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Expérience esthétique & milieu

De
113 pages
Partant d'un ensemble de propositions extraites de la pensée et des pratiques esthétiques de la Chine traditionnelle, ce recueil se veut une première approche des relations pouvant exister entre expérience esthétique et milieu. Une expérience esthétique est tout d'abord un complexe autopoiétique, autrement dit le temps d'une réalisation significative de soi-même, à l'occasion d'une prise sensible au sein d'un milieu. Ce « bain » premier qu'est l'entour d'où émerge la sensation, informe la personne se constituant dans le milieu et non face à lui. Le milieu est un lieu mouvant d'action (s) et de signification (s) dont l'appréciation n'est qu'une facette particulière de l'activité du sujet, non une finalité.
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Expérience esthétique & milieu







Du même auteur aux éditions Le Manuscrit :
Déploiement
Jean Grenier. Une philosophie du vide Yves Millet
Expérience esthétique & milieu
Propositions chinoises


















Éditions Le Manuscrit © Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-7429-1 (fichier numérique)
ISBN 13 : 9782748174298 (fichier nu
ISBN : 2-7481-7428-3 (livre imprimé)
IS81 (livre imprimé) Yves Millet


À Grazia
7 Expérience esthétique & milieu



8 Yves Millet

Une pratique du monde
INTRODUCTION

« Rappelons qu’une proposition n’est pas
un terme de linguistique mais
désigne l’articulation par laquelle les mots
se chargent du monde.
Une rivière, un trou noir, un syndicat de pécheurs
à la ligne,
aussi bien qu’un écosystème ou un oiseau rare,
sont des propositions. »

Bruno Latour, Politiques de la nature.


Le processus historique qui prévalut à la naissance de
cette discipline impossible qu’est l’esthétique, à mi-
chemin entre science et art, est aujourd’hui largement
edécrit : la conjonction, courant 18 siècle, de la
constitution du système des Beaux-arts établit au siècle
précédent, et de la pratique des Salons, où l’échange et
l’expression d’un jugement et l’argumentation d’un goût
étaient de rigueur, donna à ce siècle, porté par un idéal
de raison, le vœu de constituer une science du Beau.
Le débat aujourd’hui sonne parfois le glas de
l’esthétique. Il est vrai que ni les Salons ni la
classification et les réglementations institutionnelles des
arts ne sont désormais pratiqués. Le système des Beaux-
9 Expérience esthétique & milieu
arts n’est plus depuis longtemps à l’ordre du jour de
l’actualité artistique, les Salons ne sont plus les lieux
privilégiés de l’énoncé du goût et, enfin, le concept du
Beau ne trouve plus guère de place dans la littérature
critique. Toutefois, les nombreux bouleversements,
aussi bien artistiques que scientifiques, nous poussent à
rendre à l’esthétique un champ d’investigation beaucoup
plus large ; ceci, sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours
à un nouveau terme. Le mot d’esthétique peut être
conservé au sens étymologique et au sens même où
l’utilisa en 1750, Baumgarten, son inventeur, à savoir
comme « science du savoir sensible ».

Si le Beau en tant que catégorie absolue ne trouve
plus à s’actualiser dans notre quotidien ou, pour le dire
plus précisément, si le sentiment du Beau s’est fourvoyé
sous une certaine idée de la raison et, plus exactement,
sous une certaine conception du sujet et de ses facultés,
la beauté, en revanche, ne cesse de nous interroger.
Ce n’est pas vouloir verser dans une relativité, elle
même absolue, que de passer ainsi du Beau à la beauté, du
concept au nom, mais bien insister sur le degré d’absolu
que toute expérience relative contient. L’interrogation que
la beauté suscite, puisque proprement elle nous laisse le
plus souvent sans mot, est bien celle qui fut à l’initiative du
discours esthétique moderne. Elle habite les propositions
de Kant, avec qui il nous reviendra de débuter notre
réflexion, mais également elle est celle dont l’art et ses
acteurs sont en charge.

Ce même débat esthétique, puisque né avec la
Modernité, a consacré pour une bonne part l’autonomie
de l’art et s’est, de manière concomitante, lui-même
octroyé une pensée autonome, réduisant son discours à
une infime partie de ce que ses précurseurs laissaient à
entreprendre.
10 Yves Millet
L’esthétique, dans ce mal qu’est la spécialisation a,
semble-t-il, trop perdu le contact avec les choses. On a
ainsi coutume de constater que le débat esthétique du
e20 siècle n’a marqué un intérêt que pour la création
artistique, abandonnant cette autre branche présente à sa
naissance, qu’était l’esthétique de la nature. De même,
de cette distinction faite entre philosophie de l’art,
relative à la création, et esthétique, relative à l’appréciation,
il ne reste, depuis Hegel, majoritairement que des études
se focalisant sur cette dernière. Or, il suffit de relire les
écrits d’artistes pour s’apercevoir que d’une part, le
questionnement relatif à la nature demeure toujours
présent, durant tout le débat sur la modernité jusqu’à
aujourd’hui et que, d’autre part, en pratique, création et
appréciation ne sont jamais séparées. Si le siècle
précédant semble avoir négligé l’appréciation de la
nature c’est évidemment parce que la représentation que
l’on s’en donnait se voyait, par l’intermédiaire des
sciences notamment, totalement bouleversée. L’idée de
nature changea, d’objet de contemplation elle devint
environnement. Il devint difficile sinon impossible de
considérer comme autre ce dans quoi nous étions
totalement impliqué, c’est-à-dire pris dans les plis.
Nous sommes d’abord impliqués sensoriellement
dans un milieu duquel nous déduisons des règles
d’existence. Sans doute faut-il partir de là. De ce « là »
qui précisément n’a pas de lieu.
Si l’art se veut autonome il faudrait que l’artiste le
soit pareillement. Or, toute l’histoire de l’art ou la plus
simple observation anthropologique démontre le
contraire : l’artiste est en permanence inscrit dans un
milieu donné, engagé dans les débats qui animent sa
société et, quand bien même il voudrait s’en démettre,
quand bien même il se voudrait le tenant d’un anti-art
ou d’un anti-quoi que ce soit, les rudiments de la logique
montrent que plus il s’oppose à quelque chose plus il en
devient dépendant, plus son « identité » s’y confond.
11

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