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Du beau moral et du beau formel

De
59 pages

C’est une opinion trop répandue que celle qui prête à l’œuvre d’art une action moralisatrice. Trop répandue, parce qu’elle ajoute à la nuée de confusions dont reste enveloppée la notion du Beau et que, d’autre part, elle empêche d’apprécier sainement la valeur intrinsèque des œuvres. Croire à l’influence moralisatrice de l’art, c’est se payer de mots.

Et d’abord, il s’agit de préciser ce qu’on entend par art, l’abus qu’on a fait de ce mot exige cette précaution.

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Alphonse Germain
Du beau moral et du beau formel
Du beau moral et du beau formel
C’est une opinion trop répandue que celle qui prête à l’œuvre d’art une action moralisatrice. Trop répandue, parce qu’elle ajoute à la nuée de confusions dont reste enveloppée la notion du Beau et que, d’autre part, elle empêche d’apprécier sainement la valeurintrinsèque des œuvres. Croire à l’influence moralisatrice de l’art, c’est se payer de mots. Et d’abord, il s’agit de préciser ce qu’on entend p ar art, l’abus qu’on a fait de ce mot exige cette précaution. On dit courammentl’artpour l’art poétique, l’art plastique, etc ; on appelle volontiers aussi de ce nom toute somme d’ha rmonie réalisée dans un travail. Mais L’ART, ce mystère dont tout le monde civilisé parle avec respect et que si peu savent reconnaître, qui le définira de manière satisfaisante ? J’estime que ce doit être non seulement l’excellence en cescréations harmonieuses que sont les chefs-d’œuvre, tout effort vers le mieux, vers le Beau, couronné de succès, mais encore l’action d’avoir embelli moralement un esprit, ouvert une âme au Div in. « L’art des arts est le 1 gouvernement des âmes », déclare S. Grégoire . Composer un poème eurythmique, construire une figure aux proportions admirables qu i éveille en nous d’intimes correspondances, suscite un de nos éréthismes les plus purs, — voilà l’Art. Annoncer les vérités indéfectibles, semer les idées hautes et gé néreuses, préparer les âmes à la pratique des vertus, à la vie intérieure ; bref, tr availler, selon un mode harmonieux, à rendre l’homme meilleur,— voilà l’Art encore ; et à son point culminant, car il oriente vers Dieu. Telle n’est pas l’opinion générale. Pour la plupart de nos contemporains, l’œuvre est d’art,qui a été conçue sans autre vouloir arrêté que de créer de l’harmonie, des beautés d’im ages ou de formes, de provoquer des joies esthé tiques, c’est-à-dire de pures sensations. D’après cela, un livre exécuté en vue de moraliser peut être écrit avec art, on ne saurait le dire œuvre d’art, pas plus que l’argumentation spéculative et tout travail de raisonnement pur, en un mot, quoique de style. Écrite en vers ou en prose, figurée sur la toile ou taillée dans le marbre, l’œuvre d’art sera it donc celle qui, parmi les créations imaginatives et les interprétations originales des réalités,dégage de l’indicible.« L’art est l’interprète de l’inexprimable », formula Gœthe. Adoptons ce sens pour la clarté de notre thèse. Qu’il paraphrase les merveilles créées ou balbutie son intuition de l’invisible, l’artiste nous présente le réel selon la vision qu’il en a, l’idée qu’il s’en fait, et c’est par quoi il nous charme ; entre les choses et nous, il applique le p risme de son imagination, il ne nous montre jamais le sensible sans nous élever au-dessu s ou nous promener à côté. L’art d’écrire et l’art de dessiner, qu’est-ce ? sinon l’élaboration d’exquis mirages, de philtres enchanteurs, source de quiètes joies et, pour beaucoup, Léthé aux maux quotidiens. A ces arts, nous avons donc à demander des sensations , des enthousiasmes rassérénants, non des préceptes de conduite. On a vu cependant, objecteront certains, des fictions anagogiser. Sans doute, mais par excep tion et, n’ayons garde de l’oublier, par des moyens étrangers à l’art.La Divine Comédieéveiller ou exalter, en de peut nombreux cœurs, l’amour du Tout-Puissant, ce n’est pas ce qui la sacreœuvre d’art magnifique entre toutes. Corneille, parPolyeucte,Racine, parAthalie,excitent la piété et d’altiers sentiments, le thème choisi en est la cau se, non l’art du poète, simplement subsidiaire. Mais laissons de côté l’art du verbe p our ne nous occuper que des arts du dessin.
1M. Reg. past.,pars I, cap. I.
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