Hegel et la liberté individuelle

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Si le concept de "liberté" occupait le centre du système de pensée de Hegel, dans lequel il voyait l'essence du monde moderne, l'auteur cherche ici à exposer dans cet ouvrage une conviction que l'essence du monde moderne est fondamentalement contradictoire. L'ouvrage vise ainsi à reconstruire les traits fondamentaux de l'"aporie" de la liberté moderne, et à montrer en quel sens la théorie hégélienne peut éclairer les événements contemporains.
Publié le : dimanche 1 mars 2009
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EAN13 : 9782296221208
Nombre de pages : 184
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Hegel et la liberté individuelle
ou
les apories de la liberté moderne

Ouverture philosophique Collection dirigée par Dominique Chateau, Agnès Lontrade et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

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Thamar Rossi Leidi

Hegel et la liberté individuelle
ou
les apories de la liberté moderne

LI Htt'mattan

L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

@

75005

Paris

http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07927-4 EAN:9782296079274

Pour Alessandra

PRÉFACE

La liberté est le concept fondamental, la source d'inspiration de la philosophie hégélienne, d'après ce qu'affirme à cet égard Hegel luimême. Mais comprendre ce que cela signifie, et notamment quel est le sens véritable du concept hégélien de liberté, c'est toute autre chose que s'arrêter à la définition qu'en donne le philosophe, et suivant laquelle la liberté consiste à être auprès de soi dans l'autre. Au premier regard on a souvent l'impression, troublante, d'être en présence de l'une des nombreuses expressions de la philosophie que l'on appelle vides, en entendant de fait abstraites. Pourtant, l'intention fondamentale de Hegel est par contre de développer une vision unitaire et sans doute systématique des divers niveaux auxquels on peut situer un discours sur la liberté, de la métaphysique à la théorie de l'agir humain, de la doctrine juridico-politique à la compréhension d'ensemble des grandes disciplines qui forment l'histoire de la civilisation et, du point de vue hégélien, la manifestation, l'auto-réalisation de la rationalité. La philosophie répond à son temps. Traiter de ces thèmes signifie alors pour Hegel prendre en considération, d'un côté, des structures conceptuelles décrivant l'essence (même au sens spéculatif) de ce qu'il est en train d'exposer, certes, mais aussi, de l'autre côté, présenter la manière dont tout cela s'exprime dans la réalité concrète, historiquement déterminée et contemporaine. Lorsqu'il est question de la liberté individuelle il s'agit donc, évidemment, de saisir et conceptualiser les différents aspects en lesquels s'articule la relation entre l'homme en tant qu'un sujet singulier et le tout social ou bien, en utilisant un terme encore plus général, l'universel- en particulier, celui-ci, nous le verrons de près, n'est pas seulement la définition d'un genre logique, mais implique aussi la référence à l'Etat, aux institutions, et

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PRÉFACE

en même temps l'ensemble des convictions culturelles caractérisant une certaine nation. A cet égard, les exégètes de Hegel parlent souvent d'ethos, qui exprime notoirement l'idée qui aurait déjà animé les premières réflexions du philosophe sur le monde politique et social, à savoir la représentation de la polis grecque. Au-delà de toutes les remarques que l'on peut faire sur le retentissement chez Hegel des images et des thèmes politiques développés à l'époque, ou sur l'évolution interne de la notion d'ethos et du rapport plus ou moins fidèle de la doctrine juridique hégélienne à une certaine vision de la grécité, il reste que l'idée du corps social comme un monde unitaire des valeurs morales et culturelles ainsi que des coutumes juridiques est un élément central dans la pensée hégélienne; mais il reste aussi, à notre avis, que dans un tel monde le sujet lui-même joue un rôle. Etablir lequel, autrement dit, étudier comment se déroule l'interaction entre l'individu singulier et la dimension universelle, c'est là donc la question dont le développement décrit les aspects de ce que l'on nomme liberté individuelle. Evidemment, ces remarques constituent déjà, en tant que telles, une thèse interprétative. En particulier, soutenir que l'individu singulier joue un rôle dans la communauté institutionnelle à laquelle il appartient, que ce rôle ne prévoit pas seulement une conformité avec les normes universelles, mais aussi une critique du monde dont celles-ci sont une expression déterminée, et que cette critique est de son côté le moteur par le moyen duquel la société évolue; tout cela est une position pas du tout escomptée. En effet, avant de nous rapprocher de telle interprétation, nous soutenions nous-mêmes que, à l'intérieur du système du droit hégélien, la part fondamentale de l'individu ne consiste qu'à assimiler l' ethos de sa civilisation et à agir en conséquence de cela. C'était une lecture insatisfaisante, surtout parce qu'elle ne réussissait pas à expliquer la signification de la société civile à l'intérieur de la doctrine de l'éthicité, sauf en affirmant que tel moment représente, pour ainsi dire, un contre-exemple, à savoir que les contradictions auxquelles conduisent ses aspects de particularisme sont, selon Hegel, la démonstration par opposition de la thèse selon laquelle seulement l'éthicité accomplie de l'Etat est l'achèvement de la liberté. Maintenant, nous soutenons une position beaucoup plus complexe. Mais, en même temps, plus simple aussi, dans la mesure où elle permet de rendre compte d'aspects que notre lecture précédente ne par-

venait pas à éclairer - notre, mais il s'agit, en effet, d'une perspective

PRÉFACE

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pas du tout rare chez les exégètes hégéliens. Nous ne cachons pas que les premières indications dans telle direction nous vinrent par la lecture de certains auteurs de la tradition anglo-saxonne, notamment F. Neuhouser, M. Hardimon et, surtout, A. Wood. Ce sont eux qui nous ont aidé à donner le premier coup de pioche à une interprétation trop facilement totalisante de la doctrine politique hégélienne. Mais, en allant en arrière, nous avons découvert après ceux-ci les auteurs en langue anglaise de la génération précédente, en particulier Z. A. Pelczynski et S. Avineri; leur contribution au développement de la thèse que nous allons exposer dans le présent travail a été déterminante. Nous devons alors rendre compte de plus près de la thèse en question. On pense souvent - ce qui correspond d'ailleurs à l'impression immédiate, quasi épidermique produite par la lecture des œuvres hégéliens - qu'il y a une contradiction chez Hegel entre l'affirmation de la liberté, agitée comme un drapeau, et le fait que le système politique où la liberté doit se réaliser est un Etat dont les caractères sont lointains de la perception commune de ce que signifie être libres. Telle contradiction explique pourquoi, à la fin, la conception politique de Hegel n'est pas complètement convaincante (ou ne l'est pas du tout !). A notre avis, il faut dire quelque chose de différent. Il y a une contradiction dans le système juridico-politique de Hegel, certes, mais elle repose plutôt sur le fait qu'à l'intérieur de la communauté politique institutionnelle les sujets singuliers jouent un rôle et exigent par conséquent que leur liberté personnelle soit satisfaite; or, cette exigence, cette tension des individus vers l'accomplissement de leur liberté subjective (conçue d'une certaine façon) ne peut pas coexister avec la structure politique et sociale qui l'héberge, mais, en même temps, est liée de manière nécessaire aux présupposés, à la mentalité et à l'essence de la culture qui façonnent précisément telle communauté institutionnelle. Autrement dit, Hegel affirme que l'Etat moderne du monde occidental et chrétien est la dimension où la liberté aboutit à son achèvement, en devenant une réalité concrète; cela signifie, à son avis, que le principe moderne de la subjectivité se traduit en Etat, en des institutions, et s'incarne dans la communauté. La structure qui en dérive est ce que Hegel nomme la rationalité de l'Etat et dont il expose les traits essentiels, entre autres, dans l'introduction à la théorie de l'Etat des Principes de la philosophie du droit. En même temps, le principe de la rationalité exige aussi que l'individu singulier puisse agir librement et déployer sa nature critique, vouée au changement et à l'innovation, dans la communauté, et qu'il trouve en cela les

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PRÉFACE

moyens de sa propre réalisation ainsi que les conditions lui permettant d'être reconnu par autrui comme un sujet autonome. Mais - c'est là la contradiction -, d'un point de vue structurel ce deuxième aspect ne peut pas coexister avec le premier; sans dire que, lorsqu'il inspire la vie de la société, les conséquences qui s'ensuivent sur le plan socio-économique sont ravageuses. Dans un esprit conséquent à la mentalité philosophique de Hegel, il faut dire que l'on ne peut pas apprendre à nager avant d'être rentré dans l'eau. Nous nous arrêtons donc là en ce qui concerne l'exposition préliminaire de notre thèse; développer les concepts que nous avons présentés, c'est la tâche du texte. Venons alors à l'articulation de celui-ci. Le premier chapitre est dédié à une analyse du concept de volonté, en particulier de volonté libre, chez Hegel. Il est donc question de ce que signifie être un sujet singulier libre, c'est-à-dire capable d'agir suivant sa propre volonté. D'ailleurs, comme c'est souvent le cas, la compréhension des affirmations avec lesquelles Hegel développe sa théorie de la volonté requiert que l'on les confronte avec d'autres positions soutenues au fil de la tradition philosophique; nous ne nous sommes pas soustraits à cette tâche et avons donc analysé les conséquences et les contradictions qu'entraînent certaines interprétations de la liberté du vouloir que Hegel critique ou qui peuvent être comparées avec sa position. En même temps, étant donné qu'il s'agit justement du premier chapitre, nous avons cru opportun de présenter ici, de manière introductive, les traits essentiels de la conception de l'esprit et de l'articulation de la doctrine relative (correspondante à la troisième partie de l'Encyclopédie des sciences philosophiques), de telle sorte que le lecteur puisse avoir dès les premières pages du texte les éléments utiles pour comprendre le développement plus spécifique des questions particulières dont nous traitons. Le deuxième chapitre conduit in medias res, en présentant notre étude de la théorie de l'Etat. Le concept central à cet égard est celui de la rationalité. L'Etat (moderne) réalise ce que Hegel nomme précisément rationalité, en entendant par là une structure avant tout spéculative qu'il a exposée dans la Logique du concept et qui porte sur la relation dialectique entre universel, particulier et singulier. De cela procèdent au moins deux conséquences. La première: on ne peut pas comprendre la doctrine (pratique) de l'Etat, à savoir le sommet de la philosophie du droit, sans prendre en considération en même temps la doctrine logique (et spéculative) de Hegel. La deuxième: les deux parties sont étroitement liées; par conséquent, de même que le résultat du

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mouvement de la rationalité décrit dans la Logique est la structure dialectiquement unitaire et concrète du syllogisme, et du concept, de même la communauté étatique se présente comme un organisme politique où l'universel, le particulier et le singulier vivent l'un du rapport avec l'autre. Le troisième chapitre traite enfin de ce que l'on considère souvent comme le règne de la liberté individuelle, à savoir la sphère des relations productives et des activités économiques en général. En étant un lecteur très attentif de Steuart et A. Smith, Hegel propose une analyse particulièrement lucide du monde économique de la Révolution industrielle, dont il montre toutes les contradictions qui, en effet, sont toujours présentes dans notre société contemporaine. La lecture des considérations consacrées à ce que Hegel nomme société civile est donc une introduction éclairante à la compréhension du monde actuel. Mais elle est en même temps le point où la conception de la liberté individuelle présentée explose. Il restera à voir comment recomposer les fragments.

Remerciements

Nous tenons à remercier tout d'abord Jean-François Kervégan, qui non seulement a dirigé notre travail de thèse de Doctorat, mais sans lequel la maturation de notre façon de considérer les choses hégéliennes, même de notre approche, aurait été impossible. Nous remercions l'ami Gilles Marmasse, qui a suivi l'évolution du présent travail en nous donnant toujours l'aide précieuse de ses suggestions philosophiques. A Bernard Mabille aussi nous devons la reconnaissance de son aide amicale, qu'il nous a offerte en maintes occasions, en nous rendant accessible le sentiment quasi vital qui se cache dans la spéculation hégélienne. A Claudio Cesa nous adressons un remerciement particulier, pour nous avoir indiqué une boussole permettant de nous orienter par les chemins de la philosophie pratique hégélienne (ainsi qu'en ce qui concerne la lecture crocienne de Hegel, dont nous avons souvent tenu compte). Giuseppe Goisis mérite de même toute notre gratitude pour la patience amicale avec laquelle il nous a conseillé maintes fois pendant les dernières années.

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PRÉFACE

Nous tenons à remercier Andrés Pres tel aussi: nos discussions « viennoises» sur la mentalité politique de Hegel nous ont toujours été présentes au cours de notre travail.

LISTE DES ABRÉVIA TrONS

Œuvres de Hegel

Ene.A:

Ene. C:

GPR:

JKS:

JSEI:

JSE III :

Enzyklopiidie der philosophisehen Wissensehaften im Grundrisse (1817), dans Gesammelte Werke, vol. XIII, éd. W. Bonsiepen et K. Grotsch, en collaboration avec H. C. Lucas et U. Rameil, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 2000. Enzyklopiidie der philosophisehen Wissensehaften im Grundrisse (1830), dans Gesammelte Werke, vol. XX, éd. U. Rameil, W. Bonsiepen et H. C. Lucas, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1992. Grundlinien der Philosophie des Reehts, éd. J. Hoffmeister, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1955 (1995). Jenaer kritisehe Sehriften, dans Gesammelte Werke, vol. IV, éd. H. Buchner et O. Pogge1er,Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1968. Jenaer Systementwürfe I, dans Gesammelte Werke, vol. VI, éd. K. Düsing et H. Kimmerle, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1975. Jenaer Systementwürfe III, dans Gesammelte Werke, vol. VIII, éd. R.-P. Horst-

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LISTE DES ABRÉVIATIONS

PhG:

RPh:

Sift. :

VAl: VA III : VG:

VPG 1822/23 :

VPGeistes :

WdLI:

mann en collaboration avec J. H. Trede, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1976. Phiinomenologie des Geistes, dans Gesammelte Werke, vol. IX, éd. W. Bonsiepen et R. Heede, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1980. Vorlesungen über Rechtsphilosophie 18181831, éd. K.-H. Ilting, Stuttgart-Bad Cannstatt, Frommann-Holzboog, 1974-1975, 4 volumes. System der Sittlichkeit, dans Siimtliche Werke, éd. G. Lasson, Leipzig, Felix Meiner Verlag, 1913 (1923), vol. VII. Vorlesungen über die Asthetik, I, dans Werke (v. infra), vol. XIII. Vorlesungen über die Asthetik, III, dans Werke (v. infra), vol. XV. Vorlesungen über die Philosophie der Weltgeschichte, vol. I: Die Vernunft in der Geschichte, éd. J. Hoffmeister, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1955 (1994). Vorlesungen über die Philosophie der Weltgeschichte (1822/23), dans Vorlesungen. Ausgewiihlte Nachschriften und Manuskripte, vol. XII, éd. K. Brehmer et H. N. Seelmann, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1995. Vorlesungen über die Philosophie des Geistes: Berlin 1827/28, dans Vorlesungen. Ausgewiihlte Nachschriften und Manuskripte, vol. XIII, éd. F. Hespe et B. Tuschling, en collaboration avec M. Eichel, W. Euler, D. Hüning, T. Paths et U. Vogel, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1994. Wissenschaft der Logik. Erster Teil. Die objektive Logik. Erster Band. Die Lehre vom Sein (1832), dans Gesammelte Werke, vol. XXI, éd. F. Hagemann et W. Jaeschke, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1984.

LISTE DES ABRÉVIA nONS

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WdL II :

WdLIII:

Werke:

Wissenschaft der Logik. Erster Band. Die objektive Logik. Zweites Buch. Die Lehre vom Wesen, dans Gesammelte Werke, vol. XI, éd. F. Hogemann et W. Jaeschke, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1978. Wissenschaft der Logik. Zweiter Band. Die subjektive Logik oder Lehre vom Begrijf, dans Gesammelte Werke, vol. XII, éd. F. Hogemann et W. Jaeschke, Hamburg, Felix Meiner Verlag, 1981. Werke in zwanzig Bande, éd. E. Moldenauer et K. M. Michel, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1969-1971, 21 volumes.

Traductions utilisées

DN:

Encycl. I :

Encycl. III :

EP: Est. : FS: HP:

LPH:

Des manières de traiter scientifiquement du droit naturel, trad. B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1972. Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé, I : La Science de la Logique [éditions de 1817, de 1827 et de 1830], trad. B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1979. Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé, III: La Philosophie de l'Esprit [éditions de 1817, de 1827 et de 1830], trad. B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1988. Ecrits politiques, trad. M. Jacob et P. Quillet, Paris, Champ Libre, 1977. Esthétique, trad. S. Jankélévitch, Paris, Aubier, 1964-1965,8 volumes. Foi et savoir, trad. A. Philonenko et C. Lecouteux, Paris, Vrin, 1988. Leçons sur l'Histoire de la Philosophie, trad. P. Garniron, Paris, Vrin, 1971-1991, 7 tomes. Leçons sur la Philosophie de l'Histoire, trad. J. Gibelin, Paris, Vrin, 1963 (1998).

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LISTE DES ABRÉVIATIONS

PE 1803 :

PE 1805 : PhE:

PPD: RH: SLI:

SLII:

SL III :

SVE:

Le Premier Système. La Philosophie de l'Esprit (1803/04), trad. M. Bienenstock, Paris, PUF, 1999. La Philosophie de l'Esprit (1805), trad. G. Plant y-Bonjour, Paris, PUF, 1982. Phénoménologie de l'Esprit, trad. G. Jarczyk et P.-J. Labarrière, Paris, Gallimard, 1993,2 tomes. Principes de la philosophie du droit, trad. J.-F. Kervégan, Paris, PUP, 1998 (2003). La raison dans l'histoire, trad. K. Papaioannou, Paris, UGE, 1965 (1993). Science de la logique. Premier tome, la Logique objective. Premier livre. La Doctrine de l'être: version de 1832, trad. G. Jarczyk et P.-J. Labarrière, Paris, Kimé, 2007. Science de la logique. Premier tome, la Logique objective. Deuxième livre. La Doctrine de l'Essence, trad. G. Jarczyk et P.-J. Labarrière, Paris, Aubier, 1976. Science de la logique. Deuxième tome, la Logique subjective ou Doctrine du Concept, trad. G. Jarczyk et P.-J. Labarrière, Paris, Aubier, 1981. Système de la vie éthique, trad. J. Taminiaux, Paris, Payot, 1976.

Premier Chapitre
LA CONCEPTION HÉGÉLIENNE DE LA LIBERTÉ

1. La définition de la liberté.

«

L'essence de l'esprit est la liberté»

En introduisant la section de l'Encyclopédie dédiée à l'esprit, Hegel remarque d'une façon lapidaire que l'essence de l'esprit est la liberté. Dans ses œuvres Hegel reprend plusieurs fois cette conception, en la développant de manières différentes. Ille fait par exemple dans les Leçons sur la philosophie de l'histoire, où (encore une fois dans un contexte introductif) il souligne que la liberté est la « substance» de l'esprit2, de même que la substance de la matière est la gravité, soit la pesanteur. Pour comprendre cette affirmation il faut partir de la conception hégélienne du monde naturel; en effet, éclaire Hegel, étant donné que l'extériorité est le caractère essentiel de la nature et donc de la matière, celle-ci est une multiplicité de parts extrinsèquement liées les unes aux autres, dont chacune tend à son centre de gravité, hors d'elle-même, et est par conséquent destinée à être surpassée en devenant quelque chose de différent de ce qu'elle est; par contre, l'esprit est lui-même son propre centre3. En tant que tel, l'esprit est « libre ». Ce que signifie la liberté dont il est question se montre, certes, entre les lignes de ces remarques de Hegel. Mais sa détermination ultérieure et essentielle est ce que Hegel offre au lecteur peu après, en soulignant que l'esprit «n'a pas son unité hors de lui, mais la trouve en luimême. Il est en lui-même et demeure dans son propre élément »4.
1Ene. C, ~ 382, p. 382 ; Eneycl. III, p. 178. 2 Cf. VG, p. 55 ; RH, p. 75. 3 Cf. VG, p. 55 ; RH, p. 76.
Ibid.

4

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PREMIER

CHAPITRE

C'est là donc la célèbre définition hégélienne de la liberté, selon laquelle on est libre lorsqu'on est auprès de soi; ou mieux, selon la formule la plus complète, emblématique et cryptique, la liberté consiste à être auprès de soi dans son autres. Cette conception est justement ce que nous devons maintenant analyser pour mieux comprendre le concept hégélien de la liberté et par conséquent l'affirmation selon laquelle celle-ci est la substance, soit l'essence de l'esprit. Dans la définition de la liberté que nous venons de citer, J. Ritter aperçoit l'écho de ce que propose déjà Aristote dans la Métaphysique, là où il remarque que « nous appelons homme libre celui qui est à luimême sa fin et n'est pas la fin d'autrui »6. En particulier, dans le passage en question le Stagirite décrit les caractères de la science suprême, à laquelle il est en train d'introduire; à ces caractères appartient donc justement la forme d'autonomie, ou d'autosuffisance, consistant à être quelque chose que l'on ne recherche que pour ellemême (telle est la philosophie !). On pourrait conclure que la propriété d'avoir son propre centre en soi-même, que Hegel attribue à l'esprit en tant que libre, est présente d'une certaine manière déjà ici7. La formule hégélienne « être auprès de soi dans son autre» (<< sich sein bei im Anderen ») a toutefois un caractère distinctif - « dialectique », dirait-on - qui témoigne de la nature particulière de la conception en question et de la formule elle-même, dont la simplicité apparente repose en effet sur le contraste (typique de l'esprit, peut-on ajouter) entre les termes utilisés. Il s'agit d'être auprès de soi, mais dans ce qui est « autre ». «Bei sich sein» indique littéralement « être auprès de soi» ; dans cette expression on peut d'ailleurs souligner le sens non seulement d'une proximité, mais aussi d'une appartenance; c'est-àdire que le sujet de la liberté est à sa place dans les circonstances dont
5
6

Cf. par exemple l'Addition du ~ 24 de l'Encyclopédie des sciences philosophiques, dans Werke, vol. VIII, p. 84 ; Encycl. J, p. 477. Ou PhG, p. 117 ; PhE, t. J, p. 202.
Cf. J. RITTER, Hegel und die franzosische Revolution, dans Metaphysik und Politik.

Studien zu Aristoteles und Hegel, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1969, p. 198; 1. RITTER,Hegel et la Révolution française, Paris, Beauchesne, 1970, p. 26. Cf. de même ARISTOTE, étaphysique, J, 2, 982 b 25-28, dans Aristotle's Metaphysics, éd. M W. D. Ross, Oxford, Clarendon Press, 1924 (1953),2 volumes; trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1933 (1991),2 volumes, vol. J, p. 9. 7 D'ailleurs, Hegel reprend la représentation aristotélicienne de la vie parfaite et par-

faitementbienheureusedu moteur immobile- qui est entre autres une vie de savoir à la fin de l'Encyclopédie; il en fait donc le couronnement du parcours « systématique» de la science mais aussi, c'est évident, de l'esprit, en particulier en tant qu'esprit absolu.

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