Kierkegaard

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Ceux qui croient en Dieu, ceux qui n'y croient pas, peuvent trouver un égal intérêt à lire Kierkegaard, dont l'oeuvre, immense et à multiples perspectives, annonce l'humanisme d'inspiration phénoménologique du XX° siècle. Ils y rencontreront l'homme dans sa condition existentielle, l'homme "embarqué" de Pascal, l'homme "condamné à la liberté" de Sartre, responsable de lui-même et de l'humanité. Lacan le déclarera "le questionneur le plus aigu de l'âme avant Freud".
Publié le : jeudi 1 février 2007
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EAN13 : 9782296166691
Nombre de pages : 115
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KIERKEGAARD Atmosphère d'angoisse et de passion

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan1 @wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-02701-5 EAN : 9782296027015

Monique Charles

KIERKEGAARD Atmosphère d'angoisse et de passion

L' Harmattan

Commentaires philosophiques Collection dirigée par Angèle Kremer Marietti et Fouad Nohra
Permettre au lecteur de redécouvrir des auteurs connus, appartenant à ladite "histoire de la philosophie", à travers leur lecture méthodique, telle est la finalité des ouvrages de la présente collection. Cette dernière demeure ouverte dans le temps et l'espace, et intègre aussi bien les nouvelles lectures des "classiques" par trop connus que la présentation de nouveaux venus dans le répertoire des philosophes à reconnaître. Les ouvrages seront à la disposition d'étudiants, d'enseignants et de lecteurs de tout genre intéressés par les grands thèmes de la philosophie. Déjà parus Monique CHARLES, Lettres d'amour au philosophe de ma vie, 2006. Angèle KREMER MARlETTI, Jean-Paul Sartre et le désir d'être, 2005. Michail MAlA TSKY, Platon penseur du visuel, 2005. Rafika BEN MRAD, La Mimésis créatrice dans la Poétique et la Rhétorique d'Aristote, 2004. Gisèle SOU CH ON, Nietzsche: généalogie de l'individu, 2003. Gunilla HAAC (dir.), Hommage à Oscar Haac, mélanges historiques, philosophiques et littéraires, 2003. Angèle KREMER MARlETTI, Carnets philosophiques, 2002. Angèle KREMER MARlETTI, Karl Jaspers, 2002. Jean-Marie VERNIER (introduction, traduction et notes par), Saint Thomas d'Aquin, questions disputées de l'âme, 2001. Auguste COMTE, Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, 2001. Michel BOURDEAU, Locus Logicus. L'ontologie catégoriale dans la philosophie contemporaine, 2000. Guy-François DELAPORTE, Lecture du commentaire de Thomas d'Aquin sur le Traité de l'âme d'Aristote, 1999.

John Stuart MILL, Auguste Comte et le positivisme, 1999.

A
Angèle Kremer-Marietti dont la pensée m'invite à penser toujours plus loin. . .

Je ne veux pas entrer en résonance avec la mélodie Mais grincer en d'étranges dissonances Oehlenschlaeger Cité par J. Colette <1>

Il n'est meilleure référence pour situer la tonalité de fond de l' œuvre de Kierkegaard face au vœu existentiel des hommes de vivre mieux ensemble et avec eux-mêmes dans le monde. Cette tâche, nœud du désir humain, Kierkegaard en traque et en révèle sans relâche les dissonances. Dissonances de son temps qui font grincer son écriture. Dissonances qui résonnent encore en notre temps, fussent-elles différentes ou quelque peu spécifiques. La lecture de Kierkegaard nous convie ainsi, voire nous oblige, à pointer nos dissonances, à les scruter de façon à ne pas nous laisser conduire dans la vie par un attelage a hue et a dia. En effet, véritable «maître du soupçon », à l'instar de Marx, Nietzsche, Freud, dont Ricœur développa l'apport, la critique opérée par Kierkegaard appartient à l'herméneutique du soupçon en ce que, selon la définition de M. Westphal, il mit à jour « les tromperies auxquelles on s'expose soi-même en se cachant individuellement ou collectivement la réalité des motifs qui nous meuvent afin de passer sous silence et dans quelle mesure nos croyances sont façonnées par des valeurs que nous déclarons par ailleurs renier ». <2> En ce sens, Kierkegaard est pour nous une lumière saisissante éclairant ce qui «grince» dans notre temps; particulièrement à propos de cette atmosphère d'angoisse qui pèse aujourd'hui et nous entoure tel un halo; l'angoisse que Kierkegaard n'inscrirait plus dans la catégorie annonciatrice d'authenticité existentielle possible, mais dénoncerait plutôt comme source de frilosité vitale, incitant à une religiosité et à

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une matérialité, sans parenté avec un engagement religieux ni avec un matérialisme social et politique, tous deux porteurs d'un sens engagé de l'existence et d'un humanisme actif; l'humanisme, qu'il n'a cessé d'élucider afin qu'il puisse être œuvré. Car, et Kierkegaard est impitoyable à cet égard, comprendre l'humain sans l'humaniser dans l'existence, spéculer de haut vol, sans appliquer ses idées, est manœuvre de faussaire, ou lâcheté insigne. Indigne de l'homme.

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« Etre purement et simplement un homme », ce point où l'on parvient difficilement, si on y arrive jamais... « Nul ne commence par être chrétien; chacun le devient à la plénitude du temps - s 'il le devient» <3>

Ces assertions de Kierkegaard, la première dans son journal personnel, la deuxième dans le Journall 'Instant qu'il a créé plus tard, contiennent l'essentiel de la philosophie de Kierkegaard où il s'acharne à montrer combien il est difficile de 'devenir un homme' selon le concept psychologique et

éthique - même pas idéal! - d'« homme ».
« On ne naît pas homme, on le devient », déclarera Sartre dans l'Existentialisme est un humanisme. Pour Kierkegaard, déjà, le devenir 'simplement' homme, est une tâche; et le devenir vraiment chrétien. .. un combat! Des jugements catégoriques, il n'en manque pas chez Kierkegaard; jugements, points de vue, qui nous agacent, nous fâchent, mais... nous secouent! C'est justement l'objectif de Kierkegaard d'être corrosif afin d'être correctif, d'irriter, de meurtrit le lecteur, afin d'enrichir son esprit et d'ouvrir son cœur. Comment, par quel parcours réflexif et quels détours philosophiques et critiques, Kierkegaard en arrive-t-il à ces assertions? Nous le verrons, à travers toutes les étapes conceptuelles par lesquelles Kierkegaard tente d'amener ses contemporains à l'obligation de devenir 'homme', de devenir 'chrétien', alors qu'ils ont la solide prétention identitaire de se définir comme tels, de se dire en conscience: être 'un' homme, être 'un' chrétien. Suivons-le!

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Kierkegaard...

Philosophe ou Poète?

Il y a deux façons de trahir la pensée de Kierkegaard. La première tentation consiste à la prendre pour une philosophie à part entière, une philosophie qui réhabilite l'existentiel et qui, même, réintègre l'existentiel dans le spéculatif. On manque alors Kierkegaard qui n'a cessé d'opposer l'existentiel au spéculatif: «Penser l'existence abstraitement et sub specie aetemi signifie la supprimer essentiellement », car « l'existence ne peut être pensée sans mouvement ». <4> L'existence ne saurait être mise en système, fût-ce d'un point de vue abstrait. Système et existence s'opposent: « la pensée systématique pour penser l'existence doit la penser comme abolie et donc pas comme existante. L'existence est ce qui sert d'intervalle, ce qui tient les choses séparées, le système est la fermeture, la parfaite jointure ». <5> L'existence, catégorie hors catégorie, insystématisable, personnelle, vivante, maîtresse et non serve de l'intellect, telle est la clé de voûte de la pensée kierkegaardienne. Inversement, ne succombons pas à la deuxième tentation: celle de ne pas prendre du tout la pensée de Kierkegaard pour une philosophie. En effet, bien qu'il se présente lui-même comme un penseur isolé, voire 'd'exception', et que les concepts d'angoisse, de paradoxe, de scandale, de maladieà-la-mort... qui sous-tendent sa pensée, heurtent notre sens du clair et du distinct, nous avons affaire à un philosophe, mais un philosophe d'un genre nouveau! un philosophe qui entend nous faire découvrir non pas que la philosophie n'est bonne à rien, mais que la philosophie séculaire est inapte à prendre en compte et surtout à saisir notre vérité d'existant. La véritable philosophie de l'existence n'est pas à l'œuvre dans les philosophies, elle est œuvre de penseurs 'privés' pour qui le critère fondamental de la vérité ne gît pas prioritairement dans l'excellence du savoir.

Il

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