//img.uscri.be/pth/53e71a66b00dea511ad666ce8fb332b2f8e1d7bb
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

L'universel dans le débat moral

De
226 pages
L'éthique de la discussion de Habermas repose sur deux piliers : le principe de discussion (D) et le principe d'universalisation (U). L'analyse du concept d'intérêts universalisables, l'étude de la justification que Habermas donne au principe (U) et la considération du défi du contextualisme sont notamment les trois démarches accomplies dans cet ouvrage, qui permettent d'interroger la possibilité et la nécessité de l'universalisabilité des normes pour qu'elles soient dites morales et d'envisager une éthique de la discussion sans recours au principe d'universalisation (U).
Voir plus Voir moins
L’universel dans le débat moral Essai sur l’éthique de la discussion de Jürgen Habermas
D/// ISBN : ---- © Éditions Academia Grand’Place,  B- Louvain-la-neuve
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
JûÉà NàyàMàjE
L’universel dans le débat moral Essai sur l’éthique de la discussion de Jürgen Habermas
Remerciements
La réalisation de cet ouvrage n’aurait pu se faire sans aide et accompagnement. Que soient remerciées ici toutes les personnes et institutions qui ont, d’une façon ou d’une autre, contribué à l’aboutissement de ce travail, en particulier : le Professeur Mark Hunyadi qui a dirigé et soutenu le travail de thèse à l’origine de ce livre ; la communauté des franciscains à Louvain-la-Neuve qui m’a chaleureusement accueilli et m’a donné de très bonnes conditions de travail durant toutes mes études en Belgique ; le Frère Matthieu Smolders pour sa constante disponibilité pour la relecture de la thèse ;Franziskaner Missionet les franciscains de Dortmund qui m’ont aidé à apprendre la langue allemande, la langue de mon auteur.
5
Introduction
Le projet de Habermas dans son éthique de la discussion est d’établir les conditions à partir desquelles on pourrait déterminer la justesse des normes morales de manière à être à même de s’affranchir à la fois d’un universalisme abstrait et d’un relativisme contradictoire, et de réfuter le scepticisme axiologique. D’une part, Habermas s’accorde avec Hegel pour s’opposer à l’éthique dont le point de vue moral « devrait nécessairement conduire à ne pas prendre en considération, voire à réprimer la structure pluraliste des conditions de vie existantes et de la situation d’intérêts » . D’autre part, par l’universalisme moral qu’il défend dans l’éthique de la discussion il s’oppose au relativisme dans ses multiples formes. Par exemple, il récuse le contextualisme moral d’Alasdair MacIntyre selon lequel il ne peut y avoir un point de vue moral qui soit extérieur aux contextes des traditions particulières, ou le constructivisme culturel de Richard Schweder selon lequel tous les jugements moraux reflètent les valeurs et les interprétations des visions du monde , ou encore le décisionnisme selon lequel le cadre normatif pour l’action humaine est choisi plus ou moins à partir d’une réflexion basée sur les valeurs et les normes tenues dans une société .
J. HABERMAS,De l’éthique de la discussion, p. . Ibidem, p. . J. HABERMAS,Vérité et justification, p. . Pour le décisionnisme, les controverses morales ne peuvent pas être tranchées en dernière analyse par des raisons rationnelles, les propositions
7
Pour dépasser à la fois l’universalisme qui implique une fuite hors de l’histoire et le relativisme qui ne permet pas une distance critique par rapport à la réalité et qui, en dernière analyse, est autoréfutatif, Habermas élabore une morale universaliste qui s’appuie sur une reconstruction théorique des compétences que nous mettons en œuvre dans notre communication quotidienne, analyse qu’il appelle la pragmatique universelle de l’activité communicationnelle. Il s’agit d’une élucidation des conditions formelles de l’argumentation rationnelle. Le but de la pragmatique universelle n’étant pas simplement explicatif – fournir une explication de la constitution des relations sociales par la compétence communicationnelle – celle-ci fournit aussi une ressource critique par laquelle on peut reconnaître les formes illégitimes de l’organisation sociale. L’universalisme de l’éthique de la discussion se réclame donc du tournant pragmatique de la philosophie . Le point de vue moral que l’éthique de la discussion propose et cherche à fonder est un universel pragmatique. Il s’agit d’un universel qui se réfère au principe même de la discussion, sans présupposer autre chose que sa propre procédure argumentative – celle qui semble s’imposer pour rechercher une entente, certes toujours précaire, sur la base des arguments échangés au sein d’un espace public aussi large que possible, s’ouvrant de façon aussi peu restrictive que possible à tous les intérêts ainsi qu’à toutes les formes de vie, du moment qu’elles sont accessibles au milieu langagier du discours . Pour l’établissement de la validité normative, Habermas propose une approche qui fait valoir une transcendance « immanente » de la normativité, pour que le point de vue moral – c’est-à-dire le point de vue qui autorise un jugement impartial en matière de normes – soit critique aux yeux de l’agent . Il prétend
8
d’ordre pratique se rattachent à des actes de foi. J. HABERMAS,Raison et légitimité, pp. -. J-M. FERRY,Les puissances de l’expérience,Tome II, p. . Ibidem, p. . Dans ce travail, les termes « agents » et « acteurs » sont utilisés de manière interchangeable.
fonder le point de vue moral de manière réflexive. Il adopte le mode de fondation dite reconstructive, fondation basée sur le savoir préthéorique des acteurs. Ce mode de fondation, qui n’est pas à proprement parler une fondation mais une reconstruction, est d’autant très important que Habermas conçoit la philosophie elle-même comme une science reconstructive. Par conséquent, la thèse centrale de l’éthique de la discussion consiste à dire que c’est l’universalisabilité d’une norme qui détermine sa validité morale et que ce principe moral peut se déduire des présuppositions pragmatiques de l’argumentation en général. Selon cette thèse, la validité des normes morales ne dépend pas des présuppositions culturelles que l’agent social peut mobiliser pour la pratique morale ; la validité d’une norme est indépendante de tout contexte. L’objet principal du présent travail est l’examen de ce passage à l’universel. En effet, le principe d’universalisation que préconise Habermas a pour fonction d’assurer l’impartialité des normes qui seraient choisies dans la discussion pratique. Il est le critère de validité des normes morales, le point de vue moral. On doit pouvoir tester sous l’égide de ce point de vue si une norme pouvait trouver dans le cercle des concernés un assentiment universel, rationnellement motivé et, par là même, sans contrainte . La discussion surgit d’une perturbation de l’entente communicationnelle au sujet d’une norme dans un contexte donné. La discussion pratique portant sur une norme litigieuse est donc un moyen pour rétablir l’entente (qui existait avant). Dès lors l’interrogation qui guide cette étude est la suivante : si la discussion morale naît toujours d’une situation concrète du monde de la vie particulier et qu’elle ne sert pas à créer les normes, mais à tester celles qui sont en litige, pourquoi alors adopter une norme universalisable – c’est-à-dire dont la validité est indépendante de tout contexte – pour rétablir l’accord perturbé ? À l’objection selon laquelle l’universalité des normes morales est une exigence excessive imposée aux acteurs de telle sorte que
 J. HABERMAS,De l’éthique de la discussion, p. .
9