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Court traité d'ontologie

De
150 pages
Pourquoi existons-nous ? Est-ce que nous existerons après la mort ? Autant d'interrogations profondément humaines qui sont prises en charge par la philosophie. Au sein de celle-ci, une discipline spécifique se consacre à la question de l'être : l'ontologie. Elle semblait tombée en désuétude et dans l'oubli depuis les critiques sévères de certains courants philosophiques. Ce traité tente de saisir les grandes lignes de cette histoire de l'être.
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Pascal BouvierCourt traité d’ontologie
Le mot « être » ne renvoie pour la plupart d’entre nous qu’à un verbe
commode qui sert à relier des termes entre eux. Pourtant, les philosophes,
les théologiens comme les logiciens ont été fascinés par cette question de
l’existence, question qui va au-delà de la réfexion sur le langage.
Pourquoi existons-nous ? Est-ce que nous existerons après la mort ? Autant
d’interrogations profondément humaines qui sont prises en charge par la Court traité
philosophie. Au sein de celle-ci, une discipline spécifque se consacre à la
question de l’être : l’ontologie. Elle semblait tombée en désuétude et dans
l’oubli depuis les critiques sévères de certains courants philosophiques (du d’ontologiekantisme à la pensée analytique). Pourtant, de façon paradoxale, elle revit
à travers les pensées contemporaines : la recherche d’une vérité absolue
serait-elle une des constantes de l’esprit humain ? Ce traité volontairement
court tente de saisir les grandes lignes de cette histoire de l’être qui nous
renvoie à nos représentations du monde.

Pascal Bouvier, agrégé et Docteur en philosophie, est actuellement maître
de conférences à l’Université de Savoie. Il a publié plusieurs ouvrages sur
les questions de l’image et de l’imaginaire en politique. Il est membre du
laboratoire Langages, Littératures, Sociétés, Études transfrontalières et
internationales (LLSETI) de l’Université de Savoie.
ISBN : 978-2-343-04094-3
14,50 e
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Pascal Bouvier
Court traité d’ontologie
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Court traité d’ontologie




Ouverture philosophique
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau,
Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot

Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux
originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques.
Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions,
qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y
confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est
réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient
professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou
naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions

Pascal GAUDET, Le problème kantien de l’éthique, 2014.
Gilles GUIGUES, Recueillement de Socrate. Sur l’âme, source et principe
d’existence, 2014.
Mylène DUFOUR, Aristote, La Physique, Livre VI. Tome 2 : Commentaire,
2014.
Mylène DUFOUR, Aristote, La Physique, Livre VI. Tome 1 : Introduction et
traduction, 2014.
Donald Geoffrey CHARLTON, La pensée positiviste sous le Second empire,
2014.
Jean-Serge MASSAMBA-MAKOUMBOU, Philosophie et spécificité africaine
dans la Revue philosophique de Kinshasa, 2014.
Hélène de GUNZBOURG, Naître mère, Essai philosophique d’une sage-femme,
2014.
Jacques STEIWER, Une brève Histoire de l’Esprit, 2014.
Jean-Marc LACHAUD, Walter Benjamin. Esthétique et politique de
l’émancipation, 2014.
John DEWEY (traduit par Michel Guy GOUVERNEUR), L’expérience et
la nature suivi de L’expérience et la méthode philosophique, 2014.
Xavier VERLEY, Le symbolique et transcendantal, 2014.
Grégori JEAN et Adam TAKACS (eds.), Traces de l’être Heidegger en France
et en Hongrie, 2014.
Frédéric PRESS, Du sens de l’histoire. Essai d’épistémologie, 2014.
Grégoire-Sylvestre GAINSI, Charles de Bovelles et son anthropologie
philosophique, 2014. Dieudonné UDAGA, La subjectivité à l’épreuve du
mal, Réfléchir avec Jean Nabert à une philosophie de l’intériorité, 2014.
Augustin TSHITENDE KALEKA, Politique et violence, Maurice
Merleau-Ponty et Hannah Arendt, 2014.

Pascal Bouvier











Court traité d’ontologie































































































































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04094-3
EAN : 9782343040943
Remerciements
Ce texte reprend une suite d’interrogations et réfexions
développées dans les années 1990-2000 devant les étudiants de
philosophie de l’Université de Savoie. Je ne peux ici les citer tous,
mais ils restent comme inscrits dans une mémoire qui s’institue
tel un destin. Je remercie par ailleurs celles et ceux qui par leurs
conseils, relecture et amitié bienveillante ont permis à ces quelques
pages de voir le jour.
Livre Ontologie.indb 5 17/12/14 14:55Livre Ontologie.indb 6 17/12/14 14:55Introduction
Le débutant en philosophie que nous restons tous gagne à se
retourner vers ses années d’études et à se remémorer certaines
fascinations. Ainsi la formule aristotélicienne posant que la quête
essentielle de l’intelligence serait la découverte de « l’être en tant
qu’être ». Formule énigmatique qui nous éloigne des pensées les plus
courantes ! De même la formule employée par Parménide : « l’être
est, le non-être n’est pas » fascine et irrite à la fois. Qu’est-ce que
cela peut vouloir dire et cela a-t-il vraiment un sens ? Ce mot « être »
que l’on retrouve dans la majeure partie du discours philosophique
a-t-il encore un intérêt ? Discourir sur l’être en général est-il même
possible ? Une table, une chaise (pour reprendre les exemples
chers aux philosophes) existent devant nous et ne déclenchent pas
immédiatement une réfexion sur leur réalité véritable. Pourtant, en
utilisant un vocabulaire simple, il est possible de se demander quelle
est la « nature » de cette table. Elle m’apparaît avec une certaine
texture et certains sons, avec une certaine forme. Ce que j’en perçois
me permet-il d’en saisir la véritable nature ? Suivant ma situation
dans l’espace ou suivant l’usage que je fais de cette table, celle-ci
n’aura pas la même nature. Le physicien armé d’une théorie des
particules montrera que sa couleur n’est qu’une qualité apparente.
Quel sera donc l’être de cette table ? On rétorquera qu’il est bien
prétentieux de parler de l’être en général et plutôt désuet de vouloir
fonder une ontologie. Car cette étude de l’être ou de la réalité ultime
de toutes les choses, dans la tradition philosophique est désignée par
ce terme d’ontologie.
7
Livre Ontologie.indb 7 17/12/14 14:55COURT TRAITÉ D’ONTOLOGIE
Dans sa complexité apparente, il renvoie à une expérience simple
et à une recherche de la vérité autant qu’à une discipline. Pourtant
cette recherche d’un fondement absolu de la réalité perçue ou pensée
a-t-elle encore un sens aujourd’hui ? N’est-elle pas totalement tombée
dans l’oubli ? C’est fort grossièrement ce que l’on pouvait penser, en
examinant son déclin progressif dans la philosophie européenne. La
question semblait entendue : disserter sur l’être en général n’avait pas
de sens et ne représentait qu’un vague jeu verbal.
Après la critique kantienne, les eforts de la phénoménologie, rien
ne pouvait transfgurer cette vieille question de l’être. Pourtant, la
pensée anglo-saxonne provenant, sans aucun doute, d’une critique
de la métaphysique, poursuivant la tradition du cercle de Vienne
dans une enquête de type linguistique et logique, redonne à cette
entreprise une nouvelle vigueur. Chacun conviendra qu’il y a là
matière à étonnement. Ceux qui semblaient rejeter avec le plus de
virulence l’intérêt d’une réfexion sur l’être, en deviennent les plus
ardents défenseurs.
Au-delà de ce simple constat, il convient sans doute de s’interroger
sur la pertinence d’un essai de plus sur la question ontologique. Le
plaisir d’écrire une histoire des opinions philosophiques sur l’être
n’a pas d’intérêt majeur même s’il permet de comprendre l’histoire
de la pensée, car toute pensée solide se réfère implicitement ou
explicitement à une ontologie. Le matérialisme semble triompher
aujourd’hui, mais donne-t-il toute sa mesure et ses sous-entendus
conceptuels ? Réféchir sur l’ontologie et sur son histoire possible
c’est jouer l’existence même de la philosophie. La question de la
possibilité d’une connaissance de la réalité dans la totalité de ses
principes reste l’enjeu d’une telle entreprise et la doxographie reste
secondaire dans celle-ci. Peut-on encore prétendre à la saisie d’une
réalité qui expliquerait toutes les autres ?
Partons d’un constat simple : l’être comme sujet de l’ontologie
renvoie à deux expériences qui ne se superposent pas. Il est d’abord
l’objet d’une expérience vécue (avec toutes les incertitudes qui s’y
attachent) et il est ensuite ce qui se dit à travers le langage. Étienne
Gilson dans Constantes philosophiques de l’être fait part d’un
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Livre Ontologie.indb 8 17/12/14 14:55INt RODUCt ION
ensemble de souvenirs : à l’âge de quatorze ans, il prend conscience
qu’il est attaché avec passion à un coin de campagne où il passe ses
vacances et l’étonnement face à l’existence le submerge.
« C’est, dis-je, vers la quatorzième ou quinzième année que je
fs cette découverte et je dois avouer qu’elle n’a jamais cessé de
m’étonner. Je pourrais rappeler des souvenirs personnels pour faire
voir combien profond chez moi était ce sentiment ; il l’est encore et
1de telles anecdotes frisent le ridicule et ne prouvent jamais rien. »
Chacun d’entre nous, philosophe ou non, peut vivre à un
moment donné ce type de situation : devant la beauté d’un paysage,
d’un être ou d’une œuvre, nous éprouvons ce don qui nous est fait. Il
est vrai que cela en soi ne permet pas de déduire quoi que ce soit en
termes de pensées philosophiques. Gilson ne s’y trompe pas : cette
expérience est universelle, Wittgenstein, lui-même, à la réputation de
pourfendeur des questions oiseuses éprouve ce genre de sentiment.
« Ce qui est un mystère, ce n’est pas comment le monde est, mais
bien le fait qu’il soit » nous dira l’auteur dans son Tractatu. Ps our
le dire en termes simples, il y a pour tout humain une sensibilité
qui l’amène au moins une fois vers l’énigme de l’existence. Mais
que pouvons-nous construire à partir de cette expérience ? Cet
étonnement face au monde qui nous est donné peut nous faire
poètes ou artistes. Pouvons-nous construire un système explicatif à
partir de lui ? La question reste entière car la philosophie, si elle peut
prendre des formes poétiques ou esthétiques, prétend aussi à autre
chose : elle se veut démonstrative et rationnelle. Elle cherche une
vérité fondée en raison.
Cette question de la nature et de la forme de l’expérience de l’être
débouche nécessairement sur une réfexion de type linguistique.
L’ être est d’abord un mot. Il peut s’entendre soit comme un verbe,
soit comme un nom. En tant que verbe, il signife qu’une chose
existe : « la maison blanche est en face de l’université » signife bien
qu’une telle maison existe. Pris en tant que nom, il désigne un être
1 Étienne Gilson, Constantes philosophiques de l’être, Paris, Vrin, 1983, p. 147.
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Livre Ontologie.indb 9 17/12/14 14:55COURT TRAITÉ D’ONTOLOGIE
ou une chose quelconque qui existe, par exemple, lorsque nous
disons que « Dieu est un être parfait » ou que « la maison est un
être fait de matière ». Les langues européennes ont un avantage sur
le français puisqu’elles distinguent de façon claire les deux sen ; s
l’anglais nous donne to be et being par exemple. Selon Gilson, c’est
2Scipion Dupleix qui forgera le terme « étant » pour signifer l’être
particulier et pour le diférencier. Mais ce néologisme n’a pas trouvé
sa place dans la langue. Ainsi, la diférence entre l’être et l’étant ne se
fait que dans la langue savante. L’ ambiguïté du terme se trouve ainsi
maintenue : que x soit un être ne signife pas nécessairement que x
soit. En français, le verbe exister est employé presque spontanément
pour clarifer certaines difcultés.
« Dans une langue où la même forme verbale signife « être » et « un
être », il était à peu près inévitable qu’une forme verbale distincte
fût employée pour dire d’un être, non pas simplement qu’il est un
être, mais qu’il est. C’est pourquoi, lorsqu’on veut exprimer en
français, sans équivoque possible, le fait même d’être, au lieu de
3dire qu’il est, on dit qu’il existe. »
Le verbe être se trouve ainsi laissé de côté au proft du verbe « exister ».
Les questions de mots ne sont jamais sans intérêt. Le langage nous
renvoie à nos propres insufsances. Ainsi, à cette difculté s’en ajoute
une autre : la tradition en traduisant le terme grec d’ousia par « essence »
redouble la thèse de l’ontologie comme quête d’une réalité ultime qui
expliquerait toutes les autres. La question de la nature de l’être est donc
loin d’être absolument claire à l’esprit de chacun et la philosophie a
toujours tenté d’en saisir les paradoxes. L’ expérience vécue autant que
le recours au langage en font une discipline particulière. La force et la
faiblesse de la philosophie résident dans cette entreprise inouïe : tenter
2 Scipion Dupleix, historien et philosophe français, né à Condom en 1569,
mort en 1661. Il vint à Paris en 1605, à la suite de la reine Marguerite de
Valois, qui le ft maître des requêtes de son hôtel, il fut précepteur d’Antoine
de Bourbon, fls légitimé de Henri IV, puis fut nommé par Louis XIII en
1619 historiographe de France et conseiller d’État. 
3 Idem, p. 15.
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Livre Ontologie.indb 10 17/12/14 14:55INt RODUCt ION
de dire ce qui est ! Dérision et prétention la caractérisent. C’est pourtant
dans cette quête étrange que se joue son destin. Si elle ne prétend plus
donner une vision cohérente et organisée de ce qui est, elle ne vaut plus
une heure de peine, elle se transforme en histoire de la philosophie, en
doctrine partielle et fragmentée, elle ne fait plus corps. Parler d’une fn
de l’ontologie c’est aussi parler d’une fn de la philosophie.
Dès lors, comment procéder pour traiter de cette question de
l’être et de sa représentation ? Il serait possible de partir d’une analyse
purement linguistique sur le mode de la philosophie anglo-saxonne
qui, à juste titre, s’interroge sur le sens d’une telle question. Si le mot
« être » peut s’appliquer à une multitude d’objets, il se trouve assez
vite vidé de sons sens. Nous opterons pour une démarche plus simple
et plus orientée en posant qu’il existe une histoire de ce concept et
de sa représentation, histoire qui nous renvoie à nous-mêmes et à
notre propre modernité. Il y a une origine de la problématique de
l’être à travers la pensée grecque et à travers la poésie présocratique.
C’est sur ce socle que se construisent notre culture et nos schèmes
de pensée. Platon et Aristote sont donc indispensables à une bonne
compréhension du problème. En s’achevant dans le néoplatonisme,
cette ontologie classique nous mène vers des pensées religieuses qui
sont construites sur la révélation : dans un second moment, nous
examinerons ces formes particulières qui font d’un dieu unique
l’être suprême. Sachant que ce traité se veut être un « court traité »,
il conviendra de n’examiner qu’une ou deux pensées représentatives
de l’ontologie chrétienne. Saint Anselme et saint Tomas d’Aquin
seront nos références obligées.
La structure qui se dégage de la théologie chrétienne marque les
esprits à travers les notions de création, de monde et de Dieu unique.
C’est autour de la preuve de son existence que se jouera une partie de
l’ontologie classique. Il est impossible de contourner cette doctrine
de l’être mais il est aussi impossible de prétendre à une connaissance
exhaustive de ce continent qu’est l’histoire de la pensée monothéiste.
C’est sans doute sur ce plan que les difcultés s’accumulent : d’abord
le christianisme ou l’islam sont des religions qui se renforcent par
l’usage de la pensée antique, ensuite parce qu’au-delà de cet emploi
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Livre Ontologie.indb 11 17/12/14 14:55COURT TRAITÉ D’ONTOLOGIE
des concepts grecs, elles s’enracinent dans une foi et une mystique
particulièrement intenses. Si la philosophie est bien une forme de
la raison en action, elle ne peut que s’interroger sur ses liens avec la
croyance ou la foi. L’ ontologie, en tant que discours sur l’être dans
la tradition monothéiste, se fait suivant l’expression de Heidegger
« ontothéologie » : l’être, c’est l’être suprême, Dieu lui-même et rien
ne se conçoit sans lui. Dès lors, on comprend que la critique de
la religion atteindra de façon indirecte cette question de l’être :
discuter l’existence de Dieu sera ipso facto tenter de redéfnir le sens
de l’interrogation ontologique.
Notre troisième partie exposera les deux critiques qui, par
leur force spéculative, semblent défnitivement mettre hors jeu la
métaphysique et l’ontologie : la pensée kantienne et le positivisme
logique du cercle de Vienne. Kant, amoureux déçu de la chose
métaphysique, montrera que la connaissance se trouve par nature
limitée mais qu’une espérance réside encore dans la moralité.
Poussant à l’extrême le refus de l’ontologie, Carnap afrmera le
caractère totalement illusoire de l’interrogation métaphysique.
Celle-ci ne serait que de la « mauvaise musique » suivant l’expression
ironique bien connue. L’ être disparaît-il pour autant du champ de
la philosophie ?
La modernité commence par une subjectivité triomphante à
travers Descartes. Le « Je pense, je suis, j’existe » pose un sujet qui
domine le monde. Contre cette vision du réel, plusieurs tendances
vont rejouer la problématique de l’être : la phénoménologie dans sa
volonté de saisir le monde à travers une expérience qui le donne
en son immédiateté, l’épistémologie à travers ses réfexions sur la
nature du réel et de la loi, la philosophie anglo-saxonne à travers sa
recherche sur le langage qui réactive les querelles entre nominalistes
et réalistes. Le but de cet ouvrage volontairement synthétique
consiste à présenter de façon claire ce qui constitue l’essence de la
philosophie. Sans une ontologie, elle n’est qu’un discours vide ou
elle devient une anthropologie, une histoire des idées, une forme de
la sociologie.
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Livre Ontologie.indb 12 17/12/14 14:55PREMIÈRE PARTIE
L ’ ontologie cla ssique
L ’ idéa lisme platonicien
Les Grecs sont les premiers à réféchir sur l’origine de toutes choses.
Leur réfexion est d’abord de type poétique. Pour les présocratiques,
le réel est fait d’eau, d’air, de terre et de feu. Il serait possible de
dire, sans trahir le vieux poète philosophe qu’était Bachelard, que
l’ontologie s’ancre dans une conscience immédiate qui se fond et se
confond avec une nature vécue comme une totalité. Afrmer que
le monde est fait d’eau, d’air, de terre et de feu, c’est le saisir dans
une sorte d’intimité naïve, dans un mélange de théories physiques
qui valorisent à l’extrême des images et non des concepts. Mais
c’est aussi présenter l’intuition d’une explication de la nature. C’est
s’interroger sur ce qui constitue le réel, c’est tenter de découvrir une
réalité ultime qui rende compte de toutes les autres. Sous l’apparence
chatoyante, il s’agit de découvrir un être qui soit « véritablement
réel » et qui soit la racine unique d’un monde multiple. Ce qui nous
est donné par la perception, ou plus prosaïquement par le corps,
nous enlace dans un tout, plus ou moins clair à la conscience. En
chercher l’origine ou la source demeure pour l’humanité une grande
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Livre Ontologie.indb 13 17/12/14 14:55COURT TRAITÉ D’ONTOLOGIE
énigme et le recours à la raison nous éloigne lentement d’une logique
mythologique. La pensée présocratique – pour autant que le terme
garde un sens défni dans l’histoire de la philosophie – livre à l’esprit
une tentative d’explication de l’énigme du monde. Comme l’écrit
Aristote au commencement de sa Métaphysique :
« La plupart des premiers philosophes ne considéraient comme
principes de toutes choses que les seuls principes de nature
matérielle. Ce dont tous les êtres sont constitués, le point initial
de leur génération et le terme fnal de leur corruption, alors que la
substance persiste sous la diversité de ses déterminations : tel est,
4pour eux, l’élément, tel est le principe des êtres.»
Au sein de cette multitude de penseurs originaux surgit
Parménide. Pourquoi privilégier un philosophe par rapport à
d’autres, tout aussi respectables ? En fait, il est celui qui pousse la
question de la racine de la réalité à son comble. t out ce qui existe
serait taillé dans l’étofe même de l’être. « Proposition métaphysique
pure », nous dit Étienne Gilson, car demandant une justifcation
5et posant un point infranchissable à la pensée. Chacun connaît
l’afrmation tautologique « l’être est, le non-être n’est pas ». Il reste
pourtant à en saisir le sens. Sur ce point, comme sur bien d’autres,
la pratique de la philosophie se heurte à des questions de traduction
et au sentiment que l’histoire ne nous a pas transmis la totalité des
écrits de ces premiers penseurs. De Parménide, il ne reste qu’un
poème et il a pu donner lieu à une multitude d’interprétations. Il se
compose de trois parties : une première partie qui décrit la révélation
transmise à un jeune homme par une déesse, la seconde qui livre
la vérité et la troisième qui se réfère à un discours probable mais
trompeur. La formule sur l’être et le non-être est à resituer dans
ce contexte.
Allons, je vais te dire et tu vas entendre
quelles sont les seules voies de recherche ouvertes à l’intelligence ;
4 Métaphysique, A, 3, 983b, 10, traduction t ricot, Paris, Vrin, 1974, p.28.
5 Étienne Gilson, L’ être et l’essence, Paris, Vrin, 2002, p. 24.
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Livre Ontologie.indb 14 17/12/14 14:55