Correspondance de John Stuart Mill et d'Auguste Comte

De
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Voici enfin la réédition dans sa forme originale, près de cent ans après sa première publication, et plus de dix ans après la parution de sa version anglaise, de la précieuse correspondance entre John Stuart Mill et Auguste Comte, telle qu'elle avait été présentée par Lucien Lévy-Bruhl en 1899.

Publié le : lundi 1 octobre 2007
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EAN13 : 9782296182912
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COHHESPONDANCE

DE JOHN STUART MILL
KI'

D'AUGUSTE

COMTE

LETTRES
I}J~

INÉDITES

JO'I-IN. STUART
A AUGUSTE
PUBLIÉ.::;

MILL

COMTE

An:r.

I..:S"ÉPONSES

DE

COMTE

.:'r UN.: INTRODUCTION

Par

L.

LÉVY-BRUHL

a'ultrl! dl! '!onrél'oncos de Ilhilo~flllhJe il hl Pacllltll dos lettros do l'UnJvOl'~ltl\ do l'nrJ~ PI'OrCsStlllr A "t\.!ole IIhro fle~ ~"'OI"'OS polltlqlll!~

PARIS
ANCIENNE LIBRAIRIE GERMEn BAll.LlhE .:T cie

FELIX
i 08,

ALCAN, EDITEUR
UIN1'-fJERUUN,

BOUI.EV!/lO

t 0&

1899 Tou. droits ré'61't'é.

@ L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04190-5 EAN : 9782296041905

INTRODUCTION

et

.1'(\Lais depuis IOllgll~mps UII l'et'vellt admif'a-

Lem' de Comte, IOI'sIPIe j'elltl'ai en relatioll avec IlIi, .Je ne l'ai jamais vu t'II P"I'SOIlIlC; mais, pen\1IW dant (pH'lques a IlIl('I\S ) 1I0llS entl'et.illmes adive <:OI'I't'SpOIHlallet\, Elle dt"~t'~II<~I'a ellsui!.e Cil

eontl'oVt'f'se, et notl'(\ zt'olt' He l'd'I'oidit. ,le rus le rll't~mieJ' ill'nlelltil' ln ('(II'I'<.'spondanee, el il rut le pl'emitw i'I l'inlt~I'I'OIllIH'(~. .It\ tl'Ouvai, et il I,'ouva probablement aussi, qU(\ je ne pOllvais l'ail'e aueulI !liclI i'l son espl'it, et qlle tOllt le hiell flu'il pouvait rail'e au mien, il le raisait pm' Hes livl'('s. Cela Il'attl'ait jamais amelll\ la cessation de nos J'apports, si Ics disscntimellts entre nous Il'avaient conccl'né que dm; points tIe simple dodl'irw. Mais ils pOl'taient S\II' des opinions ins(~paJ'ables chez tOU8 dcux dt~ nos H(>lItillwnts les plus rt)!'!.s, de ces

Il

r.ETTRES

IN~nITES

OE .l, S, MILL

sentimcnts

qui «IMet'minent
I)

la «Iil'netil)n lin nos

tendances (I).

Ccs 11'1Clqucs mots dc Mill, dans ses Mémoires, cnrael(~I'isenl exactemcnt sa correspon«lunce'uv(\(: Comte, Mnis ils sont aussi 1'00'tsommail'es, COIllmentIes rchltior\s dellx philosophes? sc sont-clics établies enh'c les Quelles lJuestions l'lIl'cnt tr'aiI)

Mes dans I:dh~ eor'l'csporHhll1cc Il active

'r Et

SI\I'

qllels point.s portait la eOl'ILr'ovcrse ll'li ln Iii d'abOl,tJ M\~{'IH~I'el', puis hientÔt' el~sset'? Mill a passé oulr'e salis nous le «Iil'e, Les Il'!.LI'es IJe Comte il Mill, puhli~es pal' II~ssoills de ln Sod(~tl~ positivistn, (\11 IH77 olll supplM\

1'1 I~Psilence, et le IHlllt intl~I'êt qu'clics pr'éscntcnt f'1lisait 1'(\gJ'el.lnl'd'auhll11 £11118 nous n'mlssiom; (file pas aus~i l~dll\S de Mill, M, Buin pn pHl'la aVI'I: IIIH\lque M\tail Ilans son ouvl'agc SUI' Mill (:~), \I I~lait. Vl\rllJ s'ôlahlil' 1\ 1...00H.lI'es,juste au monH~lIt oÙ l'{\(:han~c de leth'cs cnh'c ComLc et Mill était le plus actif, et e'l\sl alol's (Pl 'il cOmmetH~a i. vivl'c lIans l'in'~_'jh~ philosophiqlw de Mill, \I lut., 1'(.lut, et (~tu«lia avce lui les trois derniers volumcs du COIl/'S de Philosophie positive, II vit, suns doute, la plllplH't lies leUl'cs de Comte, il m(\S\1I'C(fll'clles

lU'I'ivaicnt, et il dill savoir', nssc? souvent.,

cc (I"C

(I) ,I. S.Mill, Au/obiography, :1° éclilion, JI. 211, (~!) A, lIain, ./. S. Mill: tl .c/'i/idsI/I with f'1!/'SOIlIlt /'rcoth'cfio/ls i 1.11I1114111, IHH2, p. 7o-fh.

INTRODUCTION

III

Mill Y répondail. Mais il ne s(\mble pas (fll'il ail. connu le texte mêlJ)e des lettl'es de Mill, exception faite pOUl' celles qui ont tI'ait il la qucstion des l'emmcs, dont Mill avait gm'dé copie. Toutefois, ,M, Buin a l'" dil'c uvcc l'aison (PW,

dans cctte corl'cspondanee, Mill l'ut 1ll1llSIWlI!I ope1l. NatUl'ellement l'ésCI'V{~, t peu enclin il pal'Ier e (I(~lui-même, de sa sunl.(\, d(~ ses afTaires, de ses pl'ojels, Mill n 'hésilc pas il fi'ouvl'it' à Comte cOlnme à un vieil ami. Cette dél'ogation il des habitudes constantes dut pat'atll'c t'Ol't SUI'pl'cnantc il son elltolll'age, s'il l'a connue. Elle ne s'explicl'IC que
pal'
Il

l'enthouAinsllle
du Cours

volumes

ln Icdlll'Ü des 1"'cmicl'l'\ de Philosophie positive aVait
Il 01'1

.ictt~ Mill, Sa pl'emièrc Idtl'c ne laisse Sill' ce poinl. Sml8 ~lr'e connu tic l'ücolll'Î1' même, comnw il pOllvuit hoilS of'liees Je Mal'I'ast, IcUl' ami

nucun dout(~ Coml.(~, sans le ('Uil'C, aux commun, il

s'adl'esse il lui dircelcnwnt., pOUl' lui cXIH'imcl' son admil'ation. Il lui I,,'opose 1111 commel'C(~ d'idt~cS

philos()phifJuc~. Il lui )lfII'le Il comme
atné en philosophie, toute la premit"I'c il glll'dc pat'tlr; de cette

ilHOIl

l'I't~I'e

pO\1l' Of' pas dil'c plus

Il, Dans et pl'es-

COI'l'cspondancc,

un ton de d~\f't.\I'ülwe af1'ücltwlIHc,

(IIIC d' le humilité lelll'es de

", pOlll' employcl' l'cx!)('üssion ('l'appan te don t sc SCl't M. Fl'olHle 11 I)('OPOS des Mill ;'1 Carlylc. (Mtel'mirléltion (I s'y mMe aussi, il est Vl'Ill, unc hi(\1I al'I'{Ht'~e de lie pas

IV

LETTRES INÉDITES

DE J. S. 11111.1.

abandonlH'I', suns raisons décisivcs, ceI'laines opinions (lui lui sont chères. Mais cc qui l'l'appe d'aho\'(l, c'eslla t'OI'ce de l'altl'ail auquel il a cédé en {~cl'ivanll. Comle. Com te sc mon tt'a 1'0I't sensible il celle. démm'che d'un philosophe t~lran~c.. donl il connut hient.ôt, III vall~III'. Bien (lU'il tl'ouvât Loute nahu'clle l'admil'ution 'lU 'on lui eXIH'imail, il ne pouvail man(fllCI' J'cn êt.rc louché, 11 fit donc le mcillmll' accueil aux avances de l'Iill. Il lui confia hientÔt juslfu'aux t'wt'memenls de !:illvie domestique, et il ne tin l pas :. lu i IfU'une ami li{~ véri table ne s 't'~lahlil ('n"'t~ eux. l\lais, pl,~in de son systl~HJe, el toul. heur'cux de se sentil' cotrl()I'is et suivi, il Cl'utl.Oll1. tIc suile l'adllt'~sion de Mill plus complHc 'u'cllt~ nc l'Mait. t~11rt~alil.t'~.Mill avail t.oujoUl's fait dm; l't~!-''~I'\'es; lIIais, pat' mode8I.it~, il avait {wil.{~d'l'II sOlllig-ncl' IlIi-ln(\me l'impOl'l.uncc. Mill se dis:til. aequis il la mHhode posilive : Comle en conclut :tussilt)l (lU'il acceptait du même coup loute la philosophie posilivl", dans ses pl'incipcs 'eL dans ses conSt~fJu('nccs. C()mll~ {~tail lwêl:. llli donncl' dcs {'cluil'cisscmcnls, s'il en dt'~sil'uil: il ne compl'it. pus qu'il fullnit davunlagc, que Mill avait conll'e ccl'lnins points de sa doctrine des ohjectiôns gl'aves, el (l'le, faule par lui d'y salisl'aire, lem' nec(1\'(1 ne pO\II'l'niL êtrc dm'ahle.

Le malt'rll.l~ndl1 l'csl,, (J'abol'd lalent.. Pelldant.

INTRODUCTION

v

la p,'emiiwc année de IcUl' cOl'I'cs(Jondancc, le8 dmlx philosophcH se rÔlieitcnt, i, mainte l'epl'isc, d'êtI'e aI'I'ivés, chacun de Hon côté, i, dcs eondusions semblables. Cette J't.~ncontre, qui n'cst évi. demment pas fortuite, leul' p:1I'aissait con(i,'nlCl' la vérité de lcur commune doell'inc. MaiH, pcu l\ peu, lcs divergences (l'opinion il'l't'~ductiblc!-\ pcrcèrent sous l'identité apparcnte de la mHhodc et des rH'incipes. Une ('ois la discussion ouvcl'tc, Comte sc montl'a aussi l'nticl' comme philosophe qu'il dcvait être plus tal'd ulltol'Îtail'c comme gl'and prêl!'c de l'Humanité, Mill, dit 1\1. BHin, n'aimait. pas i. lais~cr voil' InH Ict.tl'cs ((u'il avnit écrilcH à Comte SUI' la ((ucstion de l'il\(.'~galitÔ dcs H(~XC~S, « IUIl'ce qu'il y avait l'ait tI'op de concessiollH Il, De
vl'ai, iI Ha ita II{~.i IIsq II'i. l't~xIn'lIIe Ii mite de C~(~ IIi 'I

Nait cOlllpal.iblc avc~cSC'Sconvictions. Mnis Comtc' ne d'de rien: il n'imagillc mc'lIIe pas qu'il puisse cc'~der qucl(lue e'~ose, Il ne pl'end pas en considél'alion, comme l\'1ill l'aurait désil'é, les i<U~esqui 'Iui sont soumises. Comme Descal'l.es, avcc qui il a ta.}t. d'mILres' points de l'cssemhlancc, il semble pri.lscl'w incapable de Re plncel' i. un point de vuc' nuLI'c que le sien fll'0PI'C, Cc~ln devnit (HI'e, i. III longue, cMcoUl'ag(\IIul. POUI' Mill. Comte l'nvflÎt pJ'Îs cl'abol'd pOlll' un diseiplc. Puis. quand il s'apel'çut flue l'nccol'd cnLI'p
C~IIX{~lniL imposf->ible, il vil ml ~Iill \III dissident..

VI

LETTRES

INÉDITES

DE J, S, MILL

POUI'ne pas di,'e un hé.'étique. Mill, de son côté, en s'ad,'essanl, 11Comle, avait pensé éll'e acceplt~ par lui comme nn libl'ecollaborateur dans une œuvre commune, Mais Comte ne l'entendait pas ainsi, La philosophic positive présente les mêmes caractè.'cs que la science, Elle ne compol'te .donc . pas de modifications essentielles: quicofi(Iue y adhèl'e ne peut, sans contradiction, ne pas l'acccplc" p,'écisémcnt telle clu'clle est, et tout entiè,'e, Si modesles qne fussent d'abord Ics suggeslions de !\till, Comte ne pouvait qu'y opposer une fin de non-n~cevoir, Il est int.t':msigeant par principe, et,
pOlll' ainsi dil'c, CIP";01';, Quand, SUI' les (:onseils de Mill lui-même, il,'cnonce à son projet d'étudie"

la philosophic

allemandc,

il ajoute

«

qu'il y Il de

longues années clue de leis contacts ne peuvent pills avoil' pOIII' lui aucune Iwute utilit(~ philosophi'JllC (1) ", Quelle «rue fût son amitié pOUl'Mill, il ne devait pas davantage laisse.' entamer par lui la substance de sa docll'ine, Nous conni\issions déjll, par les leUres de Comte, les sel'vices que Mill eut l'occasion de lui ,'enth'c, avec aulant d'emprcssement que de délicatcsse, Nous voyons maintenant, pal'les prop"cs IcU.,cs de Mili, comment il miL sa boursc 1t la dis.. position de Comte, el lui off,'it de pal'tage.' lui jusqu'à son dcrnier SOli, O,', il ce moment,
(I) COlnspomlallce de J, S. .tfill el d'A. Comte, p.' 17'"

avec Mill

.INTRODUCTION

VII

venait de subir lui-même nne pet.te d'argent consÎ<Mrahlc, (lui l'avait pJnc(~dam; une situation difIicile. Comte, d'ailleurs, déclina cette o/1're. C'est encore Mill qui s'entremil auprès de Grote et de

sir W. Molesworth pOUI'Ini pl'ocurer son (I subside anglais )), eLqui s'ingénia de son micux pour
trouver de nouvelles ressources qÜand ce subside lit défaut. L'altitude de Comtc, en ccttc cil'constancc, nurait pu ét,'c mal interpl'étée, et. il faut dil'c, i, J'honneur de Mill, (Ju'il.ne s'y est pas mépl'is un seul instant. Privé de la plus g.'ande partie de ses fondions ill'ltcole polytcchnique, Comte avait l'nit 1, Mill la ronfidcnce dc l'cmhnrl'us oÙ il se t..ouvait. Tr"vls amis de MilJ, Grote (qni Mait déjil cn l'clations personnellcs avcc Comte), si.. 'N. Molesworth et le IHIlHluie\' Raikcs CUI'J'ic~, memlu'c du Parlement, avaient envoyé il Comtc les' Ci.ooo fl'anes dont son revenu avait été diminué. Au bout de l'unnée, Comte, flui n'avait pus c'M~ ,'éintégré dans ses fonctions, s'altendait ,'I ce 'l'w le « subside anglais Il lui '\H conlinul~, ),1ill dut lui expli(luer que, dans ln pensée de ceux clui l'avaient foumi, ce subside avait été pnrcmcnt tempon,irc, et (IU'Hs cnlendaient S'Cil ll'lIi.' Ii.. Scnl G,'otc envoya cnco,'j\ Hne pelite somnw. Comle insista, et le pI'it dc lt,t'~shuut. Si scs disdplcs ollt CI'U dcvoÎl', ('n 1Hit", Ie 1)J'otégel' eontl'(\

vU(

LETTnES

INÉDITES

DE .1, S. MILL

11.1 is(wc, ce dcvoir ne Huhsiste-t-il pas en IHit;;'! m Comte sc ronde, pour l'eX'iger', sur un principe établi pal' lui dans sa doetrine sociale, Le COI'pS saeel'dotal (dont Comte est le plus haut, et même, jusqu'l. lH'ésent, l'unique représentant) n'ayant. point d'occupation lucrative, et tout entier i. sa l'onet.ion de pouvoir spirituel, doil N,'c soutenu mal{~I'iellement pal' le l'csle du corps Hoeial. Et, jUS(IU';1cc que le régime positil' soit définitivement Mahli, celle obligation incombe aux capilalistcs et aux banquicI's (lui se snnt ,'alliés 11la philosophic positive. Mill n'y contredit pas. Mais Comte se tJ'ompe S\II' un point dc fait, et Mill lui montre son C"I'CIlI', (I lui ,'évMe que ni G,'ote ni "Moleswo"th ne sont, j" IH'olH'cmcnt pat'Ie,', ses disciples, IlK n'ont donc c()nll'actl~, ,Ic cc chef, aucune obligation envcI's lui. Pleins d'admirnlion pour son génie, ils sont !lien pal,tisans de sa philosophie des seiences,

mais ils n'acceptent pas du tout sa ({ réol'ganisat.ion sociale Il. Comme :MiIIlui-même, ils rel'usent d'adIH'~"e"It la politique fondée sur la philosophie positive, Ainsi éveillé tout d'un coup du rêve qui lui avait fait croire à l'existence d'un « foyer positiviste Il en Angleterre, Comte éprouva un vir chn. !{l'in, A ses yeux, l'enseml)le de sa doell'ine formait \ln tO\lt indi..isible, La philosopnie était la

INTHonUCTION

IX

hase qui supportait la mOl'al1' Pl la (Ioliti(JlH', Il ne compl'it jamais qu'on !Ù\l'I'NÙ,t il la pl'emit'I'c, cn l'cjetant le reste, Celu l'exposait il prcndl'e toulc marque de sympathie philosophique un pcu vive pour unc adhésion complHe, Au l'esle, s'il s'éLait tl'ompé dans le cas cie Grole et de Moleswol,th, la faute n'en Mait pas il lui seul. M, Bain dit luimême que Gl'ote 1.00II'IIale dos ,', Comte un pcu hien JJI'llsqucment (J). Quoi clu'il en soit, ce l'ut (10\11'Comte un douhlc\ désappointement. Il PCI'dait il la ('ois dcs l'cssow'ces indispensables SUI' lesquclles il sc cl'Oyait c\n clt'oit de compt.el', et des tlisciples dont il espél'ait une pl'OpagUlHJe active pOU!'sa tlocll'inc en Angldm'I'e, De ces deux M\cepLions, la scconde n'élait pas la moins douloUl'eusc. I)c~s101's, la correspondmw(\ enll'e Mill el Comle Io\e(H plus (pte lang-uit', Mill sen lai t tflW ses ol1'Ol'ts poU!' venil' en nide il Comte l'exposaient il de fùdumx malentendus, el fpte des ('l'oisselm~nls pm'sonnels sel'aient difficiles il évitcl', J)'ault'e pm't, il s'élait convaincu (Ju'iI n'y avail gUt\rc de l'l'Ont inlellectuel il aLlendl'e )11H11' lui-même des lettl't~s de Comte, et que loul cspoil' d'excl'cm' \lne Helion Sill' la pens(~e Je son intel'locutcur Hail vain. Il ful Jonc le pl'cmicl', comme il le dil, t. ralentil' la .

correspondance,
IOI'SC(lle Comte

IIlnissa passel' plus de tl'ois mois,
l'. 76,

lui cul

IIPIH'is Iii mOl't de Mme de

(I) Dain, J. S. MiI/, (/ cl'ilici.~l/I, de"

x

LETTRES INÉDITES DE J. S. MILL

Vaux, uvant de lui cxprimcr sa sympathie. Puis IInc IcHI'c c.leComt~, de scptembre 18!,G, l'esta sans réponse jusqu'au mois de màiI8!'7; Il semble '1\I'alors, pris d'une sorte de tardif regl'ct, Mill n'ait pas voulu portcl' la rcsponsabilité' du silence définitif': Il cnvoya il Comte une lettre d'un très hd acccnt, où il lui pal'Iait de l'Ir'lande, qui occupait alors toute sa pensl~e. Celle fois, ce fut Comte 'I\li ne 1'{~r)Onditpas. Les relat.ions ainsi l'ompues ne devaicnt pas sc l'cnO\ler. Malgré les explications très nettes de Mill, étahlissllnt q\le jamais la doctrine posilive n'avuit été acceptée dalls SOilelZlier ni pHI'lui-mème, ni pllr ses amis, Comte resta persuad(~ qu'il aVllit 'M~ ahandonn.~, mi(~I's disciplcs sans rllison valahle, pur ses pl'èanglais. Il porta d{~s()l'mais Sill'

,'ux des jugements d'une sévél'ité injuste, Mill, de son Cf)t.{', avait fait, en plusieurs endl'oits dc sa Log;que, des (~Ioges enthousiastes de Comte, II les atténua sensiblement dans la troisième édition de son livl'l~, et duns les suivantes, Les tel'JlH~S qu'il em ploie dans ses Alémo;,'cs pOlll' CëIJ'Il(,:t{~r'iser le cc l'{~gime posiLit )) de Comte sont d'une cxll't~me vivacil(~, Dans lcs deux ar'ticles de la Jreslminsle/' llcl,iew qui pm'UJ'en t cn 1toW!" il s'Hait déjll montl'é tr'(~s animé conh'c cetLe plll,tie d(~la dodl'inc de Comtc, et, pOlll' le reste, il s'cn Hait. 11'1111 IIIIC, s~r'id(~ impm'tialith", ;', A\lguste

INTRODUCTION

XI

Comte, Ôel'Îl-illl ee mOIrwut ;. M. d'Eicht.hal, n l~t{~. injuste en gt~nÔral envcl's tous ceux qui avaient

cessé de lui plail'e (I),

))

Mill s'ef1'ol'cc de ne pas

l'imit.cr en cela. IIl'st. visihlt\ cependant. ']lIe ses sentiments ont bicn chall~{\ depuis Ic jour oÙ il allait spontanément o/Tl'il' II Comte l'hommage de son admit'alion et son adh{\sion presque cntièl'c. A lui uussi, Comte CI avait cessé de plail'e JI,
o

Il n'en cst lllle plus IIl.ill\,sans doute, de placl\I'

sous les yeux du pulllie lcs ldtl'es t~elHlngécs pm' les deux philosophcs, HUmoment oÙ leuI' 8)'l1IpaUlic flIllt.uellt\ {.tait la pills viVt\, Elles III'HtI,I'(~I'ont les efl'OI'ts (IU'ilt; ont raits pOUl' 8C mcUl'c pleinement ll'accm'd, et clics 1'l'I'Olttvoil' Cllm~m(\ t.enlJls pourquoI " IIfi 11Y on. t pas l't\IIS81. ' "

II
L'action de Mill SUI' l'l'sprit lIe Comte semble avoir H{\ il peu IJI'l\S nulle. S;IJ)S t!oult\, Comte sc sent.it conlÎl'mé dans sa l'I'OJlI't~doctrine touchant le principe ùe l'induction l'l. l'oJ'Ïgirw des not.ions maL1H~matifJlIcs, fJuand il l'n l'eh'ollva \HlC s('mblable ùans la Logiqlle de Mill, Muis 1:',01'1 les
(1) f:m'I't'SJ>lI/I/'II/U'I! dl' ,T, 8, Mill II/'I'C r;, If' mt'''''''''; Alc~all, 1t!!Jt!, p, 201.
J. !I. Mill ct AUK. C:nOlW.

Pnt'i~, I,

XII

I.ETTHES

INÉDITES

DE J,

S. MILL

iM,(,s lip Mill s'{~e:II'tent des

sicnncs

Iwolu'cs, il

1lUI'uiLy III'Nt'I' l'eu d'attention, C,olllte tHail alol's dans la pleine malU!'itt~ de SUII g{'lIie. Il avail (IUHI'é.lOtC-tl'oisans 10l'squc scs l'e!aliolls eomlllcneèl'cnl avec Mill, pills jeune de lau iI a m.;, La pli hl iea tion du COlli'S tie Philosophie positivc tOlldwit il sa fin. C()ml(~ S(~p"épémlit à la 1'{~t)J'ganisatioll soeÎale 'II, bul sup"êmc tIc ses ",rods. S... plailosophit', dans sa penséc, n'en élait 'Ille I(~IIl't'~aIHhulc int!ispensublc. CeU(~philosophic,
((

il la licnt

pOUl' tIÔmonla'é.~ el

((

il'I,t'~\'oeahlemclIl

éWlJllis(', JI Conlllw ill'{~cl'ivail11 SOli ami Vnlnl (I), 1\ l'ilgt~ tlt~ la discussion moilmaintcnallllli.lSSt~ 1'011I' lui Il. Mill vielll tr'op lurd IWU!' modifie,' lIlle doc~ "'ilw 'lui csl al"'t~l{~c lle l}{l1'ielll1'. Conllt, salis tlou te l'CSte l"\eO"t~ ('t'l'laines inl1ut'lwl's, Mais et,lIt~s-ei aC('t~ssi hIc 11

HOlIl d'(H'tll'(~

csthMitl'w d spntimcnlal. tic plus 1.'11 plus illlpol'l.alllt~ de 1'IIIIInallité t'onct~ptioll Plus tic ru ,hll'c l'IInivtwH

L'm'l [II't'IIt! IIIW placc .Iam; !:HI,'clwéscnlalion Millo de Vaux, el sa l'II mIL t.out illumi,u"c,

Il voil

UlW philosophic exclusivement 'uc jamais, intdleeLualistc lui pal'ail {','oide el. illcxnelc j pills

'pw jamais,
tic l'amo\ll' ICllwnlla

ill'(w(mtliquc 'les droits ,lu St~ntimcnt,
d dc 1.1 l'oi. Mais suhstitution tI'lIne (l'I'lIne eela n'entl'utlle docl.,'ine nul1" dt: Co IIIte,. nouvelle

la l"'t'",it~"t~. [lll'Y:I

philosophie

(\) l.dl,'('S (1',1. Comlt' (i M. Valt/l, p. :Iu(i(17 scplcmlJl't: IH":.!).

INTRODUCTION

XIII

el. son œuvl'e mOl'ale et politique,

loin dt\ eontl'eau t:OI1-

dil'c son œuvI'c sp(\eulal.iv(~, la suppose ,

lt'ail'c cl la complMe, La pensc"c tie Comle est rcsléc jU8tlu'an hout. tidHe j" elle-m~me, Ainsi l'adol'alion dc Comte pOU!' Ha {( sainte Clotilde Il l'amène à l'cgartlcl' It~ i,;('xe l'.'.minin eonllne intel'JHl\diairc (~IItl'e l'Illlmallill\ t\1 les hommes. Mais il ne changc l'ien pour eda ;, el' tpl'il a dit des l'emmes, ail point de vile hiologitllw el social, dans son COlli'S de j'hi/osophie posililJl', ,Mill propose ;, COI!lle tie tliscult,I' tmst\lnhle,'
lem's (\ opinions Il SUI' et~I'laills points. Mais Comte

n'a pas d'
mol.

(I

opiniolls

",

ail st~ns oÙ Mill PI'('IHI ee un sysll'If\("
(I

Il a un eOl'ps

de cloetl'illl', toul

11
I)

a consh'uil cc sysllmw

l'XP"t\s

POUl' IIIdll'e
opinions

un ltWlIICau nux el. all ''l'ltux des

mouvan le!>:lentl'e' I(\sq lid It's ltoUen I. It.s t\SI"'i tH tic notl'o tt'mps, el. tJ'li t\lIIpÔdlent les eonviet.iolls l'm'I\H\!>:I s'ét.ahlil', (Il'
.1'

Il Ill' voit

dOlle pas (\OIllIlH\nt
I(

' une ulSCUSSIOII l"anWnt'.I'all. a IIIOt1'I( '11\1' son OPI" ' nion Il SUI' Illl point tlonllt'~, 1\ l'mllh'aitllli pl'Oll\'el'

que celte ti'mc, sont mal

opinioll t'\l.ahlis,

est illeompalihlt. ~Ill' It'Stlllels

avel', SOli sysdie St.' l'onllt~

011 flue II's rails

All ll'I\IIII'III., Po.lll'I'ait-il ahan- . , donner son senUlnellt Sill; I\C POillt. sp"',~ial HallS , , , , . ' renoneel' il tl èlUt l'es OpIlIlOIlS, eOIlIW.XPS a e(~Ilt~-la, el cntin èlUX Pl'ineipt's Tout son syslc"me IIII'III('.S t!'o,'. dleH tlc"!'Îvenl'r clone allcilll.. (h', il St'S sl'l'ail

XIV
YI~UX,

r.ETTnE~ INÉDITES DE J. S. .ULL son sysU~me

es\. démonll'ô

autanl (lU'une

dodl'ine

philosophiquc

peut l'éh'c, )I l'cst plus,

en tout cas, qu'aucun

aull'c ne l'a jamais été,

puislJlw c'est' ln lu'cmièl'c t'ois CJu'une doctrine philosophi,l'w pl'~scnle les CUl'uclèl'cs tic lu science positive. Ainsi Cnmll\ est, avanl loul, un ('spl'il. sysléma\.i'll\(" Son pl'cmiCl' soin esl d'nssfll'cl', ponr ainsi dil'e' instindi\'cIIH~nl, la liaison logique dc dlaque rU'lail de sa ,Jodl'ine avec l'enscmhle, La penst'~e lie el'\. cnselllhln lui esl loujoU!'s 1)I't'~senle,
Les eonsidt'~I'alions
pouvaient

,le Mill S\JI' lei ou ld point. 'lu 'clics l'ussclll, ne
de de p!'ise SUI' un esprit Comle cl'oil

pm'licul ic!', si iJlg(~nieuses
RIlÔI'Ü IIvoi!'

cell.e Il'I'mpo. Mill appol'\.(~, il cs\. vrai, lies lII'gunwnl.s tll\ l'ait. Mais cm,; rails, II\s int(,ll)1't'~lel' aussi '1ill,
(l

pOllvoil'

dans

le sens

dc sa.doctl'ine, l'cdolllahle
l', I m'I'ée, t

en CI\ci ll'l\S tlil1'{\I'enl de son
,

cOI'l'espoIHlan\.,

,

Il loujolll'S
I) 1111 un

I(

,

en plu\.Ôl 'Ill cm;cmblc
I sys",cme

' 0plIllons

.

('(\l'nw

,

Son
(

,'slH'il
I)

Hail

nat.m'cllcment.

beaucoup

plus

l'{'c''plir

Il.IIC c"llIi lie Comt.e, A\)J'('\s l't'\duealion

cX\.I'aol't!ina il'(' fl'II~ son l'èl'c lui IIvnil rai I. subir', il s'en t'~llliLclolllll'~ il lui-Illême IlIIe auh'c plus eomp"t"lwIIHive, Celle expt'wicllce lui avail appl'jl; il lie jamais l'eg-at'del' Hes idt'~eH prt'\senl,es comme
Lout.
;'1

rait. dt'dinilives, PI'm{~LI'I\ d'un l'espect l'cliY'él'it.,\ el pCl'suadé ';luC ccUe v(~I'ilé,

g-ieux pouda

INTRODUCTION

xv

au moins en maW~I'e philosophiquc

el. soeialc,

o/1'J'Cunc mullilÙdc d'aspcds dont. nOlls l\(' voyons qu'une pnt'lic, SOil ell'OI'l allait. i. dt'~collvJ'iJ' Ie pills grand nornhJ'c possihle de ces m;pccls. Il IIC se eroyail pas lc (\t'oil. dl~ sacJ'ifim' la plus légèl'c parcelle dc vI~l'ill~il la hel1e Ol'dOnnflllce lo!!'Înue

(l'un sysL(~mc. Lc-s HI'm)(ICs (~pofJucs de sa vie phil'al' \'apl~l'ccplion d'idécs el de doell'Înm; nouvcl1es 'l'ai l'l'appcnl son , . . ' ' ' cspJ'll, cI. flu JI essaye (lC H''aSSIr1H Il'J', salis S t~l l'C losophiquc sonl aim;i marqu('cs
assl\I'é l'ensemble
J'WIII'CS.

d'ahol'(\

dc Imll' pad'aile

hal'mollic

avec anlé-

de .;I~S idt"f'H ..l d(~ ses dodl'incs pl'cmi(\J'(' rois dc",F', ComIc avait

Une Jui une

rail SUI' alol's

vive impl'cssioll.

C...~lail. ('II 1!'bH,

lI11e divel'Hes inf1ucl)(~I~S cOlleoul'lIionl i. 1'~lmlllleJ' sn (, u, 1\ vl'lIail. d't~t.I't~ illitiÔ allX "oi l)(mUtantisll~ ilMcs philoHo.phi'l\ll~s illlp0I'I.Ôcs d'Allemagllc tm Anglet.el'I'I~ pal' Colc'I'jdgt' aussi el pm' ses alllis, Les saillt.- simonicns doell'in(~s pcnst'~c. naissance logiquc u donc l'ill(,(~I't~ssaicnl Icdl'wdoppellll'nl t'I. soeialcs. qlle l'Mal. f).,ux l'cll'ienlalioll rOl'l, el il de Icltl's IH'ineipcH de !:ill

slIivuiL avec sympathi(' politiqucs JI Il eonlJ)I'is cie son l'asst'~; II:IH d'Îm;lilllliolls

nOI1VÙmlX ont III\s 10l's modiliÔ

pl'(~senl. d'une socion'y qui

sociéLt'~ est inilltelligihlc

1'011I'qui Il'a pas la conIJue la spt"culal.ioll l'hisloire; '[u'il

ne saUl'lIil. allcl' salis

HodalcH el 1'0lilicl'lI's

XVI

I.ETTlIES INI~nrTES rm J. S: MILl. seulc naLure,.poUl' Du n~me

soiplIl. les IIII~illplII'CS, Plll'Ieur tOlls les !t'mps d l'UHII' tons

les 'pays"

eonp, la politi'l"e
adllll'I. l'11Hlli11'cdte

,Ioel,'inail'c

esl condnmnée.

Mill

loi qlle, (Jans l'hisloi,"(,

dc's pell-

pies ,~ivilis('s, II's p(~l'iodes It OI'g-unÎ(Jues'II nltcment [lVI'C I"s pt"I'iodes Il cl'il.iqucs Il, Or le XVIII"siè,clc
11 ,'~tl~ 11I11' pt'~I'iode WI'l,II ,Je SI~S I,,'illeipm; el'iti((llc p;Jl" exceIlCl)(~e, ponr La . nc(~éIl c~lt'~ ..dmil'lIhlc

1"'1'1'1' la ih"c:oIllPosil.ion de !'linden rég-Îme" Mnis I:I~S \,l'illl~i\,ps sont impt'Olu'es à l'mllvl'c cie l'CCOIISI.l'Iwl.ioll qll('. doil. tenlet' h~ XIXC sii!c~It" pél'iolle

" OI'g':II,i'flII~ n. Il l'II falll. de '1OIIVe/lllX. En ml 11I01, ~I illadople ee 'l'l'il uppcllt\ IIIi-m~me, Cil parl;II" "t~ Ca..lyl,~ (I), II In cl'ilift'w de In cl'itiqlw n, HII go";III" "t~pléllsit' tic SOli IH~"l' el. th~ ses nmis 'I"i, '~OIlIIlW nl'ole, IIog'lIIalislI'l' Ill'lIlh alII iste, l''~slnient fitlNcs 1, 1t~\II'

IH's I~t!mOIlIl'III, lIlalgl't'~ les ('n'tu,ts (le ~I. d'Eichp Ihal, qlli n'III. il 1.01111'fOl'ce COIIVOl'til' 1\Iill nn sailll-simOllistHl', sailll-silllollislllt'
;'1 AIIg-lIsl.l~ COtHlt"

t~t'llIi-I'i [I tJ'ès hiI'll nl)(w~~u (lue Ie' Il'U ..ien
Il

lH'oduil.

de eompat'uble el indus-" un em'tHin' de L"ollver'

LOl'sql1e j'ni ln, '~'ea'il-iI (2),

lilftIrail'es, philosophiques jp 'm~ pt'omet.l.ais ll'Ïl'I/I's, "t's'plI'lIes III'olil, j'ai 1'~I.t'~','of'otltl,'mltml. l SUll,,'is

Ic~s Opinions

(I) (:f)"""'~//fJII"'I1II'I'dl' ,f, S. JI ill d d'A, (;Oflllt!, p. I:I!I. hi t:tJ"""'~/I/I/I"IIII('I'i",'dile de ./. S. J/if{ II/'('C n. (f'HÙ:""wl, p. .:1,

INTTwnUCTION

XVII

nne ŒUVI'C\ aussi SIlIH'I'lid(\III\,.. Copnnd:lIIl., 1000s(1'J(~ j'ai III le TI'aUé de f>oliliqlw}losit;,,/! de Comte, je n'ai pIlls t'MI 8\1l'IH'is de la IlIIlIle opinion C('ICje
vous ai cnl.en(111 eXIH'imel' Sill' le livl'(~ et l'aulmll',

et j'ai m~mc Ôll\ HIllenc'., pal' la l'lausihiliLÔ de sa mc.~lhndc, à me rcwnHw des doctrines '('l'il jll'o('essc une opinion pills halltl) Ifu'elles ne me pnt'aisscnl., apl'i~f; l'I'\nexioll, Ie ml'I'ilel', I) ~Iill ('ail. alol's line (wililJlIc assez vive cie l'opllscnle lIe Comte. On a pu <lir'c, et Comt'.1 Iru'me n'I~n dhw,onvl'nait l'ilS, Ifue In <loel.l'inn posi live lO\1I. en l.ii\I'e 1'\laiI. dl'.F' t\KCfllÎKs{'n(lans ee pdit OIlVI'a~I~; cie nH'mn, les ~I'andes ohjedinns dl! ~I ill l~f)IIh'l' el'l.le cloell'inc HU/1t cJ{~.ii, in(1iCfIl{\('sdans sa 1,,11,'0de d'hn, Toul. en 10llanl. Il la I~OIIl"sion pIlI,raite d la c'onsislarlec logiqllll de son sYKIt"nlll, qui donltellt l'illllsion cie
la v{II'il{1 Il,
((

,

Mill el'il.iCllle
Ia
mot

sys t lImn t.ISII I.lnn,lI, ' '
~'I. "'lin

dwz ,

Coml,l\ l'alllls ,
exeeSKlve IIIK Allemands

dn la
.
.(I(\ appr.!-'

IH'eOI\I~npalJ()\1

l'IIni.I.{\

I\e IlIte

lent

1t.-'i1l.'wiliyke.il,

1\ l~ond"l.,

il eKI. vl'ai, qne, clll ~I, Comte
El.

Innlgt'I'I

CCH ohjl\d.ions,

11\ livr'e

allollll11 en oh:o:;el'vntiolls

" il njoll~1 qÙe, (( si l'on vOlllait se I\onl.enlol' d'en

-

pxc'dl(')lI.eH 01. , "sl.es,

pl'I~ndl'e, nne pat'I.ie, et d'c~1IIniKs(',' I.. ,'('sLe, ees t1oell'irwH, 1\1\ y pl'alil/"alll II's (\OI'I'l'dioIlS ('1,
mCHlilicntiolls 1I(~el'ssnil'(\S, a\lrai(~1I1.

p;I'alld...

va-

( II~III' H, Vnili, jllSt.1'111I'1I1.'(~ 'I"'il

"o"dl'a

III'I'SIllIlIIII'

pIlls I.m'cIi, Comll\ IlIi-mc\IIH\. ~Iais f~dlli-d fI'en-

XVIII

LETTI1ES INÉI)ITES nE J. S. MILL

tendait tion,

pas II'W sa philosophie

l'ùt re~{IH~ COI'I'CCil

LOI'Sf)lW 1\1 Iwi I, connaissancc, ill en 18:J7, dcs deux pl'cmiel's volumcs du COllI'S de Philosophie positive, l'impression rc~uc en 1828 HC l'aviva, mais infiniment plus l'odc (IUOla premibl'o rois, Il n'avait. vu alon.; en Comte lJu'un disciplc d(~ SaintSimon, Il'(''S sup{~I'ielll', il est vl'ai, aux mlll'cs, Il s(~ sl'nlait maintenant en IH'{~senee d'un syslt'..me IH)\JVI~alldl'. philosophie, et. il y reconnaissait J'er~ l'OI'l spÔI'.ulntil' le plus considt''.I'ahle du XIXCsi(~de, Lui-IIII'\IIII'., i, 1'.1'. onlent., t.I'availlail il sa IA)!lirJlw. m Il mit il Pl'utit POUl' son ollvrage les volllmes de
( AOIule, ail f' \II' c t a mes\II'c ' ' sirll',i'I'cllwnt son cnll'c tl'avail motll'.ste, qUI" ls pal'mssmenl.. " III'ul'i~ux
' l"l'CS

il s'estimait

l'.,H HI" COIII,;\.1,Pl aux dellx autI'omcnl, dit-il (t),

'I"e t.im's {'cl'it, it sc l'lit sa la

avant IllW les YOlmnCH (le Comte lui fussenltomlJés les mains; pCIIl-N,I'e 1\1ill a 1I0I'I"u'..11 les ll'lHIIl il'C, Oil du moins pins 1,:11'I1, de pomLant positive

pm'L d'ol'ig'ilwlill~

l'n mit Mé 1'01'1, iinimH~e. d Il cst
((

I\I'.IIIII'.OUP l'ahattu,

1'0l'CC (le CI'S exprcssions, Il"'i, la II~eI,\II'e dll

cm'tain

COllI'S de Philosophie

il avait 1"pl'OIlYÔ line de ecs plll'Ic,

sccousses 1\ dont il et (l'IC I..ause l'apel'ception soudaine de

"('J'il{'s nOllvelll~s, Il est tout pl'i~s d'adh{~I'el' IJ la philosophic dl~ Comte, 1/ le l'épHe maintes fuis
(J) CO""l'sfJomlallcede J, S. Mill el d'A. Comle, p, 77,

INTRODUCTION'

XIX

dans ses leUI'cs, I\U moins dans les pl'emi"~I'cs, el sa pal'{'aile polile~Bo ne scmblc l'ien coÙlcl' à Ba sincérilé. La démul'che 1Il(\me de Mill, priant Comte <l'enLI'l~tenil' avee lui une corl'cspondance philosophi(lllC, sel'ail dÔj:1 significative, s'il n'avail alors connu de lui que les deux premim's volumes du Cours de Philosophie positive, 01'1il n'c~st (IUCBI.ion fl'lC de Hpéculntion PI1l'o. l\lah; il n'avait pas oublié l'opuscule politiquc de Jfb~)" qui aVflit pl'OVO(I'1f'~e sa IIIH'I.d(~ si vives nhjcctiollfo; : il le cite d lui-mt'.mc dam; sa Iu'(~mit'ol'eleLll'e, Quelle ndmil'aLion ne devait "OII/~ pas !lIi avoi" inspil't'~c le gl'and . (. ' I,P, pOl Il' fi" ' JI lIeg IIgenl., I'IH-cc ' ' ouvl'ngc t Ie..oll1 mÔme mOllltml.ant"nwlIl, les g'l'aves tlinkulL(\'s dont il nvnit c(HInaisSHlH~(', d 1'011I'qu'il se dÔc!;mÎl pal'!.iHan dl.' la philosophie posil.iv(~ dans ses I.l'aits essentiels, ml 1'I'~IH~J'\ranl. Helllcment sa lih(~I'lt'~de
juge Ille III
((

Sill' (l'wl(I'I('s

qucstions

secIIlHlail'cs

I) !

Plus Lard, dans ses al,tid.,s Ile"iem
allyaiL exemple,

tic la IV/'slmills1c/'
dont " il se pal'

cI. dans
les

S('i'\ J1Iém()Ï1'es, ~I ill 11('!;sayé de
iM~(~i'\ d.~ sn LOflifJ{w ;', COlIIl(', Tcll(~o.; SOIl(,

d."l(~l'Inin('I'

l't~d('vahl('

JU'CS(PIe I.oules ses itll~es Sill' ln eonHliLuel. (~n JHII'tieuet tit.' ln dynf.ldc' la slalÎqlle

tion el. ln 1lu'~l.IlOde dl~ ln so/'iologic', liel' Sill' ln disl.illdioll miqlle soeinloH,

1II'('(~c)llIliIll.llli'\si a\'oil' eml)\'lIIlll~ il ( Comte fJlleltjllüs poinls tip sa t1H'~ol'ic~h~ l'hypol.hi'se

et de ln logiqllt' tlc~l'nll-{Ôlm~. Il a elWOl'e adopll~ la

xx

LETTRES INI~nITES. DE J. S. MILL
. , df's

dasHificalion

seien(~cs cle Comte, et les grandes

Ii~nes cIe sa philosophie de l'histoire; il a considé,'é, avec lui, eommc indispcnsnble dans ln société modcl'lH', la (Iisl.inel.ion d'un pouvoir tempOl'el et d'un pouvoil' spil'ibwl indt.~pendant 'du premiel', telle crue l'Em'ol)!' clll'Hicnnc . l'a connuc au. moyen l'ge. ~rnis line "~nmnc'~I'ation (le ce ~enrc, en dépit de son appl""~III.,~ IH...~cision, ne (lonne jamnis qu'une idl~e 1'01'1.inmwel(~ de l'innuence eX(~I'eée par nn philosophe Sill' un aull'e. Celle-ci ne se mesure pns i, l'aellelue ponr nin!;i {lire mall~l'i(>,lIedes pm'tips semhlahlt.'s. Ellc~ sc révèle SIII.tOllt finI' l'cspl~il gl'lIt"I'al el. l'nI' les lenclnnccA dominnnl.cs tics docll'incs. A lu'cn,h'e Ic~s choscs ainsi, les leu.l'cs de ~Iill ;'. Cnllll.,~, d SI'S fllll.res {~el'ils dc~ la mêm(~ p"~I'iocl,' (I Kt.1-";1), IIOIIS I(~mon h'cm l !.l'ès ciiSP()HI~ ;', suhi,' l'as'~'~nclnnl. (le Cmnlc'. Comme lui, il est pel'slHlllt" "'"C~ la 1.(~~t~nc\l.nl.ionmenlale cie l'En,'ope doit pl,,"d'cIt~l' la l'l'gt'~III~I'al.ion1II01'nl,' (t) Il. A ses YC'IIX,COIIIIllC;', cellx de Comte, le pl'Ohl,'m1c en pilai l'HI. d'lInir les inlc'"i~cncÙs hnmaines Pi\(' lin f'lIs('mllle d,~ '~onviel.i()ns communes,clni difTé1'('I'onl. ell'S 1II)("if'IlIl(~S (~n Cf' (Pl'ellrs n'aul'Onl plus

lu'soi n el'~~n('onelcm'~n l UIt'~ol()gi.'IIH~. Comme r:om le encOI'e, 1\1 (~n aelnwll.anll't~volulion ill, simultanée

editell hy Il, N. Pym. (" CaI'ul iliP Fux, M"/IIII";I'N o!,oltl/i';nulll, :1 VII!., LUlldoll, IHfh, p. :J:IR (L(~III'(~ .I. S. :\liIJ fllIllI'day Fux, .Ie . 11111!1 .1';f'PIIIIII'I~ tH'.:!.)

INTHOOUCTION

XXI

et, soli(lail'e de tou~ Ic~ rae\.mll'~ de la vie ~ociule, con8i(U~"e (Ille l'{wolllLion de l'inl.elligencc communtle cnlle dll "(~sl(~,('I. qlll' ( lcs id{~es mimenl

le monde

Il,

Comme Comle, enfin, il ne voil. dl1n8
qu'lIne simple l,'unsition

lu pem\(~c mÔl.uphysiqllc

cnll'f~ la pcnsÔc 1.I1t'~ologi(1'1(\ la pensée posil.ive, et Le fH1voi,' humain s(' "(~HI.I'I~intl' ln connUISfo;nncc dcs ph(~nomi'nc~ d des lois. Nlllle pm't pClll-èf,\'(~ l'action de la pensl~c de Comh~ slIr celle dl~ ~Iill ne s'l'sI. miellx mn"qll{~c q\le dan~ la p,'(~racc d(' la p,'emil'.\'c édilion de sa
J,O(JiqflC (I H":~), .1'lIne (Jlwstioj)
fi

Le d(~"llÎel'

livl'e

III' (~('t ollvl'ngc,

{~el'il-il, (~st \III l'ssai iM'e~, d l'agitation

IHHu' l~onll'iIHW\' l' la solution :HH'il~I1IW8 qlli I.I'ollll'c\ la soc~il\tl\ mll'opl'OrOlldl'III'S, alljOlll'll'h Ili 1'0\1l' IC8

qU(\ .Ia dl'('.:Hlenl~e dl's dans s('s 1;llIs illtillll'S i1II)I()J'ta Ilte

pI'\('nlll' jusqlle l'endl~n I. a IIssi de 1.0111.emps t spl'~eulalil', ph(momi'nes def; exceptions

int{wèts pl'al.iques dl' l'hlHrH''Iitl! qu'l,lie a d" l'M,'c
1'0111' 1':II'hi\Vl~IIWIII. dl' lIotl'C' f;avoi,' q\ll\slÎolI i. la sn 1'01'lIwll' ainsi: les mOl'allX d, SOI\iaIlX sOllt-ils C("'IÏ\.udc ''(\l'.lIcment Celtl'

el. j" l'lIlIil'ol'lnilÔ

W'~IH~\'alc dll I~Olll'S dl' la lia 1.111'(\cI.dalls 11'H'1l1~ ; me811\'(~IcS' 1I\1"lho(\(,8 'lIi 0111.l'ail. CIII..,O" tanl. cil) lois du mOllde physiqllc cahlemen ail nomll,'c des v(\\'il{\s i"I'Ôvonee('pt{~('s \, l'wqu iRes Pl \I n i\'C'I'sellelllenl.

IHmv(~nl.(~lh~s H('I'vi,' i. 1'00'IIIl'j' 1111I~OI1IR nnnlugllH de doeLl'incH \'1.'.1.:"1'101 la H(~imwl~1I10l'nlo PI. polidnllH

XXII

LETTRES IN~DlTES
))

DE J" S, MILL

N'esl-ee priS III 1)J'('~eisc~mcntlrl clMinition clans le elle hnt cln la soeiologie, Il seienec finale
lique'?
I)

systbme cie Comtc'? Ne sont-cc pas III les exprcssions mênH's clu l'ondfltcUl' du ~ystème, reconnaissahles jusque clans l'emploi dc seS' adverhes ('rlvol'is'? L'mnhition de Mill, ;. cc moment I)l'écis, semùle
[I\'Oil' M.c'~ie Il'availlel' c il rl'gar'clc~ son silion, dans Ic~ lointain, Il'mps Ilvec Comte, comme qlle et SOLISsa dil'CC-

lion, 1'0\11'Il la gl'andc~ cause humfline )). Sans cloulc,
une c~poquc dc I.nmque de Comic se italie (~t iln'nnl.l'(woit bUHlis IInc socil~lc~ I1willclIl'e

10111."c~c~onsl.rllil'e el (le 1.()lItrC~(H'g:lIIise" 1'1Ini selll.
Il

Vous JIIc' l'aileH penr,

IlIi éc,'il. Mill, pal' l'unitl~

l'l Ic~C'o!llpld dc' HIS (~OnvieLlOnH ('): 'I Mais, Sill' lin point ail !IIoins, l'a(~(',ol'cI c~sl. pad'ail. enl.l'c~ eux:

il l'allt l'II lini" avec Ic~s Il aneienlll's
II' moclc' de Ilensc~I'
Il

jd{~C\S)),

avec
et

lIu'~ol()gj(l'w ", dy

slIhsl.itlWl'

clMinil,i\ï'lIwnl.
Il

Ic~ moclc\ (le pense"
Il

s~ienl,jfiCJue
Il,

l'0silil'

". Comte le ('ait en Fl'anee par' la publi(Ic' SOli 0\11\,"0

c\al.ion

imnwnse

~lill le l'el'a en.

Angll'l.C'I'I'c', cie ('a~:on pills modeste, et en pl'cnant Ic's IH'c"l'alllions exjgt~es pm' l'ôtat ,'digieux et. inIdlc'dnd dc' c~cpays, Mais, l'al' (les moyens dil1'él'en tH, il t('ncl!,:1:', la m~me lin, Dc~ la 'sode, il mdl.l'fI en IH'ati(Jlw sa maxime l'avoritl' : l'ail'c\ l'o'lIv,'e l' In(jllelle. 10llt hit'n pcsc'\,
(I) f.'UI'I','s/uI/Hlalll'(!de ,I. 8. ii/ill d rI'A. C01ll/t', p, 1:17-

. INTRODUCTION

XXIII

on se el'oit marllL(\, un peu meme

If.. plu~ 111'0111'/\, ans d l'II' s'en

PI; laisHI'I',

l'inb~)'M, dt.. l',hu(( le momie allant, IH'emil'\)'e

medl,~UI' qu'on (1tlèlc, en 80mnw,

ne l'a tl'OIlVI'\». Il l'cstel'a ,', la dll'edion

l'pIC le henthamisme avait imp,'im(\c i, sa jeuncHsc. Mais que de dWllIill il a parcouru depuis lors! Combien sc sont élal'~il's ses vucs SUI' la Hciencc I~n gént\I'ul, HUI'la Hpl'\ClIln Lion pol it.i'lue d soeialc, Sill' la philoH()phil~ d., l'hisl.oÏt'('! C'est ;, Comtc SUl'tOIlL, sinon il Comte Herd, qu'il rappol'te à cc
.

momenL cc )H'ogl'i\s de SOli cspl'iL. Dans l'aùmil'a, ' eel'l\ "(,COIHlaISSanCI\,

Lion qu'il lui t(mlOiglw, il enll'e IHlI' pal'\. de sin-

III
Au eou,'s ùes IcLLl'cs que nOUHpublions aujoUl'-

d'hui, Mill évite dl\ nwltl'/\ I..n discussion les idées politiques d sociales de Comte, 11 lie sOllliwe, en général, que des /(Ilestions pUl'ClIlellt philosophifIlleS, dans l'espoh' d'en'aem' les
((

quel/pws

f!iVCI'4

genccs

secondai,'es

» qui subsistl'lIt

I:', cnl.r'Ù

Comte et lui, Mais, loill /l'al.\.t'''llIwl' ces divel'gences,la ùiscussion les agogl'avc, En M..pi\.t)c lOlli's en'or'ts, la disl.alH\e qui st'''pal'e lm; deux philosoplws augmenLe, Biell t,)(. iI .leviI'll t 1:..vidl\1Iq n'ils t

XXIV

LETTlŒS

INÉOITES

DP. J, S. MILL

sont SUI' cles vnil~s clil1\\I'entes, POtll'tant, ils ont lous deux le plus vif dési., de s'accOI'del', et ils se fondent, du moins Cil apparence, sur Ics mêmes pl'incipl's, D'oÙ vient donc que le l'approchemcnt même (le leurs idl~es en ('ait éclatm' l'antagonisme ? Si IIOllS laissons de CiHlSIl's divel'ses queslions simph'lIwlltl'f'I1l'\II'l~CS dans celle COI'I'eslH>lIdalll:l', deux pl'ohll\IIH~S y sontll'aités tissez 11 fond POUI' qlle 1\1 l'I. Comte ail'lIl jUglS inutilc d'cn 1)1'0ill lon~(~I' davalltage la discussion, C'csl SUI' ces 111'0hl«'~nws qlll~ s'esl malli/'l~sl{~ le dissentimellt décisif cnll'l~ les deux philosophes, Le l)J'l'miel' l'(H)(~CI'ne la nallll'c do la ml~thodl~ de la psychologie, Selon Mill, l'dol.e !-wicllC~('. PO\ll' ohjet. 1"'ol}J'I~de M~colIfi (( \'l'il' I(,s lois dl' "...spdl", cI. POIII'mMhode Spl.ei-

Iique,l' « analyse int.I'osIH'elivc Il, Comle nic l'existence d'une t.c1\c sciencc, et il l'{~pm'lil cc (pl'On appelh~ pS)'I:holo~ie nnll'e la « biologil~ ll'lInscml-

llanll~ Il d la sociologic, Ell second lieu, Mill r)\'l~tend }lI'Olln'I' (PIC l'inégalité
ment fil l mlSl', " Il ('st CCpCIICl anl

des scxes,

~énl~I'alc-

.'. (lU ' un pl'l'.IUgl~,

I~a

condition

lies t'l'mmns dans la si)ciétl\ moJel'IJe,

sOUl'ce d'\/He inlinill\ d'injllsliccs el Je soutl'I'mu:es, est lInc fOl'me de l'csdavage, la dCl'Ilièl'c de loutes, el la plus dif'lieile l" d{~I'aei/lcl', IHIt'ee que les mœUl's y SO/lll'IIeOI'C favol'ahll~!;, ComLe /l'admet l'ien de tnuL eda, /\. ses yeux, les femmes sonl natul'clle-

INTHODUGTION

xxv

ment inI'ÔI'imH'l~saux hOlllnws pm' l'inlellig;'.Ilcc,. ct supél'ÎCUl'cs il' eux pat' le scntiment. Dam; sa staUque sociale, il pnmd l'OUI' démonlJ'{~c l'inéR:1. lil.é naturcllc des sexes, 01', ccs deux pruhlbncs sont d'une impol'tancc décisive dans la pensl~c ùe Mill. Le sccond louche, comme il le dit lui-m(\me, il scs scntillwnts les plus intimes et les pIlls chon;, Avan!. m(\mc (fil'il

oÙl connu
ensemble l'cmlllcs
frappé, Quanli. 10Rie, ce
)J,

Taylc)!', (~l qu'ils cIIssen!. t'~tlH1il~ la cHwslioll de « l'asslljdtisscmenl (h~s ceLlc w'amle injuslice sociale l'uvait,
1\1111"

et il en avail la natlll'C

l'Hil l'ubjet

de ses I,t'dlexions,

et ;', la mM.hodc

dc la psydws(~llIcment le

pl'oblc'.~lIw Il'OCC~lIpC pas

cenll'c llu'nw.Je la philosophi(~ dc Mill; il sc LI'OUV(~, (~n cHlll'e, NI'oi LI~lIwlIl.Iit'~IIII 1"'t'~ct"dclIt. Cel.lc l'ela-

lion n'cst pcut-êtl'l~ pas (~vidcntc d'abol'll. Elle est rt'~cllc cepcndant, et. dl(~ contl'ibllC i. « illustl'CW l'enchaillclIH'nt Il Mill,
Il avait t'~tt'~l~lev.\

dcs idt'~cs philosophiqucs
I.~t, selon sa pl'Opl'C exprcssion,
c<

de

il était PO\1l'ainsi dil'c IIÔdans le
'Pat'Verlll

benlhumismc »), i, .l'('g(~cl'homnw, il silL sc~déRagc'I' assez
pOlll' l'II arH~I'('e\'oit' les hOl'l1NI

de celte philosophie

et les dMauLs, Mais il Ill! S'I~IIesljamais

Lout i.

l'ait s"~llIu'é, Il a voulll 1't~lal'Ril' (~t la compl"~lcl', non pas l'ahan(loIIIH~I', ('IWOI'ClIloins la enmbuu'I'c, 01', 011 suit (ille BelltlwlII l'l'l'luit inspil'{~, pOUl' une .

XXVI

LETTHES INÉDITES DE J. S. MILL

hOl1lw pm.t, dcs philosophes fl'30çais du xVI~18Hiècle, el en p31'tieuliel d'Helvétius. ,Çdui.,ci l'l'étendait f)u'au point de vuc moral ct intellectuel tOllS I~s hommes naisscnt semblables eJ '~gaux. Si, une fois allullcs, ils lwésentent des cUI'actèl'cs très distincts d des aptitudes tt'ès variées, ces difTél'cnces ]H'ovienncnt exclusivement de l'éducation (lU'ils ont 1'0I,:UC des ch'constances oÙ ils ont l~ll~ el l'lads. Done, l'om' l'CIHlt'c tOllS Ics hommcs heul'eux et YCI.tueux, il sul'lil'uiL dc les mettre duns des conditions pl'O]H'eS il fail'e natll'c en eux le con ll~nte n1en I. et lu vertu, c 'cst-il-d il'c de les convaincre "lW IcUl' III'oIH'C honhcur est insl~p3l'uhle du honhcur 11t~tOllS. Ccla IMpend, évidemment., du l'''~g'islatcm', el, plus CIICOI'C,de l'éducateUl'. Les homilies SOI\I. ce .,ue le\ll' .~dllcation les fait. Gall, ;'1la liu .111sièdc, se III'ollOsll, cnlt.c autl'cs ohjds de ses ll'Uvaux, dl~ I ~ful.lw ce pal'Hdoxc non moi liS fnux 'l'W Jangcl'lmx, Comment a-t-on l'II soulcnil' qllc lous les hommcs naisscnt avec des aptitudes, d.,s 11I''''~disposiLion8 et des eHl'actl"I'I~S semblahll~s '! La simple obscl'valion des cnfants 11l'(l\Ive assez le contl'ail'c. Quelles <.IinH.cnees dc Loutes sOI'les n'upcl'çoil-on pas sOllvent, dès Ic plus jcune êlge, cntl'e des enfants nés dcs m~mcs parcnts, el (l'IÎ J'cl;oivcllt la même ~~ducaLion ! .JUSfpIC chez les animaux indivillm'lIes la nattll'c produit des dil1'é.'cnec8 IIHII'lluées. Hnait des cllfants cOUl'a.

INTHODUCTION

XXVII

geux el d'autl'cs lâches, il naIL des espr'its vifs et des cspdts 10Ul'ds, Loin que l\~ùucation occasionne les difTél'cnccs entre lcs individus. elle tend plutôt l1 les eO'acCl" sans jamais y pat vcnir, Il J'aut donc rétablir « l'innéité »)dans ses dl'oits,

Gall allait jusqu'il liel'Ie dÔveloppement (!es facultés innées II celui des organes cér'MH'uux, A la Jn~me (~poque, Cabanis exposait les rapports intimes et incessants du physique et du m(wal, el donnail aussi 11penser qu 'aux dif1'(~I'encespsychologiques doivent corl'espondrc des dif1'l~I'encesorganiqucs, Com le pl'cnd ce point pO\J\' uecol'dt~, Il adopte, non pas le détuil de la physiologie plll'énologique de Gall, qui lui parutl nwl Nabli, mais le principe commun d(~sa psyehologi(~ el de (~('lIcde Cabnnis, Il oppose leur mt'~thodc « positive)) il. la I1ltHhodc
Il

m"~taphysi(Jlle
ri, " 11 1\1

))

des psyehologucs
s ('n
, ,Jent ""

du XVIII.'8i<,~de,
,

uu conb'mre, "
(I

1('.111 \ ' enseigne' et il éCl'it

.

ment

de ses premicl's

maill'cs,

Il pense,

il Comte quc la

réadion

conlt'c Helvétius))

a été

fort ('xagél'Ôe, ct qu'clle a dépm;st'~ Ie hut. Sans doute, il admet que les inst!lIcts ehez l'animal, et même chez l'homme, peuvent ~tre regal'dés comme inn(~s, et (lU'ils dépelldcnt de conditions ol'ganiflues, Il ne va pas jUS(IU'i, r'cl)J'cndl'e le pl'incipe posé pat' Condi1l3c : « Tout, ce qui varie a été acquis, ,) (l'Ii expl'ime d{~.iI'I l'idée lIlèl'c ou lI'ansrormism~, el (l'Ii conduit 1. chcf'cher la genèse
J. s,
1111Iet .\uA'. Comte. c

XXVIII

LETTnES IN~DfTES HE J. S. 'MILL

même des instincts. Encore rait-il remarquel' que

les instincts

«

peuvent être modifiés dans une me-

sure indéfinie, et même entièrement vaincus, au moms dans l'espèce humaine, soit par d'autres
fOl'ces' mentales, soit surtout par l'édtication Il (1). Prenant ensuite l'offensive, il montr'e que le reconrs il l'innéité est le coup de désespoir du philosophe et la mOl't de l'anaIYRc. C'est le refuge natm'cl 01'.1'auritent les déf'enseurs des « ancienncs s idées Il et des préjugéR b'aditionnels; c'est l'ar~ument suprêmc en faveur des opinions qui nc peuvent aO'l'olllel' la discussion. )fill cn pl'cnd pOlll' cxemple la question de l'inégalité des sexes, flui lui tient tant 1, cœur. C'est. ici que la liaison des deux problèmes dans son I~SI)l'it va appm'aHl'c, Quclle est la mison eJ{~eisive de eellx qui regal'dentla l'emmc comme in('('~I'imll'eil l'homme, el qui veulent, en conséquence, la mainlenir dam; nn état de tutellc ou mêmc (l'csclavnge plus ou moins déguis{~? Ils discnt flue le volume du cCl'veau cst moindl'c chez clic que chez l'hommc, (lU'dIe est physiologiquement plus ('aible, etc. 01', dit ~Jill, en rait, l'inl'él'iol'ité des remmes nu point (le vue anatomique et physiologiquc n'cst pas l)J'ouvt'~c, Mnis, en eh'oiL, le ftH-clle, le philosophc
111\ (~vl'nit pas sc bOI'J1eI' ;'IlaconsLatcr, d
(1).1. S p. ,,:1..

il la [lI'cndrc:

~lill, S!lIô/em (II' LOt/ie, liv. IV, chnp. IV, vol. II,

INTflonUCTION pOUl'
Il

XXIX

innéc

", c'csL-ll-di)'c pOtU'nalUl'ellc

et inva-

riable, et s'cn tcnÎl' Ill, II ne dcvnlit s'aJ'I'êter à" cette conclusion qu'après avoir tentl~ tous les .
-

autI'es moyens d'cxplication possibles, Cm' cette inégalité ne peut-elle pas t't)'e secondail'e et ac(Juise? Ne peut-elle pas être un »t'sultat des conditions oÙ les l'emmes vivent de temps immémol'ial? Qui sait si t.,lIe ne dispal'i.IH)'ait pm; peu il peu, eomme elle a pn sc l'o)'mer, an cas oÙ ces conditions viend.'uicnl Ii changer 'l Dans cc cas (lone, comme dans .tout aut)'e, la bonne mMhodc psychologique veut que l'on ne rasse pas appel II l'_im)t~itl~d'abol'd, mais que l'on )'cchcrchc HI gent'sc de eo qui, II l))'emÎl~l'c vnc, pOIII'I'ait semhlel' Înnt', C'est le IH'incipc même de 1'1\ssoeinLionisme, dont 1\1 estimc I.)'(\s haul la ill valelll' scientifique, et. qui lui parait ('tl'C la vraie Il science positive de l'e~!J)I'it H, Comte, qui est si 1'01'1, OppOSt~, ('n pl'in('.ipe~ i1 111 psyehologit' allemHmle, sc joinl. il elle POU)'1'('jcl.(W la mÔthodc d'analysc psychologiquc du XVIII"si;~dc, Il a tm'I., el. cette el'I'I~III',(lui esl g)'ave, sdoll ~liII, en cntl'aine d'alltl'cs 'lIi ne le 80111.pns moins. EII(~ (~mlll~cIw COlI\t(~, en pad,jcllli('", dc vni.' jllsl.(~ dnn8 ln qllestion de l'inÔgnlil/~ des sexes. Il s'ohstine tl pOSel' les dit1'{wences o)'ganiqu('s d'rt/wl'd. , d il (~I'oil. ('xpli", l'lIslIil,e I(~s alll.l'(~s 1HlI'eellt'sIi.. ~Inllvaise' IIIc'.tllOd(~.Il dp\'I'ail. eOIlIIlIl'IH~(~I' pal'

xxx

LETTnES

INJ::DITgS

DE J,

S, MILL

lt~nil' eomple de lous les factcurs psychologiques el, sociaux (l'Ii, en supposant unc naturc mentale identique ehez l'homme et chez la femmc, ont pu, chez celle-ci, favoriser ou arrêtcr le développement de l('lle ou telle faculté, Alors, mais alol's sculement, il mIl'ait le dl'oit d'aUribuedl une .lifi'él'cnce t~onstitutionnelle innée le l'esle des dill'ér('nees nwnlnlcs entre l'homme et la femme, s'il y avail. un l'este, CILa plupart de ceux, dit Mill, (lui Hpt'~culellt SUI' la nntur'c humaine aiment mieux pl'enth'c dogmatique ment pour accOl'dé que les .lif1"~"('nees mentales ohservées entl'c les éll'es humains sont des rnits ultimes, non susceptibles d'N,'c expJiqu()s ou modifiés, plutôt que de pl'cndl'e la peine dc sc mellt'c en état 'de rappOl'tcr ces di(1't'~"(,'lel~Snnx elmses exl(~I'iellres pal' lesquclles elles sont pl'oduites, pOlll' la plupnrt, el dont la

tlisJlI\I'ilion les l'CI'nitdisparattre nussi (1), Il C(~ Il'esl donc pns, commc Comte le pense,
faute de connaissances biologiques lissez étenducH, ou parce qÙe les localisations ~éré))I'a)cs de la physiologie phl'énologique lui paraissent mal Nahlies, quc Mill se refuse 11adoptcr' les vues dc Comle SlII' la psychologie, Les l'nisons de sa résisI,anee SOllt pIlls profondes, Elles tiennent aux' racines m(~mcs de sa philosophie théol'iflUC et pra-

(I) .J, S.Mill, Systelll Of' l.o!lic, liv, IV, chnp, IV,t. Il, p. "30, CI. 1'Iw Subjectioll of' 'Volllell, 1869. p, 122-:1,

INTRODUCTION

XXXI

ti(luC. Non seulement sn psychologie et sa logique, mais ses plus chèl'cs convietions moralcs ct sociales (~taicnt intMessécs dans celle queslion (le méthode. Que la rupture entre Mill ct Comte se soit pro. duite précisément sur ce point-là, nous ne saurions en être sUI'pris. Comte, en faisant sicnne Ir conception psychologi(pw de Gall, confirme la

condamnation qu'il a pOI.téecontre la « métaphysique » du XVIIlO sil'clc, dont il rait très peu de
cas. Ilia juge presque aussi sévt'~remcnt ((UC le faisait dc Maistrc. Mill, an contl'ail'c, sans m(~connaitl'c- qnc la philosophie dn XVIllO sit'~clc a des. points faibles, y l'cHic l'oncièl'cment nttaché, Il comprend mnl cine Comte appelle indislinct(~-

ment du nom de

Il

Jnt.taphysiqnc

Il

l'unnlyse psy-

chologiquc d(~ Condillac ct l'ontologic des Allcmands. PQur lui, il denH'ure disciple de Bentham et mêmc d'Hclv{~tius. II gm'd(\ sa l'oi duns le pou-. voir prcsquc illimitt~ de l'édUt~ation. Il l'ait tt.~s petite la part des forces ohscurcs, de l'inn{'il'{\, de l'hérédité. et des antres l'ataIilés nalUl'clIes qne la philosophic r{~aclionnait'e et l'(unnntiqne s'était plu II exagércr un commenccment dc l1oll'c sih~le. .« Dc toutcs Ics nHlni('w(~8 vulguil'cs (l'éludcl' la cOl1sidMal.ion de l'I.m~t.clcs inl1uPlleCHHoeiales el mOl'nles l'Ill' l'esprit IlIIlllnin, ln plus vulgnil'c est.
(l'a Ul'ihuet, les ciiIW~I'eIH~es eondl1 ite el. cie (:III':1Ccie

XXXII

LETTRES INÉDITES

DE J. S, MILL
I)

tè,'c it dcs din'Mences naturelles innées (1).
CC point-là, d'individus Mill est irréductible, Oil de peuplcs,

StH'

Qu'il s'agisse

la mt~thodc d'analyse

psychologiqllc doit éta'c conservée. L'abandonnm' scrait livrct' d'un seul coup l, la t'éadion toutc la mOl'alc el toute la polit.ique.

IV

COlllt'nint de choisir cnb'c ses plus intimes convictions philosophi(JHes ct politi(lllCS d'IIII eôl.Ô,et Il' système de philosophic positive de l'aHlt'c, Mill/Je POHVHit ns ht'~sitet" Il rcl'usH de l'ail'c cc p sncl'llict~ ail Hysl.i~/n~ Comte. Cc rut le l'ÔHultnt de ,
le plus net de la corl'cspolldancc (l'Ii s't'~lait t'~tablie cntl'C ellX, [H~s la fin de 181,t., Mill avait pu le compl'enlh'c, Mais il persistait pourtant:'1 l'egm'dcr' la d()ell'in(~ positive comme la vl'aic philo!'wphie du XIXC si(\ele, cI, la scull' filii ptît aehcvcl' la dt.'\t'llite ties
II

anciennes

idt~cS

".

11

tenla

tlone

tl\l

dl'nl'l pOl1\' ('ail.t':'1 llli 8el11 le !.t'avail IJlI'il avait cspt.'\l't~mencl' it hnllnc fin de conctwl. avee Comtc. II essaya dl' modifiel', dans la doctl'ine positive, cc tl'Ii IlIi IHu'Hissait mal t'ondt\ ct d'en gUl'dcl'
(I) ,I. s, i\lill, 1'l'Îl/d/,II'1!
p. :1!18-!J. "

fje (~(Iilioll, 01' Polilic,,1 I:'eol/o/llll,

INTRODUCTION

XXXIII

l'essentiel, en l'cjctant ce qui conduisait i, des conséquences incompatibles avec ses propres convictions, Avec Comte., il cHImel que les phénomènes socia,uxt comme les null'es phÙnomènes naturels, sonl soumis i. des lois, el il admire surlout en lui le fondatcUl' de la ff physique sociale Il, Mais il
n'est pns égalellwnt sati:..;I'ail de ln statique et. d~ la dynamic(lte qui composcnt celte 8cienc~ nouvelle, La dynamicpw lui puratt déHnitivemenl constituée, sous cm'taincs 1'{~SCl'ves,La loi des lI'ois étuts jeUe une vive Illlni(~I'e SUI' l'évolulion intelloctuelle de l'hU\nanitl~, Celte dynamique est, cn l'éulitÔ, une philosophie de l'histoil'e, et, bien qu'elle ne l'endc pas compte de lous les ('aits, c'est la tentative dc cc ~cnl'c ln pillS heU\'(~use qlli ail pm'II jllsqu'i1 IH'éscnl. Mais ln stalic(l1C sociale, telle qlle l'expose lc quatrième volllme dll COlli'S de PhilO[wphie posilive, ne IH'ésente pas, scIon Mill, la m~mc valeUl' Reicnlifi/ple, Il ln jllge m'hitl'aire l't 1l{,pOlIl'VUC de pl'ouves, POU\'qllOi'! Pm'cc qu'cll(\ manquc de la base psychologil(lJe qui seule pOIll'l'aiL la l'ondm' solidement, Les (WI'CUl'Ssociologiqllcs de Comte elles énol'mil{~s politiqucs oÙ il ahoulil pm' une déduction d'aillcUl's il'r.t'~pl'ochablo dérivent do <:ollc l'auto initiale, Mill cssaicr'u donc d'intcl'calet, entl'e la hiologic el la soeiologic line science l'on-

XXXIV

LETTRES IN~DlTES

DE .r. s.. MILL

damcntalc quc Comte a eu le tort (l'omelll'c. Cetl(\ science, qui sera double, comprendra: )0 La psychologie, c'est-à-dil'e l'étude des

de l'esprit. Cette Hude est déjil fort avancée. Les Il lois élémClitaires )I dc
Il

lois {Mmentaires

)1

l'espl'it, ce sont les lois de l'association des idées, objet des LJ'avaux de la philosophi(~ anglaise, depuis Locke et Hume jusqu'l, .James 1\1 ill el .John Stuart 1\1 lui-même. ill 2n L'élllOlo!Jie, c'est-l.-dire la science
. .

qui déter-

mine la SOI'f:C clll'aclère produit, confol'm(~lIlent (le IlUXlois gén(~I'nles de l'cspl'it, p3l' un ensemble quelcon(fllC de cÎl'constances physiqucs ou morales. C'est la science (Jui cor.'cspond I. l'm'l de l'éducation; pris dnns le sens le rills large, eOmpl'('llIInt la formntion du em'adhe national et colleelif;. aussi bicn que du cnrncH~I'e individuel.
Celte éthologic, flUC Mill appelle nussi Il ln science exade de ln nature humainc Il, n'existc pas cncol'e. La cr(~ation en cst urgente; Cal', tunt qll'ellc IW sCI'a pas Ôtablic, il n'y Il point de progl'ès possihle en sociologie, C'esL donc 1. elle (Jlle les sociologues devraient s'nppliqtJer' d'ahOl'd, ~Iill It voulu join(ll'c l'exemple au Iwéceple, Nous sa\'ons, t.ant pal' ses ICUI'cs (flJe pnr le témoignage de nain, qu'I1I)1'(\s la puhlicat.ion de sa LOf/ique il d1eI'cha 'i. dOI1IH'I'UI1t~l'orme scÎrntilique 1\ ses
Il

.

.n1l.~ditn-

INTRODUCTION

xxxv

tions l~tholo~iql1es

Il

(I). Il,w put y ,'t'\lIssi,'. C'est

alol's que, un peu en d{\sespoil' de cause, il sc l'ejeta sur J'économie politique. Sans doute il jugea cette lè1chc moins ardue, mieux 1)J'0pol'tionnée à ses l'orees, et, II LouL prendr'c, d'unc -,\lilité théorique et p"nliqllc cncol'c considt'H'ahle. Cettc l'ésolution 1't'\loignail, décidément de la philosophie positive. I){\ji' la c~)J\eeptinn seulc de 1'{~thol0A'ieétait, /III rond, hostile II la doel.r'ine de Comle : cat' elle sl1hol'tlonnt' la scicnec sociale I. la connaissance des lois tic l'esprit et. du CfI\'UCtèl'e, tandis que, 8clon Comte, cette eonnaissance m~mc ne peut (\I,I'e acquisc que du point de vue

sociologique.

le

Il '10 raut pas, dit Comte, expli-

pHI' l'holnnw, mais ail eont,'aÏt'e 'l'ICI' l'humanil'(~ l'homme pm' l'hlll'J:lllill~, Il L't'\tllde tIcs l'onel.ions men lalcs 811pé,'icllI'cs M~I'c,' l't'wolutioll Mais ail moins IH~ l'cu t :;c rai l'l~sa ilS cOllside l'espèce de l'Mhologic humaine. (~Lail-clle histol'ique l'idée
II Mill

encore suggé,'ée

pm' son dési,'

de collaborer

II la philosophie positive, l'Ùl-ce en la modifiant l)['orondl~ment. Laisser HI l'éthologie pour' J\~co-

nomie politique, c'Mait "ononccl'
conciliation, Cal' :Mill n'ignol'ail

Ù

l'espoil' d'une

pas quc, dans la

doctl'ine de Comte, le consenslls {~lroil (pli ca"DCtél'isc la vie sociale J'end les divCl'scs sé,'ics de phénomènes solidnil'cs les uns des autres, el ((U'il
(1) A.. Dain, J. S. Mill, fi c,.;lid.~I/I,cie" p. 78.

XXXVI

LETTRES

INÉDITES

DE J,

S,

1\111.1..

ne pCl'met pas d'isolcl' l'économie politiquc du reste de la science sociale, Tout en'ort pOUl'constituel' (:elle science avant la sociologie, et indépendamment d'elle, doit nécessairement échouel', l'I ill passa outrc, cepcndant, Prillcipes ti' Écollomie poli/igue, la Politigue posilive eut pal'u, doute lui-même d'avoil' pensé sc losophic politi(lue dont il était et il {~el'ivit ses Plus tm'd, quand il s'étonna sans l'allicl' à une phisi pal'l'aiLcment

l'advcl'sail'c, La mal'che de la pcnsée philosophique dc Comte, systématique avant tout, et toujours fidi~le à scs IH'ineipes, }loUl'I'ait Ml'c figul'ée pm' nne dl'oite, : Pmu' l'cpl'ésentcl' cclle de Mill, c'cst plutùt une. cOlll'he flui conviendl'ait, et les sinuosiLés de ccLle COUI'lH~ tI{~d~lcl'aicnt les inl1uenccs qu'il a subics tom' il 1,01\1'.En 18!lt, Mill s'cst senti auil'é tout lwès de Comte, La coul'l.w alol's touchc IH'cs'IIJe la dl'oite, Mais celle-ci se poursuit sans s'infU~chil', el la cOlll'he s'cn l'Ioigne dc nouveau, 11OUI' nc plus jamais s'en raplwocllel', La COI'I'(~spondancc de ~Iill et de Comle pcnnel de suivl'c de pl'Î~s les nH>indl'es tlélails de celle double mm'che, Elle n 'l'sI, pas seulement nn document pl't~cieux pom'In hiog'l'aphie cie l\lill el POUl' cclle de Comte, Elle a aussi \Ille podée plus ~t'mt'm"c tpli inLt~I'(~ssel'hiset en pm'Liculit'I' de la .Ioil'" dt, la philosophie,
. philosophie HOt:iale,Dans l'l~vol\ltioll tlt~SiM~t'sau

INTRODUCTION

XXXVII

XIXC siècle, il n'y a peut-être pas d'épisode plus instructif que le rapprochemenL et la séparation de ces deux philosophcs. Un m~me zèl(~les animait pour cc la grande Cé.HlSC humaine ». Mais, tl'ès diO'érents au fond d'esprit et de tendances, ils ne pouvaient s'accorder vraiment ni sur les principes de la doch'ine sociale, ni même sur ceux de la méthode.

L.L.-B,

Les IcLli'cs pllbli(~cs en

SoeilHé
devaient

COJ1lI~ il J. S, Mill onL él,é Lel'ollx, Pal' les soins dc la positivisle, Celll:s de Mill 1\ AlIgllsle Coml.(: t'aire pllI'lic IIu m(Jnw volllllle, Mais ce pl'ojel d'AugusLe 1877, che?,

l'III.tIhnndonn(~, el. lC!sleHI'C's de C()IIIII~ pal'III'I~IÜ SI:IIII~S, Nous pllhlions nlljolll'd'hui la co,','espOlHlane(: des deux philo.sophes dans sa lol.alil(~, Les ICI.!I'I:SSf: suivent dans l'ordre ml elles ont (H()écrites. Lc lexle dcs leLlI'es de Mill esl eelui d'une copie consel'vée tIU siège de la Soeiélé positivisl.l:, eopie qui parait avoil' toule la valelll' de l'ol'iginal. D'une pal'l" en eifel, M, Pic/'I'e Lallille, qui a l'ail. rail'e edl.e copie pur 1\-111I0 !\1ol'Îssun, cn gUl'aulil. la p:II'raile exudiludc. D'auh'c pal'l, miss Taylol', belle-fille el h(),'iW:I'I~ de .J. S, Mill, a vu en 1)(lI'cuves 101ll.es I(~s Idtr',~s de son heau-pÔl'e, el. n'a pas eXIII'iIlH~: e: lI1oind,'c dOllle SUI' l leul' authenticité cI. Iml/' inll\g'l'il,), Chaelln pOli l'l'a Il'nlllelll's se eonvninem, en les lisHII!. avee I:(dl(~s cil' COIIII,e, (I" 'il n'y a alWI"H~ l'aisoll cil' (,l'Oi.'e Ic: II~xl~ Idll~I'é en «fl/nlf/1l1' 4'IHII'oit. qlle ('e s!>il, d ql/'il Y ('n a

XXXVIII

LETTRES

INÉmTES

BE J. S, MILL

tIc décisives pou.. le cl"Oi..e lou\. it fuit. int.ad, Dans (~(~s ()ondilions, it défaut des originaux de la muin de Mill. nOli!; avons cru pouvoil' puhlicl' unc copie acceptée LI lu fois pm' les repl'p.8enlants de Comle et dc Mill (JQmnH~en tenant. lieu. Les lell.l'cs de Comle onl été l'éimprimées d'apl'ès les manuscrits originaux conservés rue MonsieUl'-lePI'inc(', HIl siègc de la Société positivisle. Miss Taylo,' a hien voulu nous nulorÜwl' /'1donnel' au public les Idb'es de.J. S, Mill. M, Pierre Laffilte en a mis g..aci(msenwntle text.e il noll'(~ disposition,
el

nOIlS 1\ [)(~I'misde l'éimpl'imer en nH~me t.emps les

let.lI'es dl~ Comte. Nous les pl'ions t.0\18 deux d'agl'ée,' id l'expl"~ssion de noll'e respectueuse el. pl'ol'onde reconnaissance. M. Camille Monicl' et M, Chal'les Jcannolle nous ont onve"", avec une pm'faile obligeance, les aJ'chives de la Société posiLiviste : nous somml)s helll'eux de "'UI' olT,'il' nos sinches remcl'ciements.

COnllESI)ONDANCE

DE JOlIN STUART MILL
1':'1'

D'AUGUSTE

COMTE

1\1

J L LAC

0 ~JT E

,

(Hclin 10 vClllh'cl1i 12 IlUH!lIIhl't! 11111.)
(lIél'lIntlnle Samedi 20 Il Il Vl!IIIh l'" 1811.) (I)

huliHllotlse

(I.ollllon). 8 novembre

18'01.

Je ne sais, MonsitHH',s'il est permis it un homme qui vous cst totalcment inconnu d'occupe,' fluelf/ues moments d'un temps aussi lH't~eieuxflue le vôtre, en vous cnh'clenant de lui et des ~I'nndes obligations intellectuelles dont il vous esll'edevahle ; mais, encoul'agé pal' mon ami 1\1.l\lamlst, et pensant fine peut-lill'e, :11Imilicn de vos wands Ir':mlllx philosophiques, il ne VOIIS sel'ait pas complètcnwnl irHIif1't),'entde l'ecc\'oÏl' tI'un pnys Ml'angel' des 1{'lIwig-lIng-I!:; sYlllpathie el tI'adhétie
(1) J)e la IIInin .Ie Comlt-, J. S. Mill et ~ug. Gomlc,

2

1\111.1.A t:Ol\lTE

8 IIOY. t8~1.

sion, j'ose eSIH~I'OI' vous no trouvcrez pas (1t'~I)lae(~c que ma démarche aehlol/c, C'est dans l'ann6el828, Monsieur, <luCj'ai lu pour la prcmièl'c fois volrc petit traité de Politique Positive; et ceUe lecture a donné à toutes mes idées une fOl'l,e secoussc, qui, avec d'autl'cs causes, mais beaucoup plus qu'cites, a détcrminé ma sortie définitive de la section benthnmistc de l'école révolutionnaire, dans laquelle,jc fus 'élcvé, et mtnne je puis presque dil'e dans laquelle je naquis. Quoique lc Bcnthamisme soit resté, sans doutc, trlJS loin du véritahle esprit dc ln méthodc positive, cette doetl'ine me paraît encore à présent la mcilleurc préparation qui existe aujourd'hui à la naie positivité, appliquée uux doctrines sociales: soit pur sa logique serrée, et pal' le soin (fu'elle a de loujolll's sc eomprendl'e elle-nl(~me: soit SUI'tOUtpal' son opposition systématique :1 toute tentative d'explication de phénomimes quelconques au moyen (les ridicules entil(~s métaphysiques, dunt clic m'a appris dl~s ma lH'elllj('I'cjeuncsse :1sentir la nullité cssentielle: Depuis l'époque olt j'ai pris connaissance de la pre~ miiJl'e Mmuche de vos idées sociologiques, je crois POIlvoir dire que les semences jetées pur cet oJluscule ne sont pas restées stél'iles dans mon esprit. Ce n'est pOUl'tant qu'en -1837 qne j'ui connu les deux premiCl's volumes de votre Cours, il J'appréciation duquel j'étais heureusement assez bien préparé, n'étant l'esté totalement éft'anger :1 aucune des sciences fondamentales, dans ehacnne desqueJles nu l'CS j'avais toujours SUI'. te tout l'CcllCl'ché les idées de méthode qu'elle pouvait fournir. Depuis l'heurcuse époque QI'Ices deux volumes me sont connus, j'attends toujours chaque volume nouveau avec une vive impatiencc, et je le lis et le relis

8 nov, 18.H,

MILL

A CO~ITE

:1

avcç uno vél'itablo passion' intellectuelle. .Je puis diro que j'étais déj?l ont/'é dans une voie assel voisine de ln vôtre, surtout pal' l'impulsion que m'avait donn{Jc votre OlIVI'ngeprécédent; Inais j'avais enèore il npprendre de \rous bien des choses de la première importance, et j'espère vous donner :', (fUclquè temps d'ici ln IH'cuve

que je les ai bicn upJll'ises. Il l'este ({uclquesquesUons
d'un O1'dl'C secondait'c, Sill' lesqueUes mes opinions ne sont pus d':wcol'd avec les vÙh'cs; un joUI' peut-êtl'e ce désnccol'd pourl'a dispat'aitl'e : au moins je ne pense pas tI'op me flatter en CI'oyant (IU'il n'y a pas chez moi d'opinion mal {(>nd('()'lui soit nsscz enl'acinéc pOUl' l'ésistet' il une discussion approfondie, telle qu'clic pourl'uit peut-êtl'c sc tl'ouvel' (Ians le cas dc subit', si vous ne mc l'cfusCl pas la pet'mission de vous soumetll'c quelquefois mes idées, et de vous demander des explications SUI'les vôl/'es. Vous savez, l\fonsieul', qlle les opinions l'eligieuses ont jusqu'ici plus de l'a<:Ïne chez nous ((ue dans ICR autl'es pays de rEm'opc, (IUoiqu'cl1es aient pet'du depuis longtemps, ici commc aillelll's, (CUI'ancienne valeur civilisatrice: et il est, je crois, à regretter pour nous (lue la 'philosophie l'évollltionnaÎl'o, (lui était encOI'c en pleine activité il ya une douzuine d'années, soit alljoUl'. d'hui tombée en décl'épitude avant d'avoir fini sa hiche. Il est d'aulant plus lI/'gent pOUl'nous de la l'cmp(aeel' en cnt/'aul à pleine voie dans la philosophie positive: et, c'cst avec gl':\IHl plaisir' que je vous le dis, malgl'é l'espl'it ouvertement an ti-religieux de \'otl'o OIIVI'uge,
ce gr'and

.

monument de la vl'aie philosophie moderne commence à se fhire jOlll'p:lI'1ninous, moius pourtant
parmi les lhéol'iciens politiques «11C p:U'1ni les diO'éJ'cntes classcs de savants, JI sc monll'c d'aillcurs depuis

4

MILT. A COMTE

Il 1l1I~.

1811.

qucl(JlIl~ temps, l'OUI' la pl'clllièl'e fois ('hez nous, d:lI1s les t.~ultivalelll'S elCl; seiemces physiques, une lenelance assez Iwononcée vel's les génél'alités scientifiques, qui me p:ll'ait cie Il'ès heureux augur'e, et qui por'le à cl'OÎI'e qu'il y fi :wjOtlJ'Cl'hlli 1'011I' nous plus:'t espél'er de leur' pa"l 'UI~ cie la pal't cles hommes poliLiques, soit de spéculation, soil d'aclion, Ceux-ci, en elret, sont tombés dnns U,~ :all'aiss()JllCnt l'm'cil à celui qui s'est si liwtcment cI(~cl:II'é en F,'ance depuis 1830, el chacun voit flu'on r1e POII/'I'Ufaire des ehoscs nouvelles que Jlal' une doctr'ine nOIl\'e1l(J; sculemcnt, ln plupal't ne (woÎcnt pns :rl'avi'lIr-ment d'une telle doctl'inc, ct l'ostent pnr COIIséquent (Ians lin scnpticisme de plus en plus énel'vant ct t!t"('olll'agr-ant. Vcuillez, ~lon~lieur, me p:mlonllcl' ectle tenlalive un pcu pd~:;omptueuso de me meltl'e en l'elntion intellecluelle) immé(liate uvee eclui des g,'nnds espl'its de notl'e temps qlle je l'egal'cle nvee le pills d'eslime ~~IcI':ulmil'atioll, d t.~I'oycz (Ille la l'(ialisatioll de œ \WII sel'ail POUI' moi d'lin, pl'ix illllltellse.
J. S. M1/.1..

"
COMTE A MILL
!'..ds, It) saulHdi 2/1110VClllhl'c 1M'."

!li('III',

lh' 1101II1I"('IISeS occupulions m'ont cmIH'ieh(), J\fonmlln gl'and "t'gr'et, de 1'(\polI(II'oilllm(~cliatelllcnt
it

il la \f'III'e, allssi hOllol'ullle qu'inlél'l~ssunte, que j'ai ell

20 novo 18.11.

COMTE A MILL

l' a

le plaisir' (le recevoil' dc vous le 12 de cc mois. ,le m'empressc de pl'olitf'I' (l'nn lH'emiel' instant de loisir' POI\I' vous témoignel', (Juoiqne faihlemellt, ma l)I'ol'onde reconnaissance d'une telle communication, dont \'oU'e r::lre modestie ne vons a pas pet'mis de sentil' tont le pr'ix. Pnr gOlÎt et pal' l'aison, je vis cxtl'êmemf'nt isolé du monde vulgair'c, mèmc intellectucl, ne connaissnnt d'nutl'e distraction hahitnelle qnc de suivl'c assidl'nnent, pendant nol!'c saisou Innsieale, l'opél'a italien, Depuis pins de lI'ois ans, j'ni angmenté systémnliqllcment cet isolement cn m'abstenant sCl'lIpulcuscmcnt de IOlltc lechu'e de jOlll'naux C) clconfl'Îes, mêmc mcnsuels ou n trimestl'iels j et je me tl'ollve trop hicn d'lIne telle hygiimc (~(\I'MJI'alc poIII' la ehanJ:{eI' mainlpnanl, vu la faciIilé que j'en l'elÎl'c dc tn'Mcvel' cI (Ic me maintenit' sans cl1'ol'l :'t des \'nes hahitucllement plus génél'alcs, aussi bien qu':'l des sentiments pins pili'S cI pills impartiaux. Mais, malgl'é cc "{\ginw, IJIIC cl'ois n(jcessai,'e:l je la plénitudc de ma vie philosoplliqne,jc snis loin cl'MI'e indifférent {ll'aclion de mes tl'avallX SUI' notrc milicu intellectuel, (IUoique je n'aie guère ainsi le lemps ni les moyens de m'en npcl'ce\'oÏ!':.J'ai ell de bonne heure l'avanlage de ne Ille f'ait.c aucnne gr'ave illusion slI/'lc dcgl'é de populal'Ïlt~ dont une telle Mabol'ation élait réellement sllsceptible alljourd'h ui, et jc n'ai Jamais visé It agir immédiatelllcllt qne SUI'unc eenlainc {'nvil'on de penseurs, dispet'sés çà Cll:'l dans noll'e Elll'0pc. Toutefois, il l'aison n\(\nle de cclle l'cslrietion, vous conccvcz, Monsieur, combien je dois altacher' d'impol'tance It l'ceevoit' de temps en temps des h~moi~nages spontan(~s
aussi 1H'(~eicux, aussi M~eisirs, aussi en(~olll'ageanls, (Ille (~clui donI \'OllS vcnez de m'hollorer, (!I qui me font

Ii

COMTE A MILL

20 no\'.

18.11.

di"celement sentir quc les ceJ'vcaux Ics plus avancés vihrent essentiellement il l'unisson du mien. Sans de tclles ,'écompcllses, nécessail'cment très r'm'es, j'entr'etiendrais peut-ètr'e bien difficilement l'infatigahle constance intlispemmhle :\ la longue et pénihle Wchc que j'ai cntreprise diJSma première jeuncsse. .Je dois, il cet égm'd, une reconnaissance plus spéciale aux penseurs anglais, t'lIez lesquels, ce me semble, mes t,'avaux ont été heaucoup plus accueillis que partout aillCtu's, même en France. Le selll artidc d'appréciation qlli ait cncore été cnll'cpl'is:1 cc suj('t, du moins à ma connaissancc, cst cclui dc Tite /Ùlinbw'glt Review, en juillet 18:18,dont voll'c honorahle concitoycn 1\1.Grotem':J fOI'cè, d'une mani.~r'c si aimable, de pl'cJHh'c connaissance, malgr'é ma r'igolll'euse abstinence de Iccturcs scmhlahles: qlloi'IIIC ce jugement ne se r'apporte (lu'auX dellx premicl's volume~, sa pnt.faite spontanéitt~ m'a montré avec (1lIel1e Iny:mlé et (lucl1e élévation vos wands cl'itiqucs compl'enaicnt lelll' mission. J'aUache maintenant d'autant plus de prix à (le tcls encouragemcnts, que déj:1 constitué, par' la nature de mon élaboration philosophique, en luUe nécessaire et pet'manentc avec tous les esprits théologiques et SUl'tout métaphysiques, je suis (~onduit, dans le sixième et derniel' volume, qui par:IÎtra le printemps prochain, à attaquer aussi, quoiqne sous un antr'c nspect, mais d'une m:mière qu'on me par'donner'a pC\lt-êtr.c encore moins, les rudimcnts d'csprit positif qui sont déjà oflicieUement instaUés chez nous, e't~st-ia-dire les corporations snvantcs, dont l'empirisme et l'égoïsme constituent aujolH'd'hui, pl'Ïn(~iplllemcnt en Fr'ancc, l'obst:rcle peut-être le pIns danger'cnx il la rénovation finalc, en s'opposant aveuglément :1toute généralisation quelconque, par suite d'une

20 nflV, 1841,

COMTE A MI!.L

7

déplorable pl'olongalion du ,'égime proyh~oil'ede spécialitl~dispersive qui fi dÙ IOllgtemps dil'igm' le d{'veloppement lll'éparatoil'c de la science IIwllcrne, Vous jugez, Monsieur, combien il m'cst doux, au milieu de tant de sOl'tesd'cnnem is naturels, de Ille senti", quoique au loin, en harmonie spontanée avec quelques éminents penseUl's. Quoique votre sCl'upuleuse modestie vous ait conduit, Monsieur, à exagérCl' la part que mes écrits ont pu avoit' dans votl'e développement philosophique, la réOexion me rappelle aussitÔt que, chez des espl'its (l'une Vl'nievaleur', une telle iul1ucnce ne peut consistCl' qu'il stimuler, ell temps 0PpOI'(un, un essor dont la sl~ont:méité nécessait'e constitue la Iwincipale condition, Le Bcnthamisme, oil vous avez d'abord vécu, est une preuve stmsihle de la eonfol'mit{~natureBe de nos tendances intellectuelles, indépendamment de tout contact; (::\1'('ette doctJ'ine, la plus {:mincnte dé"Îvation de ce (Iu'on nomme l'économie politique, me semhle, comme à vous, SUl'tout pour l'Angletel'I'e, une préparation!, immédiate :1 la positivité sociologique; si j'aimoi-\ même évité cette phase, cela tient sans doute it des circonstances personnelles d'éducation, qui, m'ayant imhu,' dès mon enfance, des rudiments de la vraie méthode positive, m'ont permis (le sentir:1 temps comhien Bentham avait imp:u'faitemenl compris cette mf~thode, mnlgl'é sa tendance évidente il la faire partout prévaloir, Ccs explications sommait'cs ,"ous ('cl'ont aisément concevoir', Monsicur', combien j'ai MI attachel' de prix aux nobles ouvCl'tlJJ'esde relation que vous avez daigné me fhil'C, et comhien je RCI'uishClII'(H!xde [oul() oecnsion qui, soit par écrit, soil clwol'e mieux pm' convcl'satÎon,

H

CO:\ITI~ A mLL

W

IHI\'. 181t,

me pel'mettl'ait d'y donner suite, 011en l'épondant ;',de judicieuses objections, ou {m examinant d'intéressantes communications, Votre lettre m'est arl'ivée précisément à l'époque oil je venais d'arrêtet', pour mon (Iernier volume, line importante mesme philosophique que j'y IH'oposel'ai directement, ct qui consisterait dans l'institution spontanée d'un comilé europ{)cn, eha"gl", en permanence, de dirigel' pm'tollt le mouvement commun de l'é{.{én(~''ation philosophique, quand une fois le positivisme aUl'a enfin planté son Ih'apeau, ou plutôt son fanal, au miliclI du d(osOl'dl'cet de la confusion de notre siècle, ce qui sel'n, j'espiJJ'c, le résultat naturel de J'entière publication de mon onVl'age. Cc comité permnnent, composé, du moins au Iléhut, d'une trentaino de meml)J'es lout an pillS, roprésentel'ait les divel'ses populations de l'Occident elll'opéen, qui, depuis Chnl'lemagne, ont toujours mnl'ch{~synè"gi(luement d'une manièl'c plus ou moins pl'ononr.{'o, soit dans le .J{'veloppement tempOl'ait'c thl systi~mc cntho1iquc ct féodal et dans sa d{~sOl'ganisatioll ultérieUl'e, soit dans l'essol' :1la fois in(lustl'iel, esthétique, scientifique et philosophique, qui a 1'01'011) les rudiments de notre sociahilitl! moderne. Tout le reste de l'Em'ol)/) et du glohe me semhle devoit' demeurer encol'e longtemps en dchol's de cctte association, qui constituc les ('Mments de la grande républiqUl~ europl"enne dont nous sommes tOilSdeux concitoyens, Vous comlH'encz, Monsiem', ('ommont, an milieu de ces pensées, j'ai dti 61"0 profondément satisfait de vot/'e lottl'C, qui m'inlli(lunit, de la manièl'c ln moins équivoque, '2omhien l'Angletcl'l'e, malgl'''~son affaissement philosophique, "'tait df"jit lH'ètc :', l'oul'nir son nohle contingent dans tlnc teHe r{~tmion d'(~lite, J'a\'lIis 1H''''alahlcment

20

110\',

1841.

CIHITE .\ ~IILL

Il

appris avec heaucollp d{1satisfaction, pal' une explication incidente lie ~l. 1\[I\I'I'nst,que vot"e sngc t"nCl'gic avait heÜ,'eusement rt"sis"', :\Ux aveugles obsessions de vos 3/nis vers la vie pal'lementnÎl'e. Une ,'aison bien éminentc a pu senle VOII~(hir'c sentir' combien votr'c activilé philosophiqlle pouvait êtl'cinlinimcnt pins utile cn rcstant éll'ang;~I'e nil point de vue h'op journaHel' dc la critique pal'lemcntnÎl'c, qlli tend dil'ectement it empêeIHH' toute habitlllll~ réglllièl'c d'lin point de vile gênél'al, en un tcmps 0\'1la w"nt"I'alit,édes eonœptions eonstÎlnc 1)I't'~cisl'~mcnt IlI'ineipnl hesoin sodal. Quclle que rntionnellc que soit votl'e l'{'solution, elle est si cont,'aire aux luœlll'S dominantes, 01" tOllt pOllss(r :'tl'action immt'~dinte, qll'elle suppose it la fois nne justessc et un eour:1gc dont.ie \'01Ii! l'MicHe hien sineèl'clllent, en espl~"antqlle l't"volution humaine, si intlt"pcl1(lnnte aujourd'hui de (~CS vaills hl'lIits de nos lt'ihlllH'S, en pl'Otitm'a so1idcl'nenl. L'Mganisation d'lIIw 1:\I'geaction philosophiqlle, en dehol'fI dc tOlite netion politique, me sell/hie mnintenant, en Anglcter'I'o (~omme en 1~I':\nce,la meSl1l'e la 1~lusmgente. l,'a(1'aisscmcnt politiquc qu'on y t~pl'ouve {'galerneut ne tient qu'it l'insul'lisance constatt~e de la philosophie nl~gative, <{ui, seule, Il dirigt'. josllo'Îci le g-rand mouvemenl l'êvolutionnnil'c, el n'a d'issue possible flue par l'essol' d'une autl'(\ philosophie, :lSSlll'ant spont:lIll~mcnt mIssi bien l'ol'dl'c fille le p,'ogl'i's, cl pouv:mt ml~mc scule conteni,' cl'licaccmcnt au.iOlll'll'hui l'imminonlc iJ'ruJltion des théol'ics m{'taphysiql/es sub. veI'sivcs de toule soeiabilitt\ {ln faisant Jlt'I'.valoil'l'examen, inl1exible mais ('alIlle, des de,-'oi1',ç pl'Opl'CSl'lUX divcl'ses classcs, S\II' la disl~ussion, aussi vaine fll/'orageuse, des droits individuels. .Jc.trouve, comme vous,

ill

cml'm

A 1\ItLL

20 novo 1811.

l\IonsiclII', t)ne la philosophic IWl'cment nt"galivc a l,té (:oml,,'iméc de nos jours, SlII'tout en Angletcl'I'c, avant d'y avoir' achcvl~ sa t:1che; mais cela était cer'taincmcnt int~\'itahlc, depuis que le hesoin de rt"organisation a été mis par'tollt en pleine évidence, la société ne ponvfmt ,vivl'e de shnples nt~gntions. Cet affaissement spontané doit d'aillelll's devenir un stimulant de pIns pour acet':lérer' l'essor de la philosophie positive, dont l'ascendant pent senl tCl'minCl' réellement l'op(oration l'(~volntionnuire clle-mimlC, quoique ce ne soit là, pour elle,,

qu'une application acccssoÏ1'e; pal'ce quc, scule, cette

philosophie pourl'a permeHre l'entièr'c SUPIH'Cssion politiquc des demiers restes du r{~gime ancien, il commenccl' pal' l'or'dr'c tht"ologique, .J'ni toujours d(~siré qu'une InUe directe pM enfin s'engager entre l'école franchement rt'.trogrado, refu't"sentée aujolll'd'hui pal' le IHII'catholicisme, et notre naissante école positive: quoiquc j'nie pen d'espoÏ1' d'nnH1Iler dÏ1'ectement la hataille SUI' ce tel'min net et Mcisif, j'avoue que je vois avec 1IInisir, dans les (:onst'~quences natlll'elles des {:v(~nements (:ontempornins, tout ce qui peut tcndr'e il nous mpI,,'ochcr d'une tclle position de ln question, fllll'I'élimination graduelle des intermédiah'es métaphysiques, qui dt"sorm:lis sont, fi mes yeux, )a principale cause du prolongement actuel de la confusion des idées et de l'indécision des débats. .Je rcgrette heaucoup, Monsieur, que mon inexpérience de la langue anglaise ne me permette point, par une prt"cieuse réciprocité, de vous adresser, comme vous l'avez fait cnvers moi, dans votre languc maternellc, ee lihr'e et rapide t':panchemcnt philosophi()ue. Mais \'otl'O lettl'e pl'ouve une tclle connni!\snnce fami1ièl'e du vél,itahle esprit de )u langue française, que je

II! dé.',

1841.

MII.L A COMTE

H

ne cl'nins nullement de vous IhtiguCl'par ce mode d'enIt'clicn, si toutefois vous pouvez :mmsamment déchilft'er mn mauvi.1ise 'criture, cmpil'éc aujol1l'd'huipar de mau{ vaises plumes, Croyez, Monsiel1l',aux sentiments bien sincf)l'esd'affectueuse estime de vot,'C' cll"\'OW\ Aln Cml'rl':,
t;x:lllllnnlcUl' POlU' l'I~.:ulc 10, rue Monsicur-Ie-I'ri/lcc, "ul~'lechni'IIIC, l'l'ès \'OMOII,

Il MILL

A COMTE

(lIt'çu It! 20 .Il\{:cmhl't) 18.1L) (I\ÙpII/ltln le Jmuli 17 j:mviel' 18-12).

I/ldiu IIO/lSC, III doccmlJl'c

1841,

.Mon chel' Monsieur

Comte,

Je suis vraiment honteux en me l'appelant le temps qui s'est écoulé depuis que j'ai l'eçu la réponse, aussi bienveillante qu'honol'fible pour moi, qlle vous avezbien voulu faire à ma première lettre. Mais si j'ai paru montrer pen d'empressement à pro/iter d'une relation que j'ai si vivement désirée, cela n'a tenu qU':1des occupations urgentes, etdont la fu'incipaleétait lH'éeisément de nature fi étahlir entre nons deux, pills promptement que par toute antre voie, l'échange d'idées philosophiques dans lequel je compte tl'ouver pOlll'tout. le reste

12

AIILLA cmln~

lSlIée.ISII,

tIc ma vic une si lH'écieuse SOllrce,soit d'insll'ucLion, soit tic stimlllation intclleetuelle, Je viens, dans ces derniers jOllrs, d'nchever un ouvrage assez volumineux qui va êlr'e liv,'é it l'impression pour paraÎt,'e, je crois, au JH'intemps p,'ochain. Si, après sn publication, vous dnignez en prenfll'c connaissance, ce que le prix qlle vous avez bien voulll meU"e :lla sympathie si /()l'lement prononcée enlr'c nos tendances intellectuelles me IWl'met seul d'cspél'cr, l'exposition détnil1ée que j'y ai donnée d'un nomln'e misezconsidél'ahle de mes idées vous indiquent"jllsqu':l un cel'Iain point, les questions slll'Iest1UcHesit n'y a,plus lieu il alwunedis(~ussion onll'e nOIlS, et celles 01'1 (luis encore prolilel' de la maturil(! plus je eomplNe tic vos conceptions philosophiques, .Je vous stmlneUl'ai ('ct ouvrage nvec d'allt:mt plus dt! cl'ainte que le bu t même vous en sOl'ncertainement suspect, puisquc c'est enfin un traité de logi(IUtJ.t!Ude mélhode philosophique. Je suis cerlainenwnt bien loin d'l'tl'e insen!lihle aux molil'!\ qlli VOIIS porté :llIit!I'la possionl, hililé, ail moins dans ln phase 5cicntilique a(:luollo, d'une tMorie de méthode ahslr'netion l'nile de la ttoe!I'ine, même en sc conformant :1ln condition, it laquelle je me suis toujolll's fidèlement soumis, de ne puisel' la méthode qlle clans la tloeh'ine même. Aussi je n'aHI'ihue nullement ail Il'avnit qlle j'ai /hit lin cal'acl(~l'cphilosophitJllc pel'lIInnenl, mais lout au pills une valeUl' tl'ansHoil'C, <fUI'je crois pOlll't:1Ilt 1'6elle, du moins pour
l'Anglettwl'c. QU:\I1t aux diver'genees IHu'l.ielles (lui cxis-

tent jus<fu'id entre mn manièl'c de coneevoil' eel'Iaines qucstions philosophiques et la vôtre, je cl'ains sllrtout (11W, i \'OIlS en jugez par l'écrit en queslion, VOIISne s soyez eX(loséit leg CI'(JiJ'C (lllIs grandcs (11I'cllcsne sont, ('n ne faisant pas slif/isnmment la pHrt des c()nCt'ssions

18 dél',

1811.

1\111.1, A COMTE

1i1

(lue je me sllis Cl'U rOI'('t'~ faire à )'csprit tlominant tic de mon pays. Vous n'ig-nol'cz pas sans doule fille chez nous l'écrivain qui ayoucl'ail hautcment tics opinions anti-l'eligieuses, ou nu\me anti -chrétiennes, compromettl'Ilit non seulcment sa posilion sociale, qne je me crois capnble de sacrifim' il un but suffisamment élevé, mais aussi, cc qni sel'ait pins gl':we, ses chances <!'êtr'e lu. ,Tcrisque déj:l beauconp en mellant soigneusement de cÔté,dès le commencement, le point de vile l'cligieux, et, en m'abstenant des éloges tléclamntoil'es de ta sagesse pl'ovitlentielle, génél'alemenlllsités pm'mi les philosophes, même iner'Mules, clc mon pays. ,le fais 1'!II'cment '!llInsion :'1eel 01'<11'0 d'idées, et, Jout en t:1chunt de ne pus éveil/el', chez le vulgair'c des lecteurs, des fil/tipaIhies l'cligieuscs, je cr'ois avoir' ém'it tic nH\nière it ce que nlll penseur, soit elu'élien, soit inm'édulc, ne Pllisse se mépt'endr'c SUl' te c:u'actèt'e vét,itablc de mes opinions: me liailt un PCII,je l'a\'one, :t la prlHlmwc mondnine, qlli clwz IH/IIS omJlt~dJe, en g.~Ilt'wal,les {~el'ivains ,'o)jgiclIx tic proclamer' salis n{~eessill'~ )'ÎI','éligion d'un cspl'Ît d'une valeul' sciclltifiquc quelconque, Un même motif. quoique moins !()t't, m'fi fait que)quefois conser'vel' (ce que je n'üuJ':lis pr'ohablcment pas l'ait en }i'f'anee) cer'laines exp"Nisions Il'or'igine mMaphysiquc, cn m'e!1'or'çanLtoujours d'y !lttachm' lin sens positif, et en éliminanl aulanl I]ue possible toutes les fOl'lllUles{lui ne par'aissent pas suscepLihles aujomd'hui el'tJtl'ccnvis:lge~es seulemcllt (~Olllmeles !HJIIIS ahs/mits tics pltejnomènes. ,le dois lII'avouel', en même temps, sl1speet :1vos yeux cie tellclarwes métaphysiques, Cil tant (lue je crois:'t la possihilil." d'uuc psyehologie positive, qui rie s(waitecl'laÎllenwlIL IIi el'lIe cleCon(lill:w, ni c.'lIe ele! Cousin, ni ml~lI\{,.'('lIe cie l't'~l~ole ~cossaise,et que 4

u

MILL A COMTE

tS liée. jt!41.

je el'ois toutc compl'ise Ilans eeHe analyse de nos thcnltés intellectuelles et an'cctives, qui enll'e clans voll'e système eomme destinée il servir de vél'ilication à la physiologie phrt'~nologique, et qui a pOUl' hut essentiel lie séparer les facultés naiment JH'imOl'diales de celles qui ne sont que Jes conséquences nécessaires des autres, IH'oduites par voie de combinaison et d'aetion mutuelle, Je vois que mon ami M, Marrast vous a dOIll1t\sur mon compte quelques renseignements qui ne sont pas d'une exactitude complète. D'abord, je ne suis pas chal'fI"ljcles tl'avaux statistiques de la Compagnie des Indes, mais hien d'une pat,tie dc l'adminish'ation 'politique de l'Inde, surtout cn cc qui regal'de les relations exh\l'icures, y compris le contrôlegénél'al des nomlH'ellx l'ois 011l'oitelets indi~ènes (lui sont dans notre dépenIlançe, et dont la civilisation peu avancée nous donne souvent des emharras. Ensuite, je dois vous dh'e quc mon ahstinence de la vic pm'lcmentah'c lie peut pas êtl'c pOlll' moi 1111 lih'c de louanges, nyant toujours Mt', nt~ccssitc"ep:tr l'incompatibilité dc celte vie avec J'elllploi clont je retil'e mes moyens de vie. Je puis d'autant moins vous l:tisser d:tns l'erreur it cet c~gard, que des occasions ont existé oil, si ma position pCl'sonnclle ne m'avnit pas intCl'dit l'action politique <liI'ecte, je cl'ois que je m'y serais laissé enh'ainel', Les motifs auxquels j'aurais CI'Uohéir eussent été d'abOl'd la difficultc:, beau(~OlJp plus gl'anile iei qu'en l?rance (vu ta moindl'e acUvitc~spc~culative dc mes eompatl'iotes), d'nUi,'cr l'attenlion mÙme d'un public d'élite slIr les idées théol'iques lI'un homme qui n'aurait pas filit ses ,u'cllves clans 'a vie active; ct cnsuite la eonsidél'ation, ec,'taincllIcnt hien l'mulée, (lue la v(h'itable rmandpntion dcs spt"eula-

18 déc, 1811,

MILL A COMTE

f5

lions sodologiques, soit de J'cInpit'isme, soit de la tLltel1e théologiquc, nc sam'ait avoil' lieu elH'Z nous, tant que nous n'avons pas ellCOl'Cfait notl'c 1789, ce qu'il devient fous les joUJ's plus difficile de /'nit'e au nom et par les moyens de la doctrine pUl'ement nlJgative; et je crois même qu'une réaction durahle ne tardemit pas à se déclal'er en l'aveul' dr.s doctJ'incs rélJ'ogl'ndcs, suns l'inOuence des divers ina'l'Ms personnels qui se trouvent aujourd'hui fl'oissés par les institutions (Ille ces doctrines tendent à consacrer: intél'êts qui pourtant seront bientôt f('appés d'impuissance, même dans le. sens subversif, s'ils ne h'ouvent quclque pat't, et même dans la vie politique, un point de ralliement spéculatif tel que les doctl'Ïnes simplement révolutionnait'es ne sont plus capables aujourd'hui d'on'J,it" Sentunt :Hlresle, comme je 10t:1istl'ès sincèrement, JUSqU'il quel point on cst por'tlJ :1 so lilil'c lies illllsions Sill' tont ce qNi peut inlé('essel', IJu)mc médiocl'cmcnt, la vanité personnelle, je dois IH'ohahlcmcnt me fëlicihJ/' de cc flue la di('eclion spéciale de mon :WtiVÏlIJ él.IJ pl'incipalea ment déterminécjllsqu'id pHI'des causes indépend:mtes de ma pl'Opl'Osagesse, ,l'ultends avec impatience la publicution du volnme (lui complètCl'a votre gl'and oUVl'agc, et celle ensuite du truité sp{~cinldo politique <lui doit le suivre, et 01'1je compte trouver des éelaiJ'cisflemcnls sur bien d(Js (IUCS-

lions posées dans les (luntr'iènlCet cinquième volumes, et qui n'ont f~tit jusqu'iei (Iu'éveiller chez moi des besoins intellectuels, snns y satisfaiJ'e cOlllplNemcnt; mais SUI' tout cela je compte vous entJ'clenil' plus:m long duns mes lelll'cs à vcnil', VotJ'ehien dévoué,
,I. S, ~11I,r"

Hi

CmlTE A MILL

17 j:ulI'.

1812.

IV COMTE A l\IlLL

l'arls, le 11 jamicr,

t8~'!

Mon chcl' Monsicul' Mill, ,Ic COlllpl'CIHls'autant mieux Ics motifs qui vous ont d cmp.~ché tic l't~pondl'c plus 1}J'omptement it ilia del'nil'I'c leth'e, (III'Cjc me trouve moi-nHJme dnns lIIl ens tout semhlahle envcrs voh'c seconde IcUI'e,:l laqllelle j'eusse hienllésir'é pOlivoir fail'e line l'éponse immédialc, sucecssivclllcnt rclm'déc ,jusqu'id pa,'la lIécessilé dc pOt/t'. suivl'e lIIl :wcès dc "'avail tMj:'! commencé, "clalivelllcnt it la conlinualion de mon sixième volt/me, maintcnant Ii,," aV:U1('t~, pllisquc j'y vicns de tcrminer' lcs conclt/sitms politiques, l'ésultt'~cstIe J'ensemhle de lI\On t'~lah()ration soeiologitJlw. Il no me l'esle dOllc pillS, ptHlI' avoi,' clltièl'cmcnt accom pH lu l'lUle l:Îchc quc je me st/is imposée, I]t/':'!f(H'lnulcr enlin les conclusions philosophiques cOl'l'cspondant au système total de mon nl)lH'édation spéculative, depuis les moindl'es conceplions mall1t~mali(llIes Jusqu'aux plus hnutes médilations sodalcs. Cc I,'avail linfll exigc une intel'miltcnce, pOlll' replaccr' spontnnémcnt fiU point de vue le pll/s gémiml de la philosophie positive ilion espl'it maintcnant "'op 1}J'(~o(,cllptj, sans dOt/te, des spéculations sociales, pm' suite de Ir'oisans d't'~lahoration dil'ccte, quoique dll l'este un It'I a nlt'~t't"dcn doi \'I~ constit t/CI"natllrd Icment la t meillew'p IH't~p:u'aLion)IOUI' Ie \'él'Îtahle cSll/'it tl'ollst'mblt', tlollt ('t'tic dtwnièrc pOllssée viollt tIe IIICraÏ/'c

17 jlmv,

1812.

C(HITE A ~IIJ.L

17

tant sentil' it la l'ois la nt"eessité et les COIHlilioIlS. ussi A esp{H'é-je Ùtre dans tl'ois mois assez lll'I~P:\J't~ IHHII' ette c opél'ation dMinitive, oil doit Sl~condenscl', :1l'lIsage des vrais penseurs, tonte ma philosophie, et qni, nne lois commencée, ne me pl'en<!!'a IlI'obablement pas plus de six semaines, en SOl'te qne, l'impression de ce volume étant (l<1j:'l ent:II}l(~e,j'espèl'c pouvoil' le publicI' "crs la Jin du lu'intcmps. .Ie pl'olite avec empl'esscmcnt dUlu'emiel' moment de l'ehiche dMm'minl; P:\I' cctte inlel'lIIittence nécessail'e, qui n'a eommcncé en efret qu'hicl', pOUl'vous exprimm' de nouveau combien je sllis it 1:1 rois ficl' et heureux de l'inl{wH qlle \'Uus vOlllc7. hien attacher it notre naissanle cOl'I'cspondance, Ilonl je me IH'omets, autant qllc ,"ous, u ne douce sat isfactioll u1lél'ielll'C et I1Ile vlJl'Îtahle utilill~ philosophique. Ma vie cxll'êrnmncnt solilair'e, Pal' slIite sur'lollt du pen de tmnps que laissent :', Illes tr'avaux 1"'OPI'cs les fJecupaliolls joul'nam)J'(~s qlli IIIC nour'I'issCIII, Ille fhit nUaelHw un IlI'ixIOllllHII'liclllim't toule sPlld,lahlcl'elai tion avœ tout philosoplw d'lIne v{~I'itable yalelll', et lu'incipalement quand j'y fI'ollve une sympathie iutellectuelle et 1II00'aleaussi complète qu'il me semhle l'apercevoÎl' entre nous deux: ce n'est ni pal' dédain ni par indilTérence qlle je fllis le commeJ'ee OI'dinail'e, dont j':tppr'éde hien IOlltc la doucell!'; e'esl, Ollll'n le 41éfautde loisil', pm'la difficulté d'y tI'ouver des {'sl"'ils Ifui convcl'genl avec le miell. Avant que 1\'1.Mal'I'ast nous eÙt helll'euselllenl l'ap1)J'lwhés, et ([Iwique sans j:llllais :lvoÏ1' rien lu fie VOIIS, je prcssentais depuis 100\f,temps le cas ([ue j'en devais filir'p, pal' J'estime p,'olonde fille lémoignait:1 voll'e nom l'une de vos eomllllll'ioll's les plus disliugllt'.cs (miss Wl'ight Oil '1\Im8 d''\l'IlslIIonl), filii, malgl'(~ les fléploJ. s, Mill Ci AliI(, CUUlI!!, 2

ts

COMTE A MILL

17 j:IDV, lIH2,

l'ables abCl'l'ations résultées chez elle du défaut de dil'pction philosophique inhél'ent il noh'e anarchic mcntale, n'cn est pas moins douée d'une éminente sagacité d'appréciation pm'sonnelle, et même d'une force logique tI'($ (lcu commune chez son sexe, sans parlel' dn IIIIII'C. Jc l'cgl'cUe que M. Manast JU'ait involontaÏl'cment induit cn m'l'CUI'S1II'votl'c situation individuelle, mais je suis h';!s satisf:lit qu'clic soit même supél'icHl'c il cc que fuyais el'II, et tic natul'c d'aillclIJ's it mainlenir sans et1'ol" volt'e intelligenec fi 1111 hant point tic vne social; oull'e le lIiell qu'nn ullssi hon eSI"'it peut ainsi litil'c, :'t UIII',(~I'tainch'gl'é, aux popnl:nions soumiscs il la d/llnÎnation anglaise.
Ell VOIIS l'c'lItCweiant dc VOt,I'C Ih\l1ehe explication all

sujet de la vie parlementail'c, pCI'mettez-moi de nc pas êtl'e cntièl'emcnt de votl'e avis it cc sujct, et de Hie féliciter, IWIII'la A'I'andecanse humaine, que volJ'c position, PCl'solllwlle vous ohligc :1 line activilé moins cliI'eele ct pills gc'~nc'~l'alc : pelll-Ù!t'e la IC('(I1I'ccie mon sixiimw volnl11e nUHlilicl'a-t-elle votl'C appréciation il cet Üg:u't!; cm' j'y étahlis diJ'celement eombien l'action philosophilllle (Ioit aujOlll'fl'h\li l'empol'ICl' Sill' l'adilll1 politiqlle 1)f'Opl'mnentdite, dans toute l'Mendue cie l'Eul'ope oœidcntale, maintellunt {'n !J'avail pills ou moins cxplicill! cln l'c~llovati()nsoeiale. .Je suis loin, sans clollle, cie {,ollilaIIIIlCI'en elle. m(~me (~l'ltc aeUviIt}JlO Iitil)\1(', mai:.; je (~I'oh:; les ('SPI'itSvl'aiment SlIpél'icUl'Scloivcllt dl~cllw sOl'mais 1:\laissCl' aux hommes cie moincll'c valeul', qui n'y Hwnqllel'ont cel'tainement pas, et se l'ésCI'ver POUI' 1'(~lahOl'nti(}nphilosophique, dont eux seuls sonl ca. pahles, ct d'Oll clépend maintenant la marche de la régénémtion liliale (~hezl'élite cie l'humanité, Tout le IlI'ogl'ès social compatible avcc la mélaphy-

17 J:mv. 18.12.

CmlTE ;\ mLL

f9

. sique négative qui dirige la vie ('Onstitlltionnelle est maintenant il peu pri~sépuisé; "isCl'éditée aujourd'hui, même eri France, or'l ell{) fi triomphé, qne doit-ce être ailleurs? Elle n'a pIns mt~me1:1force de remplil' suffisamment son office el'itiqlle pOlll'contenir'l'action rétrograde, contre laqllelle l'école positive pourra seule lutter avecunsrrccès vl'Hirnent ir'l'évocable ; pnrcequ'elle seule, n son éWml, sem pleinement logir]1lc, au lieu (IJncrorder les pdndpcs en l'cfusalll Ir'ul's corrs{~qucnee's,srriv:1Ilt 'a routine révolrrtionnail'e acluelle. PuisfJu'il n'y n rien de gr'and et dl' dur'ahlt>fi tair'l' qlle pnr de lIouvcllesdoc-

Ir'ines sociall's, (,'l'stdonc IeIII' {~Iahoration hilosophique p
qui doit :lIIjlHII'lr'lmi constitllcr la fn'incipale occllpntion des t~Spl'itsslIpt'H'iellrs qui vClllent vr'aiment diriger la J'évolution elll'op{!(mne Ycr'sSOli hul nécessaire, encore si vaguement aper'(:1I; qu'ils laissent aux nutres à continuer les stér'iles hatailles p:tI'lcmentnir'cs. ,IfJconnais "'op peu l'Angletcl'r'tJ pour oser comhattre dir'eeternent ln ~{m8:llion (l'un hornmf1 tel qlle VOIIS, considérant la tJ'Îhune constitutionnelle comme le Reni liellll'ot'. on Jluis!le s'y titir'e slIflisamment écouter, Quelle Ifll('.soit la .'énlité d'lin tel motif, jc crois qu'il est plus qllc compensé, sous le "fll)port intellectuel, pn" J'in{,vilnhle ten~l:mcc de (~elll~nclivitô parlementai/'e il nmoind.'ir' insensiblement Ics hommes supéJ'Îem's (lui s'y livr'ent, en les dérom'lInnt peu :r peu (le l'esprit d'ensemhle, seul d(~cisif anjoul't.l'hni, pOlir les pl't~occupations jOIll'nalii~r'es de J'csp,'it tie détnil; et, SOliSJe l'apport mor'nl, par l'nltér'ntion non moins nécessaire quc le cnracti!r'e des lilH'es penscurs doit r'ecevoir des concc!'\sions involontaÏl'cs qtW eClle vie r)l'aliqlle les flhlige de f'air'c:1t'O\,th'c alleÏtm, qu'ils veillent pOlll'tanl. régénérer; cette sor'te tic (1tj~I'adation spontanée, ordi-

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