Démocratie et populisme religieux

De
Publié par

L'erreur du populisme politique est de croire que la souveraineté du peuple est le fondement de la démocratie. On le sait, c'est plutôt le respect des Droits de l'Homme qui est déterminant : il en résulte le principe de la laïcité, qui a fait obstacle à la volonté de puissance de la chrétienté traditionnelle. Or, voici qu'aujourd'hui le fanatisme religieux renaît de ses cendres, ici ou là, et s'acoquine avec le populisme pour se légitimer. Comment se distancer, par la réflexion critique, de ce genre de phénomène ?
Publié le : mardi 1 mars 2016
Lecture(s) : 13
Tags :
EAN13 : 9782140003349
Nombre de pages : 162
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
PierreAndré STUCKI
DÉMOCRATIE ET POPULISME RELIGIEUX L’homme estil un loup pour l’homme ?
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Démocratie et populisme religieux
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Ange Bergson LENDJANGNEMZUE,Identité et primauté d’autrui. La philosophie merleau-pontyenne de l’hospitalité, 2016. Mahamadé SAVADOGO,Théorie de la création, Philosophie et créativité, 2016. Marc LEBIEZ,Œdipe athée, Les hommes abandonnés des dieux, 2016. Philippe FLEURY,Nicolas de Cues et Giordano Bruno, philosophes de la Renaissance, 2016. Christian SALOMON,La Condition corporelle, 2015. Edmundo MORIM de CARVALHO,Paradoxes et peinture I : Escher, Klee, Kandinsky, Matisse, Picasso, 2015. Edmundo MORIM de CARVALHO,Paradoxes et peinture II : Monochrome, Hyperréalisme, expressionnisme abstrait et pop art, 2015. Lenka STRANSKA, Hervé ZÉNOUDA (dir.),Son – image – geste. Une interaction illusoire ?, 2015. Jean-Luc EVARD,Du sensible au sensé, 2015. Philippe FLEURY,Philosophie de l’histoire et cosmopolitisme, 2015. Aouichaoui Mohamed KARRAY,Thomas Hobbes et l’idée de puissance, 2015.
Pierre-André STUCKIDémocratie et populisme religieux L’homme est-il un loup pour l’homme ?
Du même auteur
La promesse de la liberté, philosophie de la religion, Genève, Labor et Fides, 2003
Les ruines de la chrétienté, Genève, Labor et Fides, 2013
La réciprocité et l'alternance, Berne, Peter Lang, 2015
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08664-4 EAN : 9782343086644
AVANT-PROPOSLa volonté du peuple, la démocratie et la religion chrétienne
A première lecture, ces trois expressions,la volonté du peuple,la démocratie etla religion chrétienne semblent désigner des grandeurs historiques réelles. Il y a quelque chose dans le monde qui estla volonté du peuple, quelque chose d’autre qui estla démocratie, et quelque chose d’autre encore qui estla religion chrétienne. Il s’agit bien sûr, ensuite, d’essayer de se faire une idée du "quelque chose", et là commencent déjà les mésaventures. Considé-rons le premier de cette petite série : je n’ai personnelle-ment pas la moindre certitude immédiate à propos de ce que veut le peuple auquel j’appartiens. Je vois bien, autour de moi, des gens qui veulent ceci ou cela, mais déjà dans mon entourage ils ne veulent pas tous la même chose : comment donc saurais-je ce qu’ils veulent au loin, au-delà, et comment saurais-je, au loin, s’ils font encore partie de "mon peuple" ou déjà de celui d’à côté ? On a l’habitude de voter dans "mon peuple", de compter les réponses en "oui" ou "non", quand une question est posée, et d’admettre que la décision résulte du vote majoritaire : dès
que le parti des "oui" dépasse, ne serait-ce que de quelques poussières, la barre des 50%, on admet que la question est résolue. Et on a très fortement tendance à commenter le résultat à l’aide de locutions du genre "le peuple a décidé que ...", "telle a été la volonté du peuple". Il n’y a rien à redire contre l’usage métaphorique du langage : on ne commettra pas la sottise de se priver des ressources poétiques de nos manières usuelles de parler. On peut donc trouver plaisant de parler du résultat d’un vote majoritaire comme s’il s’agissait de la décision d’un monarque sans juger nécessaire d’expliciter le "comme si". Quand mon ami me traite d’âne, son propos perdrait de sa charge sarcastique ou humoristique s’il y ajoutait lourdement le "comme si". Mais il n’a évidemment pas voulu dire que j’en suis réellement un. En revanche, dans le champ politique, il y a bien des gens, au lendemain d’une votation, pour parler de "la décision du peuple", de "sa volonté" et de "sa souveraineté" comme s’ils savaient de quoi ils parlent. Le jour d’avant, ils étaient seulement angoissés par les sondages d’opinion. Et pour leur menta-lité, il a suffi du simple comptage des voix pour qu’ils se mettent à désigner la grandeur mythique devant laquelle se prosterner. Telle est la conséquence navrante de l’oubli de la métaphore. Or ils comptent bien sur "la souveraineté du peuple" pour se faire une idée de la démocratie. Abordons donc avec eux le deuxième terme de notre petite triade. Sans doute peut-on dire que la démocratie est le système poli-tique dans lequel le peuple est souverain, quand on sé-journe au niveau des rudiments, mais comme il s’agit d’une idée creuse, dès qu’on la détache de sa fonction métaphorique, il ne faudra pas s’attendre à en voir déduire
8
des idées bien brillantes chez ceux qui la prennent pour fondement.La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyende 1789, à l’opposé, admet pour point de départ la reconnaissance des "droits naturels, inaliénables et sacrés" dont on peut condenser l’idée en parlant du droit de cha-cun à la liberté. Il en découle évidemment que nul humain ne doit être en condition d’esclavage à l’égard de qui-conque, et que tous ont à s’entendre entre eux sur les li-mites de leurs libertés respectives. Il ne saurait donc y avoir d’autre source du pouvoir que ces accords, en droit ; pas d’autre détenteur de la souveraineté, par suite, que "le peuple" ou "la nation" (comme dit l’article III de laDécla-ration). La situation de la pensée est donc ici assez étrange : si elle part du droit de chacun à la liberté, elle rayonne dans de multiples directions, elle en tire une série de consé-quences au nombre desquelles la souveraineté du peuple. Mais si elle part de celle-ci, elle n’est pas capable de re-trouver sa source : elle peut bien dire que le peuple veut l’égale liberté pour tous les citoyens, mais elle ne peut exclure qu’il en vienne un jour à décider le contraire à quelques poussières de majorité. On peut dire qu’elle se fait piéger si elle adopte la conséquence comme point de départ, si elle fait de la volonté du peuple, c’est-à-dire d’une idée creuse, le principe de la démocratie. La laïcité découle de la démocratie correctement com-prise, l’affaire est entendue, et comme on sait, elle crée quelques problèmes aux deux confessions chrétiennes majeures, catholique et protestante. Sans doute en va-t-il encore de même pour d’autres traditions religieuses, mais commençons par celles-ci. La démocratie autorise ce genre de croyances pour autant qu’elles ne gênent pas : croyez à
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.