L'Invention de Dieu

De
Publié par

Si le judaïsme et, à sa suite, le christianisme et l'islam proclament l'unicité d'un dieu régnant seul de toute éternité sur le ciel et la terre, la Bible hébraïque elle-même témoigne, pour qui la lit attentivement, de ses racines polythéistes. De fait, le " dieu d'Abraham " auquel se réfèrent, chacune à sa manière, les trois religions du Livre n'a pas été unique depuis toujours.


Comment un dieu parmi les autres est-il devenu Dieu ? Telle est l'énigme fondatrice que cette plongée aux sources du monothéisme se propose d'élucider en parcourant, sur un millénaire, les étapes de son invention. D'où vient ce dieu et par quel biais s'est-il révélé à " Israël " ? Quels étaient ses attributs et quel était son nom avant que celui-ci ne devienne imprononçable ? Quand accéda-t-il au statut de dieu tutélaire des royaumes d'Israël et de Juda ? Sous quelles formes était-il vénéré et représenté ? Pourquoi les autres divinités au côté desquelles il trônait déchurent-elles ? Au terme de quel processus et en réaction à quels événements le culte exclusif qui lui a progressivement été rendu s'est-il imposé ?


À la lumière de la critique historique, philologique et exégétique et des plus récentes découvertes de l'archéologie et de l'épigraphie, Thomas Römer livre les réponses d'une enquête rigoureuse et passionnante sur les traces d'une divinité de l'orage et de la guerre érigée, après sa " victoire " sur ses rivaux, en dieu unique, universel et transcendant.



Spécialiste mondialement reconnu de l'Ancien Testament, Thomas Römer occupe la chaire " Milieux bibliques " au Collège de France ; il est également professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Lausanne.


Publié le : jeudi 27 mars 2014
Lecture(s) : 10
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021143799
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
L’invention de Dieu
THOMAS RÖMER
L’invention de Dieu
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
Ce livre est publié dans la collection « Les livres du nouveau monde » dirigée par Pierre Rosanvallon
Les cartes et les dessins figurant dans cet ouvrage ont été réalisés par Fabien Pfitzmann.
ISBN978-2-02-108815-1
© Éditions du Seuil, mars 2014, à l’exception de la langue anglaise.
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective.Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L.3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
Abréviations des livres bibliques cités (selon la Traduction œcuménique de la Bible)
Abdias Aggée Amos er 1 livre des Chroniques e 2 livre des Chroniques Cantique des cantiques Daniel Deutéronome Ésaïe (Isaïe) Esdras Esther Exode Ézéchiel Genèse Habaquq Jérémie Job Judith Lamentations Lévitique Josué er 1 livre des Maccabées Malachie Michée Nombres Néhémie Osée Proverbes
7
Ab Ag Am 1 Ch 2 Ch Ct Dn Dt És Esd Est Ex Éz Gn Ha Jr Jb Jdt Lm Lv Jos 1 M Ml Mi Nb Ne Os Pr
Psaumes Qohéleth (Ecclésiaste) er 1 livre des Rois e 2 livre des Rois Ruth er 1 livre de Samuel e 2 livre de Samuel Sophonie Zacharie
L’INVENTION DE DIEU
Ps Qo 1 R 2 R Rt 1 S 2 S So Za
prononciation celle de la voyelle attenante /b/ ou /v/ /g/ (garder) /d/ /h/ (aspiré) /w/ /z/ /˕/ (all. Bach) /t/ /y/ /k/ ou /˕/ /l/ /m/ /n/ /s/ gutturale sonore /p/ ou /f/ /ts/ /k/ /r/ /s/ /ch/ (chacun) /t/
translittération b g d h w z ˕ y k l m n s p ̓ q r ś š t
9
lettre א ב ג ד ה ו ז ח ט י כ,ך ל מ,ם נ,ן ס ע פ,ף צ,ץ ק ר ת
Les consonnes
Système de transcription de l’hébreu
nom alef beth ghimel daleth waw zayin ˕eth eth yod kaf lamed mem nun samekh ayin ̓adé qof resh śin šin taw
Les voyelles
signe ַ ֲ ָ ַָ ֳ ֶ ֱ יֶ ֵ יֵ ִ ֹ ֻ ְ
nom pata˕ ˕aef pata˕ qame̓ qame̓˕auf ˕aef qame̓ segol ˕aef segol segol yod ̓éré ̓éré yod ˕ireq ˕olem qibbu̓ ˕olem plein šureq shewa mobile
L’INVENTION DE DIEU
translittération a ă ā o ŏ e ĕ ê ē ê i ō u ô û ĕ
prononciation /a/ /a/ /â/ /o/ (homme) /o/ (homme) /è/ (elle) /è/ (elle) /ê/ (être) /é/ (répéter) /ê/ (être) /i/ (il) /o/ /ou/ /o/ /ou/ /e/ (le)
Introduction
Dans le paysage religieux de l’humanité, le judaïsme est consi-déré comme la plus ancienne religion monothéiste, confessant qu’il n’existe qu’un seul dieu qui est à la fois le dieu spécifique du peuple d’Israël et le dieu de tout l’univers. Cette idée d’un dieu unique s’est ensuite propagée dans le christianisme et l’islam, qui la déclinent chacun à sa manière. 1 Si on lit les Bibles juive et chrétiennes ainsi que le Coran, on a d’abord l’impression que ce dieu a toujours été là, puisque c’est lui le créateur du ciel et de la terre. À y regarder de près, on y trouve cependant des textes qui admettent l’existence d’autres dieux, comme dans cette histoire du conflit entre un dénommé Jephté, un chef militaire d’une tribu israélite, et Sihôn, roi des voisins d’Is-raël à l’est, relatée dans le livre des Juges. Pour résoudre le conflit
1. Le pluriel indique le fait que les Bibles chrétiennes varient : l’Ancien Tes-tament des catholiques se distingue de l’Ancien Testament des protestants, et les Églises orthodoxes y incluent, selon leur localisation géographique, encore d’autres livres.
11
L’INVENTION DE DIEU
territorial, Jephté utilise un argument théologique : « Ne possèdes-tu pas ce que Kemosh ton dieu te fait posséder ? Et tout ce que notre Dieu a mis en notre possession ne le posséderions-nous pas ? » (Jg 11,4). Ici, le dieu de Jephté est considéré comme le dieu tuté-laire d’une tribu ou d’un peuple, à l’instar de Kemosh, le dieu tuté-1 laire de Sihôn. Si l’on poursuit la lecture de la Bible hébraïque , on découvre d’autres textes curieux. Les destinataires du Deutéronome sont par exemple souvent exhortés à ne pas suivre d’autres dieux, sans que l’existence, voire la réalité de ceux-ci soit niée. Ainsi la Bible garde-t-elle, elle-même, des traces du fait qu’existait dans le Levant, voire en Israël, une pluralité de divinités et que le dieu d’Is-raël, dont le nom se prononçait peut-être Yahvé ou Yahou (nous aborderons, au premier chapitre, cette question), n’était pas, et de loin, le seul dieu à être vénéré par les Israélites. Mais les récits bibliques réservent encore d’autres surprises. Lorsque Yahvé se révèle à Moïse en Égypte, il apparaît comme un dieu inconnu puisqu’il lui dit que c’est la première fois qu’il se mani-feste sous son vrai nom. S’agit-il d’une trace du fait que ce dieu n’a pas été depuis toujours le dieu d’Israël ? Pourquoi alors se révèle-t-il en Égypte ? A-t-il un lien avec l’Égypte et, si oui, lequel ? Sur tous ces points, le dossier biblique doit être complété par d’autres sources : découvertes archéologiques, inscriptions, docu-ments iconographiques, annales égyptiennes, assyriennes, babylo-niennes, etc. L’examen de cette documentation nous permettra de retracer le chemin d’un dieu, localisé à l’origine sans doute quelque part dans le « Sud », entre l’Égypte et le Néguev, qui est d’abord un dieu lié à la guerre et à l’orage et qui devient petit à petit le dieu d’Is-raël et de Jérusalem, pour devenir après une catastrophe majeure, la destruction de Jérusalem et de Juda, le seul dieu, créateur du ciel et de la terre, dieu invisible et transcendant, qui clame cependant qu’il entretient avec son peuple une relation particulière. Comment un
1. Ce terme, qui est confessionnellement neutre, sera préféré à l’expression « Ancien Testament », d’origine chrétienne et comprenant la Bible juive comme la première partie de la Bible chrétienne.
1
2
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.