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La condition corporelle

De
258 pages
La Condition corporelle donne l'occasion de mener une enquête historique qui part de la salle de dissection pour visiter ensuite d'autres lieux où le corps humain est placé en situation : le cabinet du philosophe, l'atelier du facteur d'automate, le stade, la bibliothèque... Nous pouvons alors retrouver l'histoire de la constitution du « corps objet » – objet de la technique et de la médecine, objet de nouvelles pratiques sociales – et nous donner des éléments pour réfléchir aux regards du sujet sur son corps, sur lui-même, sur ce que nous nommons le « corps sujet ».
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ChristianSALOMON
LA CONDITION CORPORELLE
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
La Condition corporelle
© L’Harmattan, 20155-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07236-4 EAN : 9782343072364
Christian Salomon La Condition corporelle
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Edmundo MORIM de CARVALHO,Paradoxes et peinture I : Escher, Klee, Kandinsky, Matisse, Picasso, 2015. Edmundo MORIM de CARVALHO,Paradoxes et peinture II : Monochrome, Hyperréalisme, expressionnisme abstrait et pop art, 2015. Lenka STRANSKA, Hervé ZÉNOUDA (dir.),Son – image – geste. Une interaction illusoire ?, 2015. Jean-Luc EVARD,Du sensible au sensé, 2015. Philippe FLEURY,Philosophie de l’histoire et cosmopolitisme, 2015. Aouichaoui Mohamed KARRAY,Thomas Hobbes et l’idée de puissance, 2015. Jalal BADLEH,De Derrida à Lévinas, La dette et l’envoi, Le temps de l’autre, La déconstruction et l’invention du futur, 2015. Lilia BACHA,Le Regard en-péché, Réflexion sur le regard porté sur le corps féminin, 2015. Andreas WILMES, Johan-Antoine MALLET (eds),Figures philosophiques du conflit, 2015. Adrien DIAKIODI,Le combat philosophique de Maurice Blondel contre la double ignorance des masses,2015.
Ouvrages du même auteur
Marey, penser le mouvement, textes réunis et présentés par Christian Salomon, préface de Marion Leuba (Musées de Beaune), L’Harmattan, Paris, 2008.
François Dagognet, médecin et philosophe, textes réunis par Gérard Chazal et Christian Salomon, L’Harmattan, Paris, 2005.
Les Métaphores du corps, textes réunis et présentés par Christian Salomon, Préface de François Dagognet, L’Harmattan, Paris, 2004.
Le Corps & ses mots. Présentation de la Briefve collection anatomiqued’Ambroise Paré, avec translation, Christian Salomon, Pierre Trouilloud, L’Harmattan, Paris, 2003.
Le Sourire de Fantine. Essai de cartographie du corps, Christian Salomon, L’Harmattan, Paris, 2001.
Introduction  La condition corporelle estaussila condition humaine. L’homme partage avec d’autres êtres vivants le fait d’avoir un corps et, en observant le sien, il lui attribue un rôle particulier : tantôt ce corps relie l’homme à la nature – la bête –, tantôt il l’en éloigne – absence de griffes, station debout –. Dire que l’homme observe son corps, c’est déjà supposer la présence de la conscience de soi qui permet ainsi d’avoir différents points de vue sur ce corps et sur oi-même.s  Parler du « corps de l’homme », comme le font de nombreuses analyses philosophiques, c’est considérer un corps devenu objet d’un questionnement conceptuel qui oublie parfois trop la matérialité du corps. Il est ainsi trop intellectualisé et nous nous méfions de ce corps qui, appartenant à tous, ne caractérise personne, car il est alors sans identité précise, il a perdu ses spécificités, notamment morphologiques. Il n’est donc plus qu’un archétype anonyme censé fournir le support au questionnement philosophique.  Dans l’enquête que propose cet ouvrage, c’est le corps desplutôt que le corps hommes de l’homme qui retient notre attention. Cette enquête trouve son point de départ dans la fréquentation du corps humain dans un lieu inhabituel pour le philosophe : le laboratoire d’anatomie. C’est un lieu singulier, un espace où s’exerce un savoir et où se découvre de nouvelles connaissances. C’est aussi un lieu clos, voire mystérieux où se côtoient la vie et la mort,
LA CONDITION CORPORELLE
1 où le profane s’initie aux sciences médicales. Lieu si trouble que si l’on concède son apport essentiel à la e e médecine entre leXVI et leXX siècle, certains doutent désormais de son utilité à une époque où le corps serait entièrement connu et s’exposerait sur des supports numériques plus neutres que les cadavres.  L’anatomie est pour nous l’objet d’un questionnement épistémologique engagé depuis plusieurs années et nous pensons que le moment est venu de faire le point sur ce travail, de profiter de l’expérience acquise dans la fréquentation des anatomistes et de l’anatomie pour réaliser cette enquête sur le corps humain saisi dans sa matérialité, ses os, sa chair et ses organes. C’est donc en retrouvant les méthodes de certains pionniers de l’anatomie et des études morphologiques que nous interrogeons le corps de l’homme et reposons la question du « sujet ». Sans prétendre à toute exhaustivité, nous proposons des exemples qui permettent de réfléchir philosophiquement au statut de l’humain à partir du point de vue offert par l’anatomie. Plus précisément, nous cherchons à saisir ce que nous nommons le « corps sujet » par opposition au « corps objet ».  Cette réflexion sur la notion de « corps sujet » nous place au cœur d’une des plus vieilles questions de la philosophie, celle qui, depuis Platon, tente de donner un statut à l’homme en statuant sur les rapports de l’âme et du corps. Lorsque Platon libère un prisonnier de la caverne, il indique la suprématie de l’âme tournée vers la Vérité et le Bien et veut ainsi montrer que le corps détourne le philosophe de ses nobles objectifs. En effet, le corps dans
1  Voir les fantasmes associés au laboratoire d’anatomie comme le montre toute une littérature et illustrés par le film de Robert Wise « Le Récupérateur de cadavres » (1945 © RKO/ARIES) avec les deux monstres sacrés du cinéma fantastique que sont Boris Karloff et Bela Lugosi.
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INTRODUCTION
sa réalité organique est condamné à des besoins et à des désirs contraires à la recherche du Vrai et du Bien. Dans le Phédon, Platon précise que le corps s’impose comme « cause de mille difficultés ». Tout d’abord, le corps est soumis à desbesoins nécessaires, l’homme doit par exemple se préoccuper de la recherche de sa nourriture en pratiquant la cueillette, l’agriculture, ou la chasse. Toutes ces activités requièrent de la part de la raison un effort qui la cantonne dans le monde sensible et cela crée ainsi une dépendance aux choses matérielles au détriment de la réflexion abstraite. Les « maladies » qui peuvent frapper le corps sont encore autant de causes pouvant apporter de la confusion dans la raison, car l’homme malade, encore plus que celui qui est en bonne santé, est renvoyé à son corps, à l’écoute de son organisme ce qui détourne la raison de ses véritables buts.  Dans leDiscours de la méthode, Descartes affirme que « le moi, c’est-à-dire l’âme, par laquelle je suis ce que je 2 suis, est entièrement distincte du corps ». Cette séparation radicale a joué un rôle majeur dans la définition du sujet et a participé en partie à une dévalorisation du corps. Nous disonsen partie, car le mécanisme cartésien peut aussi être l’occasion de le revaloriser et de sortir d’une alternative entre un « corps objet » abandonné (et perdu ?) aux sciences et techniques médicales en opposition à un « corps vécu » qui est au centre des préoccupations des penseurs de la philosophie phénoménologique ou des 3 discours métaphysiques religieux.  Reposer la question de l’identité de l’homme sous l’angle de l’anatomie et de la morphologie revient donc à exploiter une piste souvent dédaignée ou alors dénoncée comme incongrue, voire inapte au discours philosophique. 2  René Descartes,Discours de la méthode, Quatrième Partie, Gallimard, Édition Pléiade, Paris, 1953, p. 148. 3 Xavier Lacroix,Le Corps retrouvé, Bayard, 2012.
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