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Exposé populaire du positivisme

De
94 pages

Avant d’étudier cette méthode générale, il faut que nous distinguions nettement la théorie de la pratique ; cette distinction aidera à mieux comprendre le sens général de la méthode positive.

Sous le nom de pratique, nous comprenons les opéra-tiens spéciales ou professionnelles auxquelles se livrent les divers individus. Ces opérations ont toujours pour but de modifier des êtres : personnes et animaux ou des corps bruts.

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Camille Monier

Exposé populaire du positivisme

HOMMAGE RESPECTUEUX
A
MONSIEUR PIERRE LAFFITTE

AVANT-PROPOS

Dans ce petit ouvrage, nous voulons faire connaître les principales lignes de la construction philosophique d’Auguste Comte, telle qu’elle nous paraît se dégager de l’ensemble de ses œuvres.

A notre époque, il n’y a plus à discréditer la théologie, c’est une opération maintenant accomplie ; presque tous les hommes intelligents éprouvent une aversion insurmontable pour les croyances surnaturelles. Laissons donc de côté ces controverses jugées et passons à autre chose ; il y a urgence dans le désarroi intellectuel qui caractérise notre situation.

En examinant cette situation, nous sommes frappés, dès le premier coup d’œil, de ce double fait : sur certaines questions tout le monde est d’accord ; sur d’autres, au contraire, il est impossible de s’entendre. Expliquons-nous : dans les sciences naturelles, l’homme est arrivé à établir un véritable accord ; les divergences ne portent que sur des points secondaires et cessent à la suite d’une étude approfondie. Cela est d’autant plus vrai que la science est plus simple : en géométrie, en astronomie, en physique, en chimie, les esprits compétents sont presque tous d’accord ; dans la science des corps vivants, l’entente est moindre, mais il y a pourtant un grand nombre de notions fondamentales acceptées sans conteste. S’agit-il, au contraire, de questions politiques, sociales et morales, la plus grande diversité règne dans les idées.

Cette profonde division tient à l’emploi de deux méthodes différentes, on peut dire opposées. Dans la première catégorie de questions, l’expérience, l’observation, nous servent de guides ; nous employons alors la méthode scientifique ou positive. Dans la seconde catégorie, l’accord des esprits ; est impossible, ou tout au moins fort précaire, parce qu’on applique une méthode toute différente où l’imagination joue le rôle principal ; chacun conçoit un idéal particulier, en rapport avec ses passions et avec ses désirs, sans se préoccuper de la réalité.

Le but de notre travail est de montrer que la méthode positive peut s’appliquer à tous les sujets quelconques et amener partout la concordance des opinions.

Dans la première partie nous examinerons la méthode positive et nous ferons voir son indiscutable supériorité. Dans la seconde nous passerons en revue les sciences naturelles, en les coordonnant selon les idées d’A. Comte.

La troisième et la quatrième partie seront consacrées à étudier les questions sociales et morales susceptibles d’être scientifiquement résolues en employant la méthode qui a été si féconde dans les autres branches du savoir positif.

I

DE LA MÉTHODE POSITIVE

Distinction entre la pratique et la théorie

Avant d’étudier cette méthode générale, il faut que nous distinguions nettement la théorie de la pratique ; cette distinction aidera à mieux comprendre le sens général de la méthode positive.

Sous le nom de pratique, nous comprenons les opéra-tiens spéciales ou professionnelles auxquelles se livrent les divers individus. Ces opérations ont toujours pour but de modifier des êtres : personnes et animaux ou des corps bruts.

Par théorie, nous désignons toute conception générale qui vise non point à la modification directe des êtres, mais qui cherche à découvrir leurs propriétés fondamentales.

La pratique met facilement d’accord ; à part de légères nuances les praticiens quelconques, lorsqu’ils connaissent bien leur métier, s’entendent sans peine sur le sujet de leur art spécial. Il s’établit, à la suite d’une longue expérience, un fonds commun de notions spéciales, qui sont acceptées par tous. Cela tient précisément au mode d’acquisition de ces idées techniques : l’expérience, l’observation répétée, la vérification constante, voilà ce qui donne aux idées pratiques leur caractère de certitude.

Il n’en est plus ainsi lorsqu’on sort du domaine pratique. Alors, comme plusieurs voies s’ouvrent devant nous pour acquérir des notions générales, on arrive, selon qu’on s’est bien ou mal engagé, à des théories illusoires ou à des théories positives.

Fort heureusement, l’homme est en général plus actif que spéculatif ; les inconvénients qui résultent du défaut d’accord dans les opinions théoriques se trouvent atténués par la prépondérance universelle et inévitable de la vie pratique.

La pratique est la véritable école du bon sens, elle nous apprend à bien observer à voir les choses en elles-mêmes, sans rêve ni fiction ; d’ailleurs, une vérification souvent prompte nous montre bientôt la justesse ou la fausseté de nos observations ou de nos raisonnements.

Mais à côté des avantages considérables que présente la vie pratique, il faut voir quels sont ses inconvénients. Nous venons de dire que la pratique avait pour objet de modifier des êtres ; elle est donc forcément spéciale, chacun agissant sur des êtres ou des corps déterminés. Or, comme il y a une infinie diversité dans les êtres, il en résulte que la coordination des idées pratiques est à peu près impossible sans le secours de vues générales, et cela d’autant plus que nous avançons en civilisation. En effet, plus nous allons et plus les fonctions pratiques se divisent ; il y a dix métiers ou davantage là où autrefois il n’y en avait qu’un seul. On comprend donc que, si nous nous en tenions aux simples acquisitions intellectuelles fournies par la vie pratique, nos conceptions réelles se trouveraient de plus en plus bornées.

La théorie ne se préoccupe que des propriétés générales communes aux êtres animés ou inanimés. Pour arriver à connaître ces propriétés générales et leurs lois, la théorie est obligée de dégager les circonstances secondaires, de les oublier momentanément, d’en faire abstraction. En un mot, et pour employer deux termes philosophiques qui doivent devenir familiers, la théorie pour être générale doit être abstraite, tandis que la pratique est forcément concrète.

Cette simplification, qui est le propre de la théorie, permet de faire un tout de nos connaissances, dont l’ensemble peut et doit être compris par tout le monde.

La pratique se trouve ainsi perfectionnée, car la théorie nous fait voir les rapports et les liaisons que les choses ont entre elles. Donnons quelques exemples de cette amélioration de la pratique par la théorie, quand celle-ci devient scientifique ou positive.

L’immense supériorité de l’industrie moderne résulte de l’intervention des théories géométriques, mécaniques, physiques et chimiques. Comment aurait on pu utiliser la découverte de la vapeur comme force motrice, sans les théories qui ont permis la transformation des mouvements et la construction de nos machines ?

De même, comparez la navigation ancienne à la navigation moderne ; au lieu de suivre les côtes, nous pouvons nous diriger en pleine mer et prendre le chemin le plus direct, grâce aux théories astronomiques.

L’intervention des théories scientifiques dans les arts relatifs à l’homme et à la société nous réserve, à n’en pas douter, les mêmes avantages. La fondation des sciences sociologiques et morales permettra de donner, à l’avenir, une meilleure direction à la politique, à l’éducation, etc.

Cette importante distraction établie entre l’abstrait et le concret, entre la théorie et la pratique, examinons l’esprit de notre méthode.

Esprit de la méthode positive

Si nous envisageons la marche constament suivie par l’esprit humain dans les études qui ont donné des résultats certains et positifs, nous voyons que c’est toujours l’observation exacte et contrôlée qui est le point de départ. Nous l’avons tout à l’heure indiqué à propos des notions pratiques, cela est également vrai pour les notions théoriques, Le bon sens est aussi nécessaire dans les deux cas et il n’y a pas deux manières pour découvrir la vérité : l’observation est le procédé universel qu’il faut seulement perfectionner et adapter à toutes nos recherches.

Au lieu d’imaginer, de rêver ou d’attendre une révélation extra-naturelle, la méthode positive s’établit sur l’observation. La similitude des divers individus, soit sous le rapport des sens, soit sous le rapport cérébral, explique la concordance de nos observations et des conséquences que nous en tirons.

Pour rester fidèles à l’esprit de la méthode scientifique, nous devons donc renoncer à la recherche des causes premières ou finales qui forcément ne peuvent entrer dans le domaine de l’observation. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Deux questions insolubles pour les positivistes, qui laissent de côté ces problèmes d’origine et de fin, sur lesquels chacun pourra faire, à perpétuité, des suppositions invérifiables. La curiosité humaine est tenace, à cet égard, il faut pourtant renoncer aux habitudes de notre enfance intellectuelle ; la maturité de notre raison doit nous faire abandonner les recherches de cette nature pour employer plus utilement nos forces. Le champ est assez vaste pour suffire à notre activité mentale, dans l’ordre des travaux utiles et certains.

Ordre des études scientifiques

Ce n’est pas tout. La méthode positive, outre qu’elle est basée sur l’observation et sur l’expérience, prescrit un ordre régulier dans la marche de nos études. Cet ordre est celui qui paraîtra le meilleur à tout homme sensé : aller du simple au composé. L’échelle de nos connaissances réelles se trouve ainsi disposée : au premier échelon l’étude des faits les plus simples pour s’élever de degré en degré jusqu’aux faits les plus compliqués. L’esprit humain a d’ailleurs à peu près suivi cet ordre dans le domaine positif ; il ne pouvait en être autrement. On comprend que pour des théologiens qui expliquent les phénomènes de l’homme et du monde par l’intervention d’une ou de plusieurs volontés surnaturelles, toutes les questions offrent le même degré de facilité ; on peut indifféremment commencer par l’une ou par l’autre et s’occuper par exemple des faits sociaux et moraux sans aucun préambule.

Il n’en est point ainsi quand l’observation est le procédé de découverte. Nous commençons nécessairement par les études où l’observation est simple, facile, pour aborder graduellement les recherches où l’observation se complique et devient plus difficile.

But et limite des études réelles

Faisons encore un pas : non seulement il faut nous appuyer sur l’observation et graduer nos recherches, il faut encore, — et ceci est fort important, — avoir un but déterminé. Ce but est : l’amélioration des destinées humaines. Ce n’est point pour accumuler à plaisir des connaissances exactes que le travail intellectuel doit s accomplir, mais pour faire servir ce travail à une grande destination. Connaître pour améliorer : telle est la devise de la philosophie nouvelle ; connaître le monde extérieur pour améliorer notre situation matérielle, connaître l’homme pour améliorer sa nature et perfectionner les relations sociales. La préoccupation constante de ce but distingue nettement le Positivisme de la science pure, la science pour la science ; aussi blâmons-nous énergiquement la déperdition des forces intellectuelles et les recherches certaines mais inutiles.