L'oeuvre narrative de Maurice Blanchot

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La lecture de l'œuvre de Blanchot ouvre de nouvelles perspectives, de nouveaux champs de recherche. Il s'agit d'une œuvre qui incite à s'engager dans des voies inédites : une sorte de décloisonnement de la littérature, illustrée par son avant-dernier livre, L'écriture du désastre, qui montre que l'écriture est à la fois puissante et dérisoire. Suivant la loi du poète, nous sommes inévitablement pris au piège par l'écriture, mais cette nouvelle forme d'emprisonnement est aussi un lieu d'exil qui nous tient compagnie.
Publié le : jeudi 15 octobre 2015
Lecture(s) : 7
EAN13 : 9782336394022
Nombre de pages : 140
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COMPétENCES StriCtEMENt COdiîéES COMME LittéràirES. IL S’àgit d’UNE œUvrE qUi iNCitE À S’ENgàgEr dàNS dES vOiES iNéditES :
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Martha LucíaPU LIDOCOR R EA
L’ŒUVRE NARRATIVE DE MAURICE BLANCHOT
L'ŒUVRE NARRATIVE DE MAURICE BLANCHOT
La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren  Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique.  Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie.  Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions Gustavo CELEDÓN,Philosophie et expérimentation sonore, 2015. Philippe VERSTRATEN,Nous-mêmes et la terre. Critique et dépassement de l’idée technique du monde, 2015. Carmen REVILLA (dir.),L’horizon de la pensée poétique de María Zambrano, 2015. Zouaoui BEGHOURA,Critique et émancipation. Recherches foucaldiennes sur la culture arabe contemporaine, 2014. Jordi RIBA (dir.),L’effet Guyau, De Nietzsche aux anarchistes, 2014. Lucas GUIMARAENS,Michel Foucault et la dignité humaine, 2014.
Martha Lucía PULIDO CORREA
L'ŒUVRE NARRATIVE DE MAURICE BLANCHOT
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07364-4 EAN : 9782343073644
1 INTRODUCTION
Nous qui appartenons à la civilisation de l'écriture et du livre, comment nous sentons-nous concernés par la littérature ? Comment nous sentons-nous impliqués dans la littérature contemporaine et plus spécifiquement dans la littérature de Maurice Blanchot ? L'ambition de cette étude n'est pas d'apporter un nouveau commentaire sur l'œuvre de Blanchot, mais plutôt de susciter des questions sur les rapports que nous entretenons avec le monde dans lequel nous vivons. L'œuvre de Maurice Blanchot a attiré notre attention parce qu'elle semble annoncer à tout moment l'exigence de l'écriture. Barthes disait que le lecteur idéal est celui qui écrit. Blanchot semble vouloir que son œuvre soit lue par ce lecteur idéal. À travers son œuvre, on peut percevoir ce qu’est et ce qu’a été la littérature française de ce siècle, de Léon-Paul Fargue à Marguerite Duras. Ce qui est encore plus important, c'est qu'il nous fait comprendre que la littérature porte en soi une sensibilité qui peut être particulière à une langue mais qui ne l'est pas forcément, surtout lorsque l'écrivain s'engage dans une « existence par procuration » – comme dirait Beckett – et qu'un personnage comme Rhoda dansLes vaguesde Virginia Woolf peut très bien traduire le sentiment d'attente qui porte le personnage blanchotien. Empruntant une idée présente chez Jacques Derrida dans son livreParages, nous nous sommes risquée à tenter la lecture deL'Arrêt de mortet deLa Folie du jour, à traversLe triomphe de la viede Shelley, en nous appuyant également surLes vaguesde Virginia Woolf.
1  Cet ouvrage est issu de la thèse de doctorat de l’auteure,L’approche d’autrui dans l’œuvre romanesque de Maurice Blanchot, dirigée par Mme Nicole Celeyrette et soutenue en 1994 à l’Université Paris-Est Créteil Val de Marne (voir la notice Sudoc : http://www.sudoc.fr/041602692. L’auteure souhaite remercier M. Pierre Madaule pour son écoute attentive. 7
À la lecture d’auteurs ayant écrit sur Blanchot, Georges Préli, Françoise Collin notamment, ou des thèses de Jean-Philippe Miraux et Gay Stratton, nous nous sommes trouvée de plus en plus désorientée, même si, bien sûr, chacun de ces auteurs a jeté un petit rayon de lumière sur notre pensée. Nous rendons un hommage particulier cependant à trois auteurs qui nous ont fait comprendre que l'œuvre de Blanchot exigeait pour son approche une créativité et une originalité qui devaient commencer par la lecture elle-même : il s’agit de Roger Laporte, de Pierre Madaule et de Jacques Derrida. C'est alors que nous avons substitué à la méthode de lecture chronologique, qui suppose une ligne d'évolution continue, une lecture transversale des œuvres. Et nous nous sommes rendu compte queLe Dernier mot etL'Idylle, écrits en 1935 et 1936, contenaient déjà tous les éléments qui allaient peupler l'univers blanchotien ; le projet d'écriture de Blanchot s'y trouvait déjà ébauché car les questions centrales sur lesquelles il portera tout son intérêt y sont déjà inscrites et nous sommes ainsi ramenés à la question du statut du regard lié au statut d'un langage s'éveillant lui-même en langage nouveau. Dès l’ébauche de son projet, la question de Blanchot était de savoir comment présenter au lecteur une littérature dépourvue des lieux, des personnages, de temps et des circonstances propres à un roman ; et comment faire comprendre que l'homme est subordonné à la loi dès le langage même et que, pour se libérer de ce poids, il fallait tout d’abord sortir le langage et la littérature du lieu clos de la surveillance. Sa démarche a consisté, dans un premier temps, à élaborer deux textes,Aminadab etLe Très-Haut, sans que lesdits éléments soient absents de ces deux textes, avec même une sorte d'argument ; mais ils y étaient présentés d'une façon si particulière que l’on se demande quelle est la fonction de l'écriture, et l’on pose par conséquent sur elle un regard différent. Dans ces deux textes, Blanchot expose simultanément les notions d'espace « neutre » et de « deuxième nuit ».
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Dans un deuxième temps, et après s'être débarrassé de la première version deThomas l'Obscuren en écrivant une et deuxième, Blanchot continue à ébranler l'usage des mots, de manière à remettre en question le fait même de lire et d'écrire. C'est à partir d'un jeu sur les contours sombres des mots qu'il suscite non pas du sens mais des effets de sens, faisant ainsi retentir l'écriture. Dans l'expérience singulière qu'il en a faite, la littérature se présente comme une mise à l'épreuve, une interrogation, portant sur les conditions de possibilité du langage, et aussi sur le rapport essentiel qui lie le langage et la mort. Son souci dans ce deuxième temps est d’introduire le lecteur à cet univers où les mots sont apparemment vides de leur contenu : comment faire alors pour que le lecteur éprouve l'expérience de la mort que porte en soi le langage ? Pour illustrer cette maladie des mots à laquelle il se sent intimement lié, il écritL'Arrêt de mort etLa Folie du jour, désignant par la suite Thomas comme un personnage en exil, en continuelle transgression, et dont la tâche serait de nous apprendre à vivre à l'intérieur de ce nouvel instant que la transgression permet. Il confère ainsi au lecteur non pas un regard de vivant, mais le regard de quelqu'un qui a été en présence de la mort. Considérant que le lecteur est déjà prêt, Blanchot se détache des liens qu'il avait entretenus auparavant par considération pour le lecteur, et commence à identifier la littérature à ce qu'il avait conçu dèsLe Dernier mot, revenant donc à sa création première. Montrant que la littérature n'est plus subordonnée à la loi d'un récit progressivement ordonné, l'œuvre de Blanchot permet aussi d’ébaucher la notion d'un rapport culturel différent. Il nous propose une œuvre à lire alors à la façon d'une partition et dont l'interprétation joue un rôle aussi important que la composition. Chaque œuvre est maintenant un mouvement qui présente une ligne mélodique jouée de manière raffinée ; c'est le mouvement qui va exprimer tout ce qu'il y a à dire.
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