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La dimension tragique du sacrifice

De
166 pages
Les tragédies se construisent autour d'un sacrifice et le sacrifice nous renvoie à l'énigmatique notion de destin. C'est à l'approche des grandes figures sacrificielles, occidentales et orientales (Iphigénie, Isaac, le Christ, Prajâpati), dans leur lecture ancienne et moderne (Euripide, Sophocle, Hölderlin, Nietzsche, Kierkegaard, Bataille), que cette étude tente de saisir l'enracinement de cet acte dans notre sentiment du tragique et ce que doit ce sentiment au rapport sacrificiel que l'homme porte à sa vie.
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l 'œuvre, 2005.

Edwin CLERCKX, Langage et affirmation, Le problème de l'argumentation dans la philosophie de Nietzsche, 2005. Augustin BESNIER, L'épreuve du regard, 2005. Pierre GOUIRAND, Tocqueville, une certaine vision de la démocratie, 2005. Léopold MFOUAKOUET, Jacques Derrida. Entre la question de l'écriture et l'appel de la voix, 2005. Jean ZAGANIARIS, Spectres contre-révolutionnaires. Interprétations et usages de la pensée de Joseph de Maistre. XIXe - XXe siècles, 2005. Jean-René VERNES, Le principe de Pascal-Hume et le fondement des sciences physiques. François CHENET (textes réunis par), Catégories de langue et

catégories de pensée en Inde et en Occident, 2005.

Stéphanie GENIN

La Dimension tragique du sacrifice
Préface de Françoise Bonardel Professeur des Universités (Paris I-Sorbonne)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

UaUa

L'Harmattan

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Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr cg L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00142-4 EAN: 9782296001428

«(

Oç È~OtatV, Et XpÉCùV,a?t~aat 8u~aa/t TE 8ÉacpaT' ÈçaÀE/t~Cù»

« Ainsi, puisqu' il le faut, par le sacrifice de mon sang, j'efface

-

rai l'oracle»
Euripide, Iphigénie à Aulis

Préface
C'est un des derniers et rares privilèges de la fonction enseignante, que de voir de temps à autre naître à la pensée un jeune esprit, tâtonnant encore pour découvrir chez les autres, quelques-uns au moins de ces grands Autres que sont les philosophes confltmés, les rudiments de sa propre pensée. Je dis bien naître, et non simplement connaître, comme en sont plus que jamais capables tant de gens intelligents. Car ce n'est pas l'intelligence qui fait aujourd'hui défaut, cultivée qu'elle est, choyée comme le sont aussi les corps à coup de vitamines aussi efficaces que variées. Non, ce qui fait cruellement défaut dans la vie universitaire ce sont de vrais et grands projets, et la capacité de les assumer en toute conscience et humilité par des débutants en qui l'on pressent d'emblée l'auteur encore hésitant, l'essayiste talentueux rongeant son frein face aux contraintes académiques qui lui sont imposées. Mais la qualité d'un projet se reconnaît aussi à son indépendance par rapport aux diktats de « l'esprit du temps », et à son écoute des urgences de l'heure. A tous ceux et celles qu'il m'est arrivé de diriger, et à Stéphanie Genin en particulier, je dis ici mon estime et ma sympathie profonde pour ce qu'ils auront malgré tout tenté. Tenté et souvent avec succès réalisé malgré la frilosité de la « philosophie universitaire », jadis brocardée par Schopenhauer sans que rien ait aujourd'hui vraiment changé, malgré le conformisme de bon aloi et la langue de bois philosophique, plus pesante qu'on ne se l'imagine, en dépit des quelques coups de gueule astucieusement négociés par les uns ou savamment monnayés par les autres. Au risque de décevoir les derniers naïfs et idéalistes, j'oserai dire que la philosophie est une affaire qui désormais « rapporte» - en 9

terme de notoriété

médiatique tout au moins

-

alors que

demeurent mécompris ou que sont objets de scandale les derniers vrais penseurs; inconséquence rendant plus que jamais d'actualité le cri de Nietzsche: « C'est le devoir d'une civilisation que ce qui est grand dans un peuple n'apparaisse plus sous la forme d'un ermite ou sous celle d'un banni» (Le Livre du philosophe). En quelques mots incisifs, n'est-ce pas la réalité méconnue du tragique et la cruelle nécessité du sacrifice qui sont ainsi mises en exergue, auxquelles ne saurait échapper la pratique de la philosophie? Le décor étant à grands traits brossé, venons-en donc à la pièce elle-même, et à sa complexe dramaturgie. Soyons clair: ni l'immense question du sacrifice qui mobilisa quatre mille ans de culture religieuse plus encore que philosophique, ni celle du tragique qui interpella si fortement les Grecs ne sont questionnements à la mode. Se sacrifier, mais pourquoi faire quand tant de plaisirs nous sont offerts, et que la dernière philosophie en vogue est celle de la jouissance ludique à consommer sans modération aucune, ni scrupule intellectuel de resservir un plat tant de fois déjà réchauffé. Quant au tragique, quel esprit sensé pourrait bien être assez demeuré pour continuer à en sonder la ténébreuse pureté alors que la vie impose déjà à tout un chacun son lot d'événements dramatiques? Toute grande philosophie s'étant toujours édifiée contre la doxa ambiante, l'heure semble plus des que jamais venue de contrecarrer l' « ensablement» esprits contre quoi s'insurgea en son temps Nietzsche, grand initiateur d'un renouveau tragique à la hauteur de ce qu'il pensait être le destin de l'Occident. C'est dans ce sillage, dans cette mouvance réfractaire que s'inscrit le travail exigeant de Stéphanie Genin, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'a guère concédé à la facilité.

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Un travail très architecturé, en quatre parties bien équilibrées ; très fouillé et complexe aussi, dans lequell' évacuation de l'infondé - propédeutique philosophique obligée - cède vite la place à une mise au jour méthodique et progressive de l'inter-détermination, de la dialectique peu explorée, de l'imbrication demeurée tacite « entre le sacrifice qui prend place au sein de l'action tragique et le tragique qui se joue dans l'espace sacrificiel» (p. 21). Infondées en effet, d'un point de vue philosophique, la confusion fréquente du dramatique et du tragique, de la fatalité et du destin; et plus encore l'idée communément reçue qu'il y aurait incompatibilité entre ces deux notions et pratiques, vouées à mutuellement s'exclure: peut-on parler de sacrifice si la victime n'est pas pleinement consentante, comme c'est le cas dans la plupart des tragédies grecques dont le ressort est la figure de l'innocence-coupable et de sa scandaleuse mise à mort par les dieux, relais d'un destin intraitable? On ne saurait davantage parler de tragique quand le sacrifice est l'expression d'une liberté humaine aussi lucide que souveraine, ou devient prérogative divine comme dans le christianisme: « C'est des hommes que vient la fatalité et le Christ ne devient tragique qu'au sens où sa non-violence provoque la violence sacrificielle» (p. 104). C'est à dépasser cette exclusion mutuelle - dont elle examine les tenants et aboutissants avec une grande minutie - que s'est employée Stéphanie Genin dont l'écriture à la fois très labile et très dense s'insinue dans la faille unissant en fait les deux notions; épousant les méandres d'une telle imbrication et donnant tout son sens à la notion de dimension récurrente dans cet essai: une sorte de voluminosité conceptuelle permettant l'interrelation à un niveau de profondeur tout autre que purement logique, archéo-logique en somme à l'image même de l'action

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reconnue pour être celle du destin. Car c'est bien de destin qu'au fond il s'agit dès qu'entrent conjointement en scène tragique et sacrifice: « Le frottement de ces deux puissances issues d'une ordonnance injuste et d'un "cœur pur", provoque l'étincelle tragique dont s'embrase le poteau sacrificiel» (p. 96). Formulation particulièrement heureuse, on en conviendra, comme en comporte d'ailleurs maintes fois ce texte, lors d'analyses serrées de l'œuvre de G. Bataille et R. Girard en particulier. Mais ce n'est plus alors seulement d'un « destin d'airain» qu'il s'agit, devant quoi pliaient les héros tragiques grecs; et pas davantage de ce destin aux décrets tyranniques en qui la modernité verra l'expression inacceptable des commandements divins, et l'atteinte la plus détestable à son humanité désormais souveraine; sacrifiant néanmoins à l'Histoire ce qu'elle refuse à Dieu et au destin. Soudant l'un à l'autre sacrifice et tragique, le destin n'est plus ni sourd ni aveugle, mais rayonnement d'une transcendance dans la vie meurttie d'un humain. De quel poids peuvent bien encore à cet égard peser les quelques héros grecs sacrifiés par le destin sur un autel dont le dieu demeure en effet sans visage, quand des millions d'hommes ont durant ces derniers siècles perdu la vie dans les grands abattoirs de l'Histoire? Sans destin autre que la mort, sans qu'il se soit agi d'un « faire sacré» sacrificiel, et sans que la pureté tragique ait un instant anobli cette abominable dramaturgie. Il n'est sans doute de meilleure preuve indirecte de l'interaction profonde du tragique et du sacrifice, unis par le destin, que la disparition de cette triangulation « destinale » dans les eaux de la barbarie moderne. C'est du moins ce que l'on se dit au sortir de cette lecture roborative, alors même que l'auteur ne s'est à aucun moment départie d'une démarche rigoureusement philosophique. L'existence

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hypothétique d'un « tragique moderne» - abordée par Stéphanie Genin dans la dernière partie de son ouvrage émerge en tout cas des textes de I<ierkegaard, Holderlin, Nietzsche et même en filigrane Heidegger, comme l'enjeu crucial des temps post-modernes. Tout premier livre étant plus encore que ceux qui suivront peut-être une bouteille à la mer, il reste à espérer que le message contenu dans celle-là ne se perdra pas dans la profusion des textes conciliants et capiteux célébrant la fm du

tragique, du sacrifice et du destin; ou proposant

-

ce qui est

sans doute pire! - la version édulcorée de leur union sacrée dans l'un de ces nouveaux « contes de nourrice» (platon) où tout fmirait bien. Françoise
Professeur des Universités

Bonardel
1-50rbonne)

(paris

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Tout ce qui se soustrait à l'interprétation fait parler. En ce sens, rien n'apparaît plus « sphingien» que l'interprétation du tragique. Si de nombreux ouvrages tentent une définition, l'unité désirée ne se substitue pas à l'évidence d'une expérience dont il semble pourtant que nous ayons perdu ou modifié les conditions d'apparition lorsque l'on considère la nature diverse des occurrences qualifiées de « tragiques». Tout accident devient tragique, toute mort prématurée ou soudaine, toute misère, toute violence, le sont également, au risque de manquer le paradoxe majeur du tragique: l'innocence-coupable. Aurait-on à ce point affaibli, voire rendu impossible, l'essence même du tragique dans l'érosion d'une modernité où nos nerfs émoussés vont exacerber le besoin de consolation jusqu'au principe de précaution, pour qu'il devienne ce substantif solennel aussi insaisissable que galvaudé? On peut toujours lui substituer d'autres paires d'incompatibles!, encore faut-il savoir conceptuellement y réintroduire l'émotion qui suscite ce que l'on pourrait définir pour l'instant de façon encore énigmatique afin de ne pas l'assimiler au pur sentiment de l'injustice: le scandale tragique. L'autre expérience que nous avons également du mal à penser aujourd'hui, et qui traverse les tragédies grecques, c'est celle du sacrifice2. Et pourtant, son intention d'échange trouverait encore de quoi satisfaire une modernité en mal de consolation si son lien avec le paradoxe tragique évoqué à l'instant n'était aussi manifeste: « parler de sacrifice revient à désigner des victimes innocentes »3.Autrement dit, le sacrifice appelle le tragique qui lui-même appelle un destin mais le destin, lui, « exclut toute consolation »4.Le sacrifice est bien, en effet, cet échange qui fait de la mort, réelle ou symbolique, son médiateur et sa mesure. Loin de la pensée grecque, notre monde le désacralise et le déplace le plus souvent sur le terrain utilitariste de l'économie. Economie qui ne ferait, 15

de toute façon, selon Jean Baudrillard, que se perdre dans celle du nihilisme contemporain puisque: « tout ce qui veut s'échanger contre quelque chose se heurte en fin de compte au Mur de l'Echange Impossible (...) Tout l'édifice de la valeur s'échange contre Rien »5. Sans vouloir analyser de façon isolée ces deux impasses comme la coïncidence de symptômes signifiant la perte d'un rapport radical au monde, dont la charge destinale est désormais éludée sous les assauts de subjectivités infinies et revendicatrices, la dialectique du tragique et du sacrifice semble au contraire rythmer de façon irréductible, à la charnière de l'impasse elle-même, les mouvements paroxystiques de contradiction et de résolution. Mais qu'en est-il de cet irréductible, à quelle réalité et à quelle nécessité répond-il? Et est-ce en vertu de l'insurmontable scandale du tragique que l'expérience sacrificielle remplace désormais l'héroïsme consenti par les plaintes de l' héautontimorouménos6, et qu'à son tour, l'impossible échange neutralise à présent l'acceptation du tragique? Toutefois, les rendre aussi interdépendants, n'est-ce pas aussi oublier que les religions du sacrifice ont rejeté toute vision tragique du monde, voire en ont fait leur principal combat? Rejet réhabilité du point de vue du tragique par Jean-Marie Domenach à l'encontre des analyses de René Girard en se demandant si réellement: « la tragédie aurait une telle fécondité si elle n'avait été que le substitut provisoire et grandiose d'un sacrifice en crise (...) »7. Loin de se contenter d'une telle alternative, supposer une dimension tragique au sacrifice et une dimension sacrificielle au tragique, c'est bien fonder l'hypothèse qu'il existe un autre lien entre les deux que celui qui semble les maintenir toujours dans un rapport d'exclusion tel que là où commence le tragique finit l'efficacité sacrificielle et là où décline l'efficacité sacrificielle surgit le tragique. L'implication tragique d'un événement serait donc d'autant
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plus profonde qu'elle favoriserait ou serait favorisée par une épreuve sacrificielle. Dans son ouvrage consacré à l'expérience humaine du sacrifice8, Georges Gusdorf introduit, quant à lui, I'hypothèse d'une dimension tragique du sacrifice dans les limites d'une apparition occasionnelle dont la brève intervention ne saurait toutefois en faire dépendre une définition conséquente du sacrifice lui-même. Et pourtant, n'existerait-il qu'une figure particulière de cette naissance tragique au sein de l'acte sacrificiel que nous nous efforcerions quand même d'en traquer les germes pour essayer de dégager son processus d'émergence par rapport à cette condition spécifique que représente le sacrifice. Parce que si le sacrifice n'implique pas nécessairement une dimension tragique, au sens où il possède indéniablement une force de résolution, peut-être même autonome, cette dimension n'en devient pas pour autant« occasionnelle» dans la mesure où l'on peut montrer, en s'attachant à sa présence, qu'elle détermine le sacrifice d'une tout autre façon que ne l'aurait laissé supposer cette expérience analysée de manière isolée. Autrement dit, cette dimension tragique n'est pas nécessairement une composante du sacrifice mais elle est susceptible d'en devenir une nécessité par l'intermédiaire d'une réalité qui lie l'un à l'autre l'expérience sacrificielle et le phénomène tragique, au-delà de tout accident, puisque ce lien pourrait bien définir au cœur de leur imbrication, l'essence d'une dualité proprement humaine. Les tragédies grecques nous disent-elles finalement autre chose que le destin, c'est le sacrifice? La compréhension de l'évolution du tragique et du sacrifice est inséparable de notre acception du destin qui, à son tour, se redéfinit sans jamais disparaître, à l'aune de ces deux expériences. Aussi, ce n'est pas la seule présence du tragique dans le sacrifice qui motive et circonscrit ce rapprochement pour lui-même, mais de ce que le tragique,
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lorsqu'il appartient à l'acte sacrificiel, rend manifeste d'une incontournable vision sacrificielle du destin humain. Avec cette exigence permanente de ne pas céder au principe de la classification pédagogique qui relèverait d'un côté, les traces d'un monde humain sacrificiel dans les tragédies et de l'autre, une définition du sacrifice comme événement tragique, hors des nuances propres à découvrir la persistance d'une « vérité» humaine dans la confrontation du tragique au sein du sacrifice et du sacrifice au sein du tragique. Ce qui signifie que cette « vérité» ne pourra s'établir sur la disparition de l'un ou de l'autre mais qu'elle cherchera son origine ou son échec dans l'expression, a priori paradoxale, de leur union. Pour comprendre à quelles conditions la vision d'une détermination réciproque du tragique et du sacrifice, en tant que dimensions constitutives de l'un et de l'autre peut être justifiée, une considération en ricochet nous entraîne dans

les sillons de plus en plus larges d'un monde - mais lequel? - que déplie tendanciellement l'impératif d'une
intuition totale, pour avoir la chance de saisir dans son intimité la relation du tragique à l'acte sacrificiel, et par conséquent de la nôtre à un destin, apparu à l'endroit même de ses antidotes supposés: la volonté et la liberté. Car, comment comprendre que dans sa visée salvatrice, le sacrifice donne prise à un domaine auquel l'esprit est d'emblée rétif? Alors que l'énigme renvoie à la force d'une expérience-limite, nous devons nous attarder à ce qui précisément au sein de cet acte volontaire, favorise l'entrée dans un milieu hostile à la liberté humaine et, examiner si cette condition ne redéfinit pas la réalité d'une telle liberté, à travers la contradiction d'un geste qui, s'établissant par la liberté qu'il consacre, s'en fait au même instant son propre bourreau. Pour que l'homme prenne conscience qu'une atmosphère tragique entoure son sacrifice ne faut-il pas que dans l'application libre de sa volonté il soit ramené, au-delà 18