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JE est un autre

De
122 pages
"Je est un autre". Cette déclaration d'Arthur Rimbaud en 1871 vient troubler nos définitions traditionnelles de l'identité, des pratiques poétiques et de la création artistique. Des artistes chinois et des théoriciens français ont réfléchi aux enjeux actuels de cette déclaration révolutionnaire. Dans le nouveau contexte interculturel, entre l'art occidental et l'art extrême-oriental, une réflexion sur l'identité et l'altérité permet alors d'explorer les possibilités du soi et de construire une possible identité partagée dans le domaine de l'art contemporain.
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Sous la direction de
JE est un autre Eric BONNET & Qing CHEN
L’art contemporain en Chine & en France
« Je est un autre ». Cette déclaration d’Arthur Rimbaud en 1871 vient
troubler nos déinitions traditionnelles de l’identité, des prat iques JE est un autrepoétiques et de la création artistique. Cette problématique a-t-elle
encore une actualité aujourd’hui et comment, en Extrême-Orient et en
Occident, en Chine et en France ?
L’art contemporain en Chine & en FranceLors d’un colloque à Canton, des artistes chinois – Qing Chen, Feng Feng,
et Hu Jieming – et des théoriciens français – Eric Bonnet, Emmanuel
Lincot et François Soulages – ont réléchi aux enjeux actuels de c ette
déclaration révolutionnaire du jeune poète français. Dans le nouveau
contexte interculturel, entre l’art occidental et l’art extrême-oriental, une
rélexion sur l’identité et l’altérité permet alors d’explorer le s possibilités
du soi et de construire une possible identité partagée dans le domaine de
l’art contemporain.
Eric BONNET est artiste, Professeur des universités à l’Université Paris 8 et
directeur du Labo AIAC – Arts des images & art contemporain. Il a publié,
en 2015, Frontières, limbes et milieux, et dirigé, en 2014, Frontières &
œuvres, corps et territoires, Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques
et Frontières & artistes. Espace public, mobilité & (post)colonialisme en
Méditerranée.
Qing CHEN est artiste, docteur en arts plastiques de l’Université Paris 8
et maître de conférences au département des arts expérimentaux de
l’Académie des beaux-arts de Canton. Il a publié dans la même collection,
en 2017, Mise en scène d’un corps performatif.
En couverture : Qing Chen, Frère Jacques, installation vidéo, 2013.
ISBN : 978-2-343-11776-8
13,50 e
Sous la direction de
JE est un autre
Eric BONNET & Qing CHEN
Collection Eidos
Série RETINA










JE est un autre

L’art contemporain en Chine & en France


ème Ce livre est le 102 livre de la

dirigée par
François Soulages & Michel Costantini

Comité scientifique international de lecture
Argentine (Silvia Solas, Univ. de La Plata), Brésil (Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia), Bulgarie
(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid), Chili (Rodrigo Zuniga, Univ. du Chile,
Santiago), Corée du Sud (Jin-Eun Seo, Daegu Arts University, Séoul), Espagne (Pilar Garcia, Univ.
Sevilla), France (Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8), Géorgie (Marine Vekua, Univ.
de Tbilissi), Grèce (Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina), Japon (Kenji Kitamaya, Univ.
Seijo, Tokyo), Hongrie (Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem), Russie (Tamara Gella, Univ.
d’Orel), Slovaquie (Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan (Stéphanie Tsai, Unv.
Centrale de Taiwan, Taipei)

Série Photographie
2 François Soulages (dir.), Photographie & contemporain
8 Catherine Couanet, Sexualités & Photographie
9 Panayotis Papadimitropoulos, Le sujet photographique
10 Anne-Lise Large, La brûlure du visible. Photographie & écriture
15 Michel Jamet, Photos manquées
16 Michel Jamet, Photos réussies
19 Marc Tamisier, Sur la photographie contemporaine
20 Marc Tamisier, Texte, art et photographie. La théorisation de la photographie
21 François Soulages & Julien Verhaeghe (dir.), Photographie, médias & capitalisme
22 Franck Leblanc, L’image numérisée du visage
23 Hortense Soichet, Photographie & mobilité
24 Benjamin Deroche, Paysages transitoires. Photographie & urbanité
25 Philippe Bazin, Face à faces
26 Philippe Bazin, Photographies & Photographes
27 Christiane Vollaire (dir.), Ecrits sur images. Sur Philippe Bazin
32 Catherine Rebois, De l’expérience en art à la re-connaissance
33 Catherine Rebois, ence à l’identité photographique
34 Benoit Blanchard, Art contemporain, le paradoxe de la photographie
45 Marcel Fortini, L'esthétique des ruines dans la photographie de guerre
47 Caroline Blanvillain, Photographie et schizophrénie
53 Rosane de Andrade, Photographie & exotisme. Regards sur le corps brésilien
54 Raquel Fonseca, Portrait & photogénie. Photographie & chirurgie esthétique
57 Agathe Lichtensztejn, Le selfie aux frontières de l’egoportrait
59 Zoé Forget, Le corps hors norme dans la photographie contemporaine
79 Bertrand Naivin, Selfie, un nouveau regard photographique
84 Cristina Dias de Magalhães, Vues de dos- espace d’identité & de création
86 Gilles Picarel, Photographie & altérité
95 Alejandra Niedermaier, La femme photographe en Amérique latine

Suite des livres publiés dans la Collection Eidos à la fin du livre

Publié avec le concours de






Sous la direction de
Eric BONNET & Qing CHEN



JE est un autre

L’art contemporain en Chine & en France












































































































Des mêmes auteurs

Eric Bonnet
L’arc-en-terre. La peinture comme espacement, Presses universitaires de
Valenciennes, coll. parcours, 2000.
Les jardins de Talèfre, Terre d’ombre, 1996.
Frontières, limbes & milieux, Paris, L’Harmattan, coll.
RETINA.CREATION, 2015.
Direction de livres
Traversées. Christian Bonnefoi, Gérard Duchêne, Miguel Egana, Bernard
Guerbadot, Autopoïétique 3, Paris, ae2cg édition, 2001.
Henri Matisse et la sensation d’espace, Presses universitaires de Valenciennes,
2006.
Poésie et peinture. Dialogue dans l’espace du livre, Presses universitaires de
Valenciennes, 2010.
Le voyage créateur. Expériences artistiques de l’itinérance, Paris, L’Harmattan,
coll. Eidos, série RETINA, 2010.
Esthétique de l’écran. Lieux de l’image, Paris, L’Harmattan, coll. Eidos, série
RETINA, 2013.
Frontières & œuvres, corps & territoires, Paris, L’Harmattan, coll. Local &
global, 2014.
Biennales d’art contemporain. Œuvres & frontières, Paris, L’Harmattan, coll.
Local & global, 2015.
Co-direction de livres
Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques, (dir. Eric Bonnet & François
Soulages), Paris, L’Harmattan, coll. Local & global, 2014.
Frontières & artistes. Espace public, mobilité & (post)colonialisme en Méditerranée,
(dir. Eric Bonnet & François Soulages), Paris, L’Harmattan, coll. Local &
global, 2014.
Je est un autre. L’art contemporain en Chine & en France, (dir. Eric Bonnet &
Qing Chen), Paris, L’Harmattan, coll. Eidos, série RETINA, 2017.

Qing Chen
Mise en scène d’un corps performatif, Paris, L’Harmattan, coll. Eidos, série
RETINA, 2017.
Co-direction de livres
Je est un autre. L’art contemporain en Chine & en France, (dir. Eric Bonnet &
Qing Chen), Paris, L’Harmattan, coll. Eidos, série RETINA, 2017.



© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-11776-8
EAN : 9782343117768









Introduction

Images de soi, images de l’autre


Arthur Rimbaud écrivait, en 1871, dans une lettre à
1Paul Demeny : « JE est un autre ». « Je dis qu’il faut se faire
voyant. Le poète se fait voyant, par un long, immense et
2raisonné dérèglement de tous les sens ».
Arthur Rimbaud annonce la tâche des futurs poètes
et artistes qui, ouverts à l’inconnu, en rapporteront de la
forme, de l’informe dans une pratique de la voyance qui
inspirera toute une partie de l’art du XXe siècle, à
commencer par le Surréalisme. Toute la poésie de Rimbaud
et sa vie de nomade, ne cessent de résonner avec de
nombreuses œuvres contemporaines qui explorent
aujourd’hui, le moi, le je, le soi et l’altérité.
Ce colloque se propose d’explorer les nombreux
aspects du Je et de l’identité auxquels les artistes donnent forme.
Quels sont les processus par lesquels les artistes explorent
et élaborent ce Je ? Comment, à l’ère de la mondialisation,
les artistes mobiles pensent-ils les rapports entre identité,
lieu de naissance, lieu de résidence, langue ? Comment
luttent-ils contre les constructions identitaires figées ?

1 Arthur Rimbaud, Poésies complètes, « lettre à Paul Demeny, le 15 mai
1871 », Paris, Gallimard, 1960.
2 Ibid.
5 Comment le corps peut-il devenir un médium artistique, un
lieu d’interférence entre Soi et l’Autre ?
L’identité a un sens très précis dans les cultures
occidentales et orientales. Dans la culture occidentale, la
notion d’identité s’appuie sur l’individualité à travers les
constructions philosophiques et religieuses. « Identité »
signifie « caractère de ce qui demeure identique à
soi3même ». L’altérité, au contraire, renvoie au « fait d’être
4autre », à la reconnaissance de l’autre dans sa différence.
Altérité est un concept opposé à identité qui se concentre
sur la particularité de chacun, ce que remet en cause Arthur
Rimbaud. La relation avec autrui, la différence reconnue et
acceptée, la fusion, parfois la confusion des genres, des
sexes et de l’identité, de la subjectivité, sont explorés par les
artistes dans le contexte interculturel, mondialisé et
numérique d’aujourd’hui. En revanche, dans la culture
chinoise, l’identité est basée sur divers rapports ; le rapport
familial, le groupe, la relation sociale. Ce colloque se
focalisera sur les points communs et sur les différences
entre les notions d’identité dans les cultures orientale et
occidentale.
Les autoportraits et les images corporelles des
artistes dans la photographie et la vidéographie
contemporaines, considérés comme une revendication
identitaire, permettent aux artistes de se reconstruire et de
critiquer la construction du soi dans un contexte public et
social. Le corps devient le lieu de la création ainsi qu’un
médium artistique qui dépasse le sexe, la race, le langage, la
société, la culture et d’autres marquages corporels. À travers
les œuvres, le corps devient une matière neutre et libre, un
point commun de l’être humain, un médium de
communication.
À travers le corps, les artistes approfondissent et
explorent la signification du « soi ». L’autobiographie a pris
de nouvelles formes radicales, mettant en jeu le narcissisme,
l’autofiction, et le rapport avec autrui. En comparant

3 Le Petit Robert, Paris, 2014, p. 1272.
4 Ibid., p. 74.
6 identité et altérité dans le nouveau contexte interculturel,
cette conversation entre l’art occidental et l’art
extrêmeoriental nous permettra d’échanger nos regards sur autrui,
d’explorer les possibilités du soi et de construire une
possible identité partagée.

Hu Bin, directeur du Musée de l'Académie des arts
de Canton, a accueilli dans son Musée notre colloque le
mercredi 1 juin 2016. Il a organisé ce colloque avec Feng
Feng, directeur du département des arts expérimentaux de
l’Académie des Beaux-arts de Canton. Nous les remercions
pour leur accueil généreux. Cette recherche s’inscrit dans la
continuité du sujet de la thèse de Qing Chen, dirigée par
Eric Bonnet et soutenue le 2 mai 2015 dans la galerie
Frontières à Paris. Les membres du jury étaient Eric
Bonnet, Bernard Guelton, Pedro San Ginès Aguilar et
François Soulages. Lors du colloque à Canton, trois
enseignants-chercheurs français, Eric Bonnet, Emmanuel
Lincot et François Soulages, et trois artistes chinois, Qing
Chen, Feng Feng et Hu Jieming sont intervenus. Ce
colloque a été suivi par une rencontre internationale lors de
la Biennale d’art contemporain de Shenzhen, le 2 septembre
2016. Françoise Parfait et Eric Bonnet ont été invités par
Hu Bin, commissaire du Shenzhen International Video Art
Festival. Des échanges auront lieu en 2017. Feng Feng et
Qing Chen sont invités en avril 2017 à l’Université Paris 8
et à l’INHA ; ils présenteront leurs œuvres et leur recherche
lors d’un colloque sur l’art contemporain en Chine et en
France, aux Archives Nationales de Pierrefitte-sur-Seine.
Eric Bonnet et François Soulages donneront des cours à
l’Académie des Beaux-arts de Canton en mai 2017. Ainsi
des échanges réguliers entre artistes et chercheurs se
développeront entre la Chine et la France.
Hui Zhang est notre traductrice. Elle a traduit les
communications orales lors du colloque et les textes de ce
livre. Grâce à Qing Chen, qui est maître de conférences, un
pont est établi entre l’Académie des Beaux-arts de Canton
et l’Université Paris 8 dans le domaine de la recherche sur
l’art contemporain. Leur participation à tous les deux fut
7 déterminante pour la réalisation de ce projet. Nous les en
remercions chaleureusement.
Enfin ce colloque a bénéficié du soutien du
Laboratoire, EA 4010 AIAC Arts des images et art
contemporain de l’Université Paris 8 et de son équipe
EPHA, Esthétique, Pratique et Histoire de l’art.

Eric Bonnet & Qing Chen



8









Chapitre 1

Mise en scène d’un corps performatif
Identité & altérité


Un grand merci à ma mère, Ai Lan CHEN et mon
père Dong Hai CHEN pour le soutien apporté à leur
unique enfant pour faire ses études en France.
Ici, j’écris « unique enfant » en gras, pour souligner
que l’enfant unique, imposé, tient une place prépondérante
dans la famille chinoise ; mais que paradoxalement, il y perd
sa propre identité, devenant comme une transparence
invisible, noyé parmi les autres. Prendre acte de ce
particularisme chinois, social, politique et culturel, fut une
véritable révélation sur moi-même, une clé pour
comprendre ma façon de penser, de créer, de faire cette
recherche, à travers les œuvres citées. La permutation des
deux termes de l’expression « enfant unique » est aussi,
peut-être, un acte d’émancipation individuelle. Par le
basculement d’un de ses idiomes langagiers, elle permet une
distanciation vis-à-vis du contexte sociopolitique dans
lequel je suis né.
J’ai grandi comme enfant unique sous une
pseudoéducation traditionnelle chinoise. Ou, pour être plus précis,
j’ai grandi pendant la période de désert culturel en Chine.
Le peuple chinois avait complètement perdu l’usage de la
pensée libre sur la question de l’identité depuis la Révolution
9 5culturelle ; ceci jusqu’à l’émergence du développement
anormal de l’économie moderne actuelle de la Chine. Je suis
donc particulièrement intéressé par le thème de l’Identité,
parce qu’il n’est toujours pas évident pour moi. Après mes
études et ma vie en France, j’ai souvent été confronté à la
différence de conception du concept identitaire de l’Orient
et de l’Occident : dans la doctrine confucéenne, la question
de l’identité insiste sur la relation entre l’individu et les
autres. Car, dans la pensée chinoise traditionnelle, les gens
sont placés dans un réseau de relations ; ce qui fait de
l’identité dans la relation une chose existentielle. À travers
ces multiples relations et réseaux, la tradition chinoise porte
justement l’attention sur le rôle primordial de la relation,
mais cette relation ne définit aucune identité personnelle ou
individuelle.
6Après le Mouvement du 4-Mai , les intellectuels
chinois ont accentué leur recherche sur les notions
d’ « individu » et de « personnalité » ; cependant, il existe sur
ce point une réfutation implacable, car l’identité
confucéenne est toujours en vigueur. Le « Soi » chinois est
toujours soumis à l’éthique des couches sociales, un réseau
de relations familiales. Même aujourd’hui, « soi » n’a
toujours pas été identifié dans la littérature chinoise. Et
cette pensée confucéenne affecte toujours notre génération
contemporaine. « Soi » n’est qu’un ensemble de nombreux
miroirs reflétant l’espérance projetée par les autres sur

5 La grande révolution culturelle prolétarienne (1966-1976)
antiintellectuelle, anti-élitiste et anti-traditionnelle, a tenté d’éliminer toutes
les valeurs traditionnelles. Elle a eu une forte influence sur les
générations suivantes, effaçant complètement la culture chinoise
ancestrale.
6 Le mouvement du 4 mai est une critique virulente du confucianisme : « Le
mouvement du 4 mai a été réprimé par le gouvernement central. Mais,
avec le temps, il est devenu le symbole de la Chine moderne. (…) Les
intellectuels réformateurs du 4 mai jugent le confucianisme inadapté aux
enjeux de la société nouvelle qui prône la rénovation. La mentalité
confucéenne des dirigeants enferme, selon eux, le pays dans une gangue
traditionaliste l’empêchant d’affronter les défis du XXème siècle
naissant. » Yu Dan, Le Bonheur selon Confucius, Paris, éditions Belfond,
2009, p. 23.
10 l’identité individuelle de chacun. Ainsi l’identité chinoise
7semble être placée sur le lit de Procuste .
Dans l’éthique occidentale, « soi » met l’accent sur
l’individu. Et, comme l’affirme Catherine Clément :

L’identité, une peau de surface qui brouille à jamais les
relations à l’autre. Et pourtant, c’est la seule voie,
puisque, sans ce dispositif, pas de langage […], pas de
8vie sociale, mais un destin autiste […] .

Dans l’éthique orientale, le « soi » existe dans la
solidarité et la relation à la famille ou à la communauté. Ce
décalage est donc révélateur de plus d’une difficulté de
communication entre moi et autrui. Au départ, m’étant tout
d’abord interrogé sur la question de la communication entre
moi et les autres, cela m’a peu à peu amené à m’interroger
sur le type de communication que j’étais capable d’établir
avec moi-même et qui s’appuie sur le travail de mise en
scène de mon propre corps dans mes projets. À travers mes
œuvres, je me focalise sur ce décalage de l’identité en
m’appuyant sur mes propres expériences et mes propres
sentiments.

« Moi » n’est pas une forme unique. Il repose sur
un socle relationnel. Le problème de l’identité personnelle
se pose en fonction d’un rapport à une situation sociale et
ne peut se faire que par rapport aux autres. Comme l’écrit
Jean-Paul Sartre, dans L’Être et le Néant :

Mon corps est là non seulement comme un point de vue
que je suis, mais encore comme point de vue sur lequel
sont pris actuellement des points de vues que je ne
pourrais pas prendre ; il m’échappe de toute part. Cela

7 Dans la Mythologie grecque, Procuste est un aubergiste mandaté par les
dieux qui étendait les voyageurs sur un lit trop court pour leur couper la
partie du corps qui dépassait. Ce mythe suggère que l’idée de norme pour
l’humanité est sans fondement et purement arbitraire. Il n’existe pas de
moule dans lequel chacun puisse se couler.
8 Catherine Clément, Vies et Légendes de Jacques Lacan, Paris, éditions
Grasset, 1981, p. 23.
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