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Critique de la raison philosophique

De
260 pages
Cet ouvrage peut se lire selon quatre "preuves" indépendantes bien que complémentaires : preuve cartésienne selon l'ordre et la mesure (tome 1), preuve kantienne-hégélienne selon l'histoire de la philosophie (tomes 2 et 3), preuve scientifique selon la psychologie de l'enfance (tome 4) et preuve populaire prise dans l'espace médiatique (tome 5). Ils peuvent se lire séparément, mais font partie d'un même projet de critique de la philosophie française contemporaine. Ces cinq volumes peuvent se lire séparément.
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Émile JalleyCRITIQUE DE LA RAISON PHILOSOPHIQUE
Tome 4
Notre livre peut se lire selon quatre « preuves » indépendantes bien
que complémentaires : preuve cartésienne selon l’ordre et la mesure
(tome 1), preuve kantienne-hégélienne selon l’histoire de la philosophie
(tomes 2 et 3), preuve scienti que selon la psychologie de l’enfance CRITIQUE
(tome 4), enfi n preuve populaire prise dans l’espace médiatique (tome 5).
La philosophie française avait été, depuis 1939 au moins, la plus DE LA RAISONproductive au monde. Mais dès les années 1980, elle s’est laissé détourner
vers une philosophie de poche, par le chemin anglo-américain d’une
anti-dialectique contre nature. PHILOSOPHIQUEBien au contraire, la psychologie développementale européenne
(Freud, Wallon, Piaget) lui démontrait depuis près d’un siècle
(19001980) l’exemple d’une dialectique naturelle de l’esprit, d’abord binaire,
Troisième partiepuis ternaire dès l’âge de raison (7 ans). Dialectique dont le noyau
rationnel – structure et histoire – a été utilisé en fait, selon des modèles La preuve par la psychologiediff érents, mais depuis toujours par presque toutes les philosophies
occidentales connues.
Tome 4Le savoir humain est comme un arbre, dont les racines puis le
tronc sont les savoirs sur l’esprit inconscient et conscient, les branches
qui sortent de ce tronc étant les sciences formelles, les sciences de la
nature et les sciences de l’homme, le feuillage de l’arbre se formant
alors de l’entrelacement de leurs applications techniques et pratiques
particulières.
D’emblée, les applications pédagogiques iraient de soi : évidence des
notions et des défi nitions, analyse subordonnée à la synthèse, totalisation
en spirale amplifi ante.
Les cinq volumes peuvent se lire séparément.
Émile Jalley, , normalien, agrégé de philosophie, professeur émérite de psychanalyse
et d’épistémologie à l’Université de Paris-XIII Villetaneuse, est l’auteur de 35 livres
individuels, 39 collectifs, et 23 volumes d’éditions, soit 97 titres.
En couverture :
Sigmund Freud – timbre postal d’Autriche, image libre de droits
26,50 €
ISBN : 978-2-343-11198-8
Émile Jalley
CRITIQUE DE LA RAISON PHILOSOPHIQUE Tome 4






CRITIQUE
DE LA RAISON PHILOSOPHIQUE
Troisième partie
La preuve par la psychologie

Tome 4


Émile Jalley






CRITIQUE
DE LA RAISON PHILOSOPHIQUE
Troisième partie
La preuve par la psychologie

Tome 4












































































































































































































































































































































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-11198-8
EAN : 9782343111988











Pour PIERRE JALLEY, notre fils
BÉNÉDICTE JALLEY-MEURISSE, mon épouse
Et GISÈLE PONCHARD-BONNARD, ma mère
En hommage aussi à mes deux psychanalystes
Madame le Docteur Anny Cordié
Et Monsieur le Docteur Jean Gillibert



« Bientôt seront tous morts ceux qui savaient de quoi il est question »
Philippe Sollers, France-Culture du 1er août 2010



















1Le savoir humain est comme un arbre , dont les racines puis le tronc
2 3sont les savoirs sur l’esprit inconscient et conscient , les branches qui
4sortent de ce tronc étant les sciences formelles, les sciences de la nature
5et les sciences de l’homme , le feuillage de l’arbre se formant alors de
l’entrelacement de leurs applications techniques et pratiques particulières.









1 Descartes, Hegel. Image tattoocompris.com ; fr.pinterest.com
2 Freud, Lacan et col.
3 Wallon, Piaget, Gesell et col.
4 Descartes, Hegel, Freud, Wallon, Piaget.
5 Hegel, Marx et col.

Table des matières

Critique de la raison philosophique

Troisième Partie
La preuve par la psychologie

Tome 4

Introduction 15
Polarité et dialectique : pensée 2 et pensée 3 26
Présentation générale de Freud, Wallon et Piaget36
Wallon et Freud 38
Piaget et Freud 39
Wallon et Piaget 40
Conclusion 42
Annotation supplémentaire sur le noyau rationnel de la dialectique 43

Chapitre 1 : La psychogenèse du sujet pulsionnel : Freud 45
Le traitement des contraires dans le travail du rêve47
Du sens opposé des mots primitifs 48
Principe de contraste 48
Les formes élémentaires du dualisme freudien 49
La « genèse des structures » dans le modèle freudien de la vie mentale 50
Tableau récapitulatif des trois approches parallèles
de la genèse freudienne 58

Chapitre 2 : L’évolution dialectique de la personnalité : Wallon 59
Alternance-intégration : genèse/structure, unité-dualité/dualité-unité 63
La spirale du devenir mental 65
La structure en miroir des paliers de l’identification 73
Résumé et conclusion sur Wallon 82
Annexe sur Wallon et la psychanalyse 86 Wallon et Lacan 90

Chapitre 3 : Une psychogenèse interactive du sujet cognitif :
Piaget 93
Trois types d’interdépendance 102
Premier type 103
Second type 103
Troisième type 103
Complément épistémologique sur Piaget 105
La catégorie de la contradiction dans la psychologie de Piaget (1924-1967) 107
Les propos de Piaget sur la dialectique dans la période 1950-1970 116
7
Conclusions sur Piaget 131
Point provisoire de l’entreprise d’une Critique de la raison philosophique 140
Chapitre 4 : Documents d’appoint
1. Tableau synoptique des principaux types de stades de la
psychogenèse en psychologie de l’enfant et dans la psychanalyse 149
2. Tableau synoptique de la psychogenèse d’une enfant de 2,6 à
3,6 ans (Annette) selon Elsa Köhler 167
3. Biographies parallèles d’Henri Wallon et de Jean Piaget 175
4. Remarques additives sur Jacques Lacan 191
5. État des lieux de l’édition des œuvres d’Henri Wallon 197

Chapitre 5 : Les contributions des autres sciences à la justification
d’un noyau rationnel de la dialectique 203
La logique : Robert Blanché 203
La linguistique : de l’analyse lexicale à la phonologie de Jakobson 206
L’anthropologie : Claude Lévi-Strauss 211
Sur les diverses espèces d’oppositions dans la pensée naturelle 214
Remarques sur Jacques Derrida 225

Profil de l’auteur 229
Bibliographie d’Émile Jalley 231
Références thématiques 237
Index des noms 241
Index des matières 249

* * *

Première Partie
La preuve par l’ordre et la mesure

Tome 1

Chapitre 1 : Mise en place épistémologique 15
1. Justification de nos titres 15
2. Reprise d’une hypothèse sur l’effritement de la philosophie
française depuis le tournant des années 1960 21
3. Présentation du corpus de l’histoire de la philosophie entre
1950 et 2015 25
4. Les disciplines et sous-disciplines de la philosophie : Tableau 1 29
5. Les symptômes divers mais massifs d’un refoulement
culturel inquiétant 32
6. Les trois grands « objets » de la philosophie et leur rapport à ses
sous disciplines 34
7. Les trois versions de la « syllogistique » hégélienne 38
8. Retour sur la question des « doublets » philosophie-science 41
9. Légitimation d’une approche statistique de l’histoire
8
de la philosophie contemporaine 44
10. Une démarche de type cartésien : après l’ordre, la mesure 47
Chapitre 2 : Place de la philosophie française dans le monde 51
1. Tableau 3 sur les champs d’extension de la philosophie dans le
monde 51
2. La question de la « vérité empirique » du corpus de l’histoire
de la philosophie française entre 1950 et 2015 55
3. La question d’une évolution des principaux secteurs de la
philosophie française entre 1939 et 2015 72
4. Répartition du corpus 1939-2014 selon France, Autriche, Angleterre,
Belgique, Italie, Norvège, Europe, Canada, USA, Amérique, Monde 75
5. Classement de prévalence des sous-disciplines de la
philosophie en fonction de France, Europe, Amérique, Monde 77
6. Palmarès des grandes personnalités de la philosophie
française et mondiale 79
7. Classement des sous-disciplines par rapport au « parterre
de l’excellence » 91
8. L’évolution du vocabulaire et du registre de la dialectique 94
9. L’antinomie de la confiance/défiance à l’égard de la science 100

Liste des Tableaux 109
Tableau 1 : Philosophes et intellectuels français et étrangers
les plus notoires entre 1939 et 2014 111
Tableau 2 : Répartition selon France, Europe, Amérique,
Monde des disciplines de la philosophie dans le corpus 1939-2014 173
Tableau 3 : Répartition du corpus 1939-2014 selon France,
Autriche, Angleterre, Belgique, Italie, Norvège, Europe, Canada,
USA, Amérique, Monde 177
Tableau 4 : Sommaire des champs d’extension de la philosophie
dans le monde 181
Tableau 5 : Étude de l’évolution du corpus 1939-2014 par tranches
entre les années 1950 et 2014 185
Tableau 6 : Classement de prévalence des sous-disciplines
de la philosophie en fonction de France, Europe, Amérique,
ièreMonde : 1 forme 189
Tableau 7 : Classement de prévalence des sous-disciplines
de la philosophie en fonction de France, Europe, Amérique,
ièmeMonde : 2 forme 189
Tableau 8 : Sommaire comparatif de la population générale
et du « parterre d’excellence » en France, Italie, Allemagne,
Angleterre, Autriche, Belgique, Italie, Norvège, Europe, Canada,
USA, Amérique, Monde 193
Tableau 9 : Comparaison de la prévalence des sous-disciplines
de la philosophie aux États-Unis et dans le « parterre d’excellence » 199
Tableau 10 : Palmarès des grandes personnalités
de la philosophie française et mondiale 203
Tableau 11 : Liste sommaire et provisoire des nouveaux venus
dans l’espace médiatique 223
9
Tableau 12 : Liste des auteurs de philosophie présents
dans le Catalogue des PUF 237
Tableau 13 : Liste commune des noms 1939-2014 (221)
pour les deux listes Média et PUF, avec indication en italique
des doublets pour les deux listes (32) 247
Profil de l’auteur 253
Bibliographie d’Émile Jalley 255
Principales références thématiques aux ouvrages de l’auteur 261
Index des noms 265
Index des matières 283

Deuxième Partie
La preuve par l’histoire de la philosophie (1)

Tome 2

Chapitre 3 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : (1950) 15
1. 1950 – Marvin Farber et col. : L’activité philosophique contemporaine
en France et aux États-Unis ; tome 1 : La philosophie américaine,
488 pages ; tome 2 : La philosophie française, 410 pages, Paris,
PUF, 1950. 18
Chapitre 4 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : (1957-1960) 43
2. 1957 - Alfred Weber et Denis Huisman : Tableau de la philosophie
contemporaine. Histoire de la philosophie européenne **
De 1850 à 1957, Paris, Fischbacher, 664 pages. 43
3. 1960 – Verneaux Roger : Histoire de la philosophie contemporaine,
Éditions Beauchesne, 1960, 2014, 191 pages. 60

Chapitre 5 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : (1962) 69
4. 1962 – Sève Lucien : La philosophie française contemporaine
et sa genèse de 1789 à nos jours, Paris, Éditions sociales, 351 pages. 69

Chapitre 6 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : (1964-1981) 103
5. 1964 - Julia Didier : Dictionnaire de la philosophie, Larousse,
320 pages. 103
6. 1966 – Chevalier Jacques : Histoire de la pensée. 4. La pensée
moderne de Hegel à Bergson, Flammarion, 756 pages. 103
7. 1973 – Châtelet François & col. : La philosophie des sciences
sociales de 1860 à nos jours, Histoire de la philosophie VII, 377 pages ;
Le XXe siècle, Histoire de la philosophie VIII, Hachette, 377 pages. 104
8. 1974 - Belaval Yvon : Histoire de la philosophie, III, Du XIXe siècle
à nos jours, Gallimard, La Pléiade. 118
10
9. 1979 – Descombes Vincent : Le même et l’autre. Quarante-cinq ans
de philosophie française (1933-1978), Éditions de Minuit. 119
10. 1981. Bréhier Émile : Histoire de la philosophie III/XIXe-XXe
siècles, Paris, PUF. 129

Chapitre 7 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : (1985-1994) 131
11. 1985-1988 - Ferry Luc, Renaut Alain : La pensée 68, Folio Essais. 131
12. 1993 – Kunzmann et col. : Atlas de la philosophie, Livre de Poche,
279 pages. 145
13. 1994 – Besnier Jean-Michel : Histoire de la philosophie moderne
et contemporaine - Figures et œuvres, Grasset et Fasquelle, 670 pages. 147

Chapitre 8 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : (1996-2009) 177
14. 1996 – Dictionnaire des intellectuels français sous la direction
de Jacques Julliard et Michel Winock, Seuil, 1257 pages, 177
15. 2000 a – Huisman Denis Monier Louis : Visages de la philosophie,
Arléa, 187 pages 178
16. 2000 b – Apel K.-O., Barnes J. : Un siècle de philosophie.
1900-2000, Folio, Essais, 708 pages. 182
17. 2003 – Cusset : French Theory : Foucault, Deleuze et Cie
et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis,
La découverte/Poche, 373 pages. 188
18. 2004, 2007 : Le Nouvel Observateur Hors-série spécial 40 ans :
25 grands penseurs du monde entier, repris en 2007 dans Le monde
selon les grands penseurs actuels, Le Nouvel Observateur, Scali,
279 pages. 196
19. 2005 – Badiou : Panorama de la philosophie française
contemporaine, The Adventure of French Philosophy, conférence
prononcée en juin 2004, publiée dans New Left Review, sept-oct 2005,
12 pages. 199
20. 2008 a –Badiou : Petit Panthéon portatif, La fabrique éditions,
177 pages. 199
21. 2008 b – Truong : Le théâtre des idées. 50 penseurs
pour comprendre le XXIe siècle, Flammarion, 379 pages. 199
22. 2008-2011 – Nouvel Observateur (2008-2010), Marianne (2008-2011). 200
23. 2009 – Frédéric Worms : La philosophie en France au XXe siècle.
Moments, Gallimard, Folio essais, 641 pages. 200

Chapitre 9 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : (2011-2012) 209
24. 2011 a – Maniglier Paul et col. : Le moment philosophique
des années 1960 en France, Avant-Propos de Frédéric Worms,
Paris, PUF, 588 pages 209
25. 2011 b – Philosophie(s) française(s) 220
26. 2012 – Badiou : L’aventure de la philosophie française
depuis les années 1960, La fabrique éditions, 267 pages. 226
11
Deuxième Partie
La preuve par l’histoire de la philosophie (2)

Tome 3

Chapitre 10 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : (2013) 235
27. 2013 – Aeschimann 235
1. Les dossiers antérieurs sur le paysage des intellectuels 236
2. La question philosophique de la démocratie politique 238
3. Le patronage insolite d’un philosophe canadien 243
4. Les quatre thématiques d’un « Tour du monde en ballon » 247
5. Proposition d’un nouveau reclassement en catégories
disciplinaires 250
6. Philosophie 251
7. Philosophie politique 256
8. Philosophie des sciences 260
9. Sciences humaines et sociales et idéologies attenantes 261
10. Sociologie 264
11. Économie politique 265
12. Le Théâtre des idées 266
13. Un noyau marxien dur français : Badiou, Piketty, Rancière 269

Chapitre 11 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : (2013-2014) 273
28. 2013 – Nouvel Observateur Hors Série. Les essentiels :
Les grands penseurs d’aujourd’hui, 130 pages. 273
29. 2013 – Cités 56 2013 (Directeur : Yves Charles Zarka) :
La philosophie en France aujourd’hui 1, PUF, 194 pages. 274
30. 2014 – Cités 58 2014 (Dir Charles Zarka) :
La philosophie en France aujourd’hui 2, PUF, 277 pages. 279

Chapitre 12 : Analyse critique du corpus de l’histoire
de la philosophie 1939-2014 : Autres sources 285
1. Georges Politzer : La fin d’une parade philosophique :
le bergsonisme (1929) 286
2. Paul Nizan : Les chiens de garde (1932) 289
3. Sartre : L’existentialisme est un humanisme (1946) 297
4. Heidegger : Lettre sur l’Humanisme (1947) 300
5. Jean-Paul Sartre par Annie Cohen-Solal (2005) 318

Chapitre 13 : La pensée religieuse comme matrice
de la dialectique moderne 323
1. L’étrange parenté à distance entre Thomas d’Aquin et Hegel 323
12
2. Ignace de Loyola précurseur de Descartes
et de la dialectique moderne 331
3. La pensée du négatif dans la tradition des philosophies du néant 339

Chapitre 14 : Inventaire des principales trichotomies
dans la philosophie occidentale 351
Le mouvement de l’expérience de la conscience selon Hegel 361
L’arborescence hypercomplexe de l’Encyclopédie des sciences
philosophiques de Hegel (1817, 1827, 1830) : le Concept 362
L’« arbre » triplice de la philosophie selon Descartes
(Principes 1644) 364
Liste des synthèses quintuples dans la Doctrine de la science 1794
de Johann Gottlieb Fichte 365
Tableaux synoptiques des synthèses des trois WL 1794, 1801,
1804 d’après Martial Guéroult 1930 373
Autre présentation du plan de l’Encyclopédie de Hegel 380
Chronologie essentielle 381

Profil de l’auteur 391
Bibliographie d’Émile Jalley 393
Principales références thématiques aux ouvrages de l’auteur 399
Index des noms 403
Index des matières 437

Quatrième Partie
La preuve par le discours médiatique

Tome 5

Introduction 15
Chapitre 1 : La philosophie hors de l’Europe et des États-Unis 23
Japon 23
Afrique 27
Inde 31
États-Unis 33
Brésil 36
Allemagne 38
Vieille brocante d’occasions en tous genres 39

Chapitre 2 : Le paysage bigarré de l’essayisme tous azimuts 43

Chapitre 3 : La désertion sous la poussée de l’idéologie dominante 69

13
Chapitre 4 : Le désengagement à l’égard du champ social,
économique et politique 97

Chapitre 5 : L’absentéisme à l’égard des tâches de l’éducation 137

Chapitre 6 : La complaisance à l’égard des extravagances
de l’illusion religieuse 159

Chapitre 7 : L’indifférence pour le Veau d’or érigé en nouvel absolu 179

Chapitre 8 : Les embarras de la philosophie de poche
devant le bazar de la technoscience 191

Chapitre 9 : La participation contrastée de la philosophie française
à la pensée écologique
207
Chapitre 10 : La compétition des grenouilles dans le marécage
littéraire 215

Chapitre 11 : Bilan de l’examen du corpus médiatique « Marianne »
et « Nouvel Observateur » 225

Conclusion : Grandeur et misère de la philosophie 231
1. 2016, une année de vaches encore plus maigres ? 231
2. L’aliénation institutionnelle depuis le décret scélérat de 1984 236
3. L’aliénation intellectuelle depuis la vogue structuraliste 240
des années 1960
4. L’aliénation essentielle propre au projet même de la philosophie 245
5. Mais voici peut-être le pire 252

Profil de l’auteur 267
Bibliographie d’Émile Jalley 269
Principales références thématiques aux ouvrages de l’auteur 275
Index des noms 279
Index des matières 307
Annexe en guise de coda 309











14








Troisième Partie
Tome 4

La preuve par la psychologie

Introduction générale

L’esprit humain est organisé et fonctionne « par nature » selon un
mode de structure oppositionnel, binaire, qui tend dans certains cas vers
un mode d’unification, de synthèse, de réorganisation ternaire.
Oppositionnel est un mot qui comporte des synonymes : adversatif,
paradoxal, contradictoriel, antinomique, et enfin « dialectique », un mot
que personne de sérieux n’ose plus prononcer, et dont même la
connotation péjorative comporte un accent comme malsonnant.
Une telle situation est un symptôme grave, qui relève de la
pathologie sociale, de ce que j’appelle justement le malaise de la civilisation en
France : c’est comme si l’esprit humain, le « bon sens » (bona mens,
Descartes), assigné devant les Pharisiens, se livrait au reniement de Pierre :
Non, je ne suis pas celui-là ! Non, ce n’est pas ce que je suis !
C’est encore la fable de La Fontaine racontant que le geai déguisé en
paon avait la « mauvaise foi » (Sartre) de ne plus s’apparaître comme ce
qu’il était, rien qu’un véritable, un enviable et somme toute superbe
oiseau de son espèce, pas d’une autre.
Hegel, H. le Maudit, définit « le dialectique » comme « l’attribution à
un seul et même sujet de deux prédicats opposés… Une détermination,
qui appartient à un prédicat est, en elle-même, tout aussi bien son propre
opposé (entgegengesetz) » (Propédeutique § 170).
« Dans certains cas », ai-je écrit plus haut.
Oui, c’est pourquoi, dans La crise de la philosophie en France au XXIe
siècle, j’écrivais qu’il conviendrait de distinguer deux variétés essentielles
de la pensée oppositive, l’une de modèle binaire « thèse-antithèse » (TA),
à qualifier de dialectique 2 (DIA 2), et l’autre de modèle ternaire «
thèseantithèse » (TAS), à qualifier de dialectique 3 (DIA 3).
15
Le dialectique, la dialectique, sont partout dans le discours courant :
« N’achète pas de la viande (Thèse), mais plutôt du poisson ! (Antithèse).
En tout cas, fais attention aux prix (Synthèse) ! » Ou encore : « Je vote à
gauche (Thèse), et vous à droite (Antithèse), mais nous sommes bien
d’accord pour dire qu’ils mènent la même politique (Synthèse) ! »
Ceux qui ont la malchance, même en tout bien tout honneur, de
fréquenter les personnels de justice, savent que ceux-ci désignent de
l’expression courante de « débat contradictoire » les deux discours « en
noir et blanc » des deux parties adverses, chaque avocat étant à la
demande capable de tenir le discours de contenu contraire à celui pour
lequel le client le rémunère.
Le dialectique, la dialectique sont absolument partout dans le
discours de la philosophie occidentale depuis ses origines dès les
Présocratiques jusqu’à l’époque contemporaine. En témoigne de façon plus
qu’éloquente la liste des trichotomies (trios, triades, trialités) publiée dans
notre Tome 3, au titre de la preuve par l’histoire de la philosophie (page
351). La première liste d’environ 200 (197) que nous avions d’abord
publiée dans notre livre de 2013 sur la Crise de la philosophie en France au XXIe
6siècle s’est allongée de presque le double d’items (381) .
Il est tout de même étonnant que personne n’ait jamais eu la
curiosité de produire un travail de cette espèce, tout aussi étonnant que
l’absence totale d’étude comparable à celle du genre quantitatif proposée
au début de notre livre (Tome 1). La condition en est évidemment une
connaissance d’un haut niveau d’érudition dans l’histoire de la
philosophie. Tout de même, cela ne devrait pas être si rare.
Les exemples que nous proposons n’ont rien d’artificiel. Il suffit de
se pencher pour entrevoir dans l’herbe haute toutes ces fleurs, et alors de
les cueillir pour en faire le bouquet.
Il serait naïf de présumer que la pensée d’un philosophe, surtout s’il
s’agit d’un philosophe d’importance majeure (Hegel comparé à Le
Senne) trouve son enracinement dans une seule de ces triades. Un grand
nom de l’histoire de la philosophie, par exemple Hegel, peut en
monopoliser un assez grand nombre. Ce qui les différencie, c’est de prime
apparence un niveau de « profondeur » variable, s’il est loisible d’user ici, en
guise de métaphore, de l’opposition chomskienne entre « structures
profondes » et « structures de surface ».
Par exemple, chez Hegel, les triades universel-particulier-singulier et
Logos-Nature-Esprit sont d’emblée évidentes pour les connaisseurs de

6 Sans parler de 182 autres trialités identifiées, par un examen spécial, dans l’ensemble
des textes de Gilbert Simondon, d’où un total de 563.
16
sa philosophie, encore que d’aucuns seraient déjà embarrassés s’il leur
fallait répondre devant le grand tribunal de la raison à la question de
savoir si l’une et l’autre se recouvrent exactement et de quelle manière.
Réponse : oui, elles sont à peu près synonymes, mais pas situées dans le
même lieu (logique vs encyclopédie).
D’autres triades hégéliennes, par exemple la distinction entre
histoires originale, réfléchissante, et philosophique, sont de portée bien plus
« locales ».
Dans certains cas, la multiplicité des triades, par exemple chez
Merleau-Ponty, correspondrait à un genre de démarche philosophique moins
marqué par l’allure systématique qu’ouvert à la diversité des perspectives
– disons un édifice à multiples entrées.
Il peut arriver aussi que la profusion des triades corresponde, tout
autant qu’à la nature de la démarche conceptuelle fondamentale, à une
certaine stylistique de la rhétorique argumentative. C’est le cas par
exemple de l’œuvre de Gilbert Simondon, dans laquelle un examen
minutieux mais réellement fondé par le contenu des textes a permis de
relever une liste de pas moins de 180 de ces triades.
La relation entre les trois termes est fréquemment du type thèse/
antithèse/synthèse, même dans des univers de pensée très éloignés du
double point de vue historique et conceptuel de celui de Hegel, par
exemple repos/mouvement/être dans le Sophiste de Platon.
Elle peut aussi exprimer un autre degré d’opposition que celui d’une
opposition « forte », doté par exemple d’un statut de transition,
d’intermédiaire, voire d’équilibre (« metaxu » dit Platon) entre les deux termes
extrêmes.
Par exemple, la notion de « rationalisme appliqué » chez Bachelard
se pose comme un état d’équilibre entre deux lignées de déviations : l’une
définie par la dégradation des termes « positivisme-empirisme-réalisme »,
l’autre par son image inverse dans la série «
formalisme-conventionnalisme-idéalisme ».
Idéalisme conventionnalisme formalisme rationalisme
appliqué et matérialisme technique positivisme empirisme
réa7lisme
Cette présence plus ou moins latente de telle triades dans
l’organisation des édifices philosophiques n’a rien d’artificiel, de « tiré par les
cheveux », elle est bel et bien justifiée par la lettre tout autant que par
l’esprit des textes, à condition de savoir les identifier et les consulter.
Elle n’est pas fortuite non plus, et depuis assez longtemps (WP
2006), nous nous sommes posé la question de la tâche réflexive qui
consisterait à identifier quelque chose comme « un noyau rationnel de la dia-

7 Jean-Michel Besnier, Histoire de la philosophie moderne et contemporaine, Figures et œuvres, Le
Collège de philosophie, Bernard Grasset, 1993, 438.
17

::88:8lectique » qui expliquerait les divers mécanismes de type oppositif (dont
font partie les triades) dans le corpus historique de la philosophie
occidentale.
L’expression de « noyau rationnel de la dialectique » (rationeler Kern)
est une formule d’abord due à Karl Marx (1873), à propos de la version
hégélienne de celle-ci dont l’inachèvement regrettable mais amendable
tiendrait, selon lui, à son « enveloppe mystique » (mystische Hülle). En fait,
le bien-fondé d’une telle formule se trouve selon nous dépasser de
beaucoup le problème de l’interprétation à donner de la pensée de Marx
comme de celle de Hegel. Elle ne s’offre pas davantage comme la clef
d’une interprétation hégélienne et/ou marxienne de l’histoire de la
philosophie. Ce n’est pas du tout ce qui nous intéresse à ce propos, mais un
problème beaucoup plus vaste.
Il se pourrait bien plutôt que Marx ait compris que Hegel ait
finalement grosso modo dit « le vrai », sous une image encore imparfaite mais
plausible, à propos de l’histoire de la pensée philosophique et
idéologique occidentale. Que cette histoire soit animée par une organisation
dialectique de la genèse comme de la structure interne des systèmes, ainsi
que de l’enchaînement de leur mode de succession historique.
Si cette hypothèse présentait quelque fondement, elle ouvrirait à la
suggestion que l’organisation triadique comme spontanée du contenu des
pensées philosophiques correspondrait d’une part à une certaine
distribution contrainte du champ de leurs objets communs, d’autre part à
l’organisation interne des facultés de l’esprit du sujet-philosophe qui les
pense, celui-ci ne faisant qu’aménager à un certain niveau réflexif les
capacités cognitives d’un sujet naturel.
Concernant la distribution du champ de objets, c’est encore Hegel
qui suggère une réponse en présentant la distribution de son Encyclopédie
(Logique-Nature-Esprit) comme la théorisation définitive touchant les
« trois objets » de la philosophie éternelle, c’est-à-dire de la philosophie
de toujours, de la philosophie depuis ses origines, occidentales et même
étrangères : Dieu, le monde, et le moi.
De ces trois objets, Hegel réfère dans l’Encyclopédie (§§ 33-35) la
citation explicite à Kant, dont la Dialectique transcendantale dans la Critique
de la raison pure est organisée selon leur plan naturel d’accessibilité : le moi
(Paralogismes), le monde (Antinomie), et Dieu (Idéal transcendantal).
Ce panorama des trois objets des philosophies, Kant le tient
d’une tradition professorale dont on sait aujourd’hui qu’elle remonte
au théologien et philosophe jésuite Francisco Suárez (Doctor eximius,
1548-1617), proposant la tripartition suivante de la philosophie (1597) :
Ontologia [cosmologia, psychologia, theologia].
18
Cette tripartition de base est plus ou moins transparente, par
degrés et par endroits, dans la liste des trichotomies dont on a parlé
(Tome 3, page 351). Mais il ne suffit que de bien chausser ses lunettes
pour la retrouver sans aucune difficulté dans le plan de la philosophie
d’Aristote tout comme de celle de Descartes. Pour bien d’autres auteurs,
on entend facilement le thème sous les variations, sous condition d’un
entraînement approprié, pour calquer en philosophie un exercice familier
aux bases de l’éducation musicale.
Ces trois objets offrent le terrain de jeu, paradoxalement assez étroit
bien qu’étendu à tout ce qui existe, où s’amuse depuis toujours l’acte
futile, mais de maintien et de physionomie si sérieux, de la philosophie.
On pressent d’emblée que le jeu puisse consister à produire de ces
trois objets diverses oppositions deux à deux (thèse/antithèse), chacune
plus ou moins conciliée par l’unité d’une synthèse offerte par le troisième
terme. C’est presque comme un jeu d’enfant, mais auquel l’esprit devenu
mature ne saurait se soustraire, animé d’une sorte de contrainte
incoercible.
C’est cela même, la dialectique originaire des trois objets de la
philosophie, dont il est indécidable a priori de savoir si elle tient à la seule
nature du champ externe de ses objets ou à la structure interne du sujet qui
les pense.
La première définition de la dialectique qui s’offre est donc celle
d’une opposition polaire des contraires (thèse/antithèse) au sein d’une
unité (synthèse). Mais elle ne suffit pas, et il convient de chercher si
quelque chose de plus radical ne se cache pas sous ce trio consacré, entre
autres par la tradition pédagogique des lycées, de la série «
thèse8antithèse-synthèse » (formulée comme telle plutôt par Fichte que par
Hegel).
Nos réflexions sur ce sujet se sont poursuivies, à partir de notre livre
sur Wallon et Piaget. Pour une critique de la psychologie contemporaine
(L’Harmattan, 2006), à travers nos deux ouvrages postérieurs écrits en
jumelage : La crise de la philosophie (CPF21) déjà citée, et Louis Althusser et
quelques autres. Hyppolite, Badiou, Hegel, Marx, Alain, Wallon. Notes de cours
1959-1960, ibid., LAQA, 2013.
Au cours de cette période, ce sont les suggestions fournies par Alain
Badiou (1976, 1978), Jean Piaget (1964, 1974) et Lucien Sève (1980) qui
nous orientaient.

8 Johann Gottlieb Fichte : Doctrine de la science, 1794, traduction par Marc Géraud,
présentation par Émile Jalley, Paris, L’Harmattan, 2016, Thesis, Antithesis, Synthesis, 71.
19
Au cours de cette étape, le schème primaire initial se réduisait alors à
un schème binaire plus fondamental : l’opposition polaire des contraires
au sein d’une unité étant à voir, de façon plus essentielle, comme : l’unité
divisée, la division unifiée selon la double composante genèse/structure,
mouvement/figure, dynamique/statique, diachronique/synchronique, de
la contradiction. La dualité genèse/structure (Piaget) pouvant être lue
aussi bien, à travers l’histoire où elle se transforme comme
systole/dia9tole (Hippocrate, Harvey), mouvement/repos (Platon) , altérité/mêmeté,
différence/identité (Platon, Aristote, Thomas d’Aquin, Locke, Leibniz,
Fichte, Schelling, Hegel), différence/liaison (Hegel 1812, Lénine 1914),
10genèse/figure (Hegel) , mouvement/forme (Sève), histoire/structure
11(Marx , Robion), différence/répétition (Deleuze), force/place (Badiou),
transformation/état (Piaget), syntagme/paradigme (Saussure), voire
mé12tonynomie/métaphore , disons même peut-être différance/consistance
(Derrida-Lacan), l’un et l’autre terme de chaque couple vus comme
aspects, versants opposés-complémentaires, conjoints du noyau de la
contradiction.
Différance est le concept majeur de la philosophie de Derrida.
Quant à consistance, moins connue, c’est une notion empruntée à la
dernière phase de la réflexion de Lacan.
La définition que Wallon propose de la « pensée par couples »,
première forme de la pensée enfantine apparaissant dès les deux ans : « un
en deux, deux en un », - unité divisée, division unifiée, se trouve
recouvrir à peu près exactement, elle encore dans un autre langage, le thème
du « noyau rationnel de la dialectique » formulé comme genèse/structure.
La genèse, c’est l’unité divisée (d’abord en biologie), la structure, c’est la
division unifiée, encore et toujours d’abord en biologie). Si nous
anticipons la présentation de cette « pensée par couples » hors du lieu qui lui
convient (1. Freud, 2. Wallon, 3. Piaget), c’est que son caractère très
éclairant va tout prochainement nous être utile.
L’hypothèse que la psychologie moderne de l’enfance, que l’on
appelle encore psychologie génétique, ou encore psychologie
développementale, ait pût produire, dans la première moitié du XXe siècle, la

9 Sophiste.
10 Entstehung/Gestalt (Logique, 1812)
11 Labica Georges, Bensussan Gérard : Dictionnaire critique du marxisme, PUF, 1982.
12 Suggestion qui mérite un commentaire à part, et qui ne peut être produit ici pour le
moment. Disons sommairement que le couple métonymie/métaphore serait une loi
non seulement du langage, plutôt mais du système global pensée/langage, ainsi que
nous en avons produit pour la première fois la suggestion (il n’est jamais trop tard) dans
La psychanalyse pendant et après Lacan (septembre 2016), livre que nous considérons par
ailleurs comme la conclusion générale de notre ouvrage actuel sur la Critique de la raison
philosophique. Sève dit en réalité mouvement formel/structure formelle.
20
preuve scientifique expérimentale de ce noyau rationnel de la dialectique
apparaît d’emblée aussi audacieuse que prétentieuse, aussi risquée
qu’infondée, aussi arbitraire qu’improbable.
Supposé cependant qu’elle rencontre quelque signification plausible
dans le réel, alors les conséquences en seraient d’une portée considérable,
en ce qu’elle fournirait une forme de justification scientifique au moins
touchant les fondations profondes de l’édifice global des philosophies
historiques, sinon à l’ensemble des théories, systèmes et idéologies de
surface que la succession des âges a vu proliférer sur de pareils
fondements.
Les fondations de l’Atlantide existeraient réellement, mais non les
divers édifices jadis portés par celles-ci, ce qui ne serait déjà pas si mal, et
même un très beau résultat, pour l’archéologie du savoir.
La prétention que certaines philosophies ont émises à pouvoir se
constituer comme « une science » (Descartes, Hegel, Husserl), et qui dès
longtemps est apparue comme une fantasmagorie à concéder à de
talentueux, voire géniaux ordonnanciers de rêveries sublimes, en recevrait une
consécration posthume imprévue autant que suggestive pour l’optimisme
théorique, bien mal en point, de nos contemporains.
Mais pourquoi la psychologie, plutôt que toute autre forme du
savoir, mériterait-elle un pareil destin. Peut-être parce que la psychologie, à
suivre la métaphore hasardeuse qui ferait de la France la fille aînée de
l’Église, serait elle-même la fille aînée de la philosophie.
Mais comment cela ?
De fait, depuis les années 1960, aucun autre forme du savoir, sinon
la psychanalyse, ainsi que la pensée marxiste, n’aura été autant attaquée,
piétinée, maltraitée, humiliée, injuriée par les philosophes que la
psychologie.
Spectacle aussi vulgaire et aussi pénible que celui de la mère
insultant et battant sa propre fille.
Injuriée pas par tous les philosophes. Des deux courants principaux
13de la philosophie du XXe siècle et nés déjà bien avant, celui qualifié de
philosophie de la conscience (Maine de Biran, Lachelier, Bergson, Sartre,
Merleau-Ponty), et celui qualifié de philosophie du concept (Comte,
Cournot, Couturat, Poincaré, Duhem, Brunschvicg, Cavaillès, Bachelard,
Koyré, Lacan, Canguilhem, Lévi-Strauss), c’est du second, dominant sur
les plan institutionnel et médiatique à partir des années 1960, que sont

13 Évoqués à plusieurs reprises dans le cours de notre Deuxième partie et dont la
mention de paternité est par ailleurs plurielle (Cavaillès, Foucault, Worms, Badiou).
21
venues les attaques, puis le discrédit et enfin l’anathème qui ont enfoui
sous les gravats, avant d’en convoyer la dépouille meurtrie à la fosse
commune, la psychologie, et tout son ménage, le ci-devant «
psychologisme » mêlé à l’humanisme, avec aussi dans le même convoi conduit par
le même comité de « Montagnards » tous les avatars du « totalitarisme »
(la bureaucratie stalinienne, sa voisine occasionnelle et bizarre : la
psychanalyse attaquée avec autant de véhémence que le marxisme).
Tout cela bien entendu mélangé dans la tête des sans-culottes
enragés, aussi sottement furieux que la populace jadis acharnée à faire le sac
des tombeaux de la Cathédrale Saint-Denis.
Ce n’est pas que la psychologie sorbonnarde de l’époque ait
beaucoup mérité que l’on risquât son repos à la défendre. Nous avons
souvent exprimé l’opinion que l’on ne pouvait rien faire de pire que la
politique d’obédience au scientisme nord-américain menée depuis les années
1950 par des personnalités telles que Paul Fraisse et Maurice Reuchlin.
En est sorti un spectacle aussi pénible à considérer, depuis à peu près 25
années, que le champ des cadavres de la bataille d’Eylau. Une petite
troupe de fantômes s’y déplace encore de manière discrète, portant sans
vergogne titres de professeurs des universités. Ce que d’ailleurs le public
ignore et dont il se moque.
Nos résultats ont établi (CPUF 1 et 2, 2004 ; PP 2, 2010 ; CPF21,
142013, etc.) , jamais démentis, que les enseignants chercheurs en
psychologie produisent, depuis les années 1980, à grand peine un seul texte (dit
« article ») d’une dizaine de pages tous les 18 mois, et encore bien
souvent à plusieurs, en outre dans les trois quarts des cas, au moins pour les
mieux introduits, dans des revues anglophones, texte rédigé en cette
occasion dans un anglais de cuisine, du reste d’abord souvent composé par
méthode de copié-collé, qu’enfin ils écrivent aussi environ un livre par
personne au cours d’une carrière en moyenne de 25 années.
Les meilleurs d’entre eux, les 11 membres de l’AERES-psychologie,
l’aristocratie de la psychologie universitaire, qui organise le tribunal qui
juge la plèbe des autres, produisent 1,5 page par mois.
Pour avoir osé démontrer cela de manière chiffrée, je ne me suis
jamais étonné de voir mon nom et mes travaux soumis à un black-listing
total sur tout l’espace informatif, car s’ils sont nuls, au moins leurs chefs
de bandes ont-ils des pseudopodes étendus partout, des soupentes de
l’université jusqu’à celle des cabinets ministériels et de leurs dépendances
médiatiques.

14 PP1, 2010, p. 37, PP 2, 2010, Chapitres 5, 6, 7, 8, 163-262 ; CPF21, 2013, 372-373.
22
On ne parlera pas ici des luttes, moins vives aujourd’hui, au sein du
camp même de la psychanalyse, entre une « gauche » lacanienne
majoritaire et une « droite » non-lacanienne de plus en plus frileuse.
À son époque, Husserl était situé de façon ambiguë sur les deux
voies – conscience et concept, rêvant d’une psychologie
phénoménologique en même temps que d’une logique transcendantale généralisée.
Lacan était tout aussi ambigu, sa considérable originalité n’ayant
jamais pu se situer carrément du côté du conceptualisme structuraliste, ni
se laisser réduire aux puérilités logico-mathématiques du nouveau
scientisme lévistraussien (les tableaux pseudo-cartésiens des systèmes de
parenté) et foucaldien (la comptabilité économique de BoisGuilbert, la mise
en perspective des Ménines de Vélasquez).
Ce déni violent de la psychologie et de son compagnon de route
habituel, l’humanisme (petit-bourgeois, mais qu’est-ce qui ne l’est pas ?) ont
eu des conséquences à terme désastreuses sur l’ensemble de la culture
française : le décès de la psychologie universitaire (soit !), l’avortement
répété des sciences de l’éducation, d’où le cancer généralisé de tous les
degrés de l’enseignement, sans parler de l’éviction de la psychanalyse au
profit des thérapies cognitivo-comportementales et pis encore des grands
groupes pharmaceutiques fabricants de psychotropes, aux effets
secondaires aussi inconnus que terrifiants.
Mais comment la psychologie peut-elle se présenter comme la fille
aînée de la philosophie ?
Des trois parties cosmologie, psychologie, théologie, élaborées par
l’Encyclopédie de Hegel sous forme de philosophie de la nature,
philosophie de l’esprit, et enfin logique, voici quels ont été les destins dans la
période moderne.
La « cosmologia » s’est progressivement émancipée, depuis Euclide
et Galilée, de la philosophie sous forme des sciences mathématiques et
naturelles. Il en reste une philosophie des sciences, une épistémologie,
connotée par cette « philosophie du concept », dont il a été question
plus haut, et qui a fini par expédier ad patres, à partir des années 1960, le
couple psychologisme-humanisme.
Cependant, la crise de ces philosophies du concept est patente et n’a
cessé de s’approfondir de façon insidieuse, le sol se dérobant sous leurs
pieds depuis l’éclatement comme antinomique des deux parties de la
physique (macro- et micro-) depuis les années 1930.
La « psychologia » (Suarez) est la branche maîtresse qui a servi,
depuis la « philosophie de l’esprit », de Hegel de support à l’ensemble
considérable des sciences humaines et sociales (SHS), pour une grande part
émancipées elles aussi de la philosophie, mais dont certaines lui ont laissé
tout de même une bonne partie de leur manteau de Saint-Martin.
23
Sur l’arbre de la philosophie de Descartes, antérieur de deux siècles à
l’arborescence hégélienne (Tome 3, pp. 362-364) cette partie de la «
psychologia » portant les SHS est désignée par le mot de « morale », en un
sens qui pré-signifie celui de l’expression « sciences morales et
politiques », l’ancienne formulation de ce qui s’est appelé par la suite
justement SHS.
Reste la « theologia », dont il n’est pas trop malaisé d’entrevoir
qu’elle ne représente guère « autre » chose qu’une reprise, une répétition
sous forme majuscule, sublimée, en même temps qu’aliénée (« autrifiée »)
de la psychologia.
Déjà chez Aristote, la Métaphysique, qui s’occupe entre autre choses
de cette forme particulière de l’Être qu’est le Premier moteur, c’est-à-dire
Dieu (Théos), n’est rien d’autre qu’une Méta-physique, une
Hyperphysique, ni non plus rien d’autre en particulier qu’une Méta-psychologie,
une Hyper-psychologie, une Idéal-psychologie, une Psychologie
Première ou Majuscule. Dites encore : Trans-psychologie.
Le sentiment s’en éprouve à travers toute la philosophie médiévale,
quand on la pratique, que la Doctrine sur Dieu est en réalité celle de la
perfection de l’Homme, de l’Homme parfait. D’ailleurs, déjà dans le
Nouveau Testament, comme le remarque bien Lessing-Reimarus, le Christ,
tout en parlant de son Père, s’appelle lui-même étrangement le Fils de
15l’Homme . C’est dire que le Père n’est rien d’autre qu’un Fils magnifié,
majuscule, idéalisé.
Chez Descartes, l’idée de Dieu est celle d’un être parfait, qui se
présente de façon très perceptible comme appartenant au tissu même de
l’âme finie, comme si elle n’en était que le prolongement idéal mais
naturel.
Kant appelle bizarrement Dieu l’Idéal transcendantal, cependant que
Fichte va prendre à son compte le parti de traiter Dieu, mot à peu près
jamais écrit par lui, comme le moi pur infini en ce que celui-ci prolonge,
au niveau du moi éthique et politique collectif, l’effort constant du moi
fini pour s’infinitiser, s’agissant d’une pulsion (Trieb) qu’il appelle encore
« Idéal du moi » (sic, Ichideal) (voir Fichte par Géraud-Jalley 2015).
Dans ces conditions, on peut dire que la psychologie ordinaire,
même accostée d’une Méta-Psychologie, la redoublant dans le miroir
déformé d’une aliénation projective transcendante : David cheminant aux

15 HSR, Hermann Samuel Reimarius : Fragments de l’anonyme de Wolfenbüttel édités par
Gotthold Ephraim Lessing, traduction par Marc Géraud, Introduction par Émile Jalley
(89 pages), ibid., 2015, 370 pages.

24
côtés de Goliath, représente à peu près toute la philosophie : la
psychologie proprement dite plus l’idéal-psychologie, la psychologie mystifiée
qu’est la théologie.
Alors la situation apparaît complètement retournée à l’égard de celle
marquée la grande humiliation infligée à la psychologie dans les années
1960 par le Grand Tribunal de la (Dé)raison structuraliste.
Certes, fille aînée de la philosophie, la psychologie n’accomplissait
pas toujours de la bonne besogne, pas plus que sa mère, au profit de
l’émancipation du genre humain.
La situation de totale aliénation de la Psychologie, comme servante
principale au service de sa marâtre la Philosophie constitue le nerf même
de la critique féroce de Politzer, dans ses Fondements de la psychologie, à lui
reprocher d’avoir toujours été obsédée, dès les temps antiques, par
l’unique souci de fournir au maître, et au prêtre qui le suit toujours et en
tout lieu, un discours mensonger sur l’immatérialité de l’âme, à même de
faire supporter ses chaînes au travail forcé.
S’il était vrai que la « psychologia » ait cette importance dans
l’économie générale de la philosophie, il en résulterait que la preuve
scientifique qu’elle soit éventuellement capable de donner touchant
l’organisation et le fonctionnement réels du psychisme humain, serait de
grande conséquence pour l’évaluation à porter sur l’importance culturelle
de la philosophie dans notre période actuelle.
Or, nous proposons de montrer que les trois fondateurs de la
psychologie moderne de l’enfant : Freud, Wallon et Piaget, ont proposé et
décrit, chacun dans leur perspective différente, mais néanmoins de façon
convergente et complémentaire, le modèle d’un fonctionnement
dialectique dans la genèse puis l’activité ordinaire normale du psychisme
humain. Ce modèle se conforme dans les trois cas à ce que nous avons
appelé plus haut le noyau rationnel de la dialectique, illustré dans le fait par
le fonctionnement de type dyadique-triadique dont on a par ailleurs
relevé la liste des produits exemplaires au cours de l’histoire de la
philosophie.
De ce point de vue, on aura à distinguer trois choses, dont la
troisième va nous retenir dans ce qui suit immédiatement.
Les propos que les auteurs tiennent sur la notion même de
dialectique, et sur la manière dont ils situent leur système de pensée à l’égard
de celle-ci. Ces propos sont nombreux chez Piaget, inexistants chez
Freud et Wallon.
La manière dont chaque auteur utilise, dans sa pratique théorique, la
notion de dialectique et les notions connexes à celle-ci pour organiser
son propre système de pensée. On en trouvera la trace dans la série des
triades figurant dans la liste du Tome 3 (pages 351 sq.) aux noms de
Freud, Wallon et Piaget.
25