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Histoire de la pensée africaine

De
180 pages
Ce livre offre un regard nouveau sur la maison africaine de la pensée, depuis ses fondements millénaires jusqu'aux bouleversements esclavagistes et modernes. On y analyse les temps anciens où l'Égypte rayonnait, les temps classiques où les cosmogonies antiques et l'Islam coopéraient et se concurrençaient ainsi que l'actuel servilisme théorique des dirigeants africains qui maintient l'Afrique en échec et sans aucune perspective.
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Ferran INIESTA
H I S T O I R E de la pensée africaine
Histoire de la pensée africaine
Ferran INIESTAHistoire de la pensée africaine
Traduction / RévisionMira Max Rabemila / Carine Dubois Mouton © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04770-6 EAN : 9782343047706
Sommaire PROLOGUE. La raison d’un livre. Retour à « L’Univers africain » CLARIFICATIONS TERMINOLOGIQUES Africain et négro-africain Traduction et religion Pensée et philosophie Devin et sacré Théurgie et magie Humanisme et modernité CHAPITRE 1 – LA PENSÉE MÉRIDIONALE. GENÈSE DU MONDE AFRICAIN L’Europe et l’Afrique à la croisée des chemins néolithiques Kémit. La Matrice nilo-saharienne Horus. Rois nés d’un cœur de vache CHAPITRE 2 – ROYAUTÉ DIVINE. L’HARMONIE DU MONDE Noun. Principes d’une métaphysique africaine Emitaï. Le déploiement des grandes cosmologies Mansa. Le roi au cœur du monde CHAPITRE 3 – ANIMISME ? UNE THÉOLOGIE DE LA PROXIMITÉ Fétiches. L’Ennéade animiste Mbok. Mondes et existences Ndombol. Le rite, réparation et communion CHAPITRE 4 – ESCLAVAGE. INDIVIDUALISME ET SORCELLERIE Fanga. Temps de démesure et de mort Shangô. La montée du pouvoir destructeur Bélën-Tigui. L’exil des maîtres
CHAPITRE 5 – LE RETOUR DU MUNTU. LA BANQUEROUTE AFRICAINE DES PHILOSOPHES Hellade. Une certaine philosophie européenne. Les masques du Muntu. Les échecs de l’occidentalisation. Dieu d’Afrique. Le retour de la pensée africaine ÉPILOGUE – SENTIERS DANS LE BOIS BIBLIOGRAPHIE
Prologue La raison d’un livre. Retour à « L’Univers africain » À mes amis, maîtres de tradition et reconstructeurs d’Afrique : Mbombok Nkoth Bisseck (in memoriam), Manassé Esoavelomandroso, Cheikh Yero Ndiaye, Mbombok B.Basso Badjang, Robert Ndebi Biya Aux alentours de 1995, le physicien et théologien Raimon Panikkar commenta avec plaisanterie à un groupe d’amis réuni chez lui et dont je faisais partie : « J’ai lu avec grand intérêt L’Univers Africainet cela m’a beaucoup plu, mais je n’ai pas su décider s’il s’agissait de l’œuvre d’un sage ou d’un irresponsable ». Le groupe a éclaté de rires ; et moi, je me suis senti, un instant, flatté et quelque peu confus. Panikkar faisait ainsi allusion à l’essai, écrit en 1989, et publié pour la première fois en 1992 (La Catarata), à Madrid. Par la suite, il y eut deux autres éditions en castillan (1998, 2002) et une version française à Paris (L’Harmattan 1995) fortement modifiée, sous le titre de l’Univers africain. Le théologien indo-catalan avait de solides raisons de douter de la sagesse de l’auteur d’un tel ouvrage. Marxiste dans ma jeunesse, puis propulsé, pendant presque deux décennies, dans le rationalisme universitaire, mes années de travail dans les
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pays africains m’avaient amené à me poser de plus en plus de questions sur mes certitudes modernes. En fait, vers mes 45 ans, mon essai historico-anthropologique surL’Univers Africainexprimait une rupture nette avec les axiomes scientifiques et idéologiques qui président la mentalité occidentale de ces derniers siècles, mais sous-entendait seulement la présence de voies alternatives dans la manière de penser et d’agir. Pour cela, le commentaire aimable et incisif de Panikkar pouvait exprimer une flatterie, une surprise et une certaine perplexité de ne pas avoir détecté dans ce texte de valeurs clairement fondées sur une autre perception du monde. Il n’y avait aucune excuse possible, mais un quart de siècle de rationalisme – politique et scientifique – m’avait éloigné de toute source expérimentale de nature traditionnelle. C’était la raison pour laquelle l’ouvrage était plutôt celui d’un auteur « irresponsable », puisqu’en ces temps-là, je manquais de connaissance et de bagage spirituel, et ce que je possédais depuis l’enfance, je le tenais caché et réprimé sous mon arrogance érudite. Bien que tout au long de ma vie j’ai écrit d’autres ouvrages et travaux, curieusement ce fut cet essai qui me définit scientifiquement dans certains cercles spécialisés d’Europe et d’Afrique pendant vingt ans, période durant laquelle mon évolution personnelle vers l’espace traditionnel fut constante et radicale. Il y a bien longtemps que l’auteur de L’Univers Africain n’est plus, mais mes amis universitaires restent afférés à ce travail, probablement parce que leur estime de moi les oblige à conserver l’image d’un scientifique « anti-occidental », rupturiste et quelque peu enfant terrible.Je les en remercie sincèrement, car cela indique leur bienveillance et leur esprit chaleureux envers ma personne mais, il y a déjà bien longtemps que cet auteur a disparu, et peu à peu il est devenu un scientifique aux racines anciennes, traditionnelles, s’appuyant sur des axiomes et des évidences de plus en plus opposés à la dérive idéologique du système moderne mondial. Les années qui passent, les multiples activités quantitatives dans lesquelles
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nous, universitaires, avons l’habitude de nous disperser, et une certaine paresse pour écrire à nouveau les traits généraux des cultures africaines, tout cela retarda le retour à ce livre « irresponsable » et à des axiomes clairs : cependant, le retour était une exigence vis-à-vis des lecteurs africains et européens, mais aussi une clarification écrite pour ma mémoire personnelle. Ce fut Antonio Santamaría, économiste au profil critique et aux points de vue proches des théories marxistes du développement –sympathique contradiction, qui insista pour que j’écrive un petit ouvrage sur la « philosophie africaine ». Lorsque j’acceptai enfin, en grande partie convaincu que cet écrit était une dette vis-à-vis de mes hypothétiques lecteurs, j’émis comme condition que le titre soit « pensée ». Deux obstacles se présentèrent, le premier, c’est quepensée africaineest un titre qui existe déjà depuis 1983 (Alassane Ndaw, Dakar) et de plus, avec un contenu et une qualité avec lesquels je ne prétends pas rivaliser. Le second contretemps était idéologique, puisque mes collègues, avec la meilleure intention, pensaient que parler de « philosophie » africaine était plus respectueux et mettait les Africains sur le même pied d’égalité que les Européens et les autres peuples du monde ; à cela, on pourrait ajouter qu’un vaste courant d’auteurs africains revendique avec orgueil une « philosophie africaine » (Obenga, 1990 ; Bidima, 1995) et que, de plus, rejeter le terme de « philosophie » semble, a priori, nier aux cultures de l’Afrique les grandeurs suprêmes de la pensée occidentale. Finalement, bien que quelque peu forcé, j’espère que mon option ait été la plus appropriée : bien que je propose tout simplement de parler de la pensée africaine, de sa manière de concevoir le monde et d’opérer consciemment en lui, j’opte d’ajouter l’adjectif « traditionnel » parce que, malheureusement, beaucoup de lecteurs pourraient supposer qu’il existe une pensée africaine moderne, ce qui est une erreur grave. La pensée africaine, authentique et historiquement définissable comme africaine, est traditionnelle : la pensée moderne en
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