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DIALOGUES AVEC LA VIE

De
464 pages
On est . On sait qu'on est. Qui on est, qui le sait ? On le cherche. Et l'on s'y trouve avec plein d'autres : tous ces autres qui habitent votre Je. Et s'y disputent et y discutent, et s'y entendent ou mésentendent, mais il y a toujours plus à écouter qu'on ne croit.
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Dialogues avec la vie

Collection L'Ouverture Philosophique dirigée par Dominique Chateau et Bruno Péquignot

Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou ... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions

François AUBRAL et Dominique CHATEAU (eds), Figure, figural, 1999. Michel ROUX, Géographie et complexité, 1999. Claude SAHEL, Esthétique de l'amour, Tristan et Iseut, 1999. Didier RAYMOND (éd.), Nietzsche ou la grande santé, 1999. Michel COVIN, Les mille visages de Napoléon, 1999. Paulin Kilol MULATRIS, Désir, sens et signification chez Sartre, 1999. Marcel NORDaN, Quelques énigmes scientifiques de l'Antiquité à notre temps, 1999. Alexandra ROUX, La question de la mort, 1999. Bourahima OUATTARA, Adorno et Heidegger: une contoverse philosophique, 1999. Agemir BAVARESCO, Le mouvement logique de l'opinion publique, 1999.

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Dialogues avec la vie

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

@ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8142-6

Ce livre est dédié èt thane, pOLArle demi-siècle passé ensemhle

préliminaires
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Avant le seuil (limen) de la maison, cette zone entre deux où l'on n'est plus tout à fait à l'extérieur, mais où l'on n'est pas non plus encore à l'intérieur, c'est cela un préliminaire. Certes, la maison pour être ce qu'elle est n'a nul besoin de cet avant seuil. Comme la science pour Hegel, peut-être n'est-il pas nécessaire ni utile d'introduire, on est dedans ou on n'y est pas. Mais le risque de cette logique un peu binaire, c'est de ne pas intégrer le fait que ce lieu est celui où on accueille le visiteur. C'est cet espace où les rituels font que l'on se dépouille de quelque chose pour pouvoir entrer dans la maison et en franchir le seuil. On tape sa chaussure, par exemple, pour que la poussière de la route ne vienne pas salir la demeure de son hôte. On laisse à l'extérieur tout ce qui de la vie sociale pourrait venir interférer avec la relation amicale que l'on vient chercher dans l'intimité de la maison. Peut-être est-ce la seule raison d'être de ces quelques lignes. Le texte que le lecteur va découvrir n'a nul besoin d'être « introduit» et encore moins d'être « préfacé ». Alors, il se veut simple accueil : n'oubliez pas de taper un peu du pied, histoire de laisser tomber quelques préjugés, quelques idées préconçues sur la philosophie, sur la vie et peut-être sur l'auteur, Michel Verret, de ces quelques textes, traces d'une vie de travail, de militance, de pensée et

d'affection (amour, amitié, attachement) pour tout ça et surtout pour les femmes et les hommes avec lesquels ces exercices d'humanité ont été partagés.
Petit souvenir enforme d'incidente

La découverte des « Dialogues pédagogiques », ici repris, reste pour moi indissociablement liée au moment de leur parution, un peu après 68, et de leur lecture, mais surtout à l'idée même d'amitié. D'abord cadeau d'un ami, pour cela aussi toujours cher, Gérard G. qui se reconnaîtra malgré le temps et l'espace qui nous séparent aujourd'hui, mais aussi à une expérience unique: j'ai prêté six ou septfois ce livre à des amis, et à chaque fois j'ai dû le racheter, ces amis ne pouvant s'en séparer et peut-être aussi n'avais-je pas le cœur à leur imposer ce retour, de ce livre là et de lui seul.

Retour sur ce livre aujourd'hui. Dire un mot de ce livre et surtout de son style. L'écriture académique, qui a ses mérites, il ne faudrait pas verser dans une position inversement sectaire, a aussi ses limites. L'histoire de la pensée, souvent confondue avec celle de la philosophie, donne de nombreux exemples de ces tentatives d'une écriture autre pour dire autre chose autrement. Dès l'origine, si on en croit Giorgio Colli, la philosophie, rétive à l'écriture, se présentait comme énigme, puis elle fut dialogue avec Platon et d'autres, poème avec Lucrèce, avant d'être présentée en traité et de retrouver avec Nietzsche l'aphorisme et le poème. Le choix d'une écriture tour à tour dialogues, poèmes ou aphorismes s'est sans doute imposé - il y a de la nécessité spinoziste dans cette affaire - à Michel Verret pour pouvoir dire une expérience, en retrouver concrètement le sens concret et l'offrir en partage à ceux qui n'ont pas eu le même parcours, sans pour autant abandonner l'abstraction, signe de la pensée et de son exercice. Cet effort fait penser à Ponge qui cherchait à faire que la lecture du poème provoque la sensation de la chose qui s'y trouvait décrite, ainsi la figue, dont les grains craquent sous la dent provoquant une sensation unique que la musique du poème doit permettre de retrouver. Cette écriture, facile et difficile à la fois, invite à une lecture, comme en miroir - c'est-à-dire inversée - où la facilité est signe de
Il

son contraire, comme la difficulté d'ailleurs: verus index sui et falsi, disait Spinoza, encore lui. Peut-être d'ailleurs l'usage de ces termes est-il mal adapté. Il n'y a pas de textes faciles, de même qu'il n'yen a pas de difficiles. Il s'agit, en fait, d'une question de style de lecture. Comme le disait Nietzsche, pour ses propres œuvres, celui qui est léger ne peut les comprendre, il faut être de la race des « ruminants» pour accéder au sens d'un texte de philosophie. Le ruminant, sympathique animal, décompose en plusieurs étapes ce que d'autres font sans doute trop vite. Il arrache une touffe d'herbe, en fait une boulette imprégnée de salive qui commence la transformation chimique et l'envoie dans sa panse. Puis, une fois qu'il a accumulé suffisamment de matériaux, de données de base, le ruminant - proche du philosophe, qui, « grec» d'origine, connaît les vertus intellectuelles de la sieste - va s'allonger sous un arbre, à l'ombre et il y remâche tranquillement une à une les boulettes précédemment ingérées. Peut-être faut-il prendre cette indication de Nietzsche au sérieux? Et lire un texte de philosophie ou de toute discipline en plusieurs étapes avec calme et sérénité (Michel Verret ne se déclarait-il pas, dans une émission de radio, partisan d'une attitude zen, associée à d'autres types de pensée d'ailleurs ?) pour que la réaction chimique se fasse et que la richesse du matériau s'exprime pleinement. Ces textes, ici rassemblés, invitent à une telle lecture. Lire comme on écrit et écrire comme on vit et tirer de tout cela ensemble de quoi faire son miel ou son lait, si on garde la métaphore de la rumination. Un livre original donc par sa facture comme par son ambition, où sont réunis des textes écrits à divers moments, traces d'une réflexion inscrite dans une histoire, éléments rassemblés d'une expérience de vie, sans jamais tomber dans une morale - qui se présenterait comme en étant tirée (en admettant que cela fut possible, ce que déniait à la fin de sa vie Erik Satie cité par Gaston Bachelard), et qui par-là même prétendrait à s'imposer d'en hautmais offrant au lecteur, face à cette histoire - et dans son histoire - et à ses traces écrites, la possibilité de penser sa propre expérience, en toute liberté.
Bruno PÉQUIGNOT

III

préface 98
rwmWillWdŒiiWWiiiiiŒii,ŒŒi'Ç'hiW'!'!iWNlli!'!imbiWfu",'%1iiiiiiiŒ,MMillillillWJW!WffiI).,,,fu'iiiffi1iiWlWilWMiiiMiiMM¥'idmmmmmmmillmW'

Ce volume rassemble sous le titre général Dialogues avec la vie: . Dialogues pédagogiques, écrit en 1967, paru en 1972 aux Éditions sociales, Paris.
. Histoire d'un Sage, écrit en 1987, inédit . Éclats sidéraux, écrit en 1989-1991, publié en 1992 aux Éditions du Petit Véhicule, Nantes.

. Dialogues du bout du temps, écrit en 1998, inédit. *** L'auteur remercie de tout cœur ... ceux qui ont édité et préfacé les textes jadis publiés:

.Lucien Sève pour Dialogues pédagogiques . Luc Vidal et Jean-Paul Molinari pour Éclats
-

sidéraux
... et pour l'édition
en partie réédition - présente,

. Bruno Péquignot, qui en fut l'instigateur et
l'introducteur auprès des Éditions L'Harmattan...

. Marie-Claude

Charles, qui en a assuré frappe et ***

mise en forme.

PRÉFACE

98

9

Quant à préfacer moi-même, de quelques élucidations supplémentaires, l'ensemble ici présenté, je n'ai trouvé aux questionnements qui m'ont été faits que les réponses suivantes. .. POURQUOI?. . Pourquoi la théorie? comme le plus court chemin vers la réalité. .. Pourquoi la littérature? parce qu'elle va plus vite que la théorie... Pourquoi l'ambiguïté? pour n'en avoir jamais fini. ..

***
Pourquoi la critique? pour guérir du rêve. .. Pourquoi le rêve? pour guérir de la critique. .. *** Pourquoi le dialogue? parce qu'on a moins peur à deux... Pourquoi les citations? pour appeler l'avenir... Pourquoi le rire? pour allumer la joie...

JO

Michel VERRET

Dialogues

pédagogiques
1961
#\\W,W\\it\WM,\ïn#\;mi\\Ü\NnlM#1it.~t*ëWWh__1jjWit'!0.i!li_I@Wk~'i)l\\&¥ü1tiMWWi\WiI"JWIMk\ttfuVllli1H11

I. Recherches
\,,,,,,,,,,

""'W@Wi:œ)';;',',

',:œffPff@fHiWW:œiWfiWP@¥%rMH.w:œmmuw:œiWgiW:œ:œ@nmmummmmmmtmmmmm:œ",,:œ,ffiWHM:œ;;)\¥XXU;'

Quêtes
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',rl@'I!tIII!tIIImImElIImImHWItIm¥h~\%i1;mmM¥ItElImH%i%@lllllllm

l

A, qui s'était donné à lire les premières épreuves de ce livre, demanda à se voir.
-

Non, pas toi, faux jeton, jeta-t-il au type à lunettes un Volontiers, répondit l'autre, mais lequel? Je le trouverai bien moi-même, dit A l'écartant. TI

peu voûté, qui le reçut d'abord. C'est le vrai A que je veux.
-

L'étudiant aux cheveux fous, dans la petite chambre dont il ouvrit d'abord la porte, leva de son livre des yeux si absents qu'il n'osa même pas lui parler. Il rencontra encore un adolescent maigre qui regardait des

avions tomber du ciel - un enfant au visage fin en petit costume de velours noir - un nourrisson jovial en chemise
à nœuds-nœuds sur une peau d'ours.
-

Je me suis trompé de sens, se dit-il.

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

15

III Dans l'autre couloir, il tomba sur ses pères. Ils étaient quatre qui le regardaient affectueusement: le sien, Dieu, le Parti et son maître de philosophie. Ils se mirent à parler tous en même temps.
-

Ce n'est pas vous que je cherche, dit-il, c'est Moi. N

-

Tu me croiras si tu veux, expliquait-il à B, je ne me suis
trouvé.

jamais

16

Michel VERRET

La bricole
Utm11Mi1mt1@ttilKmt: ...;/@$]@tMtM1fu_m

..mlmmM'I!tt

-

Tu crois que tu es toi?, B était enchanté. Non,

vraiment, tu es trop mignon. As-tu déjà vu le guidontaureau de Picasso? ajouta-t-il sans transition.
-

Oui, dit A, je m'intéresse au vélo. Mais je ne vois pas le

rapport.
-

C'est une bricole.

Bricolage,

composition

et

recomposition de nouvelles totalités fonctionnelles à partir d'éléments empruntés à des totalités anciennes, c'est exactement ton cas. * Moi-même qu'ont formé tous les corps et les choses humaines (APOLLINAIRE).
-

Ainsi je suis tous les poètes que j'ai lus? songeait A Oui, dit B, et aussi Cicéron, Lysias, Bossuet... tous les

flatté.
-

auteurs de ton programme.

A avait pris le parti de ne jamais relever les perfidies de B.
-

Je n'ai quand même pas commencé à vivre à l'école,

objecta-t-il seulement.

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

17

-

Alors ajoute, fit B conciliant, que tu es aussi ton père,

ta mère et tous les objets d'identification que tu t'es introjectés. « Vocabulaire de psychanalyse de Laplanche et Pontalis » ajouta-t-il, arrêtant les questions de A, Paris, 1966, P.U.F. Tous les mots sont expliqués... *
-

Je ne pensais pas être si nombreux, dit A. Mais toute

totalité recomposée constitue un nouvel ensemble significatif. Vois le guidon, il est devenu taureau.

18

Michel VERRET

PicCtsso
~1,t,nii;;;;n;;;;iii,~;:}mm1,m\t!!mK_*mttmWWnàlHtfillill81imtWiim;mmmm(@Uiiiiiiiiiiiiimm

Unjour je prends la selle et le guidon, je les mets l'un sur l'autre, je fais une tête de taureau, c'est très bien. Mais, ce qu'il aurait fallu tout de suite après, c'est jeter la tête de taureau. La jeter dans la rue, dans le ruisseau, n'importe où, mais la jeter. Alors, il passe un ouvrier. Il la ramasse. Et il trouve que peut-être, avec cette tête de taureau, il pourrait faire une selle et un guidon de vélo. Et il le fait. Ça aurait été magnifique. C'est le don de la métamorphose.

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

19

Çjommes
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A semblait très occupé.
-

Je me gomme, expliqua-t-il à B. Tu as raison, c'est *

surchargé. Mais tu vas voir.

On avait vu: un grand trou, l'irréparable...
-

Maladroit,

dit B, heureusement

qu'il n'y avait rien

dessous.
-

Rien? Et ma nature ?

-

Une feuille blanche. Même en grattant la culture, tu ne

la retrouveras pas. Le blanc dans le texte a pris un sens qu'il n'avait pas avant.
-

Me voilà donc perdu pour toujours? gémissait A. Un non-sens, ce n'est pas tellement intéressant, le

consolait B.

20

Michel VERRET

Conjugaisons
'''"W';;;;;;'''''!;;!::,V"h,Xhim;"mfi'!!!'!!!!'i!!:;;tkWW!@;!'ii!!'iWW!!'iMiWW&hmmWik'lMiinPiimiW

-

Mais j'y pense, dit A, si je pense, je suis... Tu veux dire que tu parles? dit B.

Tu parles, donc nous parlons.

Nous parlons, donc une langue est, Donc un peuple parle, qui nous l'a apprise.
-

Donc l'enseignement est, s'écria A charmé...
Qui parle en toi, conclut B. *

-

Et ce je ne sais quoi de plus qui fait que je suis A et Ton inconscient personnel! s'exclama B. Je n'osais pas
« Personnel », tu l'as dit toi-même.

non mon collègue B ?
-

t'en parler.
-

Oui, dit B, mais ce n'est plus un je, c'est un ça.

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

21

Du temps où les adultes ne sont encore que de grands animaux... (FREUD)

Dinosaure, deux cerveaux, un dans la tête, un dans la queue - A et B se promenaient au Muséum - le seul animal, d'après J.B. Taylor, qui puisse raisonner en même temps a priori et a posteriori, commentait B.
-

-

Un superbe animal. A regardait avec un rien d'inquiétude, cette mâchoire, en haut. J'aime quand même mieux vivre en notre siècle.

Tigre en papier, dit B. Deux cerveaux, donc de gros problèmes de coordination: démarche lente et désunie; peu d'aptitude à se retourner, donc à réfléchir. Tu reconnais aux mêmes signes, poursuivit-il, le dinosaure mental. Variétés à deux cerveaux, quatre, seize, etc. selon les heurs et malheurs de l'éducation.
-

Tu sais - ils étaient du côté du second cerveau - que les dinosaures, pondant bêtement leurs œufs sur le sable, se les faisaient gober par de petits mammifères aux dents aiguës dont nous descendons? Le gobeur était beaucoup plus petit que l'œuf, mais? il interrogeait A des yeux.
-

Il n'avait qu'un cerveau, devina A... *

22

Michel VERRET

A la sortie, A nota sur son carnet: Survivance du plus apte. Tout animal du secondaire désirant survivre comme être pensant doit:
1. Interrompre la ponte.

2. Refondre ses cerveaux en un seul, si possible dans la tête. 3. Lui donner l'unité d'un système pluridimensionnel. 4. Manger les œufs des autres.

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

23

tncres
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,.nwww';""I'i,,'.w.wm;WM1ii;M1W[ifut%[WT@!@

A, toujours à la pointe du progrès, avait acheté un fichier. Il prit une fiche. Sa blancheur éblouissait.

Là où rien n'est à sa place, se souvint-il, c'est le désordre. Là où à la place voulue, il n'y a rien, c'es l'ordre (BRECHT).
Tu n'as qu'à mettre le désordre à la bonne place, avait ditB.

24

Michel VERRET

Il. JV(aTtres
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HWtt1\'t*,wtKWWmmwww;;;;ww;;mWfi.Th;'Willmm!m!ill",,!!W,"'i'iWiKmmm;;;;mwmfWXYiiMmmmWW;;WWmmmmmm

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dIA maÎtre

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Frontalité : un œil dans le dos. Supériorité: pieds à estrade. Le Verbe: Maître des noms. La Craie: Maître des formes. Le Ton: Maître des valeurs. L'Encre: écrit avec son sang.

-

Comme moi, fit Dieu étonné.

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

27

Confidences
m:"umUm1iÙ1mlUmM1UUUlM1UIM11mmmmtmnitW_mml[lWUiIWWiMt1J:$.tl ..1%'1M.\WiM

-

Ainsi, mon cher collègue,

dit A à Dieu, vous aUSSI

vous plaisez aux alcools de la toute-puissance?
- Non sans règles, répartit Dieu. La loi est la condition de possibilité de l'infraction. Je parle des infractions de bonté, précis a-t-il, arrêtant A du geste: miracle, grâce, salut. Soit dit sans vous offenser, c'est à celles-là qu'on reconnaît le maître.

A connaissait déjà, plus avancé que Dieu ne pensait, mais comment le lui dire? les bouleversants effets de la bonté dans l'âme des maîtres.
-

Je me demande pourtant - ce ton protecteur l'agaçaitquel rôle joue l'enfer dans votre économie?

-

Vous êtes jeune! Dieu s'amusait franchement. Pour être content d'être reçu, il faut avoir peur d'être collé. Il y aurait là une étude intéressante à faire. Une thèse peutêtre? suggéra-t-il. *

A ne cacha pas sa déception à B.
-

Il est brave, mais vraiment vieux jeu. Finalement c'est un conservateur. L'inconscient est toujours conservateur, dit B. Et d'où crois-tu que vous vient votre besoin de toute puissance?

-

28

Michel VERRET

Conciliabules
WM@MWll\t1mim;;n1mM!&'k'Wi&'&~ili[WW@](W.'.~lThttmwt11Wi1ib'SW@*,

I
L'abbé Z, entre deux portes - il courait toujours après le bien -, prit A au veston:

- C'était le père de Dieu que vous avez rencontré, lui ditil. Celui d'avant le Concile. Nous en avons un nouveau: je suis sûr qu'il vous plaira. II A la session de juillet, A, s'inquiétant des listes, tomba par hasard sur le nouveau Dieu.
-

Avec la meilleure volonté du monde, s'excusa celui-ci,

nous n'avons pu faire mieux. Ils sont de plus en plus nuls en vertu. C'est quand même la matière de base.
-

Il faudrait la subventionner, répondit malignement A. ill

-

Dieu est partout, disait l'abbé Z. Pourquoi ne serait-il Et pourquoi y serait-il encore, répondit A, s'il est déjà

pas à l'école?
-

partout?

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

29

N
-

L'examen est un acte technique assez difficile,

expliquait B à Dieu aux commissions de repêchage, pour qu'on n'en fasse pas une épreuve de salut.
-

Et le salut une chose assez sérieuse, ajoutait A

tacticien, pour qu'on n'en fasse pas une matière d'examen.

30

Michel VERRET

jOrospective
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'HU.'(J.'j',,'j'::,":;;i"?iNiL:;,

La nouvelle église était vaste et nette comme une usine. *
-

J'ai voulu, dit l'abbé X - il en avait bâti les plans - que

le prêtre soit au centre. Que tous le voient, qu'ils se voient tous.
-

Cela ferait

une belle

salle de réunion,

fit A

songeusement.

C'était l'abbé du siècle prochain et ils s'entendaient sur beaucoup de choses.
-

C'est ce que je dis à ceux qui viennent, reprit l'abbé. *

Les lieux bâtis pour les sentiments justes sont à tous.

-

Le soir

-

ils rêvaient tous les deux, aidés par les
meetings, fêtes,

projecteurs -, le soir pas de difficultés: elle sera rarement vide. L'après-midi?
-

Des stages pédagogiques?

suggéra l'abbé.

A, dont l'imagination était vive, pâlit. *

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

31

-

Le temps que tout se fasse, essayait-il de se rassurer, Détrompez-vous, renseigna l'architecte. Le béton est Presque aussi résistant que le rêve, dit l'abbé. En Du moins les pédagogues, convint A. Le reste suivra.

l'église, vous et moi, ne serons plus là.
-

prévu pour 6 000 ans.
-

6 000 ans nous referons bien les hommes?
-

32

Michel VERRET

t<espoJ1sabi/

ités

iWiM111111RIîMiWmnmlîlliiiEm1Mi;nG,RIWiJ&%'!J!iMWi1mH\1iEtlliilîmMWftWM\t\B\WL'i1%11ml_tm:

Le béton résonnait.
-

En tant que pédagogue - je ne parle pas du marxiste -

je ne puis vous suivre, raisonnait A. Quand on met un élève devant ses responsabilités, c'est qu'on ne sait plus l'aider. Quand on se met devant les siennes, c'est qu'elles commencent à vous embêter. Très mauvais signes. Une bonne pédagogie, énonça-t-il tout d'un trait, est une pédagogie où le savoir du maître et le savoir de ses modes de transmission déterminent chez l'élève, dans le minimum de temps, d'erreurs et d'enflure de responsabilité, un apprentissage exact.
-

Encore faut-il, dit l'abbé, se sentir responsable du Question technique. Simple affaire d'institution. Si elle

savOIr.
-

est bien organisée, vous n'avez pas à vous sentir responsable. Vous l'êtes en tant qu'élément du système. Pour le système, le mot ne convient plus. Un système ne peut pas répondre: il ne parle pas.
-

Dommage, jeta l'abbé Z qui passait en coup de vent, un

acte est tellement plus beau accompagné de paroles.

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

33

Libertés
MWJWI@S1W@))@)&W1Hffiffi'A'tWiltWiiiilt@liifi1iiiiIDtWfMMMŒ@;1JWA1M&lWti1I@WKMWit\1tThWt1?

-

Je parie, demanda l'abbé Z, l'air finaud, que vous allez Elle n'a de sens que par l'obligation, dit A. On ne

larguer aussi la liberté?
-

désigne par obligation que ce dont on n'a pas compris la nécessité. Loi, volonté, liberté, c'est le supplément d'âme des problèmes mal compris.
-

Je ne vous comprends

pas bien, fit doucement

l'abbé X.
-

Spinoza a écrit sur ce thème un très beau texte à

l'intention de vos collègues, répondit A. Permettez-moi de vous le lire. * Relativement à Dieu, c'est tout un de dire que Dieu a de toute éternité voulu et décrété que les trois angles d'un triangle fussent égaux à deux droits ou que Dieu l'a conçu par son entendement. Il découle de là que les affirmations et les négations de Dieu enveloppent toujours une nécessité, autrement dit une vérité éternelles. Si donc par exemple, Dieu a dit à Adam: Je ne veux pas que tu manges le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, il impliquerait contradiction qu'Adam en mangeât,' ce décret divin en effet devrait impliquer une vérité et une nécessité éternelles. Puisque cependant l'Écriture raconte que Dieu l'a interdit à Adam et que néanmoins Adam en a mangé, on devra dire nécessairement que Dieu a révélé à Adam le mal qui
34
Michel VERRET

serait pour lui la conséquence nécessaire de cette action, mais non la nécessité de la conséquence de ce mal. Par là il arriva qu'Adam a perçu cette révélation, non comme une vérité nécessaire et éternelle, mais comme une loi, c'est-à-dire comme une règle instituant qu'un certain profit ou un certain dommage sera la conséquence d'une certaine action, non par une nécessité inhérente à la nature même de l'action, mais en vertu du bon plaisir et commandement absolu d'un prince. Ainsi, pour Adam seul et seulement par suite de son défaut de connaissances, cette révélation devint une loi et Dieu se posa en législateur et en prince.
-

Ouf! fit A, ça fait beaucoup d'histoires pour une

pomme, mais sinon, on n'ose pas la manger.

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

35

Dessins
rHUf:ifiW@@HUU:;;;
:iiiiiiiiiiWfWlfimiimmUWiHHiWiiiiiHiiiiiiiiIWiiii1@!11WiiiiWIfiWfUmffWMli:i

Quand A revint, il vit un dessin au tableau.
-

Qu'est-ce que c'est? demanda-t-il. Une âme sans son supplément, l'abbé Z était très
Mais ce n'est pas au point: il ne reste que le

absorbé. corps.

36

Michel VERRET

o.s.
ii"'mtm$!ii'i"imnWimWM'!,,!!!!!m@WNRMWllhllilW]WWmmltW8i&,'Zw.tlliWmW!'"~''':'::;AW

Ils glissaient dans le soleil avec des gestes d'aviateurs.
-

Traiter l'élève comme un moteur, dit B, tu te rends

compte un peu le respect que ça suppose? le graisser régulièrement, ne jamais le forcer, s'inquiéter des ratés.
NOUS N'AURONS PAS TOUJOURS CENT ANS (ELUARD).
-

Ah, tu as vu ? Publi-poésie.

POUVOIR CIRCULER DANS LA VIE COMME UNE AUTO DERNIER MODÈLE (PESSOA).

Exactitude, don de vitesse, accord de l'espace et du corps. A voyait une foule de petites D.S. multicolores fusant en éventail, comme dans les jeux de son enfance; mais alors il fallait les pousser et elles s'arrêtaient ou bien elles dérivaient.
-

LA JOURNÉE N'A QUE 86 400 SECONDES (CAPEK). CALCULEZ VOTRE TAUX DE REDONDANCE.
-

De qui est-ce? demanda A.

-

De moi, dit B. C'est de la poésie pratique.

DIALOGUES

PÉDAGOGIQUES

37

Engineering
IttttdWmmWi%tKWtmmfu'1:mWRKD1t1WfW;J\WNNlœmmffu11WiWf,jW%M@Th'iIWmWIi\MMW_

A avait acheté, avec le concours de quelques esprits d'avant-garde, un très grand terrain en pleine campagne. Au-dessus du bureau, une banderole, peinte en lettres rouges: B.M.P. : Bureau de Mécanique Pédagogique.
-

C'est encore peu de choses, expliquait-il à ceux qui

trouvaient les concepts exposés un peu maigres. Mais les bâtiments vont monter très vite. Déjà... Où est donc ce sacré B, pestait-il, on n'a pas idée de partir avec les arguments. Qu'est-ce que je peux encore leur raconter? Comme rien ne venait, il leur fit un peu de morale.

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Michel VERRET

III. Identités
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