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Gilles Deleuze et Antonin Artaud

De
246 pages
Artaud fut pour Deleuze la "profondeur absolue en littérature". Tous deux partagent justement une conception de la pensée originale, tout à la fois impossible et imprévisible, jumelle de la folie. Les voyages d'Artaud au Mexique, solaire et merveilleux, puis en Irlande, tragique, le condamnèrent à neuf années d'enfermement asilaire. Seul Artaud a, aux yeux de Deleuze, traversé le "mur du sens" : il serait le seul à avoir sondé la puissance de la pensée et du corps. Quels plateaux de la pensée et du corps pouvons-nous à notre tour arpenter ? Quelle pensée pouvons-nous élaborer à partir de la rencontre du philosophe avec le poète ?
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Anne Bouillon
GILLES DELEUZE ET ANTONIN ARTAUD
L’impossibilité de penser
Préface de Jérôme de Gramont
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Gilles Deleuze et Antonin Artaud
Ouverture philosophique Collection dirigée par, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot
Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques.
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Gilles Deleuze et Antonin Artaud
Préface de Jérôme de Gramont
L’impossibilité de penser
Anne Bouillon
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10129-3 EAN : 9782343101293
PréfacePar Jérôme de Gramont
« L’écrivain, lui, c’est l’incapable, celui qui ne sait pas peindre. S’il écrit, c’est pour se taire, c’est pour gagner cette béatitude de la bêtise, du silence, cette plus farouche intelligence. » (Christian Bobin,L’Homme du désastre, Fata Morgana, 1986, p. 56)
Si Plutarque revenait de nos jours, que de beaux livres il pourrait écrire. Que de matière pour l’auteur desVies parallèles, si toutefois il acceptait de déplacer quelque peu son projet et mettre en regard œuvres de penseurs et œuvres de poètes : Kant et Baudelaire (qu’il suffise à celui que ce rapprochement étonne de relire ligne à ligne les pages sur le schématisme et l’éloge de l’imagination dans le Salon de peinture de 1859), Hegel et Mallarmé (tout à la tâche d’écrire le Livre, tel qu’il n’y en a qu’un, tenté à son insu par tout poète mais sciemment par tout penseur), Nietzsche et Rimbaud (chacun des deux étant bien le seul à posséder la clef de cette parade sauvage), Husserl et Proust (ou laRecherche du temps perducomme nouvelle version de cetteIntroduction à la phénoménologieque Husserl n’aura jamais cessé d’écrire), Deleuze et Artaud – mais cette fois le livre n’est plus à écrire puisque le lecteur d’Anne Bouillon l’a déjà sous les yeux. Il est vrai que le rapport de Deleuze à la littérature est loin de se résumer au seul nom d’Antonin Artaud. Sur ce que le philosophe doit aux écrivains, Gilles Deleuze s’est expliqué 1 clairement tout au long de son dernier livre (Critique et clinique) : l’écriture d’un surcroît de vie que rien ne laisse transparaître dans une biographie ordinaire. Sur sa rencontre avec Artaud, il n’aura cessé de s’expliquer tout au long de son œuvre. Retenons les pièces essentielles du dossier, même s’il n’est pas interdit de penser que l’explication se poursuit jusque dans les livres qui ne font pas mention d’Artaud. D’abord quelques pages au milieu deDifférence et répétition, à peine quelques pages portant sur la correspondance avec Rivière, mais qui suffisent à irradier l’ouvrage entier. Ensuite les passages de laLogique du sensArtaudrévèlent comment «  qui 2 est le seul à avoir été profondeur absolue dans la littérature ». Enfin les développements deMille Plateaux(avec Félix Guattari) qui reviennent sur la
1 Notons au passage que c’est déjà sous l’égide de ces deux mots – le discourscritiqueet le discoursclinique– que Jacques Derrida ouvrait son étude de 1965 consacrée à Antonin Artaud (« La parole soufflée », dansL’Écriture et la différence, Paris, Seuil, 1967, p. 253). 2 Deleuze,Logique du sens, Paris, Minuit, 1969, p. 114.
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découverte par Artaud du corps vital et lui empruntent l’expression devenue concept de « corps sans organes ». Voilà pour rythmer le dialogue du philosophe avec le poète, ces œuvres décidément si peu parallèles qu’elles ne cessent de se croiser. Qu’il suffise pour cette préface de remonter au moment de la rencontre, et nous demander ce que Gilles Deleuze a entendu chez Antonin Artaud. Ce qu’il a entendu et qui le force à penser. La réponse pourrait tenir dans une formule tirée de la fameuse correspondance avec Jacques Rivière : « le cri même de la vie », un cri venu du fond même de la vie (de « la substance indéracinable de l’âme ») et 3 qu’arrache la souffrance d’être (« la plainte de la réalité ») . Il faut pourtant entendre tout d’abord dans ce cri ce qui résiste à la pensée : à sa manière le cri est l’effondrement du langage comme la folie, selon la formule maintenant bien connue de Michel Foucault, l’absence d’œuvre. On croit que quelque chose a lieu, que la gorge laisse passer un souffle, et que le corps émet une pensée réduite à son noyau le plus essentiel, mais en fait la vie se retire. Une parole au moment de se prononcer efface tous les mots. Et ce qui se lève aussitôt s’effondre. Supposons qu’un poème se bâtisse mot après mot, le cri est la destruction du poème, langage inarticulé, pensée mourante avant même d’être naissante. Ce qui se lève n’est rien d’autre que la possibilité d’une parole qui recule dans l’impossible. Le cri est ce qui reste de la vie quand son expression la plus haute se dérobe : un corps, une voix, un appel ? Mais un corps sans repos, une voix qui ne dit rien que son être-affolée, un appel au secours qui ne sait quel secours peut venir. Une commune défaillance de la pensée et du corps. Ce qui est bien autre chose qu’une révélation de l’être : la paradoxale manifestation d’un absentement de soi, comme une substance négative – ce dont Antonin Artaud s’explique dans lesFragments d’un journal d’enfer: « Ni mon cri ni ma fièvre ne sont de moi. Cette désintégration de mes forces secondes, de ces éléments dissimulés de la pensée et de l’âme, concevez-vous seulement leur constance » (175). Il faut prendre la mesure de ce retrait de la vie («COMMENT LA VIE SE RETIRE DE NOUS», 792) qui ne va pourtant pas jusqu’à son contraire absolu, la mort (« Je ne suis pas mort, mais je suis séparé », 788). Le temps manque – nous savons, nous l’avons même appris des meilleurs philosophes (Augustin, Husserl), qu’il faut du temps pour lancer une pensée au-devant de nous, bâtir une phrase, musicale ou non, mais l’impatience du cri supplée la défaillance du temps. Le temps manque, la pensée manque (c’est même là tout l’objet de la correspondance avec Rivière, des premiers livres, de tous
3 Lettre d’Antonin Artaud à Jacques Rivière : « Pourquoi mentir, pourquoi chercher à mettre sur le plan littéraire une chose qui est le cri même de la vie, pourquoi donner des apparences de fiction à ce qui est fait de la substance indéracinable de l’âme, qui est comme la plainte de la réalité ? » (Œuvres, éd. E. Grossman, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2004, p. 79). Les pages indiquées dans le corps du texte renvoient à cette édition.
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4 les livres – sur quoi Artaud revient dans une lettre du 27 janvier 1946 : « J’ai débuté dans la littérature en écrivant des livres pour dire que je ne pouvais rien écrire du tout, ma pensée quand j’avais quelque chose à dire ou à écrire était ce qui m’était le plus refusé », 1097), et le corps aussi manque (c’est pourquoi l’histoire de ce corps fait bien partie de l’œuvre, de ce que nous pouvons bien appeler par antiphrase l’œuvre, jusque dans l’expérience atroce des électrochocs – ce dont témoigne cette fois une lettre de Rodez du 6 janvier 1945 : « À la dernière série je suis resté pendant tout le mois d’août et de septembre dans l’impossibilité absolue de travailler, de penseret de me sentir être. Cela me rend chaque fois ces abominables dédoublements de personnalité sur lesquels j’ai écrit la correspondance avec Rivière, mais qui à l’époque était une connaissance perceptive et non des affres comme sous l’électro-choc », 962). Et pourtant la vie, même réduite au cri, est encore la vie. Vie naissante et souffrante, primitive, telle que jaillissent d’elle ensuite toutes les expériences et les discours et les œuvres, la vie avant la vie, le cri de la vie avant tout langage constitué (« Avant l’âme il y a le cri du vrai, et le vrai est un mouvement d’os, car les os de l’insondable tonnent dans les abîmes de notre pauvre nature depuis trop de siècles piétinés », 1066). Et il n’est peut-être pas jusqu’à l’expérience de la pensée qui ne soit cette expérience de la souffrance, de sorte que retirer à Artaud sa propre souffrance serait lui ôter encore plus résolument la vie, la pensée, la poésie (d’où cette réclamation dans une lettre à Rodez de mai 1944 : « Me traiter en délirant c’est nier la valeur poétique de la souffrance qui depuis l’âge de quinze ans bout en moi devant les merveilles du monde de l’esprit que l’être de la vie réelle ne peut jamais réaliser ; et c’est de cette souffrance admirable de l’être que j’ai tiré mes poèmes et mes chants », 950). Si penser et souffrir ne font qu’un, le cri de la vie célèbre leur alliage. Aussi faut-il l’entendre deux fois : une fois pour ce qui résiste à la pensée, et l’autre fois pour ce qui lui livre douloureusement passage. Une fois pour l’expérience du manque, et l’autre pour ce qui parvient à se lever, mais au prix de quelle douleur ? Peu ont su aussi bien que Maurice Blanchot décrire cette tension entre le manque et le soulèvement – dans son chapitre sur Artaud deL’Entretien 5 infini, et déjà dans l’article sur la Correspondance avec Rivière recueilli
4 C’est même toute l’affaire de cette œuvre détruite, comme Antonin Artaud peut l’avouer en juin 1937 au successeur de Jacques Rivière à la tête de la NRF, Jean Paulhan : « Rappelez-vous. La correspondance avec Rivière avait paru avec 3 étoiles et de tout ce que j’ai écrit c’est peut-être tout ce qui restera. Après 13 ans écoulés on dirait que j’en reviens au même point mais le tour que j’ai fait était en spirale : il m’a mené plus haut » (805). 5 Le manque : les textes de la première période, dont la Correspondance avec Rivière, « constituent l’approche la plus vive de cemanquequ’est la pensée, lorsqu’elle singulier s’accomplit comme centre de la création littéraire ». Le soulèvement : « ce “rapace besoin d’envol»” par lequel furent soulevées sans relâche la vie et la pensée d’Antonin Artaud (Maurice Blanchot,L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, resp. p. 433 et 438).
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dansLe Livre à venir. On ne s’étonnera pas que les pages de Deleuze dans Différence et répétitioncommentent ces lettres évoquent lorsqu’elles Maurice Blanchot. De quoi est-il question dans cet article ? D’un impouvoir mais qui ne condamne pas au mutisme, d’une impossibilité d’écrire au cœur de l’écriture, d’un manque d’inspiration qui voue au poème plus sûrement encore que les débordements de l’inspiration. « Que la poésie soit liée à cette impossibilité de penser qu’est la pensée, voilà la vérité qui ne peut se découvrir, car toujours elle se détourne et l’oblige à l’éprouver au-dessous du 6 point où il l’éprouverait vraiment. » Que le manque, la défaillance, l’impouvoir, soient pour la poésie ressource, voilà la leçon étonnante qui nous vient d’Artaud. Si souffrir et penser ont parties liées, cela tient au fait que la pensée, ou la poésie, ne vient pas de ce qui se donne dans l’évidence, mais de ce qui se dérobe, dans le tourment de ce qu’il faut dire ne le pouvant pas. À charge d’imaginer cette maxime quasi-kantienne : « Tu ne peux pas, donc tu dois ». Ce pour quoi les mots nous manquent, c’est bien cela que nous avons à dire, répondant ainsi à la seule urgence, répondant à l’impossible. Ce qui ne donne pas : l’impouvoir, c’est cela même qui force à penser. « Impouvoir » – le mot est d’Artaud (dansLe Pèse-nerfs), avant de se retrouver au cœur de l’article de Maurice Blanchot, et que Derrida et Deleuze ne le reprennent. Ouvrons ce trop rapide florilège de l’impossible : Antonin Artaud : « Un impouvoir à cristalliser inconsciemment, le point rompu de l’automatisme à quelque degré que ce soit » (162). Maurice Blanchot : « Il a comme touché […] le point où penser, c’est toujours déjà ne pas pouvoir penser encore : “impouvoir”, selon son mot, qui est comme essentiel à la pensée, mais fait d’elle un manque d’extrême 7 douleur, une défaillance qui rayonne aussitôt à partir de ce centre… » Jacques Derrida : « L’“impouvoir”, dont le thème apparaît dans les Lettres à J. Rivière, n’est pas, on le sait, la simple impuissance, la stérilité du “rien à dire” ou le défaut d’inspiration. Au contraire, il est l’inspiration elle-8 même… » Gilles Deleuze : « Dès lors, ce que la pensée est forcée de penser, c’est aussi bien son effondrement central, sa fêlure, son propre “impouvoir” naturel, qui se confond avec la plus grande puissance, c’est-à-dire avec les cogitanda, ces forces informulées, comme avec autant de vols ou 9 d’effractions de pensée . »
6 Maurice Blanchot,Le Livre à venir, Paris, Gallimard, 1959, rééd. 1986, coll. « Folio-essais », p. 53. Page déjà citée dans notre essai,Blanchot et la phénoménologie¸ Clichy, éd. de Corlevour, 2011, p. 62. 7 Maurice Blanchot,Le Livre à venir, p. 53. 8 Jacques Derrida,L’Écriture et la différence, p. 263 – dans une formule qui semble reprise à Blanchot malgré les réticences énoncées un peu plus haut, p. 255 sq. 9 Gilles Deleuze, DR, 192.
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À notre question de tout à l’heure : qu’est-ce donc que Gilles Deleuze a entendu chez Antonin Artaud ?, nous pouvons maintenant répondre : ce cri de la vie dont l’impouvoir se retourne en puissance. Un cri dans lequel se mêlent, indissociables, la souffrance de vivre, l’injonction de penser et l’ultime puissance d’affirmer. Une souffrance avec laquelle chaque vivant se débat, tout à la tâche d’échapper au désastre, à la folie, l’effondrement de soi, et ne pas séjourner en enfer plus d’une saison : « Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer » (1451). Une violence d’où la pensée trouve son impératif de naître : pensée tenue d’advenir au moment même où tout semble la vouer à sa propre impossibilité. Pensée tendue au maximum dans unaccord discordant où impouvoir et puissance croissent ensemble. Puissance qui ne se lève pas malgrémais bien l’impouvoir grâcelui. La formule d’ à accord discordantavancée dansDifférence et répétition peu avant les pages consacrées à 10 Artaud sonne comme un fragment d’Héraclite . Deleuze la commente à partir de Kant, de l’affrontement des facultés dans le sublime et de l’« accord 11 [qui] naît de ce désaccord » : « Aussi l’accord des facultés ne peut-il être produit que comme unaccord discordant, puisque chacune ne communique à l’autre que la violence qui la met en présence de sa différence et de sa divergence avec toutes. Kant le premier a montré l’exemple d’un tel accord par la discordance, avec le cas du rapport de l’imagination et de la pensée 12 telles qu’elles s’exercent dans le sublime ». Les lettres qu’Antonin Artaud échange avec Jacques Rivière viennent alors comme un troisième exemple de cette genèse de la pensée à partir de ce qui lui résiste ou de ce qui semble la retenir au bord du chaos : « Rien n’est plus exemplaire que l’échange de 13 lettres entre Jacques Rivière et Antonin Artaud ». – Exemplaire de quoi ? – De ce qui vient tout juste d’être évoqué : « l’Idée discordante ». En dernier lieu, il faut entendre dans ce cri la seule puissance capable d’affirmer ou nier, capable d’affirmer pleinement, sans se plier à une puissance supérieure : « Les livres, les écrits, les toiles, l’art ne sont rien ; ce qui juge un homme c’est sa vie et non son œuvre, et qu’est-elle sinon le cri de sa vie » (1144).
10 Sonorité que confirme la référence en note à Kostas Axelos. Même si Deleuze renvoie alors àVers la pensée planétaire(1964), on songera avant tout àHéraclite et la philosophie(Paris, Minuit, 1962, par exemple p. 65 :« L’accord avec la pensée qui régit tout à travers tout, c’est-à-dire avec l’unité dans la multiplicité, cet accord, toujours discordant, forme le lien contraignant et élucidant »). 11 Gilles Deleuze, « L’Idée de genèse dans l’esthétique de Kant » (Revue d’esthétique, avril 1963, p. 122). 12 Gilles Deleuze, DR, 190. Sur cette lecture deleuzienne de Kant et ce motif de l’accord discordant, voir notre ouvrageKant et la question de l’affectivité, Paris, Vrin, 1996, p. 20-25. 13 DR, 191.
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