Du principe espérance à l'éternel retour

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La philosophie est un échiquier d'idées, avec des pièces maîtresses, les concepts dominants, et les petits pions, les concepts mineurs. Le parti pris de cet essai a été d'avancer le plus loin possible les petits pions entre deux lignes : l'une qui défend le Principe Espérance, oeuvre d'Ernst Bloch, peu lue aujourd'hui, l'autre qui saute de plain-pied dans la grande oeuvre inachevée nietzschéenne de l'Eternel Retour. En filigrane, nous avons eu recours à deux stratèges : Deleuze et Derrida.
Publié le : jeudi 1 juin 2006
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EAN13 : 9782296151000
Nombre de pages : 130
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www Jibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr (Ç) L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00937-9 EAN: 9782296009370

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Du Principe Espérance à l'Eternel Retour

La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren
Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique. Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie. Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement.

Dernières parutions Roberto FREGA, John Dewey et la philosophie comme épistémologie de la pratique, 2006. Roberto FREGA, Pensée, expérience, pratique, 2006. Jad HATEM, Marx, philosophe du mal, 2006. J.-M. BUÉE, E. RENAULT, D. WITTMANN (sous la dir.), Logique et sciences concrètes (Nature et Esprit) dans le système hégélien, 2006. Stéphanette VENDEVILLE , Au maître nu, 2006.

Philippe Sergeant

Du Principe Espérance , à l'Eternel Retour
Concepts mineurs, états d'esprit

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

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Du MÊME AUTEUR

Aux éditions Christian Bourgois : L'ombre dans lafontaine, récit, illustration H. Télémaque, 1979. Cent pages imaginaires d'un conte réel, 1980. Erro ou le langage infini, essai, 1980. Aux éditions de la Différence: Alain Jouffroy, l'instant et les n10ts, essai, 1987. La victoire de Tancrède, théâtre, 1989. Donald Sultan, appoggiatures, essai, 1989. Traduit et publié aux ÉtatsUnis en 1991, Éd. Jancovici. Gérard de Nerval, la mort d'Andros, 2006. Chez d'autres éditeurs: Le présent, illustrations M. Dhoye, récit, Éditions Pierre Bordas & fils, 1981. Chemins de la lenteur, illustration Pierre Gaste, récit, Éditions ACAPA, 1986. Promenade ou une enfance de Sophocle, illustration J. Capella, récit, Éditions J.-M. Ponty, 1986. Dostoïevski, la vie vivante, essai, Éditions L'Hannattan, 1994. Désabri, suivi de Pulchinella, dessins de Jeanne Gatard, poèmes, Éditions Voix Richard Meier, 1995. Maurice Mat ieu, peintures de l'insoumission, essai, Éditions Actes Sud, 1995. Bergson, matière à penser, essai, E.C. Éditions, 1996. De l'Irresponsabilité, essai, E.C. Éditions, 1997. Pensées Perdues, dessins de Nathalie Anton, poèmes, Éditions Provare, 1998. Le Kairos, essai, E.C. Éditions, 1999. Idées clandestines, essai, Éditions Provare, 2001.

AVANT-PROPOS

À la fin des années soixante-dix, au siècle dernier, Bertrand Russel attirait l'attention sur quatre sortes de mots. Il se fait que nous n'en utilisons pas d'autres: les mots parlés, les mots entendus, les mots lus, les mots écrits. (N'y a t-il pas cependant des mots chantés, des mots chuchotés, des mots tus, des éclaircies ?) Si nous prenons la série (somme toute imaginaire) des mots lus par un individu sur une période donnée, et si dans cette série, nous ne tenons compte que des mots qui ont été écrits par d'autres que lui: nous voyons s'imprimer un monde, une mappeJJ;1onde qui se dessine sur la rétine. La rétine est l'Antarctique du monde d'autrui; vivier d'ondes, de poissons, d'orages et d'oiseaux. Archipels de couleurs, de formes, de senteurs. Bris de sens, zébrures d'intuition, d'attente et de résine mélangée au sang. Captures d'ombre, de fraîcheur. Courses effrayées dans l'enfance et la vieillesse. Granit des illusions et coulées des passions. Plumes des jeux, osselets des chances. Tentes des oublis et temples des échéances. Voyages inouïs dans les grelots et les moufles de quelque conte enneigé dans l'enfance. Ce que nous lisons, parfois au hasard, sous la forme accidentelle, parfois par contrainte, sous la forme culturelle et cul7

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tuelle, parfois par bonheur, parfois par souffrance, au fil des années, forme un matériau très spécial, un peu semblable à une plaque sensible qui développe les lumières qui nous éclairent depuis l'obscurité que nous formons. Cette obscurité ou cette buée est constituée par les cristaux d'argent de notre écriture. L'écriture comme torsade de la lecture : du vif-argent. Un mince filet de respiration devant la beauté du monde ou devant, ce qui revient au même, sa cruauté. Et cependant, ce que nous écrivons n'est que le miroir sans tain de ce que nous avons lu. Nous frottons une lampe magique pour que nos morts nous parlent. Nous écrivons pour les morts. Et les U11es(les lumières), il est vrai, ne vont pas sa11S l'autre (l'obscurité). Sans le réquisit, sans la part d'obscurité, d'animalité, de m011struosité qui nous instaure et déstabilise individuellement, immédiatement, spontanément, sans notre anomos, nos anomalies, il n'y aurait pas de rectitude possible, il n'y aurait pas de nomos, de normes. D'ailleurs, i111'y en a jamais véritablement. Nos énoncés, toutes les formes de nos émissions verbales, écrites, lues, e11tendues,parlées, passent, spectrales. Il arrive qu'en musique le chant de la terre s'élève à la hauteur de nos hantises. Le spectre de nos i11stinctsagit sous le pollen d'une puissance trop grande qui nous invite à faire l'al11our avec les plus grands motifs. Les fleurs gonflent. Nous finissons ivres morts, rayés noir et jaune entre des pattes d'abeilles et nos concepts essaiment, remplis de pluie et d'aube. Tout concept est l'enregistrement de faits irréductibles. Un concept-caméra voit les gens de dos rentrer chez eux, chargés de fruits et de légumes, les gens que nous aimons, tournant leur vie comme un tourniquet et gardant dans l'esprit un gri-gri, une sorte d'espoir, une sorte de petite lueur sur la vie. De toute façon, avant de rentrer chez soi, on a mille senteurs. Et c'est cela conceptualiser: l'essence des odeurs. Frayer dans la chronique des cou8

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leurs. Penser se paye par un déficit mental qui nous place d'emblée dans le monde des morts, et la résurrection n'est promise qu'aux idiots. Les idiots qui disent fleur, et ce faisant, qui disent l'absente de tout bouquet. De l'ensemble toujours ouvert - éternelle vacuité - des livres qui nous ont fait rêver et aimer, nous ne tirons aucune leçon de choses. Mais des masques pour un carnaval de désirs qui jamais ne s'ajustent au linceul de la volonté encyclopédique. Les encyclopédistes sont des bourgeois gentilshommes. Nous admirons ceux qui nous apprennent quelque chose. Voilà tout. Nous produisons, en lisant, une économie d'énergie, une contraction et un gaspillage heureux d'expériences que nous dépensons, en écrivant, comme excédent de nos forces: les mots lus et les mots écrits sont pris dans une économie asymétrique de réserve et de dépense. Les mots que nous lisons sont infiniment plus nombreux que ceux que nous écrivons et nos lectures débordent infiniment nos écritures. La différence n'est pas seulement quantitative. Elle signifie que le champ de la lecture ne recouvre jamais celui de l'écriture, ne lui correspond en aucun cas, exhibe, bien au contraire, l'incommensurabilité de l'acte de lire et celui d'écrire. Nous n'écrivons qu'en fonction de ce que nous lisons, mais nous ne lisons absolument pas en fonction de ce que nous écrivons. L'écriture est l'excédent de ce que nous avons puisé dans les forces de lecture qui nous débordent. Et peut-être que le rôle d'un concept consiste en ceci: canaliser ces forces lues, perçues, excédantes, ces puissances hétérogènes, sélectionner leurs forces d'impact

sur des plaques sensibles - nos propres écrits, nos paillettes d'argent, frissons de la pensée aux tempes pour sauvegarder du matériau lu le plus pur instant d'extériorité, de violence à nous-mêmes. C'est une violence pareille au rythme qui scande la mer contre la falaise. Écrire sur des 9

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pattes de mouettes. C'est atroce de se répéter dans les vols de mouettes et pourtal1t un concept n'est jamais vécu. Il n'est pas abstrait pour autant. Il rend la vie 110npas obsédante (phantasme) mais excédante et excédée. Ni tyrannique, ni hystérique, mais problématique. Le concept n'est que la vie élevée, réitérée à la puissance de son excès lorsque ce que nous écrivons subsume ce que nous lisons sous la même dépense, sous le Inême épuisement, sous le même débordement. Il en va de n1ême pour le rapport entre le mot entendu et le mot parlé. La leçon de Montaigne est une leçon unique: «Des voleurs vous ont pris. Ils vous ont remis en liberté, ayant tiré de vous serment de paiement d'une certaine somme,. on a tort de dire qu'un homme de bien sera quitte de sa foi sans payer, étant hors de leurs n'Zains.Il n'en est rien. Ce que la crainte m'a fait une fois vouloir,J.esuis tenu de le vouloir encore sans crainte. » Le sculpteur Daniel Pommereulle disait les choses autrement dans ses aphorismes (et ses sClllptures, même monumentales ont toujours été, pour moi, des aphorismes) : «Il y a deux sortes de visages. Ceux qui arrêtent le vent. Et ceux qui le laissent passer au-dessus des mauvaises idées. » Nous voudrions, dal1s cet essai, retel1ir quelques traits des visages de ceux que nous avons lus et aimés, puis par les concepts mineurs qu'ils nous ont soufflés, sorte de confession en ut mineur, laisser passer leur pensée, leur rythme au-dessus des mauvaises idées.

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LA VIE INACHEVÉE

L'inachèvement de la vie, comme d'ailleurs celui de la matière, est la découverte philosophique qui place Ernst Bloch parmi les penseurs que je préfère. Le concept qu'il met en œuvre et qui couvre ou plutôt éclaire tout le champ de son épistémè est celui de l'inachevé. Qu'est-ce qu'un rêve d'inachèvement? Un rêve éveillé d'inachèvement? C'est un problème que ni la philosophie, ni la psychanalyse n'ont traité avant Bloch. Et pourtant, c'est le plus grand rêve que nous fassions chaque jour. Non pas parce que nous sommes des enfants. Mais parce qu'il est raisonnable et désirable de rêver à l'inachevé. Lorsque je regarde un film, le mot fin qui s'écrira sur l'écran n'arrête pas mes émotions, ne paralyse en aucun cas mes souvenirs. Je referme un livre, mais la lecture se prolonge dans mon imaginaire. Je me sépare de la femme que j'aime et sitôt absente, je redessine certains traits de son visage que sa présence même avait occultés. Tout le monde a rêvé de la sorte. Ce sont des rêves de grandeur. Et nous passons notre temps à tracer les plans de cette grandeur. L'homme ordinaire, la femme ordinaire, les artistes, les chercheurs, les savants, les poètes, les mystiques, les religieux témoignent tous pour cette grandeur qui, philosophiquement, je Il

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crois, est d'un ordre très particulier qui se résume en ceci: l'inachevé s'oppose à la finitude. La finitude de la cOl1ditionhUl11ainedevient un leurre. C'est une première conséquence. La condition l1umaine ne se comprend pas depuis sa finitude l11aispar ses projets. Elle n'a pas de fondemel1t arrêté, immuable qui la détermine et la fixe une fois pour toutes. Elle n'a pas davantage de telos le long duquel un but, lIne fil1alité se proposeraient d'être atteints. La seconde conséquence, c'est que la nature projective ne s'épuise jamais dans les réalisations. Lorsqu'un film est réalisé, c'est le projet qui reste en tête du cinéaste. Le projet d'un autre film, par exemple. Et s'il est à court d'imagination, un autre cinéaste prend sa place: jamais le processus de la vie n'atteint un terme dans aucune de ses manifestations. La vie est l'inachevé même. L'inachevé de l'amour, de la passion, du renouvellement, de la production de concepts, de formes, d'erreurs et de contre-vérités nouvelles. Mais passons sur la condition humaine. C'est aussi le mOl1dequi est un rêve de grandeur. C'est aussi le monde qui est un rêve éveillé d'inacI1èvement. Les astrophysiciens le savent bien, eux, à travers l'imagil1ation diurne par laquelle l'univers rêve: à l'il1star de Rimbaud, ils ont trouvé les accords de la couleur et du temps. Lorsqu'ils affirment que tel phénomène s'est produit, il y a cinq milliards d'années, ils colorient le plan de la grandeur de leur rêve de savants. On objectera que c'est bien une façon de dire que l'univers est fil1i. Non, puisque si j'avance, pOlIrlocaliser la naissance de l'univers, en ayant recours à une palette artistico-scientifique de mesure, la donnée de cinq milliards d'années, j'ai bien conscience que mon système de mesure ne s'épuise pas dans cette donnée. Les chiffres continuent à courir, promis qu'ils sont à une course inachevée. 12

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En fait, Bloch renverse Descartes. Ce dernier a fait un rêve de grandeur pour nous reconduire à notre finitude. Une créature finie conçoit l'infini. Une puissance infinie renvoie à sa créature finie. Gymnastique difficile. Tout se simplifie en substituant aux catégories du fini et de l'infini le concept de l'i11achevé. Je ne dis pas que mon rapport au monde est fini. Je dis qu'il est inachevé, comme mon existence. Je ne dis même pas que je meurs. Je dis que quelque cl1ose, que j'appelle à tort mon «moi », reste inachevé. Je ne dis pas que l'univers est infini comme s'il poursuivait justement à l'infini je ne sais quelle tâche ou programme ou perfectio11à remplir. Je dis qu'il est, comme ce que j' appelle à tort mon «moi », inachevé. Bloch pense que l'inachevé est la catégorie du Nouveau, de ce qui n'existe pas encore, sur le plan social et économique, ni moralement, ni esthétiquement, ni scientifiquement, ni philosophiquement. Voilà le fer de lance de sa méditation qui a pour noms si décriés espérance et utopie. Aussi n'est-il pas très tendre - c'est un euphémisme - avec son contemporain Heidegger: « Heidegger fait de l'angoisse Hl'être ainsi" inconditionnel, indifférencié de toute chose, Hunsentiment de la situation existentiel et fondamental ", isolant de la sorte l 'homme dans une pure subjectivité, le ramenant à soimême, le réduisant à son solus ipse. L'angoisse révèle donc à l 'homme son Hêtre-au-monde" le plus spécifique " quant au Hce-devant-quoi" (das Wovor), ce Hdevant quoi l'angoisse s'angoisse, c'est l'être-au-monde lui-même. » (Sein und Zeit, 1927, p.187.) On voit déjà poindre l'ironie. Qui parle, sinon l'angoissé lui-même? Et à qui parle-t-il, sinon à d'autres angoissés? Mais de quoi s'angoisse-t-on? Quelle est la nature de cette angoisse prétendument adéquate à l' êtreau-monde lui-même? N'est-ce pas celle d'une classe qui 13

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s'arroge le pouvoir exorbitant d'avoir une vue sur l'êtreaU-ITIonde? Créant, dès lors, son propre sentiment de déréliction quand cette vue s'annonce inopérante pour anticiper quoi que ce soit sur cet être-au-monde qu'elle a enfermé dans l'écrin de son dasein comme un bijou dont seuls les reflets sont productifs? Bloch ne nie pas la puissance de l'angoisse comme affect. Il se demande seulement qui a quelque raison d'en faire la promotion et comment cette prédilection pour la chose angoissaI1te reI1contre un tel champ de rayonnemeI1t et de résonance, notamment dans des milieux cultivés et privilégiés tels ceux qui ont nourri, par exemple, toute l'introspection freudieru1e ? Nous verrons qu'il n'est pas très tendre nOI1 plus envers Freud. C'est d'ailleurs, je crois, le criticisme de Bloch envers Heidegger et Freud, envers quelques autres aussi, qui l'a rendu si périphérique à notre philosophie contemporaine. Mais il y a là une question de stratégie. Comme le concept générique de son œuvre tourne autour du Principe Espérance, titre de son œuvre majeure, et COInmece concept n'avait jamais été développé avant lui, sur UI1 plan strictement dialectique tout au moins, il prenait conscience de son innovation mais aussi de sa relative solitude. Bloch avait besoin de Heidegger et de Freud pour déITIontrer qu'ils étaient les fondateurs, chacun à leur manière, de la mauvaise conscience d'une classe à la fois dominante et décadente. Si l'on ajoute que Bloch parle depuis Marx et que Marx n'a pas répondu à la métaphysique de ladite classe qui s' angoisse devant l'être-au-ITIonde, on a l'impression que l'œuvre du philosophe est une sorte d'idylle ou de conte qui s'adresse à des enfants. C'est en partie vrai. Elle ne parle pourtant pas de l'enfaI1ce du monde. Elle n'en a cure. Elle invoque et convoque la jeunesse d'un non convenu, d'un non encore devenu, d'une vie inachevée. Et « "Ce-devant-quoi" est au fond la même chose que ]4

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