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De la question stratégique en philosophie politique

De
128 pages
En écho à la crainte de voir " la politique disparaître complètement du monde " (Arendt), ces essais de philosophie politique interrogent les formes actuelles que peut revêtir cette disparition. Trois axes semblent se détacher : la domination du (néo)libéralisme ; le retour du religieux ; la mainmise de l'expertise sur la vie démocratique. Contre une philosophie politique pure, l'idée est ici la suivante : comment articuler stratégiquement, dans le sillage de Bensaïd, philosophie et politique ?
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     DE LA QUESTION STRATEGIQUE EN PHILOSOPHIE POLITIQUE                     
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot  Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou polisseurs de verres de lunettes astronomiques.    Dernières parutions  Olivier LAHBIB, Avoir, Une approche phénoménologique, 2012. Dimitri TELLIER, La métaphysique bergsonienne de lintériorité. Se créer ou se perdre, 2012. Alessia J. MAGLIACANE, Monstres, fantasmes, dieux, souverains. La contraction symbolique de lesprit chez Sade, Dick, Planck et Bene , 2011. Xavier ZUBIRI, Lhomme, sa genèse et sa durée. Etudes anthropologiques II , 2011. Xavier ZUBIRI, Lhomme, sa réalité et ses structures. Etudes antrhopologiques I, 2011. Élysée Sarin, Épistémologie fondamentale appliquée aux sciences sociales , 2011 .  Pierre DULAU, Larche du temps , 2011. François HEIDSIECK, Simon Weil , 2011. Guy VINCENT, Des substitutions comme principe de la pensée , 2011. Marco BELANGER, Existe-t-il des dilemmes moraux insolubles ?  2011. Paul AÏM, Vivre et exister, 2011. Franck JEDRZEJEWSKI, Ontologie des catégories , 2011. Michel FATTAL, Paroles et actes chez Héraclite. Sur les fondements théoriques de laction morale , 2011.
Hans Cova      DE LA QUESTION STRATEGIQUE
EN PHILOSOPHIE POLITIQUE
 Essais sur la politique, la culture, l’écologie              LHarmattan
Du même auteur  Jugement et temporalité. Trois essais sur le temps, LHarmattan, 2007.  Art et politique. Les aléas dun projet esthétique , LHarmattan, 2005.               © LHARMATTAN, 2012 5-7, rue de lÉcole-Polytechnique ; 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96066-4 EAN : 9782296960664  
 
 
 
 
 
 
 
 « La lenteur coule des montres Et laisse des flaques d'heures sur la terre Mais la boue nous empêche même de savoir Si c'est le jour ou la nuit. »  Serge Pey.  
 
 
 
 
 
    
                                    
   Questionnement stratégique... (Avant-propos)  « Nous ne laisserons passer aucune occasion de protester contre les philosophes qui main-tiennent ainsi la tradition philosophique et font de leurs philosophies un barrage ; elles interdisent tout projet de transformation de ce "  monde" ; elles consacrent la séparation du futile et du sérieux ; elles mettent définiti-vement d'un côté l'Être, la Profondeur, la Substance et de l'autre les phénomènes, le superficiel, les manifestations. »  Henri Lefebvre.    Dans sa célèbre Crise de la culture   en écho à la Condition de l'homme moderne , Hannah Arendt évoquait cette menace, bien réelle, de voir la politique « disparaître complètement du monde ». Se réverbérant dans le traumatisme du totalitarisme, ce risque pouvait alors prendre deux formes bien précises : sa décomposition anticipée dans la logique implacable d'une histoire orien-tée, vouée à la réalisation d'un destin progressiste, et  sa dilution dans les eaux positivistes d'une réalité sociale auto-instituée  dont l'une des versions contemporaines serait sans doute l'autosuffisance revendiquée d'une société civile en rupture (contractuelle ?) avec la sphère étatique. Alors que la première de ces formes sacrifie la politique sur l'autel de la « nécessité historique » (confisquée notamment par une certaine orthodoxie marxiste 1  ayant mécaniquement  et paradoxalement  occulté cette part
                                                            1. Cette orthodoxie « oubliant » la (non moins) célèbre mise en garde de F. Engels dans la Sainte Famille : « L'Histoire ne fait rien. » 7
 
essentielle d'incertitude inhérente à l'action), la seconde fait sienne l'aspiration à une société harmonieuse, fidèle gardienne d'un consensus péremptoire, où la fusion programmée du social et de la politique (fusion pré-cisément lourde de dérives totalitaires...) passerait néces-sairement par la résorption d'une conflictualité ayant historiquement surmonté ses propres contradictions.  Ce double péril, qui paraît en apparence marqué temporellement (Arendt consacrant l'essentiel de ses analyses à la nébuleuse période de l'entre-deux guerres), -n'est pourtant pas sans trouver, au-delà des coïncidences circonstancielles, moult points d'ancrage au sein de notre tumultueuse époque (d'ailleurs probablement tout aussi indécise) ; si ces thématiques entrent encore en résonance avec des préoccupations bien actuelles  et ce, en dépit du bouleversement manifeste des catégories politiques tra-ditionnelles, lesquelles ont vraisemblablement revêtu des « habits neufs », selon l'expression de Wendy Brown , sans doute est-ce en raison de certaines tendances qui maintiennent toujours la politique dans l'ombre (présence spectrale ?) de son éventuel dépérissement. Car la politi-que semble bel et bien être confrontée, de nos jours, à de « nouvelles » menaces  insignes reflets d'une nouvelle « grande transformation » , qui ne sont pas sans dévoiler les entraves à une pensée s'escrimant justement à en distinguer la spécificité , laquelle, de toute évidence, ne peut guère se complaire de manière satisfaisante  du moins d'un point de vue critique  dans l'élaboration frileuse d'une philosophie politique  soi-disant non parti-sane, condensée au sein d'un libéralisme providentiel (ce dernier mot de l'Histoire...) et érigée formellement  en discours normatif (ce discours présumant dès lors une frontière définitive entre la sphère privée et la sphère publique, nonobstant les perpétuelles « interférences »).
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 De ces « nouveaux » risques de disparition, corrélatifs des diverses perturbations (philosophiques, sociologiques, géopolitiques 2 , etc.) qui affectent au quotidien notre monde, trois grandes tendances  interdépendantes  paraissent se dégager :  1)  L'effacement progressif des notions politiques coutu-mières (modernes) au profit des catégories religieuses ( Axe du Mal , Bien , Croisade , etc.) 3 . Se substituant à un droit international (fort) balbutiant, cette quête tacite, sinon pleinement assumée, d'une légitimation théo-logique des différentes interventions, politiques et militaires, trouve vraisemblablement son « essence »  du moins sa détermination première  dans la guerre (totale) contre le terrorisme , dilatée dans le temps et l'espace  laquelle guerre tend précisément à s'imposer, au-delà des intérêts et des contraintes géopolitiques (voire tout simplement sociologiques), sur la forme d'un état d'exception permanent . En ce sens, comme l'a analysé dialectiquement Daniel Bensaïd, ce retour  contemporain du religieux prend moins l'aspect d'une reviviscence familière que celui d'une désécularisation inédite .  2)  La dissolution, au nom d'une efficacité postulée (mais peu corroborée...), de la vie politique dans les méandres fétichistes de l'automatisme marchand, com-plémentaire de cette surenchère moralisante qui, en instrumentalisant la notion de responsabilité (indivi-                                                            2. Rédigé avant les révolutions arabes, le premier chapitre  qui comporte un court développement sur le sujet  a donc nécessité quelques modifications essentielles.  3. Bien que certaines de ces notions semblent avoir perdu de leur vivacité, il est peu probable que, dans un contexte (politique et éco-nomique) aussi erratique, les rouages idéologiques qui les « ac-tionnent » s'évanouissent discrètement dans une soudaine inactualité. 9
 
duelle), inonde à l'heure actuelle l'espace public. D'où cette étrange alliance, étudiée avec sagacité par W. Brown, du néolibéralisme  (où l'idée de gouvernance  impose ses décrets au nom d'une maximisation des intérêts de chacun, condamné méthodologiquement à une solitude productiviste) et du néoconservatisme  (dont la rhétorique tendancieusement culpabilisante se présente volontiers comme le pieux gage de la bonne conduite des individus...). Ce repli homogénéisant de la pluralité humaine sur ces impératifs économiques (et privatifs) de gestion rationnelle révèle bel et bien un pernicieux processus de dé-démocratisation .  3)  La rétrogression du débat démocratique, lieu de l' existence des hommes au pluriel  (Arendt), en faveur d'une prédominance de l'expertise, dont l'incessante invocation médiatique traduit moins le partage enri-chissant d'un savoir sujet à la discussion (donc à son éventuelle révocation) que la tentative autoritaire de fabriquer consensuellement  une opinion juste, en adéquation avec l'idéologie fataliste dominante (le fameux There is no alternative ). Cet obscurcissement du scandale démocratique  (selon lexpression de Jacques Rancière)  obscurcissement qui verrouille précautionneusement les voies alternatives au modèle néolibéral  se manifeste a fortiori dans la confiscation d'un pouvoir (exécutif) par des institutions (princi-palement financières) de plus en plus éloignées de l'espace public, lequel assiste du coup au déclin ostensible de sa propre « souveraineté », de plus en plus vidée de sa substance.   Crise de la culture, crise de la politique : deux facettes d'une même crise polysémique ? En tout cas, cette proxi-mité critique n'est pas sans évoquer cette interdépendance,
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