Frontières du visage

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À travers une histoire de la représentation, cet essai tente d'interroger la question de l'effacement du visage. Si, pendant longtemps, cet effacement était dû à des stratégies de pouvoir, politiques et économiques, il semblerait qu'avec la démocratisation des technologies, peut-être, ceux qui étaient les effacés de l'histoire de la représentation, peuvent enfin apparaître. Mais, à l'ère des réseaux, est-ce aussi simple ?
Publié le : mardi 1 décembre 2015
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EAN13 : 9782336397955
Nombre de pages : 112
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Philippe Boisnard
Frontières du visage (analogique-numérique)
Série RETINA Collection Eidos
Frontières du visage (analogique-numérique)
ème Ce livre est le 73livre de la
dirigée par François Soulages & Michel CostantiniComité scientifique international de lectureArgentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata), (Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia,),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taïpei)Série RETINA3 François Soulages (dir.),La ville & les arts11 Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence12 Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui13 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur14 Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image17 Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage18 Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme31 Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain35 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou36 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma37 Gezim Qendro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie38 Nathalie ReymondÀ propos de quelques peintures et d’une sculpture39 Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique40 Marie-Luce Liberge,Images & violences de l'histoire41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît42 Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières43 Françoise Py (dir.),Du maniérismeà l’art post-moderne44 Bernard Naivin,Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook48 Marc Veyrat,La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 149 Dominique Chateau,Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative51 Patrick Nardin,Effacer, Défaire, Dérégler... entre peinture, vidéo, cinémae 55 Françoise Py (dir.),Métamorphoses allemandes & avant-gardes au XX siècle56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans57 Agathe Lichtensztejn,Le selfie aux frontières de l’egoportrait58 François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.),Frontières & migrations Allers-retours géoartistiques & géopolitiques60 François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières des rêves61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.),L’Afrique en images62 Michel Godefroy,Chirurgie esthétique & frontières de l’identité63 Thierry Tremblay,Frontières du sujet. Une esthétique du déclin64 Stéphane Kalla Karim,Les frontières du corps & de l'espace. La métaphysique de Newton65 Marc Veyrat,Never Mind, De l’information comme matériau artistique, 266 Vladimir Mitz,La transgression des frontières du corps. La chirurgie esthétique67 Bernard Salignon,Frontières du réel. Où l’espace espace68 Dominique Chateau,L’art du fragment. Frontières apparentes & frontières souterraines69 Pierre Kœst,Aux frontières de l’Humain. Essai sur le transhumanisme70 Aniko Adam,Du vague des frontières. Espaces, littératures & langues71 Gabriel Baudrand,Mathématiques & frontières71 Sandrine Le Corre,Frontières & arts. De l’opacité à la fraternité72 Philippe Boisnard,Frontières du visage (analogique-numérique)Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livre Publié avec le concours de
Philippe Boisnard Frontières du visage (analogique-numérique)
ème Ce livre est le 51 de
Frontières géoartistiques & géopolitiques, géoesthétiques & géothéoriquesSous la direction de François Soulages MÉTHODE & FONDEMENTFrançois Soulages (dir.),Géoartistique & Géopolitiques. Frontières,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2012 Gilles Rouet & François Soulages (dir.),Frontières géoculturelles & géopolitiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013 Gilles Rouet (dir.),Quelles frontières pour quels usages ?,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013 François Soulages (dir.), Mondialisation & frontières. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014 Éric Bonnet & François Soulages (dir.),Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2015Éric Bonnet (dir.),Frontières & œuvres, corps & territoires,L’Harmattan, Coll. Local & Paris, Global, 2014.MOBILITÉS & ESPACESFrançois Soulages & Alejandro Erbetta (dir.),Frontières & migrations. Aller-retour géoartistiques & géopolitiques, (dir.), Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015 Serge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.),Migrations, mobilités, frontières & voisinages,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 334 p. Anna Krasteva & Despina Vasilcu (dir.),Migrations en blanc. Médecins d’est en ouest,Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 242 p. Pierre San Ginés,Frontières, Réalités & Imaginaires, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2015Bernard Salignon,Frontières du réel. Où l’espace espace, Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015Éric Bonnet & François Soulages (dir.),Frontières & artistes. Espace public, (post)colonialisme & mobilité en Méditerranée, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014. Michel Gironde (dir.),& exil. Aujourd’hui, Méditerranée L’Harmattan, collection Paris, Eidos, Série RETINA, 2014. Éric Bonnet, François Soulages & Juliana Zevallos Tazza (dir.),Memoria territorial y patrimonial. Artes & Fronteras, Lima, Universidad Nacional Major de San Marcos Fondo Editorial, 2014, 212 p. Michel Costantini (dir.),L'Afrique, le sens. Représentations, configurations, défigurations, Paris, L’Harmattan, CollectionEidos, série E.I.D.O.S., 2007, 226 p. Michel Costantini,1779 Les nuées suspendues. Voyage européen à travers les arts au siècle des Lumières, Paris, L’Harmattan, collection Intersémiotique des arts, 2009 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur, Paris, L’Harmattan, collectionEidos, Série RETINA, 2010, 326 p.Suite des titresFrontièresà la fin du livre © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07979-0 EAN : 9782343079790
Introduction Au-delàÀ nul moment je n’ai décrit votre visage. Le visage de la douleur, un miroirEdmond Jabès Il est allongé sur la plage, la tête légèrement incrustée dans le sable. Le corps est tranquille. Le corps est passif. Le corps est souple, presque flaccide. Le visage est caché, bras le long du corps, mains ouvertes. Aucun muscle ne joue. La face nous est invisible. On la devine enfoncée dans le sol humide. Elle est soustraite à la vue. Le corps est à la lisière de la mer et du sable. Le corps est celui d’un enfant. Le corps ne respire pas, ne bouge pas. Le corps porte un short bleu et un t-shirt rouge. Le corps n’a d’emblée pas de nom. Je ne vois pas l’enfant. Je vois sa photographie médiatisée. Je vois la photographie surdéterminée par des couches de langage et ses répétitions en boucle sur tous les écrans du monde.
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DansPierrot le fou(J.-L. GODARD 1965) Anna Karina, assise dans une voiture à côté de Jean-Paul Belmondo, parle des morts, de la guerre, de l’écart entre la représentation qui en est donnée (les chiffres, une photographie et sa légende) et ce qui, appartenant à la présence, nous aura déjà échappé :C’est horrible (...) C’est comme la photographie, cela m’a toujours fasciné. On voit la photo immobile du type, avec une légende dessous. C’était un lâche ou un chic type. Mais au moment précis où la photo a été prise personne ne peut dire qui était-ce réellement et ce qu’il pensait, à sa femme ou à sa maîtresse, au passé, au futur, au basket-ball. On ne saura jamais.On le sait, car déjà quatre ans auparavant, il l’énonçait par la voix de Michel Subor, la photographie c’est la vérité. Et le cinéma la vérité 24 fois par seconde. La vérité de la représentation, la vérité dans la représentation qui est venue recouvrir, par sa seule présence offerte au regard, la présence, dorénavant évanouie. Je ne connaîtrai jamais cet enfant. Je ne connaitrai jamais qui il était. Désormais je n’aurai accès qu’à sa composition photographique et numérique au niveau information. Enfant d’ailleurs, visage de l’étranger, de l’intrus. Qu’est-ce qui fait que nous réagissions autant ? Pourquoi une telle émotion face à cette photographie. Car ce n’est pas le premier enfant mort au cours de cette crise des migrants. Les nombres succèdent aux nombres. Ces autres, dénombrés, étaient des éléments de langage, des réalités mathématiques, neutralisés par
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la logique du dispositif énonciatif. Humanité en creux, seulement ombre. Tel que l’expliquait Nietzsche dansLe livre du philosophe, ceci étant un postulat important pour cet essai :Tout mot devient immédiatement concept par le fait qu’il ne doit pas servir justement pour l’expérience originale, [...] mais qu’il doit servir en même temps pour des expériences innombrables, plus ou moins analogues, c’est-à-dire, à strictement parler, jamais identiques et ne doit donc convenir qu’à des cas différents. Tout concept naît de l’identification du non-identique.Tous ces morts n’avaient pas de visage, n’avaient pas de nom. Ils étaient des concepts. Pris dans un compte-pour-un aveugle, sans fenêtre et sans porte permettant de saisir la douleur et la souffrance des visages. Langage médiatique : seulement des migrants échoués, sans corps, syllabes de rien. Ainsi les autres morts n’étaient que des énoncés, communiqués depuis quelques mois et même quelques années. Ce qui a changé avec cet enfant, pour qu’il devienne le symbole de la crise des migrants, c’est qu’il a eu un visage, même si celui-ci était à peine perceptible. Et par son visage il a eu nom. L’apparition visuelle de son être, l’a projeté avec violence et donc avec une réception émotionnelle forte, dans les frontières de notre humanité. Le visage n’est pas seulement ce qui se présente matériellement comme la face, il est comme le corps humain. Ce n’est pas une réalité seulement réductible à son organicité, à sa physiologie, mais il renvoie à un supplément, à ce qui transcende l’étant visible en direction de l’être.
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Le visage est tout à la fois ce corps, son nom, et cette sorte d’aura singulière qui fait que ce corps-là n’est pas un étant parmi tant d’autres. En 2009, lors des manifestations qui ont suivi les résultats des élections iraniennes, face aux violences commises par la milice Bassidji commandée par le pouvoir, l’émotion a suivi le même processus que pour le petit Ylan mort sur la plage. C’est par le visage de Neda Agha-Soltan, que la prise de conscience occidentale est passée. Le visage est le lieu, tout à la fois de la compassion et de la compréhension, d’une possibilité de projection analogique de soi dans l’expérience de l’autre. Le visage est le signe d’une co-appartenance pour les hommes. C’est notre humanité qui apparaît, en lisière de la présence. Notre humanité, au sens où nous sentons du commun à la vue du visage, nous sentons notre communauté fondamentale d’être. Ce qui est déchirant avec ce corps et ce nom d’Ylan, c’est que nous faisons face à une humanité morte : un langage, un témoignage qui se sera définitivement tu. Nous imaginons, mais nous ne ferons jamais l’expérience de sa vie. Doublement intrus : en étant révélé dans sa mort, il marque qu’exclu de notre territoire, devant passer en contre-bande, sa possibilité de dire, elle aussi, a été exclue. Jean-François Lyotard exprime la question du 1 tord face au litige dansLe Différend. Le litige permet aux deux partis de s’exprimer pour résoudre ce qui les 1 Jean-François Lyotard,Le Différend, Paris, Minuit, 1984.
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oppose. Le tord se définit par l’impossibilité pour un des partis de pouvoir exprimer son point de vue. C’est lorsqu’il est empêché de pouvoir se défendre. L’émotion face à cet enfant sur la plage : c’est de sentir à quel point il n’est que victime. Cet enfant ne parlera plus. Il ne pourra jamais s’adresser à nous. Sa mort est un tord absolu, car il est sacrifié, il est détaché de la sphère des parlants par la mort.  Ce que nous voulons interroger dans cet essai, c’est le visage comme frontière de notre humanité, mais aussi lieu de notre déshumanisation. Le visage comme cette lisière ontologique où la question de l’être de l’homme se joue. Mais la désignation de cette lisière de notre être, la représentation de cette lisière, amène la redéfinition, à chaque fois, de notre humanité.  Notre recherche traverse le témoignage de l’art. Car le lieu de la saisie du visage, de sa traversée du temps, est dans sa représentation. L’art, lieu de pouvoir politique, économique, culturel, lieu de témoignage, lieu documentaire et documental. Traverser le lieu de nos représentations pour enquêter alors sur l’humanité, les humanités du visage.  Il ne faudra pas voir ici un essai sur le visage dans l’art ou à travers l’histoire de l’art. Cela a déjà été fait. Mais bien plus voir de quelle manière la saisie du visage, les stratégies de sa représentation, définissent à chaque fois des lignes de tension, d’intégration, d’exclusion de cette humanité que nous relions au visage.  Si la matière de notre réflexion appartient ainsi à l’esthétique, le cœur de notre réflexion sera éthique et politique.
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