Corps vivant et corps vécu

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La Phénoménologie de la perception de Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) est publiée en 1945. Inséparable de La structure du comportement (1942), il s'agit d'un essai dialectique de théorie de la méthode. Cette lecture-commentaire d'un texte charnière de la dissociation entre approches scientifique et philosophique du corps, propose une analyse du corps à la fois comme objet de la biologie et sujet de son monde vécu. La phénoménologie génétique s'appuierait sur les données de la psychogenèse et sur un savoir métaphysiologique.
Publié le : mardi 1 février 2011
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EAN13 : 9782296454019
Nombre de pages : 196
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C O R P S V I V A N T E T C O R P S V É C U
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Gérald ANTONI,Rendre raison de la foi ?,2011. Pascal GAUDET,L’anthropologie transcendantale de Kant, 2011. Camilla BEVILACQUA,L’espace intermédiaire ou le rêve cinématographique, 2011. Lydie DECOBERT,On n'y entend rien. Essai sur la musicalité dans la peinture, 2010. Jean-Paul CHARRIER,La construction des arrière-mondes. La Philosophie Captive 1, 2010. Antoine MARCEL,Le taoïsme fengliu, une voie de spiritualité en Extrême-Orient, 2010. Susanna LINDBERG,Entre Heidegger et Hegel, 2010. Albert OGOUGBE,Modernité et Christianisme. La question théologico-politique chez Karl Löwith, Carl Schmitt et Hans Blumenberg, 2010. Hervé LE BAUT,Présence de Maurice Merleau-Ponty, 2010. Auguste NSONSISSA,Transdisciplinarité et transversalité épistémologiques chez Edgar Morin, 2010. Stéphane KALLA,L’acte de la Perception, Pour une métaphysique de l’espace, 2010. Jules BOURQUE,L’humour et la philosophie. De Socrate à Jean-Baptiste Botul, 2010. Philippe RIVIALE,Heidegger, l’être en son impropriété, 2010. Sylvain PORTIER, Fichte,philosophe du « Non-Moi »,2010. Djibril SAMB,Le Vocabulaire des philosophes africains, 2010. Xavier ZUBIRI,Traité de la réalité, 2010.
Henri FOUDA CSSp.
C O R P S V I V A N T E T C O R P S V É C UCommentaire épistémique de la Phénoménologie de la perception de Maurice Merleau-Ponty
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13735-6 EAN : 9782296137356
Remerciements
À mon père David ETEME et ma mère Tecla NGONO par qui « je suis un corps ».
Avant-propos Merleau-Ponty ou l’intérêt pour le monde
«Le philosophe se reconnaît à ce qu’il a inséparablement le goût de l’évidence et le sens de l’ambiguïté». Dans cette citation, ce qui donne matière à une remarque liminale, à une espèce de mise en bouche, c’est l’expression « le sens de l’ambiguïté ». Un trait distinctif de la philosophie de Merleau-Ponty ? A. de Waelhens a très vite consacré ce label. Mais la notion d’ambiguïté est, dansla Phénoménologie de la perception, explicitement indexée sur les notions d’événementet desens historique (La situation),le ressenti sensori-moteur (Erlebnis-Empfindung), mon incarnation dans une nature, désamorçant toute intelligibilité sans référence au monde et à l’Être, et, topiquement, à «l’In-der-Welt-Sein» de Heidegger. Elle va déterminer l’inscription et l’orientation de la philosophie de Merleau-Ponty comme une philosophie existentielle, ce versant de la phénoménologie qui s’astreint à «replacer les essences dans l’existence» (PP. Avant-propos, p. I.). L’homme n’est pas conscience, mais existence, expérience : « …je me sens voué à un flux de vie inépuisable dont je ne puis penser ni le commencement ni la fin, puisque c’est encore moi vivant qui les pense, et ainsi ma vie se précède et se survit toujours» (PP 418.). L’ambiguïté peut être dévoilée sous les espèces du chiasme du monde perçu/monde noétique posé comme condition de possibilité de la connaissance.Le point de vue de la fonction, reconnue comme point central de la phénoménologie d’après les Ideen I §86, sera pris en charge par M-P dans une approche génétique et gestaltiste où les notions de structure et de forme sont mises en continuité. Cette problématique de la fonction se décline comme philosophie de la coexistence, philosophie de l’indiscernable selon les modalités du sujet-objet ou de la subjectivité transcendantale-intersubjectivité transcendantale. Point de vue qui sauvegarde le sujet phénoménologique et rompt avec la causalité physiologique de type mécaniste. L’ambiguïté, c’est une espèce de polarisation qui réalise, dans le canon de la sexualité, l’unité profonde de la perception, de la motricité et de l’affectivité. Elle est perlée dans les analyses qu’Henri Fouda consacre aux «Métamorphoses du visible ». Leproblème de l’éclairage et la critique de l’hypothèse de constance nous fournissent un élément d’appréciation. Henri Fouda empuinte àGelb la formule «coexistence essentielle» pour rendre compte de l’ambiguïté et spécifier sa sémantique comme « une indiscernabilité entre l’éclairage, l’organisation des champs sensoriels par notre corps et la chose éclairée dans sa constance». Au risque de se piquer au jeu de l’ambiguïté, indiquons un de ses derniers avatars dans le registre de la méthode. Elle est la recherche d’un point d’équilibre entre une méthode
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eidétique et une méthode inductive, et, ceci, dès 1934 (cf. I. Le sujet phénoménologique et l'expérience), l’expression d’une réversibilité dialectique sans synthèse (cf. les notions de chiasme et d’empiètement). Le savoir philosophique et scientifique sur le corps repose sur l’épochè et l’observation, l’analyse comparée du comportement et est adossé à notre expérience du vivant ou duLebenswelt. Les outils conceptuels, dévolus à la réalisation d’une philosophie de l’ambiguïté -champ, forme, structure, comportement… -,organisent tout autant le désamorçage de l’explication causale que de l’analyse réflexive. C’est pour cela que les catégories déployées dans la SC sont des notions fluentes, descriptives ou dialectiques (Cf IV. 3/a La motivation entre raison et cause), propices à la configuration théorique d’une philosophie de l’ambiguïté. Les sédimentations, particulièrement les alluvions de l’histoire de la philosophie, de Descartes à la tradition de la philosophie réflexive française, seront reprises dans la perspective du monde vécu. Mais les boîtes à outils, qui permettront d’aborder le problème de la perception dans toute son ampleur – on notera ici le tropisme de MP pour la pensée allemande, même si le behaviorisme en révèle aussi le versant américain -, MP les trouvera dans les grandes enseignes du champ des sciences humaines (biologie, gestaltpsychologie, psychanalyse…) qui sont scrupuleusement restituées et sévèrement misesen situation dans un contexte herméneutique dont l’arc-boutant est le bergsonisme et son approche psychophysiologique des phénomènes de la conscience : La philosophie de l’ambigüité va se colorer d’impression et, surmontant l’inexprimable bergsonien et le « langage muet » de la foi perceptive, s’épanouir en une philosophie de l’expression orale, en une théorie «métaphysiologique et expressive de la chair». Comme le souligne Henri Fouda : « la philosophie de Bergson est celle qui a le mieux incorporé… la dimension du sensible à celle de l’expression». L’expression chez Bergson est l’attestation de la liberté et de l’esprit dans la matière ou le corps. Dans le droit fil de cette thématique de l’expression, on peut évoquer la peinture de Cézanne qui montre la matière en train de se donner forme. Bergson et Cézanne, chacun dans son registre, inaugurent une intelligence prémonitoire du sensible comme dépassement de l’opposition de la matière et de l’esprit, de l’œil et de l’esprit. La philosophie partage avec l’art le domaine du sensible, plus exactement, le domaine de l’œuvre du corps, de l’expressivité du corps. Mais l’expression - on peut indiquer en pointillés son trajet dans laphénoménologie de la perception: intériorité, impression, expression - «C’est l’expérience pure et pour ainsidire muette encore qu’il s’agit d’amener à l’expression de son propre sens» (PP 253-254.), c’est une volonté de « Traduire le pur et l’indicible » (Levinas, Humanisme…), définitions qui reconduisent auxMéditations cartésiennes de Husserl. Une illustration paradigmatique : le toucher. La plasticité du toucher ouvre le corps sur une multiplicitéambiguëde couches
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