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Des Indes à la planète Mars

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435 pages

Au mois de décembre 1894, je fus invité par M. Aug. Lemaître, professeur au Collège de Genève, à assister chez lui à quelques séances d’un médium non-professionnel et non-payé, dont on m’avait déjà vanté de divers côtés les dons extraordinaires et les facultés apparemment supranormales. Je n’eus garde, comme bien l’on pense, de laisser échapper une telle aubaine, et me trouvai au jour dit chez mon aimable collègue.

Le médium en question, que j’appellerai Mlle Hélène Smith, était une grande et belle personne d’une trentaine d’années, au teint naturel, à la chevelure et aux yeux presque noirs, dont le visage intelligent et ouvert, le regard profond mais nullement extatique, éveillaient immédiatement la sympathie.

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Théodore Flournoy

Des Indes à la planète Mars

Étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie

PRÉFACE

*
**

Le double titre de cet ouvrage en marque le caractère mixte et défectueux. A l’origine, ce devait être une Etude sur un cas de somnambulisme, c’est-à-dire une courte monographie, visant uniquement à l’exactitude, et limitée aux quelques faits de nature à intéresser les psychologues et physiologistes. Mais les circonstances en ont décidé autrement. Certaines polémiques locales, l’impossibilité évidente de restreindre aux spécialistes seuls la connaissance d’un cas auquel s’attachait déjà la curiosité d’un public plus étendu, d’autres considérations encore, m’ont fait dévier de mon plan purement scientifique pour orienter mon étude vers la vulgarisation. Si au moins j’en avais franchement pris mon parti en renonçant d’emblée à toute rigueur de méthode ! Si je m’étais appliqué à extraire d’un cas complexe, où l’on passe sans cesse des Indes à la planète Mars et à d’autres choses aussi imprévues, tout ce qu’il comportait d’intéret anecdotique, de réflexions morales, de rapprochements historiques et de ressources littéraires ! Mais je n’ai pas su le faire. Je suis resté l’esclave, partagé et indécis, des directions opposées entre lesquelles. il eût fallu choisir. J’ai couru deux lièvres à la fois, et l’on sait ce qu’il en advient !

Telle est la genèse de ce livre, d’une longueur hors de proportion avec l’importance de son contenu. Trop hérissé de termes techniques et de barbares interprétations pour rien dire aux gens du monde, trop rempli d’explications élémentaires et banales pour mériter l’attention des hommes du métier, il n’a ni la forme qu’il faut aux premiers, ni le fond que les seconds sont en droit d’exiger. Je le publie néanmoins — comme un exemple à ne pas suivre — afin de ne plus avoir à y penser, et en me consolant à l’idée qu’après tout personne n’est obligé de l’acheter ni de le lire.

Cela dit pour soulager ma conscience d’auteur, il me reste le devoir beaucoup plus doux d’exprimer ma reconnaissance à ceux qui m’ont aidé dans ma tâche.

Je tiens à mentionner en premier lieu mon excellent collègue M. le prof. Aug. Lemaître, dont j’aurais presque dû inscrire le nom à côté du mien en tête de cette étude, tant elle est à divers égards un produit de notre commune collaboration. M. Lemaître, qui m’a fait faire la connaissance du remarquable médium dont les phénomènes remplissent les pages suivantes, l’a observé et suivi depuis près de six ans avec une assiduité égale à la mienne, et m’a laissé profiter sans restriction, non seulement de ses notes et documents, mais, chose plus précieuse encore, de ses impressions personnelles d’observateur sagace et de psychologue pénétrant1. Il a bien voulu aussi revoir la plupart des épreuves de ce livre ; cependant, ma paresse ou mon entêtement n’ayant pas toujours tenu compte de ses corrections, on ne doit point le rendre responsable des fautes d’orthographe et de style qui émaillent encore ma prose. Quant aux idées, quoiqu’en dépit d’un fréquent échange de vues nous ne soyons pas arrivés à nous mettre d’accord sur tous les points de détail (ce qui n’a rien d’étonnant en ces matières), nous ne différons guère, je le crois, sur la façon générale de comprendre et d’interpréter le présent cas. Aussi M. Lemaître est-il absolument hors de cause, il est bon de le dire une fois pour toutes, dans les allusions qu’il m’est arrivé de faire ici et là à l’adresse de l’entourage ou des amis spirites du médium.

M. Eug. Demole, docteur ès sciences, le savant numismate et directeur de la Revue suisse de photographie, qui a assisté à beaucoup de nos séances, a eu l’amabilité d’y prendre un bon nombre de clichés d’attitudes et de scènes somnambuliques, dont la personne intéressée n’a malheureusement pas autorisé la publication, par un scrupule de réserve et de modestie devant lequel nous ne pouvions que nous incliner. — M. Ch. Roch a bien voulu se charger de la tâche ingrate de tenir le procès-verbal dans la plupart de nos réunions. — Je dois à l’extrême obligeance de M. le prof. Cuendet, vice-président de la Société d’Etudes Psychiques de Genève, la communication de plusieurs documents et d’observations marquées au coin d’un parfait bon sens. Malgré la différence inévitable de nos points de vue, les rapports que j’ai eus avec lui ont toujours été empreints de la plus franche cordialité. — Mon frère, M. Edm. Flournoy, m’a rendu de grands services par ses recherches bibliographiques étendues. — De nombreuses personnes encore, que je regrette de ne pouvoir nommer toutes ici, m’ont fourni d’utiles renseignements sur les faits dont je n’ai pu être personnellement témoin.

Pour l’étude des données arabes et hindoues dont il sera question au chapitre VIII, j’ai eu recours aux lumières de plusieurs orientalistes de notre pays. Ce sont : M. Léop. Favre et M. le prof. Luc. Gautier, à Genève ; M. Aug. Glardon, ancien missionnaire aux Indes et associé honoraire de la Society for Psychical Research de Londres, à la Tour-de-Peilz (Vaud) ; et mes distingués collègues de l’université de Genève, MM. Ed. Montet, professeur d’arabe, P. Oltramare, professeur d’histoire des religions, et Ferd. de Saussure, professeur de sanscrit. Par l’intermédiaire de ces messieurs, j’ai également obtenu les appréciations de deux éminents indianistes étrangers, MM.A. Barth, à Paris, et Ch. Michel à Liège. Que tous ces savants veuillent bien recevoir ici l’expression de ma gratitude et me pardonner la liberté que j’ai prise de citer divers passages de leurs lettres qui m’ont paru jeter un jour instructif sur les points en litige. Je tiens à remercier très spécialement M. de Saussure de la patience et de l’inépuisable complaisance qu’il a apportées à l’examen de nos textes « hindous ».

C’est enfin et avant tout au médium lui-même, à Mlle Hélène Smith, l’héroïne de ce livre, que j’ai à cœur de témoigner ma reconnaissance — et celle du lecteur — pour la permission d’imprimer qu’elle a bien voulu octroyer à ce travail. Car il n’est pas superflu d’attirer l’attention sur le fait que je me trouvais ici en présence d’un délicat problème de déontologie professionnelle. Les médecins n’éprouvent aucune hésitation à faire paraître dans leurs journaux spéciaux, à la réserve des noms propres, les cas intéressants qu’ils rencontrent au cours de leur pratique hospitalière ou de leur clientèle privée ; il est admis que ce droit de propriété scientifique leur revient en sus (et quelquefois comme succédané) de leurs honoraires, et le bon public ne s’en émeut point. Les expérimentateurs aussi qui travaillent avec des sujets parés se sentent les libres propriétaires des observations qu’ils ont pu recueillir, et toute latitude leur est laissée de les publier sans avoir égard aux convenances des individus d’où elles proviennent. Mais il n’en est point de même du pauvre psychologue aux prises avec des personnes non malades, plongées dans la vie sociale ordinaire, qui livrent leurs phénomènes étranges par pure bonne volonté, et dont les dits phénomènes sont si frappants, si admirés d’un nombreux entourage, qu’il ne saurait être question d’en publier la moindre parcelle sans que cela se sache rapidement et que le sujet décrit soit facilement reconnu de beaucoup de lecteurs. Comment agir en pareil cas ? A-t-on le droit, vis-à-vis de la science, et de la vérité, de se désintéresser complètement des choses instructives dont on est témoin, et de se renfermer dans un prudent mutisme sur des faits où les badauds, eux, ne se feront aucun scrupule d’avoir et d’émettre des opinions d’autant plus tranchées qu’elles sont peu éclairées ? A-t-on le droit, vis-à-vis des personnes, de livrer à une publicité indéfinie, et sous un jour qui n’est pas forcément celui auxquel elles étaient accoutumées, des faits confinés jusque-là dans un cercle limité d’amis et de connaissances ? Questions bien embarrassantes. En attendant que l’usage ait établi sur ce point des règles précises, je me suis arrêté au parti le plus simple, qui consistait à soumettre mon manuscrit ou mes épreuves au médium lui-même, et à n’imprimer qu’avec son assentiment.

Il est clair que je n’aurais pas songé à une telle entreprise avec n’importe qui. Car d’une part il ne pouvait être question pour moi d’abdiquer en rien ma liberté, tant de penser que d’écrire conformément à mes idées ; or combien y a-t-il, d’autre part, de médiums qui accepteraient de voir leurs phénomènes exposés et expliqués d’une façon à peu près scientifique, c’est-à-dire bien différente de la manière qui prévaut généralement dans les milieux spirites où leurs facultés se sont développées ? — Dans le cas particulier, heureusement, la difficulté me semblait moindre, grâce au caractère élevé et distingué du médium avec qui j’avais affaire. Mlle Smith me semblait en effet une personne remarquablement intelligente et bien douée, fort au-dessus des préjugés ordinaires, très large et indépendante d’idées, et capable en conséquence de consentir, par simple amour de la vérité et du progrès des recherches, à ce que l’on fît de sa médiumité une étude psychologique, au risque d’aboutir à des résultats peu conformes à ses impressions personnelles et à l’opinion de son milieu.

Mes espérances n’ont pas été déçues. Sans doute Mlle Smith a manifesté plus d’une fois un certain étonnement de ma façon d’interpréter les phénomènes les plus singuliers de sa médiumité ; elle est loin d’être d’accord avec mes conclusions ; elle taxe même sévèrement mes procédés d’analyse, et elle estime que souvent je « dénature » les faits à. force de vouloir les ramener à mes explications ordinaires de prosaïque psychologue ; bref, ses jugements sont en maints endroits, et sur des points capitaux, en éclatante opposition avec les miens. C’était à prévoir. Mais, et c’est ici le fait sur lequel je désire insister, elle n’a point pris occasion de ces inévitables différences d’appréciation pour entraver le moins du monde mon étude et tenter de restreindre ma liberté. Même dans les cas où notre désaccord devait lui être le plus sensible, elle a fait preuve d’une tolérance scientifique, d’une hauteur de vues, et je dirai d’une abnégation, que l’on ne rencontre certes pas souvent. Elle a ainsi rendu ce travail non seulement possible, mais relativement aisé, ce dont je tiens à lui exprimer ici mes sincères et vifs remerciements.

Encore un mot sur mes rares citations d’auteurs. La littérature considérable concernant l’hypnotisme et la psychopathologie, sans parler de la psychologie normale ni de l’histoire du spiritisme ou des sciences occultes, m’aurait facilement fourni de nombreux rapprochements à propos d’un cas touchant à toutes ces branches, et j’eusse pu accumuler au bas des pages, sans m’écarter de mon sujet, des renvois à plusieurs centaines d’ouvrages ou articles divers. J’ai préféré me priver de ce plaisir — ou m’épargner cette peine ! — afin de ne pas alourdir encore un volume déjà trop gros, et me suis borné aux quelques indications bibliographiques qui me revenaient comme d’elles-mêmes à la mémoire. Il est cependant quelques théories, d’ailleurs parentes et en partie coïncidentes, que je tiens à rappeler parce que, sans peut-être les citer jamais explicitement, je leur ai constamment emprunté leurs expressions, leurs vues, leurs métaphores, qui sont du reste plus ou moins entrées dans le domaine commun au point qu’il serait malaisé de s’en passer en pratique. Je veux spécialement parler de la désagrégation mentale de M.P. Janet, du double-moi de M. Dessoir, des états hypnoïdes de MM. Breuer et Freud, et surtout de la conscience subliminale de M. Myers2. Je n’avais point à exposer ici ces théories, ni à les discuter dans leurs rapports et leur valeur respective ; la dernière particulièrement, celle de M. Myers, dépasse tellement le niveau d’une conception scientifique ordinaire pour prendre les hautes envolées et l’allure parfois mystique d’une véritable métaphysique (ce dont je suis loin de lui faire un reproche), que ce n’est pas à l’occasion d’un cas individuel que l’on peut songer à l’apprécier, ce que je serais au surplus fort embarrassé de faire. Mais je voulais au moins nommer ces théories dans cette préface, en reconnaissance de tout ce que je leur dois de précieuses suggestions et de formules commodes.

Florissant, près Genève, novembre 1899.

T.F.

P.S. — Bien que j’attache peu d’importance aux définitions nominales — trop peu sans doute, car je crois avoir souvent manqué de conséquence et de fixité dans mon vocabulaire — il ne me paraît pas inutile de donner au lecteur non spécialiste de brèves indications sur quelques termes qui reviennent fréquemment sous ma plume.

Le mot de médium s’applique dans les milieux spirites à tout individu qui est censé pouvoir servir d’intermédiaire entre les vivants et les esprits des morts ou autres. Comme c’est un inconvénient, pour l’exposition scientifique des faits, d’employer une terminologie impliquant des affirmations dogmatiques discutables, les psychologues anglais et américains, gens pratiques, substituent volontiers au mot de médium celui d’automatiste, qui ne préjuge rien et désigne simplement les personnes présentant des phénomènes d’automatisme — c’est-à-dire involontaires et souvent ignorés du sujet, quoique empreints d’intelligence — où les spirites voient l’intervention des esprits désincarnés (songes significatifs, hallucinations véridiques, écriture mécanique, dictées par la table, etc.). En attendant qu’automatiste soit reçu en français, j’ai conservé le terme de médium, mais abstraction faite de son sens étymologique et de toute hypothèse spirite, comme un vocable commode pour désigner les personnes présentant les susdits phénomènes, quelle que soit d’ailleurs l’explication véritable de ces derniers.

A médium se rattachent médianimique, médianimisme, qui suggèrent encore plus fortement cette idée d’âmes intermédiaires (média anima) ayant la faculté d’entrer en rapport avec les habitants de l’autre monde ; et médiumnité, médiumnisme, etc., qui conservent jusque dans leur n un vestige étymologique de cette même doctrine. Il m’a paru préférable, puisque je prenais le mot de médium en le dépouillant de son sens dogmatique, d’en former directement (c’est-à-dire sans l’introduction de cette n grosse de sous-entendus spirites) les dérivés médiumique, médiumité, etc., à l’exemple des allemands qui emploient déjà Mediumität. Cela n’exclut pas d’ailleurs l’usage occasionnel de médianimique, médiumnité, etc., lorsqu’on tient à évoquer spécialement le souvenir des théories spirites.

Les mots subliminal (sub limen ; unter der Schwelle ; sous le seuil), et subconscient ou sous conscient, sont pratiquement synonymes et désignent les phénomènes et processus qu’on a quelque raison de croire conscients, bien qu’ils soient ignorés du sujet parce qu’ils ont lieu pour ainsi dire au-dessous du niveau de sa conscience ordinaire. La question reste naturellement ouverte de savoir si et jusqu’à quel point, dans chaque cas particulier, ces processus cachés sont vraiment accompagnés de conscience ou se réduisent au pur mécanisme de la « cérébration inconsciente », auquel cas l’expression « conscience subliminale » ne peut plus leur être appliquée que métaphoriquement, ce qui n’est point une raison pour la bannir.

L’adjectif onirique (du grec oneiron, rêve) est actuellement reçu en français ; peut-être est-il regrettable que le mot, moins savant mais plus clair, de rêverique, qui a été parfois employé jadis, n’ait pas prévalu.

Par cryptomnésie enfin, j’entends le fait que certains souvenirs oubliés reparaissent sans être reconnus du sujet, qui croit y voir quelque chose de nouveau. Dans les communications ou messages fournis par les médiums, la première question (mais non la seule) qui se pose est toujours de savoir si, là où les spirites font intervenir les désincarnés ou quelque autre cause supranormale, on n’a pas simplement affaire à de la cryptomnésie, à des souvenirs latents du médium qui ressortent, très défigurés parfois par un travail subliminal d’imagination ou de raisonnement, comme cela arrive si souvent dans nos rêves ordinaires.

Les crochets [] renferment mes remarques personnelles intercalées dans des citations ou contextes étrangers.

*
**

ERRATA

Page50,ligne 5 d’en haut, lire ou au lieu de au.
 »53,ligne 7 d’en bas, lire m’en au lien de me.
 »63,ligne 5 d’en haut, lire seuls au lieu de seul.
 »65,ligne 1 d’en haut, lire cours au lieu de cour.
 »71,ligne 13 d’en haut, lire ou au lieu de on.
 »136,ligne 9 d’en haut, lire témoignages au lieu de témoignagnes.
 »169,ligne 11 d’en haut, lire ci-dessous au lieu de ci-dessus.
 »192,ligne 13 d’en haut, lire n’est-elle au lieu de n’est-t-elle.
 »208,ligne 7 d’en haut, lire Approche, et ne au lieu de Approche, ne.
 »232,ligne 8 d’en bas, lire tès au lien de tês.
 »238,ligne 11 d’en bas, lire (30 et 34) au lieu de (34).
 »243,ligne 1 d’en haut, lire si au lieu de sl.
 »250,ligne 15 d’en haut, lire est-il au lieu de est-t-il.
 »295,ligne 5 d’en haut, lire phases au lieu de phrases.
 »306,ligne 3 d’en haut, lire hypnoïde au lieu de hynoïde.
 »319,lignes 16 et 18 d’en bas, lire quant au lieu de quand.

CHAPITRE PREMIER

Introduction et Aperçu général

Au mois de décembre 1894, je fus invité par M. Aug. Lemaître, professeur au Collège de Genève, à assister chez lui à quelques séances d’un médium non-professionnel et non-payé, dont on m’avait déjà vanté de divers côtés les dons extraordinaires et les facultés apparemment supranormales. Je n’eus garde, comme bien l’on pense, de laisser échapper une telle aubaine, et me trouvai au jour dit chez mon aimable collègue.

Le médium en question, que j’appellerai Mlle Hélène Smith, était une grande et belle personne d’une trentaine d’années, au teint naturel, à la chevelure et aux yeux presque noirs, dont le visage intelligent et ouvert, le regard profond mais nullement extatique, éveillaient immédiatement la sympathie. Rien de l’aspect émacié ou tragique qu’on prête volontiers aux sibylles antiques, mais un air de santé, de robustesse physique et mentale, faisant plaisir à voir et qui n’est point d’ailleurs un fait très rare chez les bons médiums.

Dès que nous fûmes au complet, nous nous assîmes en cercle les mains sur la traditionnelle table ronde des groupes spirites, et bientôt Mlle Smith qui possédait la triple médiumité voyante, auditive et typtologique1, se mit à décrire de la façon la plus naturelle les apparitions variées qui surgissaient à ses yeux dans la douce pénombre de la chambre. Par moment, elle s’interrompait pour écouter ; quelque nom résonnant à son oreille et qu’elle nous répétait avec étonnement, ou de laconiques indications épelées en coups frappés par la table, venaient compléter ses visions en, précisant leur signification. Pour ne parler que de ce qui me concerne (car nous fûmes trois à partager les honneurs de cette soirée), je ne fus pas peu surpris de reconnaître, dans les scènes que Mlle Smith vit se dérouler dans l’espace vide au-dessus de ma tête, des événements de ma propre famille antérieurs à ma naissance. D’où pouvait donc venir à ce médium que je rencontrais pour la première fois, la connaissance de ces incidents anciens, d’ordre privé et à coup sûr bien ignorés de la génération présente ? Les prouesses retentissantes de Mme Piper, l’illustre médium bostonien dont la géniale intuition lit dans les souvenirs latents de ses visiteurs comme en un livre ouvert, me revinrent à la mémoire, et je sortis de cette séance avec un renouveau d’espoir — l’espoir si souvent déçu, vestige des curiosités enfantines et de l’attrait du merveilleux, qui rêve de se trouver enfin une bonne fois face à face avec du « supranormal », mais du vrai et de l’authentique : télépathie, clairvoyance, manifestation spirite, ou autre chose, n’importe quoi, pourvu que cela sorte décidément de l’ordinaire et fasse sauter tous les cadres de la science établie.

 

Sur le passé de Mlle Smith, je n’obtins à cette époque que des renseignements sommaires, mais tout à fait favorables et que la suite n’a fait que confirmer.

D’une situation modeste, et d’une irréprochable moralité, elle gagnait honorablement sa vie comme employée dans une maison de commerce où son travail, sa persévérance et ses capacités l’avaient fait arriver à l’un des postes les plus importants. Il y avait trois ans qu’initiée au spiritisme et introduite par une amie dans un cercle intime où l’on interrogeait la table, on s’était presque aussitôt aperçu de ses remarquables facultés « psychiques ». Depuis lors elle avait fréquenté divers groupes spirites. Sa médiumité avait dès le début présenté le type complexe que j’ai décrit tout à l’heure, et ne s’en était jamais écartée : des visions en état de veille, accompagnées de dictées typtologiques et d’hallucinations auditives. Au point de vue de leur contenu, ces messages avaient pour la plupart porté sur des événements passés, ordinairement ignorés des personnes présentes, mais dont la réalité s’était toujours vérifiée en recourant soit aux dictionnaires historiques, soit aux traditions des familles intéressées. A ces phénomènes de rétrocognition ou d’hypermnésie, s’étaient jointes occasionnellement, suivant les séances et les milieux, des exhortations morales dictées par la table, en vers plus souvent qu’en prose, à l’adresse des assistants ; des consultations médicales avec prescriptions de remèdes généralement heureux ; des communications de parents ou d’amis récemment décédés ; enfin des révélations aussi piquantes qu’invérifiables sur les antériorités (c’est-à-dire les existences antérieures) des assistants, lesquels, presque tous spirites convaincus, n’avaient été qu’à demi étonnés d’apprendre qu’ils étaient la réincarnation qui de Coligny, qui de Vergniaud, qui de la princesse de Lamballe ou d’autres personnages de marque.

Il convient enfin d’ajouter que tous ces messages paraissaient plus ou moins liés à la présence mystérieuse d’un « esprit » répondant au nom de Léopold, qui se donnait pour le guide et le protecteur du médium.

 

Je ne tardai pas à faire plus ample connaissance avec Hélène Smith. Elle voulut bien venir donner des séances chez moi, alternant d’une façon plus ou moins régulière avec celles qu’elle avait chez M. Lemaître et dans quelques autres familles, en particulier chez M. le prof. Cuendet, vice-président de la Société [spirite] d’Etudes Psychiques de Genève. Ces divers milieux ne constituent point des groupes absolument séparés et exclusifs les uns des autres, car leurs membres se sont souvent mutuellement conviés à leurs réunions respectives. C’est ainsi que j’ai pu assister à la plupart des séances d’Hélène au cours de ces cinq années. Les observations personnelles que j’y ai recueillies, complétées par les notes que MM. Lemaître et Cuendet ont eu l’obligeance de me fournir sur les réunions auxquelles je n’étais pas présent, constituent la base principale de l’étude qui va suivre. Il y faut joindre quelques lettres de Mlle Smith, et surtout les nombreuses et très intéressantes conversations que j’ai eues avec elle, soit avant ou après les séances, soit dans les visites que je lui ai faites à son domicile, où j’avais l’avantage de pouvoir également causer avec sa mère. Enfin, divers documents et renseignements accessoires, qui seront cités en leur temps et lieu, m’ont permis d’élucider en partie certains points obscurs. Mais tant s’en faut qu’avec toutes ces voies d’informations je sois arrivé à débrouiller d’une manière satisfaisante les phénomènes complexes qui constituent la médiumité d’Hélène. Leur enchevêtrement est tel, leurs racines sont si profondément cachées dans le passé de sa vie, leur interprétation est si délicate, que j’ai le sentiment d’y avoir souvent perdu mon latin — je veux dire ma psychologie, car en fait de langues, ce n’est pas de latin qu’il est question en cette affaire, comme on le verra.

 

A partir de l’époque où je fis la connaissance de Mlle Smith, c’est-à-dire dès l’hiver 1894-95, beaucoup de ses communications spirites continuèrent à présenter les caractères de forme et de contenu que j’ai indiqués tout à l’heure, mais il se produisit cependant dans sa médiumité une double modification importante.

1. D’abord au point de vue de sa forme psychologique.

Tandis que, jusque-là, Hélène n’avait que des automatismes partiels et limités — hallucinations visuelles, auditives, typtomotrices — compatibles avec une certaine conservation de l’état de veille et n’entraînant pas d’altérations notables de la mémoire, il lui arriva dès lors, et de plus en plus fréquemment, de perdre entièrement sa conscience normale et de ne retrouver, en revenant à elle, aucun souvenir de ce qui venait de se passer pendant la séance. En termes physiologiques, l’hémisomnambulisme sans amnésie auquel elle en était restée jusque-là, et que les assistants prenaient pour l’étal de veille ordinaire, se transforma en somnambulisme total, avec amnésie consécutive. En langage spirite, Mlle Smith devint complètement intrancée, et de simple médium voyant ou auditif qu’elle était, elle passa au rang supérieur de médium à incarnations.

Je crains que ce changement ne doive m’être en grande partie imputé, puisqu’il a suivi de près mon introduction aux séances d’Hélène. Ou du moins, si le somnambulisme devait fatalement se développer un jour en vertu d’une prédisposition organique et de la tendance facilement envahissante des états hypnoïdes, il est cependant probable que j’ai contribué à le provoquer, et en ai hâté l’apparition, par ma présence et les petites expériences que je me permis sur Hélène.

On sait, en effet, que les médiums sont volontiers entourés d’une auréole de vénération qui les rend intangibles. Il ne viendrait à l’idée de personne, dans les cercles bien pensants où ils exercent leur sacerdoce, de toucher à leur peau, surtout avec une épingle, ni même de leur palper ou pincer les mains pour tâcher de voir ce qu’il en est de leurs fonctions sensitives et motrices. Le silence et l’immobilité sont de rigueur pour ne pas troubler le déroulement spontané des phénomènes ; tout au plus se permet-on quelques questions ou remarques à l’occasion des messages obtenus ; à plus forte raison ne s’y livre-t-on à aucune manipulation sur le médium. Mlle Smith avait toujours été entourée de cette respectueuse considération. Pendant les trois premières séances auxquelles je pris part, je me conformai strictement à l’attitude passive et purement contemplative des autres assistants, et me tins assez joliment coi et tranquille. Mais à la quatrième réunion, ma sagesse fut à bout. Je ne résistai pas à l’envie de me rendre compte de l’état physiologique de ma charmante visionnaire, et j’entrepris quelques expériences fort élémentaires sur ses mains qui reposaient gracieusement étalées vis-à-vis de moi sur la table. Le résultat de ces essais, repris et poursuivis à la séance suivante (3 février 1895) fut de montrer qu’il existe chez Mlle Smith, pendant qu’elle a ses visions, toute une collection de troubles très variés de la sensibilité et de la motilité, qui avaient jusque-là échappé aux assistants2, et qui sont foncièrement identiques à ceux qu’on observe d’une façon plus permanente chez les hystériques ou qu’on peut momentanément produire par la suggestion chez les sujets hypnotisés.

Il n’y a rien là d’étonnant et l’on pouvait s’y attendre. Mais une conséquence que je n’avais point prévue fut que, quatre jours après cette seconde séance d’expérimentation bien anodine, Mlle Smith, pour la première fois3, s’endormit complètement à une réunion chez M. Cuendet (7 février), à laquelle je n’étais point présent. Les assistants furent quelque peu effrayés lorsque, essayant de la réveiller, ils constatèrent la rigidité de ses bras contracturés ; mais Léopold, parlant par la table sur laquelle Hélène était appuyée, les rassura et leur apprit que ce sommeil n’était point préjudiciable au médium. Après diverses attitudes et une mimique souriante, Mlle Smith se réveilla d’excellente humeur, conservant comme dernier souvenir de son rêve celui d’un baiser de Léopold qui l’avait embrassée sur le front.

A partir de ce jour, les somnambulismes d’Hélène furent la règle, et les séances où elle ne s’endort pas complètement, au moins pendant quelques moments, ne forment que de rares exceptions au cours de ces quatre dernières années. Pour Mlle Smith, c’est une privation que ces sommeils dont il ne lui reste ordinairement aucun souvenir au réveil, et elle regrette les réunions du bon vieux temps, où les visions se déroulant devant son regard éveillé lui fournissaient un spectacle inattendu et toujours renouvelé qui faisait de ces séances une partie de plaisir. Pour les assistants, en revanche, les scènes de somnambulismes et d’incarnations, avec les phénomènes physiologiques divers, catalepsie, léthargie, contractures, etc., qui s’y entremêlent, ajoutent une grande variété et un puissant intérêt de plus aux très remarquables et instructives productions médiumiques d’Hélène Smith.

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