De la dignité de l'homme

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Lorsqu'il écrit l'oracle de hominis dignitate, qui aurait dû introduire ses neuf cents thèses philosophiques, théologiques et cabalistiques, Pico della Mirandola (1463-1494) a vingt-quatre ans. Bien conscient du fait que "ses façons ne répondent ni à son âge, ni à son rang", c'est pourtant une philosophie nouvelle qu'il propose à ses aînés ; philosophie ouverte, accueillant tout ce qui, depuis les mystères antiques jusqu'aux religions révélées, émane de ce que l'on pourrait appeler la "volonté de vérité". L'homme est au centre de cette philosophie, en ce que le divin a déposé en lui cette volonté dont il use à sa guise, le créant "créateur de lui-même". Et cette puissance du vouloir, cette volonté de "se connaître soi-même", Pico la retrouve chez les sages grecs et orientaux, mais aussi dans la cabale juive, la pensée arabe, la scolastique et les auteurs chrétiens. S'agit-il pour autant d'un oecuménisme sans discernement ? Plutôt de la fusion en l'homme de cette intelligence, dévoilée dans le contact entre les différentes sagesses. l'oratio reste inédite ; les thèses sont publiées en 1486, mais l'église ne voudra pas entendre - quelle église pourrait vouloir entendre ? Pico devra s'exiler en France avant d'être fait prisonnier et incarcéré au donjon de vincennes en 1487. Dans sa ferveur juvénile, le propos de Pico demeure intact, vierge, intempestif. Il fait appel, encore et toujours, à l'homme digne, vagabond de la vérité, lui offrant "l'un des plus sincères monuments de la philosophie morale de la renaissance italienne".
Publié le : jeudi 19 juin 2014
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EAN13 : 9782841621941
Nombre de pages : 142
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COLLECTION «PHILOSOPHIE IMAGINAIRE»
DE LA DIGNITÉ DE L HOMME
GIOVANNI PICO DELLA MIRANDOLA
DE LA DIGNITÉ DE L’HOMME (Oratio de hominis dignitate)
Traduit du latin et préfacé par YVES HERSANT
philosophie imaginaire ÉDITIONS DE L’ÉCLAT
Première édition : mai 1993 Cinquième édition : mai 2008
lyber : www.lyber-eclat.net/lyber/mirandola/pico.html
© – 1993, 2005, Éditions de l’éclat, Paris-TelAviv.
www.lyber-eclat.net
PRÉFACE
ers la fin de l’année 1485, un jeune et riche aris-flanVt : réunir à ses frais, dans la capitale de la chrétienté tocrate, que l’étendue de ses connaissances avait déjà rendu célèbre, conçut un projet époustou-et sous la présidence d’Innocent VIII, les plus grands savants d’Italie, pour un débat sans précédent «sur les sublimes mystères de la théologie chrétienne, sur les questions les plus profondes de la philosophie et sur des doctrines inconnues ». L’ambitieux organisateur (qui avait déjà compilé, huit ans plus tôt, des décrets du droit canon) entendait soumettre à discussion un vaste corpus deConclusiones: les unes de son cru, les autres empruntées aux grands auteurs. Sept cents thèses au total, bientôt augmentées de deux centaines, afin d’atteindre un nombre « mystique » : celui qui symbo-lise pour la kabbale l’aptitude à tout connaître. Dans une première partie du débat, il s’agissait de remonter le cours de l’histoire, pour soumettre à examen une immense tradition : de la scolastique à Zoroastre, en passant par les Arabes, les kabbalistes, les commenta-teurs d’Aristote et de Platon. En un second temps, c’est Giovanni Pico lui-même qui devait soumettr e à la cri-tique ses interprétations et ses thèses pr opres. Cette pacifiquedisputatio,qu’uneconfrontatiomettait en
VIII
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branle, devait exposer aux yeux de tous la concordance des sagesses, la convergence des méthodes, la cohésion des doctrines. Bien entendu, l’affaire échoua : aux yeux de la Curie et des gérontes, un laïc de vingt-trois ans (dont une aventure amoureuse venait de souligner la pétulance) était le contraire même d’undignitaire. Et l’ambition de son programme, la diversité des matières, la place réser-vée à la magie ne pouvaient que susciter la malveillance ou le soupçon. Achevées en novembre 1486, imprimées le mois suivant, lesConclusionestombèrent bientôt sous le coup d’une censure : partielle en mars 1487, totale le 4 août, au terme de rudes affrontements avec l’évêque Pierre Garcia ; et leur auteur, qui avait aggravé son cas en tentant de se défendr e, crut bon de s’enfuir en France où Charles VIII le mit à l’ombre. Malgré les nombreuses interventions de Laurent de Médicis, il fal-lut attendre 1493 et la grâce d’un nouveau pape pour clore le dossier de l’« hérétique ». Selon Gian Francesco, son neveu et biographe, cette vaste entreprise manquée décida de la vie de Giovanni Pico : car jusqu’alors, « désireux de louange et de gloire humaine, il n’était pas encore enflammé de cet amour divin qui appar ut ensuite en lui ». Peut-être, avant l’affaire romaine, le philosophe avait-il connu une période d’agitation, marquée par une boulimie de savoir et de plaisir ; peut-être l’épreuve l’a-t-elle conduit, dans la Florence médicéenne, à une vie plus contempla-tive, où sur gitin extremisla figure de Savonarole. Quoi qu’il en soit, son aventure nous a valu une œuvr e majeure : le discours inaugural, jamais prononcé par
PRÉFACE
IX
son auteur et publié après sa mort, qui devait présenter les neuf cents thèses. Plus que le superbeCommentaire sur un poème de Benivieni, plus que lesConclusioneset les grands textes ultérieurs, c’est bien la petiteOratioqui assure la gloire mirandolienne : « quelques pages seule-ment », obser ve Eugenio Garin, « mais de celles qui marquent une époque toute entière, de ces pages anciennes qui sont toujours actuelles... Elles rendent compte de la signification de l’homme dans le monde, de sa vocation singulière et troublante... Là, avec l’évangile de la paix, est exprimé l’évangile de la liberté radicale ». Sans étudier le texte par le menu, sans le confronter comme il le faudrait aux principales œuvres du philosophe (l’Heptaplusde 1489, leDe ente et unode 1491, avec lesquelles il forme une sorte de trilogie), on se bornera à proposer quelques repères, à formuler des suggestions : car la légèreté est de mise, quand la tâche du préfacier est de préfacer une préface.
Chamaeleon
L’Oratio, ditede hominis dignitatedepuis l’édition bâloise des œuvres de Pico (1557), forme le plus singu-lier contraste avec lesConclusionesqu’elle introduit. Autant celles-ci déconcertent par leur discontinuité, par l’apparente bizarrerie du classement, par un voca-bulaire souvent obscur, autant celle-là, dont Gian Fran-cesco n’avait pas tor t de souligner toute l’« élégance », charme par la vigueur et les blandices d’un style quasi cicéronien. À la sèche assertion des unes, qui telles les
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