//img.uscri.be/pth/079f18f44f97b6422a203ab1a6479c0ad39f22f6
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Foucault aujourd'hui

De
161 pages
L'ouvrage rassembles les actes des neuvièmes rencontres Ina-Sorbonne, qui se sont tenues le 27 novembre 2004. Réunissant des intervenants prestigieux autour de la figure et de l'héritage philosophique de Michel Foucault, elles furent l'occasion de vifs débats, sur des thèmes actuels comme les intellectuels et la télévision, la notion d'archive, l'usage de la parole, le dire vrai, mais aussi d'un témoignage émouvant d'Hélène Cixous.
Voir plus Voir moins

Foucault aujourd'hui

Collection Les Médias en actes Dans la même collection: Le Journaliste et la morale publique Rencontres Ina/Sorbonne, 20 octobre 2001 2002 Récit médiatique et histoire Collectif, sous la direction de Béatrice Fleury- Vilatte 2003 Les Temps des médias Forum international Ina, juillet 2002 Volume 1 : Télévision, mémoire et identités nationales Volume 2 : Les Temps télévisuels. Big Brother Volume 3: Le Temps de l'événement 2004 Les Séries policières Colloque Bordeaux 3/Inathèque, 2002 Sous la direction de Geneviève Sellier et Pierre Beylot 2004 Pierre Bourdieu et les médias Rencontres Ina/Sorbonne, 15 mars 2003 2004 Les Intellectuels de médias en France Journée d'étude CRIS université Paris 10, 18juin 2003 Sous la direction de David Buxton et Francis James Les Médias et la Libération en Europe (1945-2005) Sous la direction de Christian Delporte et Denis Maréchal Colloque Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines, université de Versailles Saint-Quentin-enYvelines/Inathèque, avril 2005 2006

Foucault aujourd'hui

IXe Rencontres Ina-Sorbonne
27 novembre 2004

Ina-Inathèque

de France

Les Médias en actes Ina-L'Harmattan

Sommaire

Participants . Présentation . Emmanuel Hoog, président-directeur général de l'Ina, et Jean-Michel Rodes, directeur de l'Inathèque de France Présentation de la journée par Roger Chartier, directeur d'études à l'EHESS, et Didier Éribon, philosophe Une histoire brève des intellectuels à la télévision: le cas de Michel Foucault Tamara Chaplin Matheson

9 Il

17

Retour à l'archive 29 Roger Chartier, directeur d'études à l'EHESS Arlette Farge, directrice de recherches au CNRS, enseignante à l'EHESS L'usage de la parole Didier Éribon, philosophe Un témoignage Hélène Cixous Beauté de Foucault René Schérer, professeur de philosophie à l'université Paris 8 57

93

105

Le dire vrai................................................................ 117 Table ronde animée par Didier Éribon avec: Philippe Artières, chargé de recherche en histoire (LAHIC-CNRS) Hervé Brusini, journaliste Francis James, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université Paris 10 Mathieu Potte-Bonneville, revue Vacarme Conclusion générale Paul Veyne, professeur au Collège de France 155

8

Participants

Philippe Artières Historien, chargé de recherche en histoire au Laboratoire d'anthropologie et d'histoire de l'institution de la culture (LAHIC). Auteur de : Le Livre des vies coupables (Albin Michel, Bibliothèque Histoire, 2000). Hervé Brusini Journaliste. Directeur délégué de l'information à France 3. Coauteur avec F. James de Voir la vérité, le journalisme de télévision (PUF, 1982). Tamara Chaplin Matheson Professeur d'histoire à l'université de l'Illinois (ÉtatsUnis). A soutenu sa thèse sur French philosophers on television -1949-1999. Roger Chartier Agrégé d'histoire, directeur d'études à l'EHESS. Auteur de : Au bord de la falaise. L 'histoire entre certitude et inquiétude (Albin Michel, 1998). Hélène Cixous Femme de lettres et universitaire, agrégée d'anglais, docteur d'État ès lettres. Didier Éribon Philosophe, visiting professor à l'université de Berkeley. Auteur d'une biographie: Michel Foucault (Flammarion, 1989). Arlette Farge Directrice de recherche au CNRS, enseigne à l'EHESS. A publié avec Michel Foucault: Le Désordre des familles. Lettres de cachet des archives de la Bastille (Gallimard, colI. « Archives », 1982).

Francis James Maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université Paris 10. Coauteur avec H. Brusini de Voir la vérité, le journalisme de télévision (PUP, 1982). Mathieu Potte-Bonneville Philosophe, membre de la rédaction de la revue Vacarme. Auteur de: Michel Foucault, l'inquiétude de I 'histoire (PUP, colI. « Quadrige », 2004). René Schérer Professeur de philosophie à l'université Paris 8. Auteur de : Regards sur Deleuze (Kimé, 1998); L 'Écosophie de Charles Fourier: deux textes inédits (Anthropos, 2002). Paul Veyne Professeur au Collège de France.

10

Présentation

Emmanuel HOOG: Bonjour à tous. Permettez-moi quelques mots d'introduction pour, tout d'abord, vous remercier chaleureusement d'être venus aussi nombreux en ce samedi matin. Ce n'est pas forcément chose facile même si la qualité et la diversité des intervenants, comme l'intérêt des thèmes abordés, se révèlent souvent des éléments fédérateurs. Nous sommes réunis aujourd'hui à l'occasion de la IXe Rencontre Ina-Sorbonne. Des rencontres qui, depuis maintenant plusieurs années, ont su s'inscrire dans une tradition de qualité et d'exigence. Je salue ici, d'ailleurs, M. Régis Debray que j'aperçois dans la salle. Il a été un de ceux qui ont porté cette initiative dès ses débuts. Je souhaitais également remercier la Sorbonne qui, par la grande qualité de son accueil, permet que nos échanges aient lieu dans d'excellentes conditions et dans ce cadre prestigieux. De même, je souhaitais adresser un salut particulier au département du dépôt légal de l'Inathèque de France qui, au sein de cette grande maison qu'est l'Ina, a travaillé avec Didier Éribon et Roger Chartier à l'organisation de cette journée. Je les remercie personnellement. Enfin, je voudrais terminer en précisant que cette IXe Rencontre Ina-Sorbonne est placée sous le signe d'un double anniversaire. En effet, l'Ina fête cette année ses trente ans et le dépôt légal, plus jeune, ses dix ans (puisque si la loi date de 1992, son démarrage effectif remonte précisément à 1995). Un double anniversaire donc, pour célébrer une institution patrimoniale singulière qui à la fois collecte, rassemble, documente, archive, ordonne et organise, et qui, dans le même mouvement, anime, fait

vivre, transmet, enrichit, complète et ménage un espace critique autour des médias. Voilà, je vous remercie de votre attention et, sans plus tarder, je cède maintenant la parole à Jean-Michel Rodes, directeur du dépôt légal de la radio et de la télévision en France. Jean-Michel RODES: Les premières Rencontres InaSorbonne ont été essentiellement organisées autour de thématiques (<< vu et l'insu », etc.). Il y a un peu moins Le de deux ans, on avait fait une première rencontre autour de Pierre Bourdieu, de façon plus biographique. Cette année, nous faisons Michel Foucault. Ce n'est pas un intérêt particulier pour la nécrophilie, c'est tout à fait l'inverse, on a besoin aujourd'hui de revisiter des grandes pensées du xxe siècle pour en montrer toute l'actualité. Je crois que c'est ce qui a donné le titre de ce colloque: «Michel Foucault aujourd'hui », et non pas la pensée de Michel Foucault momifiée ou ossifiée. Je crois que ce sera très important tout au long de la journée. Une deuxième chose qui nous relie très fortement, l'Ina et Michel Foucault, c'est l'archive. On ne le souligne peut-être pas assez aujourd'hui, mais ce sera fait très bientôt avec Arlette Farge et Roger Chartier notamment, c'est le théoricien de l'archive qu'a été Michel Foucault et à la fois un extraordinaire praticien. Je crois qu'il est rarement suffisamment souligné à quel point il a pu rénover le parcours de l'archive. Je crois que ça va être une belle journée. Le seul petit regret que j'ai, c'est qu'on avait invité Paul Rabinow, le grand philosophe américain spécialiste de Foucault, qu'il en était tout à fait d'accord et heureux, et que les hasards du calendrier ont fait qu'au dernier moment ça n'a pas été possible. Ce sera un regret. Avant de passer la parole à Roger Chartier et Didier Éribon, je voudrais les remercier tous les deux pour la 12

préparation de cette journée. Deuxièmement, les personnes de l'Ina qui ont travaillé fortement sur le sujet: je pense à Emmanuèle Plas, qui est ici, à Denis Maréchal, à Anne Pavis, qui s'est occupée de toute la partie documentation, et à Jean-Michel Briard qui s'occupe en ce moment de la vidéo et qui a fait l'ensemble des montages d'archives. Roger CHARTIER: Je voudrais, au nom de Didier Éribon et en mon propre nom, d'abord vous accueillir ce matin, remercier l'Ina pour son initiative et, comme vous venez de le faire, remercier tous ceux qui ont travaillé à la préparation de cette journée. Je vais intervenir au nom de Didier Éribon et au mien propre, nous allons nous partager cette journée: ce matin, j'essaierai de mener le fil des interventions et des débats, et il le fera cet après-midi. Une des contraintes qui pèsent sur nous est évidemment la contrainte de temps, c'est pourquoi ce matin nous allons essayer d'être très brefs dans cette introduction à deux voix mais à travers la mienne seulement. Le point de départ est que nous sommes dans un temps de souvenir et de mémoire, et qu'il y a une présence extrêmement forte de la pensée, du travail, de la personne de Foucault. Vous avez pu le voir immédiatement par la multiplicité des colloques en France et hors de France, parmi les dizaines de colloques qui se sont tenus ou vont se tenir à Rome, à Varsovie, à Dublin, à Rio de Janeiro. Il y a eu la publication de numéros de revues, de dossiers dans les journaux, des expositions, la publication d'archives et de documents sur Foucault, par exemple ce petit livre, Michel Foucault, une journée particulière, particulièrement intéressant puisqu'il s'agit d'archives d'images. On pourrait même ajouter, d'une certaine manière et avec originalité, le concert ce soir au Châtelet uniquement consacré à l' œuvre de Barraqué. Je crois que c'est un signe de vie, d'existence, d'une inspiration toujours 13

présente, d'une pensée toujours secourable. Je crois que rien n'aurait pu faire plus plaisir (j'emploie le mot à dessein) à Foucault que cette présence au-delà de l'existence. Dans sa Radioscopie, le dialogue avec Jacques Chancel, presque vers la fin, Foucault disait: «J'éprouve presque un plaisir, et un plaisir physique, à penser que les choses dont je m'occupe me débordent, passent à travers moi, qu'il y a mille livres qui s'élaborent, mille personnes qui parlent, mille choses qui se font et qui reprennent non pas reprendre au sens de "répéter" - ce que je dis, mais qui vont exactement dans le même sens et qui finalement me débordent.» Le mot «reprendre », ici, indique le risque qui est présent dans cette multiplicité d'initiatives autour de Foucault, c'est-à-dire la répétition sans grande invention, le commentaire indéfiniment déployé. De là, le statut particulier de cette journée, qui est organisée dans un cadre spécifique, non seulement la salle Louis Liard, prestigieuse et fastueuse, mais le cadre de l'Ina, ce qui veut dire que nous allons essayer de faire un colloque qui ne soit pas comme les autres. Pour deux raisons. La première: les ressources propres de l'Ina, qui viennent d'être évoquées et qui permettent de faire retour sur des archives originales, archives de télévision, archives de radio. D'autre part, du coup, la perspective qui se trouve liée à cette présence d'archives, que vous allez entendre et voir, est une perspective qui vise à situer la parole de Foucault, les énoncés de Foucault dans les lieux et les contraintes mêmes de leur énonciation. Avec les genres qui sont là présents, l'entretien, l'interview, le débat filmé, le programme littéraire, le journal télévisé, on a là, je crois, comme pour les journées précédentes, quelque chose d'original puisque nous proposerons ces extraits comme des points de départ, des points d'appui, des points de rencontre avec les interventions de ceux qui ont bien voulu contribuer directement à cette journée. Du 14

coup, on voit que la réflexion portera non seulement sur ce que Foucault dit, mais sur les conditions qui régissent la manière de le dire, sur des énoncés pris à la fois dans des formats d'émissions, dans des contraintes imposées par la durée ou par la forme qu'on lui propose ou qu'il choisit. La première expérience que nous avons eue ici, j'avais eu le plaisir d'y être associé, a été une journée sur Pierre Bourdieu par l'Ina et L'Harmattan. Certains s'en souviennent sans doute s'ils étaient là, cette journée était centrée sur la présence de Bourdieu dans les médias, et particulièrement sur Bourdieu parlant des médias dans les médias. Le cas est un peu différent avec Foucault, comme on a pu le constater dans la préparation de cette journée. D'une part, il n'y a pas une telle évidence dans un discours de Foucault sur les médias. Lorsqu'on prend l'index des Dits et écrits, il y a une entrée «Image» qui renvoie essentiellement à des commentaires, des analyses sur les peintres, il y a une entrée «Photographie» qui renvoie à deux textes qu'il avait donnés en relation avec des expositions, mais vous ne trouvez pas d'entrées «Film », « Télévision », «Cinéma », «Radio ». Ce qui ne veut pas dire que, ici ou là, le propos ne les prend pas en compte, mais ce n'est pas un thème majeur et fondamental dans son travail. D'autre part, on s'est rendu compte que les traces, en particulier télévisuelles (pour la radio, le cas est différent), sont relativement rares. Il y a de grands classiques, qui vont être utilisés à plusieurs reprises dans cette journée, l'entretien de Lectures pour tous avec Pierre Dumayet, la présence si provocante à Apostrophes. Il y a des témoignages radiophoniques plus nombreux, mais finalement le matériau est évidemment plus rare que pour d'autres philosophes ou penseurs ou historiens contemporains de Foucault. Ce matin, nous essaierons d'alterner, avec liberté, les extraits qui donnent à entendre

15

ou voir la parole de Foucault, et d'autre part les analyses qui seront proposées, avec un parcours qui essaiera d'abord de comprendre la présence ou l'absence de Foucault dans les médias, ensuite une analyse du rapport de Foucault à l'archive, et enfin, pour terminer cette matinée, une réflexion sur la relation, ou les relations multiples, de Foucault avec la parole. Dans ces deux derniers cas, Foucault et l'archive, Foucault et la parole, je crois que l'idée est d'entrelacer ce qui peut être une analyse des archives ou des paroles dont Foucault fait l'étude avec son propre usage du dit ou de l'écrit. C'est en fin de matinée, une fois sédimentées différentes interventions, déployées à la fois à travers les extraits de la parole même de Foucault et les analyses des trois intervenants, que nous pourrons ouvrir, je crois avec un matériau solide et un ancrage fort, une discussion. Je pense qu'on peut passer directement à la première de ces interventions, qui est celle de Tamara Chaplin Matheson, professeur à l'université d'Illinois à Urbana-Champaign et, surtout pour nous ce matin, qui a travaillé, sous la forme d'une recherche et donc d'un doctorat, sur un thème qui va permettre de situer Foucault dans un cadre ou un contexte plus large, puisque son travail porte sur les philosophes français à la télévision entre 1951, date de la première attestation, et 1999. Cette thèse va bientôt être transformée en un livre publié sous le titre de Embodying the Mind, «Donner corps à la pensée ». Elle a publié ou va publier différents essais sur cette présence des philosophes français à la télévision. Nous la remercions beaucoup d'ouvrir cette journée en situant la présence propre de Foucault dans ce médium particulier et en relation avec d'autres présences. Merci.

16

Une histoire brève des intellectuels à la télévision: le cas de Michel Foucault

Tamara CHAPLIN MATHESON:Monsieur le président, mesdames et messieurs, je suis honorée de présenter la première communication du colloque d'aujourd'hui. Lorsque j'ai commencé mes études de doctorat, en 1995, j'ai été intriguée par l'influence du travail de Michel Foucault sur les universitaires anglo-américains. Ma thèse de doctorat, sur I'histoire de la philosophie à la télévision en France, a été inspirée par la contribution des médias à la célébrité de Foucault. Par conséquent, j'aborderai aujourd'hui l'histoire des intellectuels à la télévision à travers la philosophie et, plus particulièrement, à travers Michel Foucault. Entre 1951, date à laquelle le journal télévisé parle de Jean-Paul Sartre pour la première fois, et la fin du siècle, plus de 3 500 sujets concernant soit des philosophes, soit leurs œuvres, ont été diffusés en France. La simple existence de ces programmes, qui se sont efforcés pendant presque cinquante ans, de présenter aux téléspectateurs l'une des disciplines les plus abstraites, est étonnante, surtout selon des critères américains. Cela remet en cause les arguments de Theodor Adorno, Stuart Hall ou Raymond Williams, pour n'en citer que quelques-uns, sur les oppositions fondamentales entre culture de l'élite et culture populaire, en particulier dans les médias. Cela va aussi à l'encontre des assertions de penseurs comme Pierre Bourdieu ou Régis Debray qui affirment que la télévision, même publique, est foncièrement anti-intellectuelle, qu'elle est une menace pour la démocratie, la culture et les valeurs morales, ainsi que l'adversaire déclarée du livre.

La présence continue des philosophes et de la philosophie à la télévision française est symptomatique d'une série de questions récurrentes dans l'histoire de la France contemporaine sur la culture, l'éducation, la politique et le rôle de l'intellectuel. Aujourd'hui, je voudrais étudier comment certains de ces aspects se sont manifestés à travers une analyse de la manière dont Michel Foucault a été présenté à la télévision française. Bien qu'on lui ait consacré moins d'émissions qu'à des personnalités comme Sartre, Camus ou le très médiatique BHL, Foucault est apparu ou bien a été évoqué à la télévision environ 67 fois entre 1965 et la fin du siècle. En effet, alors qu'il ne semble pas avoir courtisé ce moyen d'expression, Foucault apparaît dans tous les types d'émissions sur les intellectuels diffusées à la télévision française, des émissions scolaires aux journaux télévisés et aux documentaires historiques en passant par les biographies, les magazines de cinéma, les nécrologies et la traditionnelle émission littéraire. Cet éventail de genres d'une part démontre que l'étude de Foucault au petit écran est appropriée pour l'analyse des idées préconçues concernant les intellectuels et la télévision, et d'autre part soulève des questions sur la couverture médiatique au sens large. L'argument que je vais avancer est le suivant. Premièrement, la représentation télévisée des philosophes et de la philosophie était un prolongement naturel de la mission culturelle et éducative de la télévision d'État. Deuxièmement, grâce à la spécificité de leur discipline fondée sur le dialogue socratique et enracinée fondamentalement dans l'exercice de la parole, loin d'être contradictoire avec l'expression télévisuelle, les philosophes, en dépit de leur méfiance en général à l'égard du média, étaient en réalité particulièrement à même de tirer profit de cette nouvelle technologie. En troisième 18