3. » Ce
20 "

.

texte de 1862, Sur le christianisme, semble d'ailleurs se rattacher à un mouvement théologique de l'époque, mouvement mettant l'accent sur le contenu éthicosocial de la religion. Mais la foi qui se manifeste en 1862 semble déjà compromise si l'on mesure la portée de la critique des dogmes à laquelle se livre le collégien durant la même année. En effet, trois textes d'avril 1862 exposent des vues philosophiques originales mais peu orthodoxes; les titres en sont Destin et histoire, Libre arbitre et destin 4 et une note Sur le christianisme 5. Nietzsche traite donc du libre arbitre, de la fatalité et de l'histoire. Sa théorie historique des trois âges de l'humanité suit de près celle que "déve.loppa Lessing en 1780, dans ['Education du genre humain. Pour Lessing, avec la venue du Christ pédagogue, l'enfant devient adolescent; la maturité .du genre humain verra le temps de la perfection, celui d'un nouvel évangile devenu éternel; l'accomplissement de cette humanité' sera universel et concernera par conséquent chaque individu qui,' pour achever sa maturité, devra vivre plusieurs existences; à cette dernière"hypothèse, Lessing répond: pourquoi pas? « Parce qu'ainsi trop de temps serait perdu pour moi? Perdu? Et qu'ai-je" donc à perdre? N'ai-je pas toute l'éternité? 6. » Quant à Nietzsche, qui adopte. cette idée du développement humain, il ne conclut pas encore à l'éternel retour. Mais il est plus formel que Lessing dans l'affirmation. de l'illusion d'un monde supraterrestre et quant au doute, propre au troisième âge de l'humanité. Alors que pour Lessing Dieu aménage cette éducation par la révélation, pour Nietzsche l'homme évolue, indépendamment de Dieu, de l'illusion à l'enthousiasme et au doute, pour enfin découvrir, au milieu des conflits, la vérité qu'en lui seul se trouvent tout à la fois « le commencement,
-

21

le milieu, la fin de la religion ». Ainsi, la note Sur le christianisme reprend une idée déjà développée. en mars 1861 sur l'enfance des peuples: dans leur enfance, les peuples ont le mirage d'un monde supraterrestre; dans la jeunesse de l'humanité, un enthousiasme mêlé de pressentiments fait adopter

ce mystère.: « Dieu s'est fait homme»;

enfin, à

l'âge adulte, l'humanité est propre à douter. Ce qu'exprime le christianisme, ce ne sont pour Nietzsche que des vérités fondamentales du cœur humain. Il faut ajouter que le texte traitant de la fatalité et de l'histoire,. prouve que Nietzsche vient de lire l'Histoire de l'Eglise de Hase, comme cet auteur il déplore la confusion des idées qui règne dans le peuple en matière de religion, alors que là tout n'est qu'hypothèse; et il énumère les hypothèses sur lesquelles repose le christianisme: l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, l'autorité de la Bible, l'inspiration divine (enthousiasme). Notons que ces remarques constituent déjà des dérogations graves dans l'interprétation des dogmes: le jeune philologue ne voit, en effet, dans les doctrines chrétiennes, que des symboles:.. « Ce sont de purs symboles, comme le très haut doit toujours être symbole du plus haut encore» (Sur le christianisme). Le jeune Nietzsche voit au.-delà du christianisme historique une religion intérieure et personnelle qui a sa fin dans la vie immédiate: « Dieu s'est fait homme, cela signifie simplement que l'homme ne doit pas chercher son salut dans l'Infini, mais fonder son Ciel sur la Terre. » Dans la seconde des Considérations inactuelles, qui date de 1873-1874, sera particulièrement souligné le contraste entre Jésus, fondateur du christianisme, et le succès de sa doctrine dans

l'histoire. En 1862, « Dieu s'est fait homme» signifie
pour Nietzsche l' oblig~tion dans laquelle se trouve l'homme d'abandonner le mirage d'un monde supraterrestre. On peut voir dans cette pensée, qui 22

n'est plus précisément chrétienne, l'annonce de cette invitation de Zarathoustra à accepter la terre et le corps. Ces vues de Nietzscheen 18ô2 peuvent se rattacher à un mouvement religieux de l'époque: celui de l'école ritschlérienne. Le philologue et professeur Ritschl, qui allait plus. tard enthousiâsmer Nietzsche à Bonn et à 'Leipzig, était le cousin du théologien homonyme (1822-1889) qui fonda l'école selon laquelle la théologie 'chrétienne devait reposer principalement sur une appréciation de la vie intérieure du chrétien et sur des vues nettement éthicosociales. Il est probable que le théologien ait eu sur Nietzsche, avant le philologue, une influence même indirecte, selon les quelques indications que fournissent, d'une part, cette note sur le christianisme et, d'autre part, un plan d'études, datant de juillet 1863, sur la distinction entre un christianisme intérieur et un christianisme extérieur, dans lequel Nietzsche maintient son interprétation du christianisme comme
{(

exergue à ces quelques lignes, étant la suivante:
{(

affaire de cœur », la maxime générale, mise. en Votre.justice est meilleure que celle des pharisiens.
»
,

Pour Nietzsche en 1862, coutume et morale constituent la somme de toutes les vérités de l'homme. Le jeune humaniste ,se place à un point radicalement éloigné de l'univers « dans l'infini .des mondes ,». Il imagine la somme des produits de tous les mondes; peut-être, suggère-t-il, est-ce la « vérité universelle ». Sinon l'éternel retour proprement dit, du moins ]a pensée du devenir éternel se présente à lui d'une manière métaphorique: la grande horlogerie du devenir meut l'Horloge de 'l'histoire. L'intuition du cercle et d'un éternel circuit se développe: le cercle central étant celui de l'homme, entouré lui-même de cercles de plus en plus éloignés, les cercles les plus proches étant ceux de l'histoire des peuples et de l'histoire des sociétés, enfin celui de l'histoire de l'humanité. Le rôle des sciences naturelles, surtout, 23

apparaît comme capital, car elles détiennent la relation fondamentale qui relie toutes les interférences dues aux oscillations des cercles, des plus petits aux plus grands. Quant au philosophe, n'est-il pas condamné à créer dans l'abstrait? Partant des cercles intérieurs, pour se diriger vers les cercles extérieurs, il ne peut concevoir dans sa totalité l'histoire universelle. Sans doute est-il permis de voir ici une critique à l'endroit du système de Hegel, critique qui aura le loisir de se développer par la suite et qui ne peut être ici que fortuite. La théorie de 1862 montre encore, dans le passage d'une cercle à l'autre, que le problème fondamental est celui de la justification de l'individu par rapport au peuple, ensuite celui de la justification du peuple par rapport à l'humanité, enfin celle de l'humanité par rapport au monde même. Ces vues de la.situation de l'homme dans l'univers tentent d'englober toutes les hypothèses et de comprendre l'homme en tant qu'homme universel dans la com.munauté, aussi bien

lE MONDE

,

Oscillations des cercles don/les interférences sont reliees par les sciences' naturelles.
,

24

qu'en tant qu'individu particulier dans sa différence. S'il n'y a pas deux individus semblables, cela tient, pense Nietzsche, à leur passé individuel, mais surtout au passé de leurs ancêtres, également au passé collectif, de leur peuple. Une chaîne va donc relier chacun à l'origine matérielle du monde et si l'individu est particùlier c'est parce qu'il ya eu différenciation et prolifération progressives au cours des âges. A supposer que le passé fût aboli (la nécessité), on ne pourrait abolir la rêverie des dieux indépendants (le hasard), l'homme, l'enfant héraclitéen, jouerait 'avec les mondes comme avec des pions. Il faut admettre, en conséquence, une vérite" sise hors des mondes et pour l'homme qui veut la saisir il s'agit d'une tâche trop difficile. Ne doit-il pas sortir de son cercle immédiat pour aller se perdre dans les cercles étrangers? La ..non-identité des individus est elle-même évidente puisque, incontestablement, elle est liée à l'histoire. A l'histoire est donc attribuée une certaine nécessité en ce qui concerne l'individu, mais si l'on considère le non-individuel, alors apparaissent possibles à la fois verité et li berle. Ainsi, rattaché à la chaîne historico-biologique, qui retient les raisons de son destin, identifié à sa lignée, l'individu se voit pourtant conférer une liberté illimitée. Dans cette dissertation de la même époque, 'destinée également à la lecture devant la Germania (société que Nietzsche ,et ses camarades de l'école de Pforta avait fondée sur la base de statuts culturels) et intitulée Libre arbitre et destin,

Nietzsche écrit, en effet: « Le libre arbitre, en soi
rien d'autre q,ue la liberté de la pensée, est limité de façon analogue à celle de la liberté de pensée. » En réalité, puisque la recherche de la vérité n'a pas de fin, si quelque chose. arrête la volonté et la -pensée ce ne peut être que la matière. Mais si l'on considère l'esprit. comme une matière infiniment. sùbtile, il s'établit entre la pensée et la matière une contÏnuité 25

que l'on retrouve entre la fatalité et le libre arbitre. Toutefois ces.. deux termes ne correspondent qu'à des abstractions dues à l'homme: le jeune penseur y v_oit, d'une part, la faculté d'agir de l'homme en connaissance de cause et, d'autre ,part, le principe qui nous pousse à accomplir des actions involontaires. Ces deux éléments constituent à eux seuls le concept de l'individualité. En fait, l'homme est agent de son destin, destin que l'on peut se représenter comme la chaîne des événements qu'il produit lui-même dès qu'il agit. Cette action ne commence pas directement avec l'individu, mais, bien avant sa naissance, chez ses parents et ses ancêtres. L'individu est donc compris dans une chaîne d'événements de laquelle il est solidaire et qu'il continue lui-même. C'est

la parole de l'Hindou que Nietzsche reprend: « Le

destin n'est rien que les actions que nous avons commises dans un état antérieur de notre être.» Et le jeune philologue affirme que nos actions se tiennent toujours dans un rapport avec notre conscience, .~~lonla pensée d'Emerson qu'il a retenue: « Toujours la pensée est unie à la chose q'ui apparaît comme son expression. » Mieux encore, l'inconscient est une réalité supposée et admise par Nietzsche, et qu'il conçoit comme une activité de l'esprit. Si nous fermons les yeux, écrit-il, le Soleil n'en continue pas moins de briller et d'éclairer le monde, de même ce que nous ignorons de nous-mêmes et .hors de nous-mêmes n'en continue pas moin~ d'exercer--son action. De toute façon, l'homme participe à créer son destin puisqu'il crée des événements: les actes humains se trouvent ainsi à la fois libres et déterminés. Cette force sans matière, mise à la disposition de l'individu, préformée par ses ancêtres, détient en elle le principe de l'âctivité inconsciente. Mais, à suppÔser que ces deux principes soient séparés: le principe du libre arbitre pur donnerait un' dieu, .la nécessité totale donnerait un automate; or, l'indi26

la nécessité. L'une des dissertations de l'année 1862 7
traite de la liberté et du destin- (fatum): celui-ci n'est qu'un concept abstrait, une force sans matière, mise à la disposition de l'individu mais déjà préformée chez ses parents et ses ancêtres. La volonté libre est de même une abstraction désignant la faculté d'agir consciemment à côté du destin compris comme principe de l'action inconscie:qte :entre dieu et automate, ni l'un ni l'autre, l'homme cependant conduit son action, Quant au christianisme, il concerne uniquement le cœur: Dieu s'est fait hommè, cela signifie que l'homme doit fonder son ciel sur la terre. Le jeune Nietzsche distingue l'enfance, l'adolescence et la maturité de l'humanité quant à son illusion d'un monde de l'au-delà qui l'a conduite à une fausse posîtion envers la vie terrestre. Il est facile de voir ici une première ébauche de la philosophie perspectiviste des valeurs. Dès 1863, l'idée de la vie dangereuse fait également son apparition: telle qu~elle est présentée alors, avec la notion de fatum elle ne manque pas d'intérêt. Elle se développera au cours de réflexions ultérieures et engendrera la notion d'amor {ati, qui en est la conséquence normale. Quel que soit ce destin, en effet, Nietzsche invitera

vidu, qui est la réunion des deux principes, n'est en fait ni dieu, ni automate. Chrétien, parce que la doctrine chrétienne tient seulement à la foi et qu'elle _permet d'affirmer une autonomie morale, Nietzsche est déjà imprégné de la pensée orientale: il discerne à côté de la volonté libre l'action d'un fatum, une résistance qu'il se représente comme la série réelle des événements. On sait qu'il apportera cette notion d'amor fati qui a posé bien des problèmes d'interprétation. A cette époque, il croit que l'homme crée lui-même le fatum puisqu'il produit des événements nouveaux: les actes humains dépendent à la fois du hasard et de

à l'aimer, à lui dire « oui ». Et, c'est lié à la pensée
27

de l'éternel retour qu'il apparaîtra

« Combien il .faudrait que tu t'aimes toi-même et

dans le Gai Savoir:

.

rupture avec la. foi naïve de son enfance: écrits
en avril, ce sont Vor dem Crucifix et J etzt und vers du premier Ehedem 9; les quatre-vingt-dix sont souvent d'un certain réalisme; le second exprime la lourdeur du cœur et la grisaille des temps: l'héritage du passé est brisé, le doute seul subsiste: Le Dieu e'était moi et e'est la raison Qui l'a trompé et qui m'a trompé.

que tu aimes la vie pour p.eplus désirer autre chose 8. » En 1863, il est facile de déceler une crise grave des sentiments religieux de Nietzsche. Dès lors, nous devons distinguer ses convictions philosophiques et ses sentiments religieux qui n'en continuent pas moins d'être sincères. Deux poèmes marquent la

.

.En mai-juin, le désespoir est oublié .pour l'imploration à Dionysos, le« Dominateur» : Auf Dionysos 10, qu'il dés.ig,n,e:-idunom .de KleobouJos ou; Kleobulus : A Cléobule je donnerai le bon
conseil: d'accepter mon amour, 0 DiC?nysos.

Le Cléobule, je l'aime, pour Cléobule je m'emporte,

pour Cléobuleje suis au guet.
Cette initiation précoce à Dionysos, à laquelle Nietzsche fera allusion dans Par-delà le bien et le malll, se confirme par le poème écrit au moment. de quitter l'école de Pforta, en août 1864, Au dieu inconnu, dont le titre reprend le passage des Actes, des Apôtres (XVII, 23-45) dans lequel Paul dit aux Athéniens: « J'ai même trouvé un autel avec cette 28

inscription: Au dieu inconnu. » Ce dieu auquel le poème s'adresse est étrange, autoritaire et tyrannique; loin de son emprise, le jeune homme veut fuire, .

mais il lui reste enchaîné.

Tandis qu'en. 1862 la foi persistait malgré la critique des dogmes, en 1863 s'opère un déplacement . de la foi, tournée désormais vers un dieu secret, dont le mystère est dévoilé par cesj quelques lignes adressées au Dominateur. Nous pouvons saisir ici le moment précis qui fera de Nietzsche ce qu'il fut.

La métamorphose est pleine d'enseignements en .
elle-même. 1863, non pas 1864, est bien l'année durant laquelle Nietzsche offrit ses prémices au dieu tentateur et équivoque, ainsi qu'il l'a reconnu plus tard. C'est dans la trace du deuxième discours de Dion Chrysostome que le jeune philologue de Pforta a rencontré Dionysos et s'est dès lors, vraisemblablement, converti à lui 12. Le même poème intitulé Auf Dionysos s'adresse identiqu.ementà Kleoboulos (orthographié également Kleobulus, Kleobulos) qui, comme ndus avons pu le constater, était encore le nom de Dionysos dans les mystères orphiques, dont les tablettes retrouvées indiquent même un double nom, Eukles et Euboulos, termes qui ne désignent que le même Eukles-Euboulos, épithètes de Dionysos ou Zagreus dans les hymnes orphiques. Eukles c'est le « glorieux »,Euboulos étant « celui de bon conseil ». Les vers suivants confirment cette conversion: à l'incantation succède la possession: o je ne tu Cléobule, avec le visage d'une vierge te cherche, mais tu ne viens pas, sachant pas que de mon. âme tiens les rênes.

La tradition avait déjà consacré diverses dénominations de Dionysos, outre celles de Bacchus et 29

Iacchos, celles de Bassareus, Euios, Sabazios, Thyoneus, Lenaios, Eleuthereus l3.Dionysos est encore le dieu du figuier: Sykitos; le dieu de la croissance: Phytalmios; le dieu du lierre: Kissos; le dieu de tout ce qui fleurit: Anthios. C'est aussi Dithyrambos, le dieu renaissant avec la résurrection de la terre au printemps. Il s'agit donc d'une entité naturelle d'origine populaire. Notons que, malgré cette intrusion de Dionysos, Nietzsche parvient encore à maintenir son interprétation du christianisme comme affaire de cœur. Il faut voir, chez le jeune homme, en même temps qu'une exigence de sincérité, de véracité profonde, d'honnêteté foncière, également l'affirmation du plaisir de la nature, qui est sincèrement affirmé: « Rien ne nous attire que le vivant. Tout ce qui est mort est indigne de l'esprit. » Le poème' qu'il compose encore en août 1863 est riche q.'une inquiétude ouverte au mystère: Que sonnent les cloches de mon esprit? Pourquoi suis-je profondémerzt, s~cpu~..? PourqUoi "mon orèille suit-elle' anxieus'eriiênt leur [rythme?

Qu'annonce leur langue magique? Qui était-ce celui qui ébranla leurs cordes? Qui attisa la flamme de mon âme? Ce tourment et cette angoisse ne semblent pas di~sipés en 1864 dans le poème dédié Au dieu inconnu. A la même époque, .Nietzsche étudie les meilleurs représentants de la culture allemande: de Fichte, il dira plus tard que c'est le père de la jeunesse allemande (dans Humain trop humain), il l'appellera
« le

grand Fichte» (dans Aurore). Il a lu le Gesang

des Deutschen dê son poète préféré Hûlderlin. Tandis que ses réflexions sur le christianisme achèvent de

30

se développer, à partir des livres de Hase et de Feuerbach, parallèlement la pensée sur les héros prend son essor, avec la lecture des Chroniques, de l'Edda et de Saxo grammaticus. L'idée du tragique commence à le séduire à travers Œdipe roi et les figures de légeride aux combats épiques. Entre autres, la légende d'Ermanarich, roi ostrogoth, l'intéresse au point qu'il y travaille plusieurs années durant; de 1861 à 1863, ce sont une esquisse historique, un texte complet (Ermanarichs Tod), de nouveau des pages sur le personnage, enfin une étude littéraire et critique sur le thème de la légende d'Ermanarich jusqu'au douzième siècle. Sur le même Ermanarich, on trouve de Nietzsche des poèmes, un drame resté inachevé, une symphonie, toujours de la même époque. Dans le cycle des légendes de ce roi, Frédéric Nietzsche était touché par l'atmosphère grandiose et tragique d'un tableau apocalyptique: soleil assombri, terre immergée, flammes célestes autour de l'arbre de la création; là-dessus il entendait une musique qui le ravissait. Le caractère de Kriemhild d'après les Nibelungen et la Ill()rt JleSiegfried l'avaient également occupé à des dissertations. Il imagine un conflit tragique opposant le christianisme et le paganisme :. dans un tableau d'orage, au milieu des plaintes humaines, le christianisme aux accords harmonieux 'livre un combat sauvage avec le paganisme qui résiste 14. Le passé mythique' lui paraît préférable au présent chrétien, mais il croit en un avenir meilleur. La réalité historique et le mythe entretiennent donc manifestement la première pensée philologique de NÏetzsche. On devine, dans l'enthousiasme pour les héros mythiques, le désir de revoir des temps héroïques et ce désir annonce lui-même la pensée du surhomme, dont Nietzsche prononça le mot pour la première fois en 1861 dans une conférence sur Byron. Il écrivit également une dissertation sur H6lderlin, son poète préféré avec 31

Byron: dans Empédocle il voit, décrit dans une langue pure, le destin du poète; Hypérion l'émeut par sa beauté. Chez Hôlderlin, Nietzsche trouvait déjà des raisons d'alimenter sa haine du bourgeois. De même, dans la légende d'Ermanarich prend forme ce qui sera plus tard sa pensée' magistrale du Crépuscule des idoles, première image de ce déclin qu'attendré1 Zarathoustra. C'est en 1864 que NÏetzschesortit du gymnase. Avec son ami Deussen, qui était rhénan, il se dirigea vers Bonn, où il était recommandé auprès de deux pr~fesseurs en philologie, Otto Jahn et Friedrich Ritschl. Nietzsche suivit les rites habituels aux étudiants allemands: il fit partie d'une Burschenschaft, corporation d'étudiants. Il porta la casquette de la FraTiconia, groupement qui s'était illustré. Plus tard, il comparera aux « Brigands» de Schiller « ces jeunes gens révoltés 15»; ils ..étaient « les plus vaillants, les plus doués et les plus purs d'entre

leurs camarades
autour

16»

et la ,peur qu'ils suscitaient
dira Nietzsche, de ce qu'ils

pouvaient apporter « une véritable institution de culture» dans l'esprit de la Réforme 17. Les pages
intitulées Ueber. die Zukunft unserer Bildungsanstalten (De l'avenir de nos établissements culturels) donnent une critique générale des universités: Ni~tzsche eût souhaité une rénovation du système de l'enseignement supérieur que l'on tenait volontairement inaccessible au peuple,. bien que l'Université et l'Etat fussent alliés; or Nietzsche voyait dans cette alliance une complicité dont le but était l'élimination a priori du génie. D'autre part, si l'on n'oublie pas que Nietzsche sqrtait d'un internat particulièrement sévère, on comprendra ce reproche fait au système d'éducation tout entier dans ce qu'il offrait un contraste trop grand entre le régime très sévère des établissements du second degré. et celui très libéral des universités oÙ l'étudiant privilégié
32

d'eux venait,