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L'Antique Sagesse de l'Italie

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Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Giambattista Vico. Pour Vico (Naples, 1668-1744), le fondement de la connaissance n'est plus, comme l'affirmait Descartes, l'évidence, la perception ou l'idée claire et distincte, mais -- génial signe précurseur de la philosophie d'Emmanuel Kant et de Friedrich Hegel -- la conversion du vrai en fait, en ce sens que la condition sine qua non pour connaître effectivement une chose est de la faire. Complément d'une gnoséologie conforme à ce principe, Vico établit un système parfait de métaphysique dont la partie neuve est la théorie de ce que l'on a nommé les "points métaphysiques". Selon celle-ci, de même que du point géométrique, qui n'a pas d'étendue, naissent lignes et surfaces, de même il devrait être permis de poser des points métaphysiques qui, bien qu'ils ne présentent pas de surface, engendrent cependant l'étendue.


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GIAMBATTISTA VICO
De l’antique sagesse de l’Italie
retrouvée dans les origines de la langue latine
Traduit par Jules Michelet
La République des Lettres
PRÉFACE
Tandis que je méditais les origines de la langue la tine, j’en observai de si
savantes dans un grand nombre d’expressions, qu’ell es ne semblaient pas être le
résultat de l’usage vulgaire, mais le signe de quel que doctrine intime et
mystérieuse. Et certes, il est naturel qu’une langu e soit riche en locutions
philosophiques, si la philosophie est en honneur ch ez la nation qui la parle. Je
pourrais rappeler moi-même, que de notre temps, lorsque la philosophie d’Aristote
et la médecine de Galien étaient à la mode, les hom mes les moins lettrés n’avaient
à la bouche qu’horreur du vide, antipathiesetsympathies naturelles, lesquatre
humeurset leursqualités, et cent expressions de cette espèce ; puis, lorsq ue
prévalut la physique moderne et que la médecine fut traitée comme un art
empirique, on n’entendait parler que de circulation du sang, de coagulation, de
droguesutiles et nuisibles, de pression atmosphérique, etc. Avant l’empereur
Adrien, les mots d’ens, être,essentia, essence,substantia, substance,accidens,
accident, étaient inusités chez les Latins, parce q u’on ne connaissait pas la
métaphysique d’Aristote. Depuis cette époque, elle attira l’attention des savants, et
ces termes devinrent vulgaires. Ainsi, ayant remarq ué que la langue latine abondait
en locutions philosophiques, et, que d’un autre côté, l’histoire nous atteste que les
anciens Romains, jusqu’au temps de Pyrrhus, ne song èrent qu’à l’agriculture et à la
guerre, j’en induisais qu’ils avaient reçu ces term es de quelque autre nation
éclairée, et qu’ils s’en servaient à l’aveugle. De ces nations éclairées dont ils
auraient pu les recevoir, je n’en trouvais que deux , les Ioniens et les Étrusques.
Quant à la science ionienne, il est inutile d’en pa rler longuement ; l’on sait de quel
éclat brilla l’école Italique. La science des Étrus ques est attestée par leur profonde
connaissance des cérémonies religieuses. Car la cul ture de la théologie civile
annonce toujours la culture de la théologie naturel le ; les rites sont toujours plus
augustes là où l’on a conçu les idées les plus justes de la divinité ; ainsi c’est dans
le christianisme que les cérémonies sont le plus sa intes, parce que c’est là qu’on
trouve la doctrine la plus pure sur la nature de Dieu. L’architecture des Étrusques, la
plus simple que l’on connaisse, fournit une preuve très forte qu’ils devancèrent les
Grecs dans la géométrie. Qu’une bonne et grande partie de la langue ionienne ait
été importée chez les Latins, c’est ce dont témoign ent les étymologies ; il est
constant que les Romains reçurent de l’Étrurie les cérémonies du culte des dieux, et
en même temps les formules sacrées et les paroles p ontificales. Je crois donc
pouvoir conclure avec assurance que c’est chez ces deux nations qu’il faut
chercher l’origine des expressions philosophiques d es Latins ; et j’ai résolu de
retrouver, dans les origines de la langue latine, l a sagesse antique de l’Italie : travail
que personne, autant que je sache, n’a encore entre pris, mais qui mérite peut-être
d’avoir provoqué le regret de Bacon. Platon, dans leCratyle, essaya de retrouver,
par la même voie, la sagesse antique des Grecs. Ain si ce qu’ont fait Varron dans
sesOrigines; Jules Scaliger, dans sonTraité des causes de la langue latine;
François Sanctius, dans laMinerve, et Gaspard Scioppius, dans les notes qu’il y a
jointes ; tout cela est très différent de notre entreprise. Ces savants se sont proposé
de tirer de la philosophie dans laquelle ils étaien t très versés, une explication des
causesde la langue et de tout l’ensemble de son système : mais nous, sans nous
assujettir aux opinions d’aucune école, nous rechercherons dans les origines
mêmes des mots quelle a été la philosophie de l’Ita lie antique.
DÉDICACE
LIVRE PREMIER, OU LIVRE MÉTAPHYSIQUE
Dédié au seigneur Paolo Matteo Doria.
Je veux traiter, dans ce livre, des locutions qui m e donnent lieu de retrouver par
conjecture les opinions des anciens sages de l’Ital ie sur la vérité première, sur Dieu
et sur l’ame humaine. J’ai résolu de vous le dédier, seigneur Paolo Doria, ou plutôt
de traiter ici, sous vos auspices, de la métaphysiq ue, puisque, comme il convient à
un philosophe si haut placé par son rang et par sa science, vous vous plaisez à ces
hautes études, et que vous les cultivez avec autant de magnanimité que de
sagesse. En effet, c’est une grande âme, celle qui, tout en admirant les pensées
des autres philosophes, se confie encore plus en so i, et justifie cette confiance.
D’autre part, c’est un signe de sagesse que d’avoir, seul de tous les modernes,
appliqué la vérité première aux usages de la vie hu maine, en la faisant descendre,
d’une part à la mécanique, et de l’autre à la scien ce politique. Vous formez un
prince pur de tous les artifices dans lesquels Taci te et Machiavel avaient élevé le
leur ; quoi de plus en harmonie avec la loi chrétie nne, de plus désirable pour la
prospérité de la chose publique ! Ce sont là vos ti tres à la reconnaissance de tout
homme à qui arrivera la seule renommée de votre ill ustre nom. J’y joins ce dont je
vous suis seul redevable : la faveur avec laquelle vous m’avez toujours accueilli, les
encouragements que j’ai reçus de vous plus que de tout autre, pour les études dont
il s’agit ici. L’année dernière, j’avais tenu chez vous, après souper, quelques
discours où, m’appuyant sur les origines mêmes de l a langue latine, je faisais voir la
nature dans un mouvement qui entraînait chaque chos e,per vim cunei, suivant le
rayon vers le centre du mouvement, et, par une forc e contraire, la repoussant du
centre à la circonférence ; je montrais que toutes choses naissent et meurent par
une sorte desystoleet dediastole. Alors, vous et d’autres savants de cette ville :
Augustinus, Arianus, Hyacinthe de Christoforo et Nicolas Galitia, vous me donnâtes
le conseil d’entreprendre cette démonstration par s on principe, de sorte qu’elle
apparût dans un ordre légitime et systématique. C’e st pourquoi, entrant dans la voie
des origines latines, j’ai élaboré cette métaphysiq ue que je vous dédie à ce titre.
Plus tard, je consacrerai à ces trois illustres personnages le fruit d’autres travaux,
en témoignage de l’estime singulière que je leur po rte.
CHAPITRE PREMIER
¶ -. — Du vrai et du fait.
Les motsverumetfactum, levraiet lefait, se mettent l’un pour l’autre chez les
Latins, ou, comme dit l’école, se convertissent entre eux. Pour les Latins,intelligere,
comprendre, est même chose que lire clairement et c onnaître avec évidence. Ils
appelaientcogitarece qui se dit en Italienpensareetandar raccogliendo ; ratio,
raison, désignait chez eux une collection d’éléments numériques, et ce don propre à
l’homme qui le distingue des brutes et constitue sa supériorité ; ils appelaient
ordinairement l’homme un animalqui participe à la raison (rationis particeps), et qui
par conséquent ne la possède pas absolument. De mêm e que les mots sont les
signes des idées, les idées sont les signes et les représentations des choses. Ainsi
comme lire,legere, c’est rassembler les éléments de l’écriture, dont se forment les
mots, l’intelligence (intelligere) consiste à assembler tous les éléments d’une chos e,
d’où ressort l’idée parfaite. On peut donc conjectu rer que les anciens Italiens
admettaient la doctrine suivante sur le vrai : Le v rai est le fait même, et par
conséquent Dieu est la vérité première, parce qu’il est le premierfaiseur(factor) ; la
vérité infinie, parce qu’il a fait toutes choses ; la vérité absolue, puisqu’il représente
tous les éléments des choses, tant externes qu’inte rnes, car il les contient. Savoir,
c’est assembler les éléments des choses, d’où il su it que la pensée (cogitatio) est
propre à l’esprit humain, et l’intelligence à l’esp rit divin ; car Dieu réunit tous les
éléments des choses, tant externes qu’internes, puisqu’il les contient et que c’est lui
qui les dispose ; tandis que l’esprit humain, limité comme il l’est, et en dehors de
tout ce qui n’est pas lui-même, peut rapprocher les points extrêmes, mais ne peut
jamais tout réunir, en sorte qu’il peut bien penser sur les choses mais non les
comprendre; voilà pourquoi il participe à la raison, mais ne la possède pas. Pour
éclaircir ces idées par une comparaison, le vrai di vin est une image solide des
choses, comme une figure plastique ; le vrai humain est une image plane et sans
profondeur, et telle qu’une peinture. Et de même qu e le vrai divin est parce que
Dieu, dans l’acte même de sa connaissance, dispose et produit, de même le vrai
humain est pour les choses où l’homme, dans la conn aissance, dispose et crée
pareillement. Ainsi la science est la connaissance de la manière dont la chose se
fait, connaissance dans laquelle l’esprit fait lui-même l’objet, puisqu’il en recompose
les éléments ; l’objet est un solide relativement à Dieu qui comprend toutes choses,
une surface pour l’homme qui ne comprend que les de hors. Ces points établis, pour
les faire accorder plus aisément avec notre religio n, il faut savoir que les anciens
philosophes de l’Italie identifiaient le vrai et le fait, parce qu’ils croyaient le monde
éternel ; par suite les philosophes païens honorère nt un Dieu qui agissait toujours
du dehors, ce que rejette notre théologie. C’est pourquoi da ns notre religion où nous
professons que le monde a été créé de rien dans le temps, il est nécessaire
d’établir une distinction, en identifiant le vrai c réé avec lefait, et le vrai incréé avec
l’engendré(genito). Ainsi l’Écriture sainte, avec une élégance vraim ent divine,
appelleverbela sagesse de Dieu, qui contient en soi les idées de toutes choses et
les éléments des idées elles-mêmes ; dans ce verbe le vrai est la compréhension
même de tous les éléments de cet univers, laquelle pourrait former des mondes
infinis ; c’est de ces éléments connus et contenus dans la toute-puissance divine
que se forme le verbe réel, absolu, connu de toute éternité par le Père, et engendré
par lui de toute éternité.
¶ I. — De l’origine et de la vérité des sciences.
De ces idées des anciens sages de l’Italie touchant le vrai, et de la distinction
qu’établit notre religion entre lefaitet l’engendré, nous tirons d’abord cette
conséquence, que si la parfaite vérité est en Dieu seul, nous devons tenir pour
complètement vrai ce qui nous est révélé de Dieu, e t ne pas chercher comment
peut être vrai ce que nous ne pouvons comprendre en aucune manière. Ensuite
nous pouvons remonter à l’origine des sciences huma ines et enfin obtenir une règle
pour reconnaître celles qui sont vraies. Dieu sait tout, parce qu’il contient en soi les
éléments dont il fait toutes choses ; l’homme les d ivise pour les savoir ; aussi la
science humaine est comme une anatomie des ouvrages de la nature. En effet, si
nous voulons prendre des exemples, elle a partagé l ’homme en corps et âme, et
l’âme en intelligence et volonté ; elle a distingué du corps, ou, comme on dit,
abstrait la figure et le mouvement, et de ces propriétés comme de toutes choses,
elle a tiré l’être et l’un. La métaphysique considè re l’être, l’arithmétique l’un et sa
multiplication, la géométrie la figure et ses dimen sions, la mécanique le mouvement
du dehors, la physique le mouvement qui part du cen tre, la médecine étudie le
corps, la logique, la raison, la morale, la volonté . Il est arrivé de cette anatomie des
sciences comme de celle qui s’exerce journellement sur le corps humain : les
anatomistes difficiles à contenter conservent bien des doutes sur la situation, la
structure et les fonctions des parties, et craignen t que la mort solidifiant les liquides,
interrompant le mouvement, que le scalpel altérant ce qu’il divise, le véritable état
des organes ne soit plus observable non plus que le urs fonctions. Cet être...
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