De la biophilosophie à une éthique de la biologie

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Toute personne dans sa vie quotidienne est aujourd'hui confrontée aux nouvelles applications des techniques biologiques. Les scandales de la vache folle, du sang contaminé, de l'hormone de croissance, les atteintes à la Nature, le lui rappellent. De plus, les pratiques de la contraception, de la procréation médicale assistée, des médicaments et des drogues, et d'autres sujets d'actualité, sont analysés aux points de vue scientifique, moral et juridique. Cet ouvrage permet ainsi à tout citoyen qui se veut responsable de trouver une information exacte sur ces problèmes d'actualité.
Publié le : dimanche 1 février 1998
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EAN13 : 9782296356979
Nombre de pages : 224
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DE LA BIOPHILOSOPHIE À UNE ÉTHIQUE DE LA BIOLOGIE La société face à la biologie

@ L'Harmattao, 1998 ISBN: 2-7384-6267-7

Pierre de Puytorac

DE LA BIOPHILOSOPHIE À UNE ÉTHIQUE DE LA BIOLOGIE

La société face à la biologie

L'Harmattan 5-7. rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA I-I2Y lK

Du même auteur Biologie générale in BIOMED PUF, 1987,208 p. En collaboration Précis de Protidologie Biologie,

P. de Puytorac, J. Grain, J.P. Mignot Société Nouvelle des Editions Boubée, 1987,

581 p.
Traité Tome Il, fasc.l, de Zoologie
de P. P. Grassé sous la direction

Infusoires

Ciliés

J. André, J.e. Bussers, J. Dragesco, S. Dryl, J.C. Estève, E. Fauré-Frémiet, J. Génermont, J. Grain, G. de Haller, R. Hovasse, G. Méténier, P. de Puytorac, M. Tuf/rau, E. Vivier Masson, 1984,821p.

Traité de Zoologie P. P. Grassé sous la direction de P. de Puytorac Tome Il, fase.2, Infusoires Ciliés

A. Batisse, A. Bonhomme-Florentin, G. Deroux, A. Fleury, W. Foissner, J. Grain, M. Laval-Peuto, J. Lorn, DH. Lynn, P. de Puytorac,

M. Tuffrau.

PREMIERE PARTIE

LA BIOPIDLOSOPHIE contre la

en REACTION

MYTHOLOGIE

Clulpitre1. La mythologie
Pour rendre compte des phénomènes naturels, répondre à leurs questions sur les origines du monde (et pourquoi ce monde-ci?), de la matière, de l'Homme et de la Femme, des êtres vivants, pour apaiser leurs angoisses sur la condition humaine, pour se convaincre que l'Homme est une créature voulue par un ou des Dieux, les populations vivant des millénaires avant J.e. ont recours aux mythes (muthos:le discours). Ce sont des légendes venant du fond des âges, rapportées par la tradition, racontées ou chantées. Elles font intervenir des dieux doués de pouvoirs surhumains et immortels, dont dépend l'ordre du monde, qui commandent à la nature et président aux destinées des humains dont ils sont d'ailleurs assez proches par leur conduite. Elles racontent aussi les aventures de héros guerriers souvent issus de l'union d'un dieu et d'une mortelle. Le message du mythe s'impose à la collectivité sans faire objet de doute. Il est accepté tel qu'il est imposé. Le grec Hésiode d'Asera (8e-7C siècle avant J.-c.) raconte, dans Théogonie puis dans Les Travaux et les Jours, le surgissement d'un monde ordonné à partir du Chaos primordial, avec l'apparition de la" race sacrée des immortels éternels" dominée par la puissance du Dieu souverain Zeus, assurant l'équilibre du Monde. Il énumère la succession des 5 races d'hommes comme une construction en trois étages, chaque palier se divisant en deux niveaux complémentaires. Au premier palier, ne connaissant ni la guerre ni le travail de la terre, les hommes de la race d'or, incarnant la royauté juste et ceux de la race d'argent, la souveraineté injuste; au deuxième palier, voués à la guerre, les hommes de bronze, les Héros justes; enfin, au troisième palier, les hommes de l'âge de fer, mélange des contraires (homme/femme; naissance/mort; bonheur /malheur). Cependant, des poètes (comme Homère, -800 avant l-C.) vont en tirer des récits épiques, assortis d'un savoir collectif (comme dans l'Illiade et l'Odyssée), des poèmes (comme l'Olympique de Pindare,-516-438 avant J.-C.), des tragédies (comme les Perses d'Eschyle, -427 avant J.-C.). Des orateurs, comme Eschine (389-314 avant J.e.), adversaire de Démosthène, à Athènes, utilisent (déjà!) les mythes comme argument de politique ou d'exaltation du devoir et du sacrifice. Vers -300 à -200 avant J.-c. " le mythe devient un passé qui ne se déchiffre plus qu'à travers des traces et un moyen de rendre compte du monde tel qu'il est" (6). Des historiens, comme Hérodote (485-420) et Thucydide (460-396) épurent les mythes de leur merveilleux, et, comme plus tard le géographe Pausanias, visent" à tirer, à partir de lafoule des traditions qui ne mériteraient pas d'être rapportées, celles qui sont le plus valables. "Peu à peu, pendant trois siècles (du début du VIe à la fin du IVe avant J.-c.), des hommes curieux, entrepreneurs, responsables de la cité ou commerçants, des poètes vont s'interroger sur la 9

vraisemblance des récits. voir les faits autrement, avec un esprit réaliste. Dans cette biophilosophie naissante. encore" toute bruissante de la parole des dieux " on va chercher des symboles cachés dans les légendes. en effectuer une lecture au deuxième degré. Chronos. par ex., qui dévore ses enfants. devient le Temps anéantissant tout ce qui naît de lui.

Chapitre 2. Les Présocratiques
Des écoles de penseurs (présocratiques) vont se développer autour du bassin méditerranéen. Elles ont en commun le souci de rechercher au delà des apparences continuellement changeantes des objets et des êtres et de leurs mouvements. une seule réalité. Les faits observés ne se ramèneraient-ils pas à quelques principes? Le multiple ne serait-il pas UN? Le monde ne seraitil pas les avatars d'une substance primordiale unique? L'existence ne cacheraitelle pas une essence qui n'impliquerait pas une réalité obligatoire mais seulement possible? Il faut s'arrêter sur ces ancêtres car ils vont imprégner toute la culture occidentale et. en ce qui concerne la connaissance. ils sont doués d'intuitions qui nous laissent admiratifs ou interrogatifs sur les limites des capacités du cerveau humain à former des concepts. a) *Les Milésiens Une école est celle des Ioniens. L'Ionie comprend la bordure côtière occidentale de l'Asie Mineure (furquie actuelle). les Cyclades. la péninsule d'Eubée au Nord d'Athènes. Les villes principales sont Milet, port de transit entre l'Asie et l'Egypte. et Ephèse. D'après les documents subsistants. trois savants (Milésiens) ont une importance particulière parmi ces physiciens (ou physiologues c'est-à-dire ceux qui s'intéressent à physis : le mouvement) : Thalès. Anaximandre. Anaximène. Mathématicien. géomètre. astronome. Thalès (640-546) voit comme substance première universelle (arche) dans chaque objet vivant ou inerte: l'eau. ce qui rappelle le mythe (devenu probabilité dans la science actuelle) de l'océan générateur de vie. L'eau qui supporte l'Univers. peut être. en effet. sous les états solide, liquide ou gazeux et elle est source de vie (germination). Physis est une qualité inhérente à arche (sans qu'il soit précisé comment). donc interne à toute chose et à tout être. Dans tout objet ou être vivant réside une" âme " immatérielle. de principe divin. En outre. selon Popper. " il semble que Thalès ait su tolérer la critique et qu'ait été fondée la tradition d'y faire droit ". C'est. en effet. cette possibilité ouverte de discussion qui explique le foisonnement des écoles et académies qui va se faire jour. Pour son élève Anaximandre (610-546). le principe universel est quelque chose d'infini et d'indéfini. de pas encore déterminé 10

(apeiron), contenant en puissance tous les éléments (comme ce point que nous nommons aujourd'hui" de singularité" précédant le big-bang), source de tous les objets et engendrant physis, car les changements résultent de l'affrontement d'influences antagonistes couplées au sein d'apeiron. A la mort, apeiron retourne à son état naturel de base. Naître est donc une création de substance par séparation d'apeiron. La vie est une matérialisation d'apeiron par des formes. Mourir est retourner au principe universel, cosmique. Pour Anaximène (585-525), la substance primordiale génératrice de tout corps est l'air (pneuma) qui, en se dilatant ou en se condensant, apparaît sous diverses formes. (Cela n'évoque-t-il pas le souffle du Dieu chrétien sur la glaise pour donner naissance à 1'homme?) Les Milésiens se donnent donc l'image d'un monde bien organisé (cosmos opposé à chaos), régi par un principe unique. Allant au delà, Xénophane en tirera la conception de l'UN absolu, confondu avec l'univers, avec Dieu. L'état vivant n'est pas fondamentalement différent de l'état de mort. Le phénomène de changement est dOà l'activité d'une seuleprima causa. Plusieurs fois détruite, Milet, vaincue par les Perses (- 494 avant J.-c.) ne contribuera plus au développement de la connaissance. b) *Les Pythagoriciens.

Une autre école, dans la partie occidentale du monde héllénique est celle des Pythagoriciens. Né à Samos (Asie mineure), Pythagore (570480) fonde à Crotone (Italie méridonale), en 529 avant J.c., une sorte de secte mi-politique, mi-religieuse (culte du Dieu Orphée; croyance enréincamations successives) et développe une philosophia (mot créé par lui), science de la connaissance, savoir qui va au fond des choses, en partie dérivé de conceptions égyptiennes et babyloniennes. Les pythagoriciens attribuent aux chiffres et aux nombres une puissance symbolique. Dans les pratiques ancestrales, la quantification (mesures, poids, nombres) était déjà appliquée, aussi bien que dans le dosage des médicaments, comme le révèlent les tablettes de Summer et les papyrus de l'Egypte pharaonique. Mais les Pythagoriciens pensent que chaque phénomène naturel est quantifiable, que l'essence de tout objet est un nombre (les nombres se laissent représenter par des agencements de points dessinant des figures), que la science des nombres permet d'évaluer la qualité
des objets (ex.: 3 on a la relation:

= mâle;

4

= femelle),

que le monde est régi par le nombre. découvrent que cette

Les Egyptiens savaient que dans le cas d'un triangle dont les côtés sont 3,4,5,
32 + 42

relation vaut pour tout triangle rectangle. La géométrie qui était arpentage devient science abstraite. On ne montre plus une propriété par une figure, on la démontre par le raisonnement. La logique est née. Dans le système pythagoricien une importance fondamentale est accordée aux oppositions et le système est fondé sur la table des 10 : 1 Limité-illimité; 2 Impair-pair; 3 Un-multiple; 4 Droit-gauche; 5 Mâle-femelle; 11

= 52.

Les pythagoriciens

6 Stable-en mouvement; 7 Droit-courbe; 8 Lumière-obscurité; 9 Bien-mal; 10 Carré-oblong. Mais le vrai principe est "l'Un primordial, l'unité fondamentale d'où procèdent les nombres la divine Monade avec laquelle il faut établir le rapport de toutes choses. L'ordonnance des choses obéit à des lois limitantes que ce soit au niveau de l'Univers ou d'un organisme vivant. L'homme est un microcosme qui, vivant, s'identifie au macrocosme. (On n'est pas loin de telles idées aujourd'hui avec les écologistes, les adeptes du végétarisme, etc.). Dans le corps vivant l'équilibre de forces ou de facteurs antagonistes interdépendants détermine un état d'harmonie (bien-être), alors que leur déséquilibre est cause de maladie. La pratique médicale doit donc consister à restaurer les affinités des agents agissants. Pour Héraclite d'Ephèse (540-480), l'élément premier est le feu, énergie créatrice porteuse de vie, source des changements que confirment les expériences de nos sens et qui sont opposition de contraires (feu solaireeau; santé-maladie), antagonistes, hostiles et non complémentaires comme dans la conception des pythagoriciens. Le cosmos est un tout cohérent dans le conflit de contraires, multiforme, en perpétuel mouvement.
It,

c) *Les Eléates Une autre école est celle des EIéates (d'EIée, au Sud de l'Italie). Pour le poète Pannénide (540451), élève de Xénophane, le mouvement est illusion. " A la source nous ne trouvons plus d'élément considéré comme primordial et susceptible d'engendrer tous les corps par voie de transmutation, de transformation ou de séparation mais quelque chose qui subsiste derrière toutes les apparences et qui est seule réalité, l'être opposéau non-être" (3), le sensible à l'intelligible. La réalité perçue par les organes des sens est apparence trompeuse. " Passer du monde quotidien à la vraie réalité exige une initiation, une purification, bref un dépassement selon la raison qui doit nous guider. Ce qui "est" est sans commencement, éternel, homogène, immuable, hors du temps, un, continu" (3).

Chapitre 3. Autres présocratiques
Au ve siècle avant J.-c., Empédocle (485425), philosophe, poète, ingénieur, médecin, fonde l'école de médecine sicilienne. Il remplace le monisme (eau de Thalès; air d'Anaximène; feu d'Héraclite; terre de Parménide) par le concept des 4 racines irréductibles, invariantes, éternelles: le feu, l'air, l'eau, la terre. C'est la première esquisse d'une théorie des corps simples, fondement de la chimie. Ces 4 éléments, en se combinant en fonction de 2 forces: l'amour (attraction) et la haine (répulsion), constituent toutes les matières vivantes ou mortes. Ce sont les proportions du mélange qui 12

déterminent la nature finale des êtres et des choses. Le jeu cyclique, incessant des combinaisons et des séparations conunande les changements et le devenir (composition, décomposition). Bien que constitués des mêmes éléments que les êtres vivants, les objets inertes n'ont pas d'âme. Anaxagore (499-428), philosophe, astronome, médecin, ami de Périclès, a longtemps enseigné à Athènes. Il n'accepte pas le principe d'une substance primordiale engendrant toute chose, conune le font les Milésiens, ni celui d'une matière composée d'un nombre limité d'éléments simples, conune le professe Empédocle. Pour lui, toute chose, morte ou vivante, tire son origine de l'union, en quantités variables, d'un nombre illimité departicules (spermata) divisibles à l'infini, invisibles, qualitativement différentes. Un corps matériel est composé de tous les éléments ( tout est dans tout) - théorie qui réapparaîtra avec les alchimistes du moyen âge - et il est défini par la prédominance de l'un d'entre eux. Ainsi, l'herbe contient des particules de vache, ce qui explique qu'une fois broutée, elle devienne viande. Mais la vache ne se change pas en herbe! C'est que le processus d'organisation des phénomènes naturels est réglé par un esprit (Nous) qui conunande l'union ordonnée des particules ou leur séparation. Avec Anaxagore est affirmée une dualité matière-esprit. a) *Les Abdéritains Une explication dualiste du monde (le plein et le vide) se retrouve chez les Abdéritains de l'école d'Abdère (en Thrace, sur la côte est de la mer Egée), représentée par Leucippe (490-460) et son élève Démocrite. Pour eux, toujours confrontés au même problème du changement universel et de la permanence de l'être, la matière primordiale est constituée d'une infinité de très petites particules (atomes) inaltérables, imperceptible au sens - donc cette théorie de la matière échappe à l'observation et la vision des choses ue peut être qu'une apparence, simulacre de la réalité - en agitation autonome dans un mouvement éternel, déterminé par leurs chocs mutuels, tombant en pluie dans un vide et formant dans leur chute, indépendanunent de toute pensée organisatrice, des agrégats éphémères. A la différence avec les particules d'Anaxagore, tous les atomes sont indivisibles et de même substance, bien que les uns puissent être lisses (donnant un goût sucré) ou pointus (irritant la langue) ou munis de crochets (ce qui donne des objets solides). Alors que pour Leucippe" rien ne se produit sans but ", pour Démocrite la matière engendrerait la diversité des choses par hasard. " Le hasard et la nécessité c'est-à-dire la loi de la Nature plus que la finalité et l'harmonie

- étaient

ainsi

les causes ultimes de l'ordre apparent de la nature" (5). La matière vivante diffère de la matière morte par la présence, en outre, d'atomes hyperpetits (animatomes ).

13

b)

*L'ecole

hippocratique

Pour étudier les moyens de guérir par l'observation, plutôt que par l'incantation et la magie, des " associations" de médecins-chirurgiens se forment à Rhodes, Cnide et Cos. Ces cliniciens se déplacent en groupes, installant dans les villes où ils passent, des locaux tenant lieu de pharmaciessalles d'opération. Les médecins de l'école de Cnide, la plus ancienne, pratiquent l'auscultation avec l'oreille sur la poitrine (elle sera oubliée pendant plus de 200 ans!), la trépanation et ils savent faire des distinctions précises des maladies qu'ils ont surtout le souci de classer. Pourtant, de leur" techné fi ils ne dégagent pas une vraie pensée médicale et leur médication reste empirique, avec une extrême multiplicité des formules autour de quelques types de remède. L'école de Cos est fondée parBippocrate (460-377), chef de la confrérie des Asclépiades (Asclépios, dieu des remèdes, futur Esculape des Latins). D'un ensemble de Traités (Collection hippocratique) d'auteurs et d'origines différents se dégage une pensée dite hippocratique. Devant le malade le médecin doit

considérer fi ce qu'il est possible de voir,de toucher, d'entendre, ce qui est
saisissable par l'intermédiaire de la vue, et du toucher et de l'ouïe et du nez et de la langue et de la pensée" (7). Il y a un souffle de vie (pneuma) qui accompagne l'air, passe dans tout le corps. Les fonctions vitales sont identiques chez les plantes,les animaux et l'homme. Le vivant est composé de 4 éléments: le sang, la lymphe, la bile noire, la bile jaune. Un diagnostic réfléchi est posé et le traitement n'est pas l'application automatique des règles rigides mais une adaptation intelligente, selon le malade, de principes issus d'une réflexion tirée de l'expérience acquise. L'art du médecin est d'éliminer les excès (par ex. trop de bile noire donne la mélancolie), d'aider le malade à vaincre la maladie. (On ne peut pas être plus moderne!) Humble devant son ignorance, serviteur du prochain, rejetant toute grande théorie (et détachant en cela la médecine de la philosophie), le médecin veut comprendre le déroulement des maladies qui ne sont plus considérées comme des manifestations démoniaques mais comme résultant de déséquilibres des composants élémentaires du corps humain. Le médecin est solidaire de ses confrères dans le respect du malade (serment d'Hippocrate).

Chapitre4. Sophistes, Socrate, Platon, Aristote
Au VC siècle avant J.-C., Athènes est à l'apogée de sa puissance en mer Egée. La société reste esclavagiste mais les institutions démocratiques fonctionnent (pour ceux qui sont reconnus comme citoyens!) et le droit attique se répand partout. La liberté de penser est presque totale, la 14

création artistique s'épanouit brillamment (Sophocle, Euripide, Phidias ..). Chacun peut donc s'exprimer et critiquer dans une société qui, de plus, méprise les travaux manuels, d'où l'importance que prend la parole, l'art du discours (la rhétorique) et l'émergence des sophistes (amis de la sagesse), tels que Protagoras d'Abdère, Gorgias, élève d'Empédocle, Hippias d'Elis. Virtuoses de l'éloquence, maîtres du raisonnement, du jeu des équivoques et des paradoxes, ils passionnent les foules et sont enviés d'une jeunesse dorée, avide de pouvoir et qui gravite autour d'eux pour acquérir les techniques de la manipulation des foules. L'enseignement de ces manipulateurs, qui sont aussi des sceptiques est pourtant que l'Homme ne doit compter que sur lui-même, qu'il doit s'éduquer lui-même, penser qu'il pense, en tirer son action, nonobstant les conventions ou les lois, en remettant en question les idées les mieux établies. Aussi, les biophilosophes vont-ils avoir à répondre aux objections. " A partir des sophistes, la philosophie ne révèle plus, elle est obligée de raisonner et de prouver" (3). a) *Socrate. Socrate (469-399), alors, en interpellant benoîtement les hommes, formule les principes directeurs du " rationalisme critique" : " la seule chose que nous savons, c'est que nous ne savons pas "; donc rien, par nature, n'est définitivement établi. Pourtant, par la logique, nous sommes capables de repérer nos erreurs. Le doute doit être le point de départ d'une nouvelle approche analytique de problèmes complexes. La connaissance doit progresser aussi par la méthode inductive qui dégage de la confrontation d'exemples particuliers, une essence universelle. Les hommes sont tenus responsables de leurs actes et de leur choix. Alors que les présocratiques ne faisaient pas de l'homme l'objet particulier de leur étude, au contraire" à partir de Protagoras et de Socrate il s'agit de l'homme tout entier, de l'homme en tant qu'il pense, en tant qu'il contemple l'univers" (3). b) *Platon Né au début du déclin de la grandeur athénienne (suite à la victoire de Sparte sur la Cité en 404 avant J.-C.), Platon (427-347), disciple et admirateur de Socrate, fonde près d'Athènes,l'Akadémia (en 387 avant Je) dont l'activité durera un siècle. Par le dialogue il y est enseigné aux futurs cadres, la philosophie, la géométrie, l'astronomie, la biologie. Tout objet n'est que l'indication d'un principe immatériel: l'essence. Il y a un monde sensible, constitué par l'ensemble des réalités perçues par les sens,avec des individus multiples reproduisant à l'identique le même type: c'est le monde des existences. Il n'est que le pâle reflet imparfait d'un monde intelligible ou monde des Idées: c'est le monde des essences, soumis à une organisation présidée par une pensée divine. Mais ce Dieu ne crée pas la matière dont ce 15

monde est fait et qui est éternelle. IlIa façonne seulement pour en tirer le meilleur des mondes possibles. Les organes des sens ne peuvent révéler que les apparences momentanées d'objets changeants. L'essence est reçue dans une matrice qui la détermine (la fonction précède la forme) et qui, de ce fait, l'appauvrit en la limitant. La science ne doit pas avoir pour objet la connaissance de ce qui existe mais elle doit viser à déterminer son essence (ldée du Bien). Les mathématiques sont des sciences idéales, la meilleure introduction à la cOtwaissance du Bien. Par un jeu rigoureux de questions et de réponses, on apprend, à l'Akadémie. à s'élever de faits isolés à une vision d'ensemble jusqu'au principe qui commande Tout, puis on redescend du principe à ses applications. Cette démarche ascendante puis descendante s'appelle la dialectique. La Vérité réside dans les constructions de l'activité intellectuelle. Elle n'est pas vérité des choses mais vérité des valeurs. La Terre est totalement remplie dans sa plénitude. (Après Darwin jusqu'à aujourd'hui, on parlera de l'occupation de toutes les niches écologiques disponibles). Les phénomènes de la nature se déroulent aujourd'hui comme ils déroulaient hier (on parlera plus tard avec le géologue Lyell, des causes anciennes et causes actuelles). L'homme serait la première créature et les animaux en dérivent. Le corps de l'homme comprend la tête, le tronc, le bas du corps. De même, l'âme humaine est tripartite avec les pulsions chamelles, les élans du coeur, la raison logique et régulatrice. Les âmes sont immortelles, aussi anciennes que l'Univers, en perpétuelle migration dans la succession des vivants mortels. Comme les Assyriens, les Babyloniens et Pythagoriciens, Platon considère que les hommes vivent en harmonie avec les astres (ce que prétendent toujours les astrologues modernes, et beaucoup avec succès auprès du public). Pour H. de Wit, en flattant le goût des hommes pour les abstractions, en négligeant l'observation des choses et des êtres naturels, Platon" a été l'instigateur d'une manière de penser qui fut une impasse au fond de laquelle vint pendant longtemps buter la pensée des biologistes et qui freina pendant vingt siècles l'évolution de leurs idées" (8). c) *Aristote En 366, un jeune homme né à Stagire (sur la mer Egée) dix huit ans plus tôt, Aristote, vient étudier à Athènes. De la famille des Asclépiades, il va se former à l'école de Platon. A la mort de son Maître, il quitte Athènes, va en Asie Mineure puis à l'école de Lesbos où vit Théophraste, autre élève de Platon. Puis, en Macédoine, il est le précepteur du fils de Philippe: Alexandre. Revenu à Athènes en 335, il y fonde son école (Lykaion, le lycée) avec un musée. Cette école de promeneurs en rond (péripatétici), tout en discutant dans les allées du gynmase, acquiert une grande renommée. Mais, en raison de la montée de la xénophobie, Aristote craignant le sort de Socrate, doit s'enfuir à Chalcis sa ville natale, où il meurt un an après.

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Tout, dans le monde d'Aristote, est conçu selon le même modèle: de la matière (bulé) - par ex. les matériaux d'une maison - mise en forme (morphe), c'est-à-dire selon le principe de " l'hylémorphisme ". "La forme est ce qui, donnant à la substance d'être ce qu'elle est( et pas autre chose) lui assigne sa finalité" (3), (la maison, par ex., est faite pour être habitée). La forme est un principe et non une caractéristique secondaire, comme pour les atomistes. Les deux principes sont non le plein et le vide mais la forme et l'informe. La matière n'est que la disponibilité à devenir quelque chose. Toutes les matières secondes qui nous sont accessibles dérivent d'une matière prime qui n'est accessible qu'à l'analyse intellectuelle, autrement dit par abstraction. Forme/Matière Acte/Puissance. Aussi, le mouvement est" l'acte de ce qui est en puissance en tant même qu'en puissance, c'est-à-dire qu'il n'est jamais tout àfait en acte. Le mouvement est un acte imparfait c'està-dire dont l'acte même, aussi longtemps qu'il est mouvement, est de nejamais être tout àfait un acte ". On peut aussi considérer une maison, par ex. sous l'angle des causes qui l'ont faites. Aristote reconnaît la cause matérielle (les matériaux), la cause formelle (le travail de l'architecte), la cause finale (Ie but recherché), la cause efficiente (l'activité des corps de métiers). Réunies, ces quatre causes font que la matière constitue la forme. En outre, elles doivent bien avoir une cause initale : la cause première (Dieu). H. de Witt remarque que" vingt trois siècles après Aristote, le biologiste d'aujourd'hui se trouve encore et toujours confronté à un dilemne fondamental: l'origine de tous les phénomènes de la vie peut-elle être appréhendée comme une physico-chimicomathémathéose ou procède-t-elle d'une causa éternellement durable et qui échappe à tout entendement humain? "(8). Contrairement à Platon, Aristote estime quela connaissance ne peut porter que sur le monde matériel (que nous percevons), résultant de la forme et de la matière. Mais le réel n'est ni la matière ni la forme prises séparément: c'est la composition des deux, c'est-à-dire la substance. Renonçant à l'existence du vide et des atomes pour en revenir aux substances primordiales, Aristote analyse la substance en ajoutant aux quatre catégories fondamentales les sens du verbe être: l'essence (ex., je suis un homme), la quantité (ex., je pèse 80 kg), la qualité (ex., je suis enseignant ), la relation (ex., je suis moins gros que l'autre). Ces dix catégories sont les genres suprêmes de l'être." L'organisation du monde tel qu'il est se révèlera à celui qui la pense. " La science doit rattacher rationnellement le sujet individuel aux concepts universels. D'où l'utilisation du syllogisme dont d'ailleurs Aristote a fait peu usage dans son oeuvre scientifique. Ex.

=

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Tous les animaux sont mortels. Proposition majeure Tous les hommes sont des animaux Proposition mineure Tous les hommes sont mortels Conclusion. L'individuel est appréhendé dans l'universel (objet de science). qui contient en puissance le particulier (objet de sensation). L'important est de fournir au raisonnement syllogique des prémisses car " il ne suffit pas de considérer le développement du syllogisme: il faut encore être capable d'en former" (Premières analytiques). Pour Aristote, le Monde est divisé en deux régions: 1) la Terre ou région sublunaire, faite de quatre éléments: la terre. l'eau, l'air, le feu, qui en se mélangeant, donnent les qualités du sec (feu et terre), de l'humide (eau et air), du chaud (air et feu), du froid (terre et eau); 2) les Cieux ou monde supralunaire. Les concepts physiques qui règlent le monde sublunaire ne valent pas pour le monde supralunaire fait d'une cinquième essence (qui sera la quintessence des scolastiques). Il faudra attendre Galilée pour que soit supprimée cette distinction entre physique céleste et physique terrestre. La nature n'est plus le cadre affectif du mythe. un sacré arbitraire face à une humanité déconcertée. Elle devient l' " objet d'une étude. valant par elle-même ou pour elle-même" (7). La réalité perçue n'est pas trompeuse mais source de réflexion. L'observation prime donc le raisonnement. Aux choses inanimées s'opposent les choses vi vantes (animaux, végétaux) susceptibles de se transformer, de se nourrir, de se développer. Le vivant a pour matière le corps et pour forme l'âme (qui est au corps ce que la fonction est à l'organe) tous deux ne faisant qu'une seule substance. L'âme a trois degrés, qui n'en font qu'un chez l'homme: l'âme végétative dans le règne végétal. l'âme sensitive dans le règne animal, l'âme intellective chez l'homme. L'âme intellective dans son accomplissement le plus haut, est végétative dans ses conditions d'existence. L'entéléchie qui commande la conception, est un principe organisateur en haut de l'échelle de la Nature. Chaque groupe d'organismes a sa propre entéléchie. L'entéléchie est présente de façon immatérielle dans les objets vivants ou morts, d'où le passage possible de la matière morte au vivant. La science des êtres en mouvement est l'objet de la Physique, celle des êtres immobiles celui de la Mathématique, celle de l'être ultime celui de la théologie. Dieu est " la pensée qui se pense", ce qui exclut toute idée de création ex nihilo. Un finalisme directeur gouverne et fait mouvoir la matière vivante; le développement de tout organisme, comme tout mouvement du 18

corps suscité par le désir (propriété vitale). tend vers un but (ce que F. Jacob de nos jours nommera la téléonomie). Pour l'Homme. le bonheur (recherche du Souverain Bien) est" l'activité conforme à la vertu" (Ethique à Nicomaque). Aristote est le fondateur de l'enseignement des Sciences de la Nature. le créateur de la Biologie sensu lato comme discipline scientifique (avec son Histoire des animaux comprenant 10 livres; les Parties des animaux. avec 41ivres; la Génération des animaux. 51ivres; le Monde des animaux; De la Marche des animaux et Petits Traités d'Histoire naturelle, De la sensation et des sensibles). Destinée à l'enseignement oral. la part de son oeuvre qui nous est parvenue. publiée par Andronicos. est considérable et elle a imprégnée toute la culture scientifique occidentale au Moyen-Age. Nul n'a marqué autant que lui la philosophie et la science des siècles suivants. Pourtant. après la mort d'Aristote. l'aristotélisme sera éclipsé par deux autres écoles hellénistiques: l'épicurisme et le stoïcisme. Ce n'est qu'à partir du 1er siècle qu'Aristote comencera une nouvelle carrière. devenant celui que Dante a appelé " le maître de ceux qui savent"

.

d) *L'école

d'Alexandrie

et autres

écoles médicales

Après la mort d'Alexandre (323 avant J.-c.). Ptolémée Satos. le premier des Lagides, fait d'Alexandrie. fondée par Alexandre en 305 avant J.C..le centre de la culture héllénistique et il crée le Musée (qui deviendra le centre mondial de la Science) et la Bibliothèque qui accumulera jusqu'à près de 700.000 volumes. Le plus grand médecin d'alors. Hérophile de Chalcedon, fonde. en 300 avant J.e.. l'école médicale d'Alexandrie où l'anatomie humaine est enseignée d'après des dissections et des vivisections publiques. Ainsi. des observations précises sont-elles collectées sur divers organes (cerveau. nerfs. foie. tube digestif. glandes salivaires. vaisseaux sanguins). A l'aide d'une horloge à eau. Hérophile mesure les variations de fréquence du pouls qu'il rattache à la puissance de la fièvre. fondant ainsi un critère de valeur cruciale pour le diagnostic et le pronostic. Bien que créateur de l'anatomie comparée de l'homme et de l'animal. dans la lignée d'Aristote. et de l'anatomie pathologique. Erasistrate est connu surtout comme physiologiste mécaniste par ses travaux sur la respiration et la circulation. Il établit le premier un rapport entre les contractions du coeur et les pulsations des artères. Il a observé les valvules des veines et supposé l'existence de capillaires reliant les artères et les veines. Il a tenté de prouver expérimentalement l'émission par le corps d'invisibles exhalaisons. en plaçant un oiseau dans une cage et en le pesant (ainsi que ses excréments) avant l'expérience et au bout d'un certain temps. Il accorde un rôle principal au pneuma vital (siégeant dans le ventricule gauche du coeur) et au pneuma psychique (siégeant dans les ventricules du cerveau). tous les deux provenant de l'air extérieur et animant les organes. En thérapeutique. il met l'accent sur l'hygiène. notamment l'hygiène alimentaire. 19

En réaction avec l'idéalisme platonicien où le citoyen n'existe que dans et par le groupe, la nouvelle philosophie issue du développement de l'Empire d'Alexandre est devenue une quête individuelle de la sagesse pour soi, avec deux écoles: l'épicurisme et le stoïcisme. Pour Epicure de Samos, adepte de l'atomisme de Démocrite et porteur d'une conception matérialomécaniste de la nature, la sensation est la base de toute connaissance et toute conclusion doit être précédée d'observation. Le principe de l'éthique est le plaisir raisonné, par la recherche de l'absence de toute cause de douleur. Les stoïciens, avec l'école du Portique du chypriote Zénon de Citrium, au contraire, acceptent la nature et l'ordre déterminé (le destin), nécessité à laquelle on ne peut échapper. L'homme doit donc vivre en conformité avec la nature, en se libérant des affects (plaisir, déplaisir, envie, crainte), ce qui lui sera source de bonheur. En réaction aux dogmes hippocratiques et à la pratique de l'anatomie, Philinus de Cos, élève de Hérophile, et Scrapion d'Alexandrie fondent, vers l'an 200 avant J.-C., l'école empirique selon laquelle l'art de guérir doit seulement s'inspirer de l'expérience personnelle, de celle des autres médecins et de pratiques analogiques (un même remède pour un mal semblable). Fondée par l'atomiste épicurien Thémison de Laodicée, disciple d'Asclépiadede Bithynie, et tenu pour le premierdes hygiénistes - en raison de sa thérapeutique basée sur le jeOne, l'exercice et les massages -l'école méthodiste rejette aussi la tradition hippocratique. Elle prône l'hydrothérapie et la gymnastique pour remettre en place les atomes constitutifs du corps. Inspirée par le stoïcisme, au premier siècle, l'école pneumatique d'Athénée d'Attalia en revient à la nécessité de la recherche scientifique et de la théorie. Elle accorde, pour le maintien de l'équilibre physiologique, une importance première au pneuma qui propage dans toutes les parties du corps le principe de vie. A la fin du premier siècle, Agathinus de Sparte retient ce qui lui paraît valable dans chacune de ces écoles et fonde l'école épisynthétique dont l'esprit animera le plus grand savant de l'Antiquité: Galien. Avec Syracuse (cité natale d'Archimède) et Cos, d'autres centres scientifiques se développent en Macédoine, en Syrie, en Asie Mineure (pergame avec le temple d'Esculape), à l'île de Rhodes. Mais la démocratie qui avait fait la grandeur d'Athènes est anéantie par le général macédonien Antipatros. Les cités grecques s'affrontent et la Grèce s'appauvrit en une succession de sursauts révolutionnaires. Rome va commencer à annexer la Grèce en déclin et à incorporer dans son Empire le monde héllénique.

Chapitre 5. La fin de la biologie antique
D'abord sous l'influence des Etrusques, avant d'intégrer la culture grecque, elle-même marquée du sceau des Egyptiens et des Babyloniens, 20

Rome, devenue"

centre de gravité du monde méditerranéen

It,

va peu

contribuer au progrès des sciences. La botanique est réduite à l'étude des plantes ayant des applications alimentaires, thérapeutiques ou toxicologiques. Dans ses Alexipharmaca et ses Theriaca, le poète ionien Nicandre de Colophon (200 ans avant J.e.) mentionne de nombreux poisons et contre-poisons d'origine végétale ou animale, mais sans indiquer les caractéristiques des organismes

producteurs. Par contre, le médecin de l'armée romaine. Dioscoride (1 er siècle de notre ère) fera de son ouvrage De Materia Medica un Traité de botanique médicinale descriptive, y indiquant plus de 500 plantes avec mention de leur pays d'origine. Aussi, le texte sera-t-il maintes fois reproduit jusqu'à la Renaissance. Cependant, il faudra attendre Compositiones medicamentorum (47 ans après J.-e.) de Scribonnus Largus (sous l'empereur romain Claude) pour que soit réalisé un Traité de pharmacologie avec végétaux identifiables. La zoologie n'est représentée que par les quatre livres (Naturalis Historia) de Pline l'Ancien qui sont une compilation plutôt désordonnée et naïve de travaux antérieurs, sans esprit critique, où l'irrationel alors en vogue sous l'influence de l'Orient, se mêle à la stricte observation des faits. a) *La médecine Trois grands médecins de l'Empire précèdent Galien: Rufus d'Ephèse (début du 2e siècle, sous Trajan), auteur de Traités (Du nom des parties du corps humain, De l'anatomie du corps humain, Du pouls, Des maladies des reins et de la vessie), Soranus d'Ephèse, célèbre comme gynécologue (Sur les maladies des femmes), Arétée de Cappadoce intéressant comme psychopathologiste (Sur les causes et les signes des maladies aigues et chroniques, Sur le traitement de maladies aigues et chroniques ). Né à Pergame où il commence de sérieuses études médicales qu'il poursuit à Smyrne, Corinthe et Alexandrie, tout en s'initiant aux philosophies de différentes écoles, Galien exerce pendant 4 ans à Pergame comme médecin des gladiateurs avant de s'installer à Rome (en 161-162) qu'il quitte en 1966 pour voyager en Orient. De retour à Pergame, il est rappelé par Marc-Aurèle à Rome où il devient le médecin personnel de Commode, fils de l'Empereur. Galien serait mort dans sa ville natale vers l'an 200. Intrigant mais d'esprit ouvert, homme ambitieux mais de grande culture, Galien est l'auteur prolixe de nombreux Traités médicaux (Sur la médecine empirique, Commentaires à Hippocrate, De usu partium corporis humani, les 15livres de De Anatomicis administrationibus,les 6livres de Hygiène, les 14livres de Méthode thérapeutique) et de plusieurs ouvrages de philosophie (Traité des passions de l'âme et de ses erreurs). Observateur actif, anatomiste de talent (travaux sur les os, les muscles, les nerfs), expérimentateur habile (sur la physiologie rénale, sur la respiration, sur l'action des médicaments, sur le comportement), c'est aussi un spéculateur dogmatique. Il attribue aux organes 21

de l'holJUlle des formes et des fonctions d'après des observations faites sur des animaux. La persistance pendant plus d'un millénaire de son enseignement "sur l'impossibilité d'une quantification objective des qualités élémentaires a été sans doute l'un des obstacles qui ont entravé toute tentative de mesure biologique" (8). Bien qu'ayant eu connaissance du Dieu des chrétiens, Galien est " un païen qui a pensé en assimilant dans ses réflexions la biologie à un déisme. " Pour ce platonicien, Dieu a créé les lois de la nature mais il ne peut plus les changer. b) *La chirurgie A partir du 2e siècle avant J.e. la chirurgie s'est séparée de la médecine, avec ses maîtres particuliers tels Ammonius (qui invente une pince pour briser les calculs de la vessie), Héliodore (auteur d'un Traité de chirurgie en 5 livres) et Antyllus qui opérait de la cataracte. Avec des instruments chirurgicaux variés, trépanations, laparatornies, amputations diverses (sans antiseptique ni anesthésique autre que du jus de mandragore mêlé à de la jusquiame) sont opérations courantes. Démosthène Philalethe est l'auteur d'un Traité d'Ophtalmologie qui sera une référence de base jusqu'à la fin du Moyen-Age. Les caries dentaires sont bouchées et on sait poser des couronnes et des bridges. Les animaux domestiques sont objet de soins comme l'indique un recueil d'écrits connu sous le nom d'Hippiatrica. Pourtant, à la fin du 2e siècle, la biologie est en grande décadence, en raison du mercantilisme grandissant, annihilant le désir d'une vraie connaissance scientifique, du développement des sciences occultes et des cultes de l'Orient, de l'indifférence ou de l'hostilité du christianisme devenu religion d'Etat avec Constantin, du déclin de la civilisation gréco-romaine par les Barbares envahisseurs. En résumé,
la biophilosophie s'élabore dans le bassin méditerranéen, vers -600 avant J.C., en réaction contre la mythologie. Les Dieux ne suffisent plus à satisfaire la pensée. Des hommes veulent acquérir la compréhension de la Nature, saisir l'essence des êtres et des choses sous les apparences de leurs existences. Cette biophilosophie qui remet en cause les données traditionnelles, est basée sur la réflexion et sur l'observation, aucunement sur l'expérimentation, pas sur la quantification. Induction-déduction, analyse-synthèse deviennent les bases d'une pensée logique. Une pensée rationnelle se substitue à une pensée religieuse. Mais alors que Platon élabore des théories (vérité des valeurs), voulant ignorer la réalité du vivant, Aristote, au contraire, veut s'appuyer sur les faits (vérité des choses).

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