Ethique classique et éthique moderne

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La pensée moderne est confrontée à des difficultés insurmontables pour résoudre les problèmes des sociétés modernes, alors que ce qui lui fait face, la pensée classique, peut nous guider à travers un monde compliqué. C'est la thèse de ce livre qui n'est pas un livre sociologique. Il fait même usage d'un concept obscur, le concept de l'être, qui n'est pas nouveau. Il permet de voir les choses ordinaires sous une lumière nouvelle. C'est pourquoi un traité de concepts peut avoir des conséquences surprenantes sur la perception des faits et que la philosophie peut agir sur la pratique. Et c'est ce que ce livre s'est proposé d'atteindre.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
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EAN13 : 9782296344099
Nombre de pages : 158
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ÉTHIQUE CLASSIQUE ET ÉTHIQUE MODERNE
Linéaments d'une éthique de l'être

Ouverture Philosophique Collection dirigée par Bruno Péquignot et Dominique Chateau
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Déjà parus

Mohamed Kan1el Eddine HAOUET, Camus et l'hospitalité, 2003. Patricio RODRIGUEZ-PLAZA, La peinture baladeuse. Manufacture esthétique et provocation théorique latinoaméricaine,2003. UCCIANI Louis, La peinture des concepts, 2003 Renaud DENUIT, Articulation entre ontologie et centralisme politique de Héraclite à Aristote: L'aube de l'Un (vo!.l) et Le cercle accompli (vol.ll), 2003 Paul DUBOUCHET, Commons et Hayek, défenseurs de la théorie normative du droit, 2003. Bernard HONORE, Pour une philosophie de la formation et du soin, 2003.
Mario COSTA, Internet et globalisation esthétique, et de la philosophie à l'époque des réseaux, 2003. l'avenir de l'art

Francis HUTCHESON, Essai sur la nature et la conduite des
passions at affections avec illustrtions sur le sens, 2003. C. E. de SAINT GERMAIN, L'avènement de la vérité, 2003. Isabelle DUPERON, Héraclite et le Bouddha, 2003.

Dominique CHATEAU, John Dewey et Albert C. Barnes:
philosophie pragmatique et arts plastiques, 2003.

Alain PANERO, Commentaires des essais et conférences de
Bergson,2003.

Ulrich STEINVORTH

ÉTHIQUE CLASSIQUE ET ÉTHIQUE MODERNE
Linéaments d'une éthique de l'être

Traduction de l'allemand par Jurgën Brankel avec la contribution de Marc Stoehr et Nicole Patureau

L'Harmattan 5-7, rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Paru en 1990 chez RowoWt, sous le titre: Klassische und moderne Ethik : Grundlinien einer materialen Moraltheorie

(Ç) L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5597-6 EAN : 9782747555975

Préface à l'édition française À la différence de l'éthique n10derne, l'éthique classique ne justifie pas la lnorale par les conventions, consensus ou décisions des hOlnlnes, lnais, et ceci reste une formule provisoire, par un systèlne qui prend en compte la valeur des choses. Ce que j'ai voulu et veux lnontrer dans ce livre, c'est que la pensée lnoderne est confrontée à des difficultés insurmontables pour résoudre les problèlnes des sociétés modernes, alors que ce qui lui fait face, la pensée classique, peut nous guider à travers un Inonde compliqué. Or, je n'ai pas écrit un livre sociologique. Mon sujet traite d'idées, d'argulnents, de concepts, pas de faits. Je fais lnême usage d'un concept obscur, le concept de l'être. Bien que je l'aie défini, je suis conscient de ses difficultés et de la défiance qu'il éveillera. Cependant, ce concept n'est pas nouveau. Il ne rend qu'explicite ce que contient notre usage ordinaire des mots. Il est vrai qu'il pennet de voir les choses ordinaires sous une lumière nouvelle. C'est pourquoi un traité de concepts peut avoir des conséquences surprenantes sur la perception des faits et que la philosophie peut agir sur la pratique. Et c'est ce que ce livre s'est proposé d'atteindre. J'ai écrit ce livre il y a quinze ans. Quand je l'ai relu pour la traduction, j'ai vu que je lne devais de suppritner des parties entières, et pour la fonne et pour le contenu. Alors, je l'ai révisé radicalement. Le résultat est un livre nouveau et plus court.
Halnbourg, aoÜt 2003

Préface à l'édition allemande de 19901
Une tasse ne contient qu'une tasse d'eau, et cela même si je la reu1plissais de litres. Wittgenstein

Les philosophes qui croyaient abolir le concept de l'être n'en ont que changé les propriétés. D'Espagnat

Ce livre devait naguère fournir une vue d'enseillble sur les philosophies Illorales conten1poraines, les classifier selon leurs principes, discuter ces principes et plaider pour une éthique qui fonderait leur validité sur le consenteIllent éclairé de toutes les personnes concernées. De cette façon il aurait été une variante de l'éthique consensuelle, qui est prédominante aujourd'hui parmi les philosophes. Cependant, plus je considérais les problèmes actuels de la illorale, plus une éthique consensuelle me semblait incapable de les résoudre. L'éthique consensuelle est contrainte de tenir pour légitiIlle chaque décision qui peut se réclamer d'un consensus éclairé. Elle ne peut exclure la légitimité de décisions qui enfreignent les droits de I'homille, pourvu qu'elles soient supportées par un consensus bien formé. La deuxièllle éthique illoderne, qui n'est guère llloins importante que l'éthique consensuelle, est l'utilitarisme. Elle aussi a de graves problèllles que je décrirai. Ce qui est COllllllun à l'éthique consensuelle et l'utilitarisme, c'est de Illettre la raison de la validité de la illorale dans la subjectivité de l'holllllle. Je considérerai donc égaleillent des éthiques qui la mettent dans l'objectivité des choses. La plupart d'entre elles commettent une faute: elles essaient de fonder les principes moraux sur des faits - faits de la nature ou de la volonté de Dieu. Mais on ne peut jan1ais déduire une norme des seuls faits.
1 l'ai abrégé aussi la préface

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Il faut toujours avoir une norllle parllli les prémisses. Si on en tient compte, une alternative aux éthiques modernes est possible. Je l'appelle éthique classique. L'éthique classique peut user d'un concept étrange, celui de l'être. Il représente la qualité la plus générale des choses, celle qu'elles doivent avoir pour être une chose. De plus, il représente une qualité auglllentable. Est-ce qu'un tel concept de l'être peut être sensé? Toujours est-il qu'aujourd'hui quelques physiciens con11llecelui que j'ai cité dans l'épigraphe, Bernard d'Espagnat, n'ont pas peur de poser la question de l'être et de confronter des suppositions falllilières sur la structure de la réalité avec les résultats de la recherche en physique. Comme les physiciens sont incités par les données de l'expérience à repenser les principes de la nature, les philosophes sont incités de façon selllblable par les possibilités pratiques des techniques les plus récentes à repenser les principes de la Illorale. Parfois, le physicien peut lllêllle tOlllber sur une connaissance digne d'un philosophe. J'étais étonné de lire chez d'Espagnat : «Le bon ne peut être défin i qu'en relation à l'être» (d' Espagnat 1983, p. 169). Cela réSUllleun aspect de l'éthique classique. Le lecteur sera peut-être surpris par les citations d'Adorno qui précèdent les chapitres.2 Elles doivent renvoyer à des pensées auxquelles je n'ai pas su donner une forllle dans le texte, et elles doivent en 111ê111e telllps rappeler qu'Adorno était
2 L'épigraphe du chapitre pren1ier remonte à Th. W. Adorno: Kritik. Kleine Schriften zur Gesellschaft, Frankfurt/M. 1979, p. 149; du chapitre II: aux Minima Moralia, Frankfurt/M. 1979, p. 7; du chapitre III: à Adorno et altri: Der Positivismusstreit in der deutschen Soziologie, DarmstadtlNeuwied 1976, p. 25 ; du chapitre IV: à Max Horkheimer /Th. Adorno: Dialektik der AufkHirung, Frankfurt/M. 1978, p. / ; du chapitre V: ibidem, p. 27; au chapitre VI: ibidem, p. 25. J'ai changé l'épigraphe du chapitre V. Dans l'original on trouve: « Il n'y a pas d'être dans le ITIondeque la science ne pourrait pénétrer, mais ce qui peut être pénétré par la science ce n'est pas l'être. » Je ne voudrais souscrire au sens (intentionnel ?) de fuite du monde et, SilTIultanélTIent, hostile à la science, tel que se trouve le sens dans l'original.

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un penseur classique à la différence des représentants actuels de la Théorie Critique. Cependant je ne crois pas qu'Adorno eût donné son approbation à la présentation de mon éthique; je ne fais que revendiquer le fait d'être en accord avec ses opinions exprimées dans les citations. Des amis ont participé de différentes manières à la genèse de ce livre, et je voudrais leur adresser Ines remerciements sans leur imputer, par erreur, l'approbation aux thèses de ce livre. En premier lieu, je relnercie les auditeurs des cours magistraux de philosophie morale que j'ai donnés à Hambourg durant ces dernières années. Leurs réactions furent l'instance critique la plus importante qui prononçait sur mes pensées des jugelnents que j'ai souvent eu le loisir d'interpréter moi-même. Je n'avais pas cette liberté en face de COlnlnentateurs qui lurent des versions antérieures de ce travail. Le prelnier cOllllllentaire provient de Malte Lehlning; après cela, Ines thèses furent discutées et enrichies par Lothar Schafer, Gerd GraBhoff et, de façon particulièrelnent approfondie, par Tholnas Spitzley. Une révision détaillée de ce travail a été faite par Reinold Schlnücker, et des cOllln1entaires dont je n'ai pas encore eu la possibilité de profiter, vinrent de Rainer Specht et d'Andreas Wildt.
Halnbourg, en lnai 1989

Il

I Introduction
Penser, COlTIlTIe instrument d'action, émousse, pur COlTIlTIe raison instrumentale entière. la Th. W Adorno

Dans ce livre je cherche une réponse à la question: Qu'est-ce qui fonde la 1110rale? Et aussi à la question: Qu'est-ce qui justifie la validité des principes moraux? Et encore aux questions: Pourquoi doisje suivre des principes 1110raux? Pourquoi est-ce que je dois être n10ral? COlllment peut-on justifier la morale? Toutes ces questions ne cherchent ni les causes de la 1110raleou de ses règles ni les causes de 1110n obéissance (ou non-obéissance), mais leurs raisons: quelque chose qui Ine 1110ntre pourquoi je dois lui obéir, 111ême elle me si delllande des sacrifices qui ne Ille conviennent absolulllent pas.
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Ce n'est pas la prelllière fois qu'un philosophe entreprend une justification ou fondation de la morale4. S'ils ont atteint leur
3 Christine Korsgaard 1996 appelle les questions que j'ai formulées la « question normative» (7ss). Mais au lieu de raisons elle parle des « sources de la normativité ». 4 Il faudrait peut-être préférer le terme justification au terme fondation; pourtant, je n'ai pas voulu COll1plètell1ent enoncer au terme traditionnel. r Parmi les prell1iers écrits qui nous sont transll1is et dans lesquels est soulevé le problème de la raison de la morale, compte l' Euthyphron de Platon. Hobbes (Léviathan, 1651) et Locke (Second Treatise of Governn1ent, 1689) posent plus spécifiquement la question de la raison de l'équité ou de la morale civique; Hume (Treatise of Hun1an Nature, 1738: Book III) et Kant (Grundlegung zur Metaphysik der Sitten, 1785, et Kritik der praktischen Vernunft, 1788) posent la question d'une façon générale. Dorénavant elle dominera l'éthique. Quant aux tentatives contemporaines de fonder la morale, voir les chapitres suivants. - Peut-être devrais-je souligner ici, à cause de l'importance de l'enjeu, que je fais une distinction entre la morale et l'éthique. La n10rale est l'ensemble des règles, selon lesquelles les hommes ou d'autres êtres pourvus de jugen1ent SOUll1ettenteurs actions et leurs possibles objets de l la volition, même à l'extérieur et indépendamment de la théorie et de la

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but, ce livre sera superflu; s'ils ne l'ont pas atteint, COInInent pourrais-je croire de pouvoir faire mieux? Or, je ne prétends pas dire quelque chose de nouveau sur lafondation de la Inorale (elle peut être entrevue déjà dans l'antiquité chez Platon5) ; je ne prétends que rappeler quelque chose d'oublié. De plus, je ne prétends pas dire quelque chose de nouveau sur le contenu de la morale; je présuppose plutôt qu'il est plus ou Inoins bien connu; et encore, je ne prétends que rappeler le contenu bien connu. Cependant, connaître le contenu n'est pas encore savoir l'appliquer à des problèlnes concrets. Les questions concernant la légitimité de la dissuasion nucléaire, de la génétique ou de l'avortement sont controversées non pas parce qu'on ne sait pas ce que demande la nlorale, Inais parce qu'on ne sait pas COInment l'appliquer. La distinction entre savoir le contenu et savoir son application peut selnbler sophistique, mais elle est appropriée. Dans la plupart des problèlnes moraux de la pratique, on est d'accord sur les principes; ce n'est que dans leur application que s'élèvent les différences. C'est ici que le philosophe peut contribuer à la solution des problèlnes de la pratique.

réflexion, à une mise en valeur des actions et objets comme bons ou mauvais, justes ou faux, et ils transposent la représentation de ces valeurs sur une échelle de préférences plus ou moins consistante. L'éthique est une théorie de la morale qui cherche à forn1lder les règles de la morale, à distinguer des règles à caractère généraleInent obligatoire des règles qui n'ont pas ce caractère d'obligation générale, et à justifier ou à fonder les règles à caractère généralement obligatoire. Naturellement, une éthique peut influencer une morale. Mais les hOlnn1es C0l111nencent,sans réfléchir, par valoriser leur actions et leurs objets de volition. En ce sens, la morale précède l'éthique, et il ne peut y avoir d'éthique sans Inorale, mais par contre il peut y avoir une morale sans éthique. S Dans son concept de l'être où il est peut-être influencé par Parménide. Cf. également infra, chap. V 4 a. Mais je ne fais que professer une présomption qui aurait besoin d'une interprétation soignée des textes et dont mon argumentation ne dépend pas.

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Dans sa recherche d'une fondation de la 1110rale, le philosophe doit supposer la connaissance du bien et du mal qu'il partage avec le lecteur. Il ne pourrait point demander ce qui est le fondelllent de la l110rales'il ne savait rien de ce qu'est la morale. Trop souvent les philosophes ont cru parvenir, à travers la compréhension du fondement de la morale, à la cOlllpréhension de son contenu6. Cette délllarche n' el11prunte pas le bon chemin. Il nous faut d'abord déterminer au moins provisoirement le contenu de la 1110raleet essayer ensuite de trouver la raison pour laquelle la morale exige de nous l'obéissance à ce contenu. Si elle veut fonder la l11orale, l'éthique doit se laisser guider par la l11atièrede la l110raleà son fondelnent. La matière ne peut être déterminée que provisoirement, car la déterlnination doit perl11ettre sa révision après la compréhension du fondelllent de la morale. Mais je devrais déjà annoncer que je n'ai à offrir aucune révision.

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Ce sont aujourd'hui avant tout Hans Apel et Jürgen Habermasqui comptent

parmi eux; cf. infra, chap. IV 1 c, IV 2 b et IV 3. En principe, les théoriciens ont la tendance à déterminer le contenu de la morale par son fondement dans la mesure où ils font l'équation entre les principes moraux et les principes de rationalité. Il y a la mênle tendance chez Kant et Hegel quoiqu'ils aient respecté les intuitions n10rales.

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