Heidegger

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A rebours des interprétations dominantes suivant lesquelles il est radicalement impossible de systématiser la pensée de Heidegger, ce travail en propose une analyse systématique qui, en évitant tout jargon et en s'appuyant sur des textes précis, offre ainsi une introduction destinée à faciliter l'accès à une pensée réputée difficile.
Publié le : jeudi 1 mai 2008
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EAN13 : 9782296197268
Nombre de pages : 127
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Heidegger

Pour Comprendre
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud L'objectif de cette collection Pour Comprendre est de présenter en un nombre restreint de pages (176 à 192 pages) une question contemporaine qui relève des différents domaines de la vie sociale. L'idée étant de donner une synthèse du sujet tout en offrant au lecteur les moyens d'aller plus loin, notamment par une bibliographie sélectionnée. Cette collection est dirigée par un comité éditorial composé de professeurs d'université de différentes disciplines. Ils ont pour tâche de choisir les thèmes qui feront l'objet de ces publications et de solliciter les spécialistes susceptibles, dans un langage simple et clair, de faire des synthèses. Le comité éditorial est composé de: Maguy Albet, Jean-Paul Chagnollaud, Dominique Château, Jacques Fontanel, Gérard Marcou, Pierre Muller, Bruno Péquinot, Denis Rolland.

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Joël Balazut

Heidegger

L'Harmattan

@L.IIA~ATTAN.2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

75005 Paris

ISBN: 978-2-296-05555-1 EAN : 9782296055551

« Petite baie avant Tenès, au pied des chaînes montagneuses. Demi-cercle parfait. Dans le soir tombant, une plénitude angoissée plane sur les eaux silencieuses. On comprend alors que, si les Grecs ont formé l'idée du désespoir et de la tragédie, c'est toujours à travers la beauté et ce qu'elle a d'oppressant. C'est une tragédie qui culmine (.. .). Ce que Char veut dire sans doute. Pour les Grecs la beauté est au départ. »
Albert Camus

INTRODUCTION

Ce petit livre propose une présentation synthétique de la philosophie de Heidegger considérée comme une doctrine organisée. L'évolution de cette pensée sera présentée en même temps comme l'accomplissement progressif de ce qui était déjà présent en gésine dans les premières grandes œuvres à partir d' Etre et temps (1927). Nous allons donc montrer qu'en dépit des apparences la pensée de Heidegger constitue bel et bien une doctrine philosophique dans la mesure où elle a une unité, une cohérence d'ensemble, qui se manifeste par-delà son évolution. Cette lecture de Heidegger, qui reprend sous une forme plus linéaire et parfois assez différente, les principales thèses développées dans un ouvrage beaucoup plus étendu, se veut nouvelle et originalel. En effet, à notre connaissance, seul JeanFrançois Mattei a osé parler de doctrine et même de système à propos de Heidegger2. Notre lecture prend ainsi à contre-pied les conceptions dominantes suivant lesquelles il est radicalement impossible de systématiser cette pensée. En premier lieu, la pensée de Heidegger résisterait à toute présentation systématique, parce qu'elle serait articulée à l'énigme de l'être (de la« donation de la présence») considérée comme impénétrable par essence. Par ailleurs tout travail sérieux d'interprétation d'ensemble de la pensée heideggerienne serait suspendu à la publication intégrale de l'œuvre complète, qui est aujourd'hui en cours et qui, on le sait, comportera 103 volumes. Il serait bien entendu ridicule de
1. Cf Joël Balazut, L 'Impensé de la philosophie heideggérienne. L'essence du tragique, Paris, L'Harma~ 2007. 2. Cf Jean-François Mattei, Heidegger et Holderlin. Le Quadriparti, Paris, Presses Universitaires de France, 2001, p. 17.

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prétendre que la publication complète de la Gesamtausgabe n'apportera rien de nouveau à la connaissance de Heidegger. TI est même possible que ce travail de publication réserve quelques surprises. Toutefois, nous avons la conviction que Heidegger, qui tenait à être compris et qui souffrait de ne pas l'être suffisamment, a fait publier de son vivant les jalons essentiels de son œuvre. Il est donc d'ores et déjà possible, nous semble-t-il, de faire apparaître les grandes lignes de force et la cohérence d'ensemble de cette pensée sur la base des textes déjà publiés. Dès sa première grande œuvre, Etre et temps, Heidegger lutte pour se dégager de la métaphysique moderne c'est-à-dire de la philosophie du sujet. Toutefois, en dépit de cela, ses premières œuvres à la fm des années vingt sont encore, dans une certaine mesure, sous l'influence de celle-ci ainsi qu'il l'a reconnu par la suite3. Or, Heidegger a réussi à sortir de l'impasse d'une philosophie du sujet dans laquelle il avait d'abord risqué de se murer contre son gré et à opérer ce qu'il a lui-même appelé un« tournant» (Kehre), lequel lui pennit alors de porter sa philosophie à son plein accomplissement. C'est ainsi, nous le montrerons, qu'on trouve bel et bien dans l'œuvre heideggerienne une réponse très précise et élaborée à la question fondamentale du sens de l'être à laquelle elle est tout entière attachée. Une telle cohérence d'ensemble de l'œuvre à travers son évolution, conduisant à un accomplissement de celle-ci, a été d'ailleurs soulignée par Heidegger lui-même dans la Lettre à Richardson de 1962, qui invite à une lecture « continuiste » de celle-ci. Mais pourquoi, alors cet achèvement n'apparaît-il pas immédiatement à la lecture de l'œuvre? Ainsi que nous le verrons et l'expliciterons, cette philosophie trouve son aboutissement logique dans une pensée du tragique et de la finitude radicale de l'homme qui exclut tout horizon théologique. Or, bien qu'il ait dit à plusieurs reprises avoir perdu la foi de sa jeunesse, il y a toujours eu, en même temps chez Heidegger, une grande ambiguïté concernant la question de Dieu et une inquiétude religieuse, qui l'ont
3. Martin Heidegger, Nietzsche l, Paris, Gallimard, 1980, p. 156.

Il
empêché d'assumer pleinement les conséquences ultimes auxquelles conduit sa propre pensée4. C'est pour cette raison que le sens profond de cette philosophie est demeuré - bien qu'il soit réellement élaboré dans l'œuvre en partie implicite, elliptique, ou encore pour reprendre un concept heideggerien, impensé. Il demeure, en effet, en partie impensé dans la mesure où il n'est pas totalement assumé. Ce petit livre s'efforce donc d'exhiber cet impensé de manière à mettre alors à jour le sens véritable et l'unité de l'œuvre heideggerienne. Or, ce travail de clarification nous paraît aujourd'hui indispensable. Heidegger, on le sait, s'est compromis politiquement en 1933 en apportant publiquement son soutient au nouveau régime en Allemagne et en devenant recteur de son Université. Bien qu'il ait démissionné quelques mois plus tard, prenant alors nettement ses distances avec les nouveaux maîtres de l'Allemagne, cet engagement restera comme une tache dans sa vie. Or, cette faute grave, dont nous n'entendons pas le disculper, fait peser un soupçon sur l'œuvre elle-même et risque d'empêcher de la lire sérieusement. La difficulté et l'obscurité, au moins apparentes, de celle-ci, favorisent en effet les fantasmes et éveillent la méfiance. Si une telle attitude soupçonneuse parvenait à s'imposer, alors une œuvre majeure du XXO siècle, qui a eu une influence déterminante sur Sartre, Lévinas, Foucault, Lacan, Derrida et bien d'autres [mirait par être, d'une manière ou d'une autre, censurée. C'est pourquoi un travail précis et rigoureux d'interprétation et de clarification visant à exhiber le véritable fond conceptuel de l'œuvre heideggérienne - lequel n'a évidemment rien à voir avec l'idéologie des nationaux-socialistes - est devenu aujourd'hui indispensable. La lecture que nous proposons, qui évite tout jargon et qui est toujours appuyée sur des textes précis, fera apparaître, nous l'espérons, la richesse de cette pensée qui, en particulier, prend à bras le corps, d'une manière aussi originale que profonde, la question de l'essence des Temps Modernes.

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4. Martin Heidegger, Correspondance avec Karl Jaspers, Paris, Gallimard, 1996, p. 143 et Otto Poggeler, La Pensée de Heidegger, Paris Aubier MonUùgne,1967,p.354.

PREMIERE PARTIE

LA QUESTION DE L'EIRE

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