Invention de l'idéal et le Destin de l'Europe. Ou "Platon" lu de Chine (L')

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Idéal est un mot d’Europe : il s’y retrouve d’une langue à l’autre, seule diffère la façon de le prononcer.Or qu’en advient-il quand on sort d’Europe, notamment quand on passe en Chine ?Car il n’est pas banal d’avoir isolé dans la vie de l’esprit cette représentation unitaire, détachée de l’affectif, qu’on appelle « idée ». Il l’est encore moins d’avoir imaginé reporter sur elle, promue en « idéal » séparé du monde, la fixation du désir : au point de faire de cette abstraction le mobile d’une humanité prête à s’y sacrifier.Cet idéalisme platonicien – il est vrai – nous a lassés. Mais on redécouvrira à neuf, le considérant de Chine, quelle invention audacieuse il a été ; et, plus encore, quelle dramatisation de l’existence un tel coup de force a su inspirer.Or sur cette scène de l’idéal le rideau ne viendrait-il pas de tomber ?Ou que devient une « Europe » rompant avec l’Idéal ?F.J.François Jullien, philosophe et sinologue, professeur à l’université Paris 7-Denis-Diderot, est directeur de l’Institut de la pensée contemporaine.Son travail est traduit dans une vingtaine de pays.[Rabat]Ex-optiques :I - Si parler va sans direDu logos et d'autres ressources, Seuil, 2006II - L'Invention de l'idéal et le destin de l'Europe(ou Platon lu de Chine)III - Moïse ou la Chine ?Quand ne se développe pas l'idée de DieuSecond volet de mes Ex-optiques.Après avoir interrogé le logos grec sur sa légitimité, lui qui, depuis Aristote, s’est si bien imposé comme outil de la science et de son exigence « logique », il me fallait enquêter sur sa production – l ’eidos : que s’est-il noué en Grèce – d’intellectuel et d’existentiel à la fois – autour du statut d’« idée » ? Car toute la philosophie européenne n’est à cet égard que « notes en bas de page » – footnotes – ajoutées à l’œuvre de Platon…Or la Chine nous dit comment on aurait pu ne pas se laisser prendre à ce jeu de l’idée. Notamment, comment on peut s’engager dans la pensée en s’insérant dans la tradition plutôt que de vouloir, par le doute, rompre ostensiblement avec toute adhésion ; ou comment on peut maintenir les mathématiques dans leur usage sectoriel, utilitaire, sans en faire un « treuil » vers l’abstraction. Ou comment on peut concevoir un ordre par régulation interne et sans y introduire quelque « mesure » extérieure au monde ; ou concevoir un monde advenant par incitation réciproque et non par tension vers la finalité. Ou encore : comment on peut se fier au conditionnement de la conduite, par imprégnation des rites, plutôt qu’à l’obéissance consentie à la Loi ; préférer une Raison par conformation à la veinure des choses plutôt que par formalisation d’un modèle dans le ciel des idées.Façon aussi, par ce quadrillage, de dresser un bilan de mon chantier.Il restera, pour boucler le triptyque, à considérer comment l’Europe n’a cessé de travailler avec Dieu, theos. Argumentant pour ou contre et en faisant sa passion – ou commencerait-elle aujourd’hui à s’en détourner ? « Moïse ou la Chine ? » demandait Pascal.F.J.[s’il reste de la place, indiquer les titres 1 et 3 de ces Ex-optiques : Si parler va sans dire,du logos et d’autres ressources Moïse ou la Chine ?Quand ne se développe pas l’idée de Dieu]
Publié le : dimanche 25 août 2013
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EAN13 : 9782021141030
Nombre de pages : 304
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LI N V E N T I O N LD E I D É A L E T L E D E S T I N D E LE U R O P E
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FR A N Ç O I SJU L L I E N
LI N V E N T I O N D E LI D É A L E T L E D E S T I N D E LE U R O P E
SE U I L
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LORDRE PHILOSOPHIQUE
ISBN9782020976176
©ÉDITIONS DU SEUIL,SEPTEMBRE2009
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Ou « Platon » lu de Chine
Extrait de la publication
à Pierre Chartier, découvreur en Diderot, compagnon de travail, ce livre bilan
Idéal est un mot européen. En anglais, allemand, français, espa gnol, italien, mais aussi en russe ou polonais : ce terme est le même, seule diffère la façon de le prononcer. Durci, compact et comme imbougeable en dépit de la variation des langues, quel commun constituetil ? Ou, pour le moins, révèletil ? À lui seul, il dessine une géographie possible de ce que nous appelons l« Europe ». Car quen advientil quand on sort dEurope ? La langue arabe n? Et ne fautentretelle pas déjà en rupture avec ce sémantisme il pas en recomposer tout autrement la notion quand on passe en chinois ? Lors de lélaboration du préambule de la défunte Constitution européenne, on sest disputé en vain pour savoir sil valait mieux reconnaître lEurope chrétienne ou laïque. En revanche, cest peut être à linvention et promotion dun tel plan didéalité, en amont, détaché de lexpérience et où se représente labsolu objet de notre aspi ration, quon aurait pu se référer. Car, du dispositif technicien instauré par Platon, selon lequel lâme a les yeux fixés sur les formes idéelles pour conduire son action, à sa restauration à la Renaissance et sa reconfiguration dans le kantisme impuissant à se défaire de sa structure métaphysique, et jusquà son intériorisation dans lintimité de lâme romantique, on peut suivre là une ligne de force selon laquelle lidéologie européenne squelque; qui fait ainsi indéniablement « tradition », est articulée horreur quon en ait. Le classer comme idéalisme nen vient pas à bout. À lheure où lon tente de remobiliser lEurope, on pourrait y songer. Car, si désarroi de lEurope il y a, ne vientil pas dabord de ce que celleci a décroché de ces idéalités qui lont si longtemps portée : le Beau, le Juste, le Vrai ? Ainsi que de leur mise enœuvre impi toyable par la Révolution. Révolution se renouvelant dans lart, dans la science, dans la Cité. Cette fécondité de lidéal estelle épuisée ?
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