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De la volonté de vérité à la mort de Dieu

De
138 pages
La connaissance comme volonté de vérité est vitale au sens où elle conjugue toutes les allures de la vie - de la santé à la maladie - comme le suggère une première lecture de l'aphorisme 344 du Gai Savoir de Nietzsche. Mais un second geste plus radical permet l'assimilation tonique de la mort de dieu à cette amplitude elle-même.

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DE LA VOLONTÉ DE VÉRITÉ À LA MORT DE DIEU
Laurent CherLonneix
L’amplitude des allures Vitales de la connaissance nietzschéenne
Nous proposons deux gestes pour décrire la pluralité des valeurs de la connaissance :
un regard biomédical dans la première section puis métabiologique dans la seconde.
Le premier geste montre que la théorie nietzschéenne de la connaissance suppose la
compréhension des concepts santé-maladie et toute l’amplitude de leurs relations.
Il s’agit de mettre à jour, à partir d’une interprétation de l’aphorisme 344 du Gai
Savoir de Nietzsche, une dialectique vérité-mensonge – de la vérité bienfaisante à DE LA VOLONTÉ DE VÉRITÉ
la vérité comme poison. Dès lors, au cœur de la théorie de la connaissance, une
dialectique santé-maladie laisse apparaître les diférentes allures que prend la Vie se
faisant connaissante – du sain au pathologique. À LA MORT DE DIEU
Le second geste montre que l’ouverture de la connaissance à toutes les allures de la
L’amplitude des allures Vitales Vie est la Mort de dieu. Cette seconde approche est métabiologique : elle inscrit les
valeurs de la connaissance dans l’horizon d’une philosophie de la Vie non réduite à de la connaissance nietzschéenne
la polarité nietzschéenne de la santé et de la maladie. Maintenant l’objectif de décrire
les allures que prend la Vie dans la connaissance, elle laisse de nouveau apparaître
les valeurs pour la Vie de l’exigence de vérité mais en assimilant l’amplitude de ces
valeurs à la Mort de dieu. Dès lors, la signifcation restreinte de la connaissance
(se rendre immortel) qui était rémanente depuis Platon, s’en trouve bouleversée :
en les ouvrant à la Mort, la Mort de dieu démultiplie les allures Vitales de la connaissance.
C’est là une manière pour la Vie, sous la forme de la connaissance, non seulement de
se reformuler, mais de se métamorphoser et de renaître, de grandir.
A la fn de l’ouvrage, le biologiste Guillaume Baptist, lecteur personnellement et
professionnellement touché par Nietzsche, propose une réponse, écho de la science à
la philosophie inaugurant un nouveau dialogue entre philosophie et biologie.
Laurent Cherlonneix, philosophe, professeur de philosophie en classes
préparatoires, est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles sur la philosophie
nietzschéenne de la vie et sur le changement de représentation du vivant
inspiré par les notions biologiques contemporaines de mort cellulaire
« programmée » et d’apoptose.
L’auteur remercie Ben pour avoir gracieusement mis à
disposition l’image de sa peinture : La vérité est multiple,
1996, acrylique sur toile, 60 x 73 cm, Catalogue
Postface du biologiste Guillaume BaptistRaisonné n° : 2386.
ISBN : 978-2-343-06422-2
14 e
OUVERTURE PHILOSOPHIQUE OUVERTURE PHILOSOPHIQUE
Laurent CherLonneix
DE LA VOLONTÉ DE VÉRITÉ À LA MORT DE DIEUDe la volonté de vérité à la Mort de dieu
L'amplitude des allures Vitales
de la connaissance nietzschéenne © L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06422-2
EAN : 9782343064222Laurent Cherlonneix
De la volonté de vérité à la Mort de dieu
L'amplitude des allures Vitales
de la connaissance nietzschéenne
Lettre-Postface du biologiste Guillaume Baptist
L'Harmattan Ouverture philosophique
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau,
Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot
Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des
travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques.
Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des
réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels »
ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une
discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux
qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de
philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou
naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques.
Dernières parutions
Paul DUBOUCHET, De Georg Wilhem Friedrich Hegel à René
Girard. Violence du droit, religion et science, 2015.
Oscar BRENIFIER, Apologie de la métaphysique. Ou l’art de
la conversion, 2015.
Reza ROKOEE, L’attitude phénoménologique comparée, de
Husserl à Avicenne, 2015.
François BESSET, L’âme de la guerre. Petite métaphysique de
la Nation, 2015.
Philippe FLEURY, Hegel et l’école de Francfort, 2015.
Pierre ZIADE, Généalogie de la mondialisation, analyse de la
crise identitaire actuelle, 2015.
Hamdi NABLI, Foucault et Baudrillard : la fin du pouvoir,
2015
Richard GROULX, Michel Foucault, la politique comme
guerre continuée. De la guerre des races au racisme d’État,
2015.
Miklos VETÖ, De Whitehead à Marion. Éclats de philosophie
contemporaine, 2015.
Auguste NSONSSISSA, Recherches philosophiques sur les
théories des formes complexes, 2015.
Nikos KAZANTZAKIS, Friedrich Nietzsche et la philosophie
du droit et de l’État, 2015.
Thierry HOULLE, Eau et reflets dans la philosophie de
Platon, 2015. Pour Stéphanie et Romain,
et pour le jeune Elias Introduction
Nous proposons deux gestes pour décrire l'amplitude des
iallures Vitales ou valeurs de la connaissance, deux approches
distinctes et complémentaires de la théorie nietzschéenne de la
connaissance : un regard biomédical dans la première section
suivi d'une relecture du point de vue de la Mort de dieu dans la
seconde.
Le premier geste montre que la théorie nietzschéenne de la
connaissance suppose la compréhension des concepts
santémaladie et toute l'amplitude de leurs relations ; le second, que
l'ouverture de la connaissance à toutes les allures de la Vie
exprime la Mort de dieu, ce qui permet aujourd'hui d'approuver
celle-ci en profondeur, en l'incorporant à la théorie de la
connaissance.
La première approche met à jour, à partir d’une interprétation
de l’aphorisme 344 du Gai Savoir de Nietzsche, une dialectique
vérité-mensonge – plus exactement une dialectique de la vérité
bienfaisante et de la vérité comme poison. Dès lors, au cœur de
la théorie de la connaissance, une dialectique santé-maladie
laisse apparaître les différentes allures que prend la Vie se
faisant connaissante. La philosophie nietzschéenne de la Vie
sous l’angle d’une théorie de la connaissance apparaît donc
indissociable d’une Vie pensée dans toute l'amplitude du
champ qui va du sain au pathologique.
iiLa seconde approche est métabiologique, inscrivant les
valeurs de la connaissance dans l’horizon d’une philosophie de
la Vie non réduite à la dialectique santé-maladie. Renouvelant
l'objectif de décrire les allures que prend la Vie dans la
connaissance, elle laisse résonner de façon inattendue le motif
de la Mort de dieu au cœur du même aphorisme 344 du Gai
Savoir – lequel en apparence vise autre chose que dieu, à
savoir les valeurs pour la Vie de l’exigence de vérité. Le propre
de ce second geste est alors d'assimiler l'amplitude de ces
valeurs à la Mort de dieu. Dès lors, la signification restreinte de
la connaissance qui était rémanente depuis Platon (se rendre
immortel) s'en trouve derechef élargie : en les ouvrant à la Mort,
7la Mort de dieu démultiplie les allures Vitales de la
connaissance. C’est là une manière pour la Vie, sous la forme
de la connaissance, non seulement de se reformuler, mais de
se métamorphoser et de renaître, de grandir.
A la fin de l'ouvrage, le biologiste Guillaume Baptist, lecteur
personnellement et professionnellement touché par Nietzsche,
propose une réponse, écho de la science à la philosophie
inaugurant un nouveau dialogue entre philosophie et biologie.
8Première approche : la dialectique nietzschéenne de
la santé et de la maladie et la volonté de vérité. Les
valeurs Vitales de la connaissance à l’aphorisme 344
du Gai Savoir
« Toute explication doit non seulement tirer le sens du
texte, elle doit aussi, insensiblement et sans trop y
insister, lui donner du sien. Cette adjonction est ce que
le profane retient toujours, mesuré à ce qu’il tient pour le
contenu du texte, comme une lecture sollicitée, c’est ce
qu’il critique, avec le droit qu’il s’attribue lui-même,
comme un procédé arbitraire. Cependant, une véritable
explication ne comprend jamais mieux le texte que ne l’a
compris son auteur ; elle le comprend autrement.
Seulement cet autrement doit être de telle sorte qu’il
rencontre le Même que médite le texte expliqué. »
iiiMartin Heidegger
Proposer une lecture du fameux aphorisme 344 du Gai Savoir
se fonde d’abord sur la volonté de réfléchir les différents
aspects de la théorie nietzschéenne de la connaissance à
travers le prisme de la philosophie médicale qui lui est
sousjacente. Que cette théorie soit de part en part déterminée par
une telle problématique constitue à son tour une étape pour
l’interprétation d’ensemble de la pensée de Nietzsche – qui est
elle-même un mode de la philosophie de la Vie. L’importance
accordée à une minutieuse et préalable mise au jour des
présupposés ultimes de la doctrine nietzschéenne n'a guère
besoin d'être soulignée davantage : il ne saurait être possible,
sans elle, de distinguer une philosophie médicale
ivnietzschéenne de la Vie d'une métabiologie – où la Vie
vn'ignore pas la problématique médicale mais ne s'y limite pas .
Lire scrupuleusement Nietzsche à l'aune de sa propre logique
médicale poussée à la limite prend sens dans cette
perspective, laquelle conduira ici même à une seconde
approche, plus métabiologique, de la théorie de la
connaissance.
La question cruciale de la nature et des rapports
qu’entretiennent santé et maladie se pose dans cet aphorisme
9
à travers celle de l’enchevêtrement et de la distinction
maintenue de la vérité d’une part et de l’erreur ou de l’illusion
d’autre part. En ce sens, il ne s’agit pas tant de produire une
analyse exhaustive de l’aphorisme que de l’interroger dans la
mesure où l'interprétation du thème santé-maladie peut
l’éclairer, et réciproquement dans la mesure où cette lecture
fonde en retour l’interprétation déjà proposée ailleurs des
acceptions nietzschéennes de la santé et de la maladie.
viHenri Birault a souligné autrefois « l’importance de ce texte
aux yeux de Nietzsche lui-même » dans la mesure où le
paragraphe 24 de la troisième dissertation de La Généalogie de
la morale y renvoie :
« (…) définissons ainsi la tâche qui est la nôtre [à savoir critiquer la
volonté de vérité] – nous devons une bonne fois, et de façon
viiexpérimentale, mettre en question la valeur de la vérité. »
Mettre en question la valeur de la vérité c’est interroger du point
de vue de la Vie cette recherche, cet amour de la vérité qui se
confond avec la philosophie. C’est mettre en question le sens
Vital de la philosophie, de la science et de la connaissance en
général : sont-elles – et si oui en quels sens – des valeurs, des
conditions de la Vie ? (Tout l'enjeu du présent ouvrage tenant
précisément à ce décloisonnement du singulier devenant
pluriel.)
De ce fait, la recommandation par Nietzsche à cet endroit de La
Généalogie de lire l'aphorisme 344 du Gai Savoir en tant que le
lieu où se produit une telle « critique », un tel diagnostic, est
donc effectivement de première importance : et en effet dans ce
viiitexte capital nous observons la plus parfaite expression de ce
qui continue de se passer en Nietzsche au moment même où il
s’interroge sur la signification physiopathologique de la volonté
ou de l’exigence de vérité – une saine auto-approbation de la
Vie – alors que le fait qu'il veuille savoir (et ne cesse de
s'interroger sur) ce qui se passe en lui voulant la vérité sur cette
volonté de vérité suppose tout aussi bien et de façon tout aussi
consciente et assumée – une volonté de Mort. Ce texte
constitue une scène sur laquelle se déploie le mouvement de la
Vie tel que l’a conçu Nietzsche, correspondant à une
adialectique santé-maladie. De ce fait et contrairement à ce
qu'Henri Birault déclarait en tête de son article, il ne sera pas dit
10ici que l’ultime signification de ce texte demeure toujours
inaccessible : les présupposés médicaux de Nietzsche
soustendent son questionnement sur la signification de la
connaissance, promettant du reste un avenir à la théorie de la
connaissance où il sera question d’une dialectique Vie-Mort et
non seulement d'une dialectique santé-maladie, c'est-à-dire du
rapport typiquement nietzschéen entre la capacité et le besoin
conservatoires du connaissant à s’auto-illusionner et sa Vive
exigence de ne pas en rester à cette « illusion bienfaisante ».
Mais entrons dans le texte :
« Dans quelle mesure, nous aussi, sommes encore pieux. En science
ixles convictions [die Überzeugungen] n’ont pas droit de cité (...) ».
N’entre pas dans la cité scientifique et n’a pas valeur de
connaissance qui veut, et surtout pas le témoin excessif – der
Über-zeuge, le sur-témoin – celui qui est über-zeugt ou
surconvaincu, celui qui « en rajoute », en dit plus qu’il n’en sait. La
cité scientifique ne laisse entrer que ceux dont elle s’est
assurée de la non-partialité ou non-subjectivité.
« (...) on dit donc à juste titre : ce n’est que lorsqu’elles [les
convictions] se décident à s’abaisser modestement au niveau d’une
hypothèse, d’un point de vue provisoire et demandant à être mis à
l’épreuve, d’une fiction régulatrice que l’on peut leur accorder l’accès et
même une certaine valeur à l’intérieur du royaume de la connaissance
– avec la restriction toutefois, de rester sous surveillance policière,
sous la police de la méfiance. Mais cela ne signifie-t-il pas, si l’on y
regarde de plus près, que la conviction n’est admissible dans la
science que lorsqu’elle cesse d’être conviction ? La discipline de
l’esprit scientifique ne commencerait-elle pas par le fait de ne plus du
tout se permettre de convictions ?... Il en est probablement ainsi : reste
à savoir seulement s’il ne faudrait pas, pour que cette discipline pût
débuter, qu’il y eût déjà une conviction, et une conviction en effet si
impérieuse et inconditionnelle, qu’elle sacrifiât pour elle toutes les
autres convictions. On le voit, la science aussi repose sur une
croyance, il n’y a guère aucune science « sans présuppositions ».»
L’énoncé par définition falsifiable comme le dirait Karl Popper,
la proposition scientifique suppose cette conviction toute
particulière selon laquelle il est nécessaire de nier toute
conviction. La valeur de la conviction en science est liée à la
méfiance qui lui permet de ne plus se prendre trop au sérieux et
d’accepter de n’être plus qu’une non-conviction c’est-à-dire une
11hypothèse provisoire. Il y a donc une conviction scientifique
dont la nature est de nier, sans jamais le pouvoir vraiment, sa
propre nature de conviction. Mais quelle est donc la différence
entre une conviction et la conviction scientifique ? – Les
convictions en général sont des prétentions. La conviction
scientifique est sûre de son absence de prétention et telle est
sa prétention. La conviction en général vit d’affirmer ou de nier
quelque chose. Elle opine. La conviction scientifique vit de se
nier ou s’affirme en se niant – du moins en se méfiant
d’ellemême. Qu’en conclut l'auteur ?
« La question de savoir si la vérité est nécessaire [je souligne] ne doit
pas seulement recevoir déjà au préalable une réponse affirmative,
mais recevoir une telle réponse dans la mesure où s’exprime en elle la
proposition, la croyance, la conviction que « rien n’est plus nécessaire
que la vérité, et que par rapport à elle tout le reste n’a qu’une valeur de
second rang. »
C’est là une scène charnière où se produit un changement de
xdécors et un « glissement ». La question de la connaissance
change de point de vue et de nature. Il ne peut plus simplement
s’agir de savoir ce qu’est la connaissance scientifique puisque
la science encore assez naïve dont il a été jusqu’ici question
subit ce qu’elle veut dépasser (les convictions), ne se pense
pas assez, n’est pas assez critique à son propre égard, pas
assez philosophique. Car ce ne sont pas les scientifiques en
effet mais le philosophe Nietzsche qui a compris ici que la
science aussi repose sur une « conviction ». Par conséquent et
quoi qu’il en soit d’une distinction à la Ilya Prigogine à peine
pensable à l'époque – entre une science moderne classique,
encore naïve, et une science contemporaine, plus autocritique,
plus... philosophique – il ne faut plus, à partir d’ici dans cet
aphorisme, parler du questionnement scientifique mais bien de
la nécessité de la vérité. C’est la question de savoir « si la vérité
est nécessaire » dit Nietzsche. C’est l’examen de la nature du
questionnement qui a la vérité pour boussole, l’examen de la
xi« volonté de vérité ». C’est l’enquête sur la Vitalité du
connaissant et sur son rapport à la Mort, ce qui est pour
Nietzsche la même question que celle de la santé et de la
maladie du connaissant. Ou encore, formulée à la manière de
Canguilhem, c’est la question de « l’allure » que prend la Vie
dans le connaissant. A contrario, dans la recherche sur la
nature de la connaissance, la science seule semblait à l'initial
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