L'hyperréalité du monde postmoderne selon Jean Baudrillard

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La philosophie de Baudrillard est inédite puisqu'il possède une façon originale de voir le monde, ses yeux étant ceux d'un philosophe-critique, d'un sociologue, d'un journaliste et d'un pataphysicien. Malgré sa quête du sens et du réel, Baudrillard débouche sur le non-sens et proclame moyennement l'absence du réel. La recherche conduite ici s'attaque à la pensée hyperréelle de Jean Baudrillard tout en présentant l'originalité de cette pensée singulière et controversée.
Publié le : dimanche 1 mai 2016
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EAN13 : 9782140008559
Nombre de pages : 264
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Nadine Salamé
L’hyperréalité du monde postmoderne selon Jean Baudrillard
Essai de lecture analytique et critique
L’hyperréalité du monde postmoderne selon Jean Baudrillard
Essai de lecture analytique et critique
Nadine Salamé L’hyperréalité du monde postmoderne selon Jean Baudrillard
Essai de lecture analytique et critique
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09263-8 EAN : 9782343092638
Introduction générale Apparemment, notre monde est réel. Le réel existe alors nécessairement dans le monde. Ce constat est-il réel ? Le réel est tout ce qui existe effectivement et la réalité est son synonyme puisqu’elle signifie l’ensemble de ce qui est. Étymologiquement, le mot réel provient du latinrealis et signifie « chose». C’est donc la chose qui existe et qui est concrète. Le réel s’oppose ainsi à l’illusion puisqu’il reflète ce qui est actuel et non pas ce qui est virtuel. Par conséquent, le réel semble être ce qui peut être perçu et connu par les sens. Mais cela peut exclure les idées pures. Or Platon pense que les idées pures sont réelles, voire plus réelles que 1 les apparences. Elles remplacent ainsi l’illusion qui s’oppose au réel. Dans son mythe de la caverne, Platon prouve que l’homme préfère l’illusion à la vérité. Ce faisant, l’homme résiste au réel; il doute même de son existence. Il semble que le doute sur la capacité de l’homme à connaître le réel soit aussi vieux que la philosophie. C’est l’une des questions philosophiques les plus anciennes, qui ne cessent de tourmenter l’esprit des hommes. Dans sa célèbre phrase «l’homme est la mesure de toutes choses », Protagoras nie l’existence d’une réalité absolue et affirme que le réel est la perception subjective que possède chaque homme du monde. Le réel est alors une donnée intellectuelle que l’homme a sur le monde. Qu’il soit objectif ou subjectif, il représente une réalité abstraite et vraie aux yeux de l’homme. Il est alors la représentation que se fait l’hommedu monde. La question sur l’essence et l’existence du réel est toujours d’actualité. Nous remarquons que le réel change de peau. Désormais, il paraît être subjectif et il est représenté par les images données par les médias. Ces images représentent le réel aux yeux del’homme contemporain. Est-il alors toujours un réel abstrait ? Il semble que la conception grecque et antique du réel soit dépassée. 1 « Que crois-tuqu’ilrépondrait, si on lui disait que tout àl’heureil ne voyait que des sottises, tandisqu’à présentqu’iltrouve un peu plus près de ce qui est se réellement, etqu’ilest tourné vers ce qui est plus réel, il voit plus correctement ? Surtout si, en lui montrant chacune des choses qui passent, on lui demandait ce qu’elleest, en le contraignant à répondre ? Ne crois-tu pasqu’ilserait perdu, et qu’ilque ce considérerait qu’ilvoyait tout àl’heure était plus vrai que cequ’onlui montre à présent ? » (Platon,La République,livre VII,France,Nathan, 1997, p. 42). 5
C’est pour cette raison que les philosophes postmodernes ont inventé de nouveaux concepts pour le désigner. Un de ces nouveaux concepts rattachés au réel est celui d’hyperréalité. Par conséquent, il y a lieu de soutenir deux idées. La première est que, de nos jours, l’hyperréalité remplace la réalité. La seconde est que l’hyperréalité est le fruit des médias du monde actuel. L’hyperréel, synonyme d’hyperréalité, serait alors une notion récente qui remplace celle de réel. L’hyperréel est ce qui est dépourvu du réel. C’est la simulation du réel. De plus, l’hyperréel est aussi l’exagération de cette simulation. Par conséquent, l’hyperréel est une représentation exagérée du réel. Il est représenté par le monde actuel. Malgré sa disparition, le réel continue à intriguer les penseurs postmodernes. L’homme s’efforce d’échapper au réel et cela par l’intermédiaire des duplicités illusoires du monde hyperréel. Clément Rosset traite le caractère illusoire de nos 2 représentations du réel . Il distingue le réel de la réalité en qualifiant le réel de terme philosophique. Il pense que, de nos jours, la réalité n’est plusnécessairement rattachée à la philosophie. L’homme n’a pas la capacité de saisir le réel puisqu’il est dur à trouver et à comprendre. C’est la raison pour laquelle il invente de multiples façons pour le fuir comme la création d’un monde médiatisé, illusoire, simulé voire hyperréel. Kant pense que nous pouvons avoir plus ou moins le sentiment du réel, mais jamais 3 nous ne pouvons le percevoir. Rosset qualifie le réel d’idiot: «C’est très simple; idiot, en grecidiotês, ne signifie pas crétin, imbécile, mais évoque le sens de particulier, singulier. Le sens du mot est resté dans la langue moderne quand on parle d’un idiome, d’une langue particulière. Beaucoup de philosophes sont d’accord avec l’idée que le réel est un objet singulier. En réalité, il n’y a pas deux choses pareilles, par conséquent, quand je dis que le réel est idiot, je veux dire que le réel est singulier. Je parle de la singularité. Cette pensée est également très forte chez Leibniz, le philosophe 4 allemand. Selon lui, il n’y a pas deux brinsd’herbe pareils. » Dans la philosophie postmoderne, le réel paraît être une perception
2  «Il n’y a rien de plus fragile que la faculté humaine d’admettre la réalité, d’accepter indiscutablement l’impérieuse prérogative du réel. » (C. Rosset,Le réel et son double, Paris, Folio, 1993, p. 9). 3 Voir E. Kant,Critique de la raison pure, Paris, Garnier-Flammarion, 1999, 725 p. 4 C. Rosset,Le réel: traité de l’idiotie, Paris, Les Éditions de Minuit, 2004, p. 35. 6
subjective que peut avoir l’homme du monde. Il paraît aussi être un concept insaisissable puisqu’il est subjectif, objet d’une méditation personnelle. De nouveaux concepts s’y introduisent qui nous permettent de comprendre qu’il a subi une profonde mutation, notamment les concepts d’hyperréel et de simulation.Jean Baudrillard est intrigué par cette ancienne et récente question philosophique: qu’est-ce que le réel ? La recherche du réel est le fil conducteur de toute sa philosophie. Il a dû fouiller dans le monde actuel pour y déceler les traces du réel. Ce fut en vain. Sa conclusion est surprenante: il s’aperçoit que le réel a disparu du monde actuel et que c’est l’hyperréel qui le remplace. Or, tout au long de ses écrits, il a voulu récupérer ce réel disparu. À sa place, il retrouve les traces du réel qui persistent dans notre monde. Où est alors passé le réel ? Peut-on le retrouver dans ce monde hyperréel ? Si l’hom? Afin deme retrouve le réel, peut-il le comprendre répondre à toutes ces questions, Baudrillard veut dévoiler les causes de la disparition du réel ; il veut aussi connaître qui a tué le réel. Ce faisant, il s’est investi dans une quête interminable pour appréhender le vrai sens de cette mutation. À cet égard, il décrit les phases dans lesquelles le réel est passé pour suivre ses traces afin de tenter de le retrouver. C’est ce qui le pousse alors à concentrer sa pensée autour de trois concepts clés : le réel, le simulacre et l’hyperréel. Pour saisir le réel, Baudrillard se voue à une critique acharnée du monde hyperréel. Selon lui, cette critique lui permettra de tout détruire afin de voir ce qui résiste à cette destruction. Ce qui résiste n’est autre que le réel qui représente ce qui reste lorsque tout aura disparu. Baudrillard pense que notre monde est dépourvu de morale, de vérité, de sens et de réel. Et nous partageons ce constat avec lui. Notre objectif est alors d’essayer de comprendre le sens réel de notre monde et surtout de redonner un sens au monde malgré toutes ses défaillances. C’est la raison pour laquelle nous avons soulevé la problématique suivante: La critique de l’hyperréalité du monde postmoderne selon Jean Baudrillard redonne-t-elle sens au réel ? Notre thèse sur l’hyperréalité du monde postmoderne entend donc vérifier la manière dont Baudrillard s’emploie à reposer et à résoudre, en termes jusque-là inédits, la disparition du réel. Cette disparition est visible dans notre monde actuel. Ils’agit, en effet, d’une perte totale du réel. De nos jours, il est de plus en plus
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courant d’entendre des discours inquiets sur la crise du sens, la perte des valeurs et le non-respect des droits de l’homme. Cette crise fait partie d’une crise globale. Eneffet, la mondialisation qui fait circuler les biens, les hommes et les informations nous oblige à croire qu’elle ne fonctionne pas pour le bien de l’humanité. Elle nous donne l’impression d’un désordre planétaire qui débouche sur une crise de sens qui se fait sentir dans tous les domaines : crise économique, crise axiologique, crise religieuse, crise cognitive, crise écologique et crise artistique. La crise globale serait le fruit de tous les changements considérables qui ont eu lieu ces deux derniers siècles et qui sont dénoncés par les postmodernes. Il est à signaler que les postmodernes critiquent la rationalité et l’humanisme modernes. Suite à sa description du monde réel déchu, Baudrillard critique le monde hyperréel. Il s’agit d’un monde exagéré dans lequel l’homme possède une multiplicité d’informations mais non pas un savoir. Ce nouvel ordre du monde qualifié d’hyperréel semble laisser le consommateur désarmé face aux connaissances réelles et au vrai sens des choses. Baudrillard s’efforce alors deredonner un sens à ce monde afin de dévoiler aux hommes actuels le réel disparu. Son objectif ultime serait donc de restituer aux valeurs, à l’homme et à la connaissance leur place au sein d’un monde en perpétuel changement.Le sens du monde et de la vie intrigue tout être pensant. Baudrillard nous apportera-il une réponse à ce sujet ? En suivant ses pistes d’analyse, nous essayerons d’explorer le monde de l’informatique, des médias, de l’information, de la communication et de la consommation afin de chercher au fond du monde hyperréel un sens à ce même monde et aussi afin de tenter de comprendre ce réel. Jean Baudrillard (1929-2007) est un philosophe et un sociologue français. Il intègre le lycée Henri-IV et achève ses études à la Sorbonne où il obtient sonagrégation d’allemand. Il commence sa carrière de professeur au secondaire puis il bifurque vers les universités allemandes où il devient lecteur-résident. Ses premiers travaux sont des traductions de grands textes allemands comme L’idéologie allemandede Karl Marx. En 1960, il entreprend une thèse de doctorat sous la direction du philosophe et sociologue Henri Lefebvre. Au même moment, il suit les cours d’analyses sémiologiques de Roland Barthes. Il enseigne la sociologie à Nanterre et contribue à la cristallisation des idées de mai 68. Très
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réactif aux événements politiques et sociaux, il écrit de nombreux articles de presse comme la série publiée dans le journalLibération. À travers ses premiers livres publiés au début des années 70,Le système des objets,La société de consommation etPour une critique de l’économie politique du signe, il s’est imposé comme l’un des interprètes et des critiques les plus violents de nos sociétés modernes. Il s’acharne sur la consommation devenue nouvelle morale et la marchandise devenue nouveau mythe du monde. Dans les années 80, à partir deDe la séduction,Les stratégies fatales,Amérique,Cool Memories,La transparence du mal etLe crime parfait, il construit la clé de voûte de sa pensée par une réflexion qu’il porte sur la séduction, la simulation, le réel et l’hyperréel. Par la suite, il dénonce l’exagération qui existe dans le monde actuel sous toutes ses formes. Cela dit, il convient de souligner, de prime abord, que la pensée de Baudrillard est paradoxale. Tout à la fois claire et elliptique, sobre et sophistiquée, conceptuelle et poétique, elle se joue des contraires. Baudrillard porte sur le monde un regard qui n’est ni moral ni idéologique ni critique. Il essaye de le saisir tel qu’il se livre à sa pensée puisque son objectif est de trouver le réel. Il est l’un des rares penseurs français de réputation internationale. Il est très étudié aux États-Unis. Il est également l’auteur français le plus lu en Chine vu que dix-neuf de ses ouvrages sont traduits en chinois. Il est un poète, un photographe et un métaphysicien qui dérange parfois par ses propos arrogants et paradoxaux. Germaniste de formation, traducteur, sociologue, 5 philosophe, pataphysicien , nietzschéen, auteur de textes chantés, photographe. C’est pourquoiil faut bien assimiler les diverses facettes de sa formation pour saisir la vision originale qu’il a du monde. François L’Yvonnet tente en ses mots de nous présenter Baudrillard : « Jean Baudrillard, de nationalité française, de sexe masculin, brun de taille moyenne, professeur en retraite, germaniste, traducteurs, sociologue, philosophe, métaphysicien, ontologue, anthropologue, fragmenticien, artiste, poète, cycliste, pongiste, photographe, pataphysicien, œnophile, parisien, écrivain, conférencier, nageur, séducteur, ex-maoïste, stratège, radicaliste, paroxyste, […] hydrophobe, retro-visionnaire, bergsonien, cinéphile, ex-soldat, moraliste, théoricien, extra-moderniste, critique, démystificateur, amateur de mots rares, fataliste, oniriste, 5 Nous nous attarderons ultérieurement sur cette notion. 9
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