De la grammatologie

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« Les langues sont faites pour être parlées, l’écriture ne sert que de supplément à la parole... L’écriture n’est que la représentation de la parole, il est bizarre qu’on donne plus de soin à déterminer l’image que l’objet. » (Rousseau)
Ce livre est donc voué à la bizarrerie. Mais c’est qu’à accorder tout son soin à l’écriture, il la soumet à une réévaluation radicale. Et les voies sont nécessairement extravagantes lorsqu’il importe d’excéder, pour en penser la possibilité, ce qui se donne pour la logique elle-même : celle qui doit déterminer les rapports de la parole et de l’écriture en se rassurant dans l’évidence du sens commun, dans les catégories de « représentation » ou d’« image », dans l’opposition du dedans et du dehors, du plus et du moins, de l’essence et de l’apparence, de l’originaire et du dérivé.
Analysant les investissements dont notre culture a chargé le signe écrit, Jacques Derrida en démontre aussi les effets les plus actuels et parfois les plus inaperçus. Cela n’est possible que par un déplacement systématique des concepts : on ne saurait en effet répondre à la question « qu’est-ce que l’écriture ? » par un appel de style « phénoménologique » à quelque expérience sauvage, immédiate, spontanée. L’interprétation occidentale de l’écriture commande tous les champs de l’expérience, de la pratique et du savoir, et jusqu’à la forme ultime de la question (« qu’est-ce que ? ») qu’on croit pouvoir libérer de cette prise. L’histoire de cette interprétation n’est pas celle d’un préjugé déterminé, d’une erreur localisée, d’une limite accidentelle. Elle forme une structure finie mais nécessaire dans le mouvement qui se trouve ici reconnu sous le nom de différance.
De la grammatologie est paru en 1967.
Publié le : vendredi 1 septembre 1967
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782707331366
Nombre de pages : 431
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LA GRAMMATOLOGIE
« CRITIQUE »
JACQUES DERRIDA
DE LA GRAMMATOLOGIE
LES ÉDITIONS DE MINUIT
1967 by LESÉDITIONS DEMINUIT www.leseditionsdeminuit.fr
1 La première partie de cet essai,, L’écriture avant la lettre des-sine à grands traits une matrice théorique. Elle indique certains repères historiques et propose quelques concepts critiques. Ceux-ci sont mis à l’épreuve dans la deuxième partie, Nature, culture, écriture.Moment, si l’on veut, de l’exemple, encore que cette notion soit ici, en toute rigueur, irrecevable. De ce que par commodité nous nommons encore exemple il fallait alors, procé-dant avec plus de patience et de lenteur, justifier le choix et démontrer la nécessité. Il s’agit d’une lecture de ce que nous pourrions peut-être appeler l’époquede Rousseau. Lecture seule-ment esquissée : considérant en effet la nécessité de l’analyse, la difficulté des problèmes, la nature de notre dessein, nous nous sommes cru fondé à privilégier un texte court et peu connu, l’Essai sur l’origine des langues.Nous aurons à expliquer la place que nous accordons à cette œuvre. Si notre lecture reste inachevée, c’est aussi pour une autre raison : bien que nous n’ayons pas l’ambition d’illustrer une nouvelle méthode, nous tentons de pro-duire, souvent en nous y embarrassant, des problèmes de lecture critique. Ils sont toujours liés à l’intention directrice de cet essai. Notre interprétation du texte de Rousseau dépend étroitement des propositions risquées dans la première partie. Celles-ci exigent que la lecture échappe, au moins par son axe, aux catégories classiques de l’histoire : de l’histoire des idées, certes, et de l’histoire de la littérature, mais peut-être avant tout de l’histoire de la philosophie.
1. On peut la considérer comme le développement d’un essai publié dans la revueCritique(décembre 1965 - janvier 1966). L’occasion nous en avait été donnée par trois importantes publications : M. V.-David,Le e e débat sur les écritures et l’hiéroglyphe auxXVIIetXVIIIsiècles(1965) (DE) ; A. Leroi-Gourhan,Le geste et la parole(1965) (GP) ;L’écriture et la psychologie des peuples(Actes d’un colloque, 1963) (EP).
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de cet axe, comme il va de soi, nous avons dû respecter des normes classiques, ou du moins tenté de le faire. Bien que le motépoquene s’épuise pas en ces déterminations, nous avions à traiter d’unefigure structuraleautant que d’unetotalité historique. Nous nous sommes donc efforcé d’associer les deux formes d’atten-tion qui semblaient requises, répétant ainsi la question du texte, de son statut historique, de son temps et de son espace propres. Cette époquepasséeest en effet constituée de part en part comme untexte,en un sens de ces mots que nous aurons à déterminer. Qu’elle conserve, en tant que telle, des valeurs de lisibilité et une efficacité de modèle, qu’elle dérange ainsi le temps de la ligne ou la ligne du temps, c’est ce que nous avons voulu suggérer en interrogeant au passage, pour y prendre appel, le rousseauisme déclaré d’un ethnologue moderne.
PARTIE PL’ÉCRITURE AVANT LA LETTRE
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