//img.uscri.be/pth/8a7f9aed07a06fabce141f3f7efa6fdd008fe42a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,60 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La Genèse de l'idée de Temps

De
192 pages
Le temps, à l'origine, n'existe pas plus dans notre conscience même que dans un sablier. Nos sensations et nos pensées ressemblent aux grains de sable qui s'échappent par l'étroite ouverture. Comme ces grains de sable, elles s'excluent et se repoussent l'une l'autre en leur diversité, au lieu de se fondre absolument l'une dans l'autre; ce filet qui tombe peu à peu, c'est le temps.
Voir plus Voir moins

,

,

LA GENESE DE L'IDEE DE TEMPS

@ Paris Félix Alcan, Éditeur, 1902 @ L'Harmattan 1998 ISBN: 2-7384-7215-X

M.GUYAU

,

LA GENESE DE L'IDEE DE TEMPS
AVEC UNE INTRODUCTION

.,

PAR
ALFRED FOUILLÉE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

LIMINAIRE
par Thierry Paquot *

Jean-Marie Guyau ne figure pas dans la plupart des « usuels» (dictionnaires de sociologie et de philosophie) et rarement dans les «index» des gros ouvrages retraçant les « étapes» de la pensée ou l'histoire des idées. C'est Jean Duvignaud qui, lors de la parution de Hérésies et subversions (1), attira mon attention sur ce philosophe au destin bien singulier.

Histoires de famille

Jean-Marie Guyau est le fils de Augustine Tuillerie et de Jean Guyau. Sa mère, fille d'un fabricant de toile à Laval, se marie, à l'âge de 20 ans, en 1853 à un négociant en drap, âgé de 36 ans. Ce dernier est particulièrement jaloux et violent, comportements qui ne peuvent que favoriser la dégradation de leurs relations. Ils se séparent en juin 1855, moins d'un an après la naissance de JeanMarie, le 28 octobre 1854, à Laval. Elle en a la garde et doit travailler, comme institutrice, afin de tenir le ménage. Elle rencontre Alfred Fouillée, vraisemblablement en 1856 ou 1857, et tous les deux

I

décident de vivre en concubinage, jusqu'au jour où elle obtient le divorce (en 1884, année où est enfin votée la loi Naquet sur le divorce) et qu'ils peuvent se marier, en 1885 ! Son premier mari meurt en 1894. C'est en 1869 qu'elle fait paraître Francinet. Principes généraux de la morale, de l'industrie, du commerce et de l'agriculture, qui lors des nombreuses rééditions s'intitulera plus simplement Livre de lecture courante, et sera remanié en 1880 et « laïcisé ». C'est un incroyable succès de librairie avec plus de 100 éditions! En 1877, elle publie Le Tour de France par deux enfants, qui connaîtra plus de 500 éditions et également quelques remaniements « idéologiques ». Elle le signe du pseudonyme de « G. Bruno », en hommage à Giordano Bruno (15481600) brûlé par l'Inquisition, et longtemps l'on attribua cet ouvrage à son compagnon Alfred Fouillée (2). La même année, elle fait paraître un Livre de lecture et d'instruction pour l'adolescent qui atteindra sa 182 ème édition en 1901 ! -, puis suivront: en 1882, Instruction morale et civique pour les petits enfants; en 1887, Les Enfants de Marcel, etc., sans oublier en 1922, un an avant sa mort, à l'âge de 90 ans, une pièce, en quatre actes, Le Triomphe de l'idéal, titre admirablement adapté à son « art de vivre », que partageaient son mari et son fils. De cinq ans son cadet, Alfred Fouillée (18381912), fils d'un exploitant d'une carrière d'ardoises, est un excellent élève qui, à la suite du décès de son père et pour subvenir aux besoins de sa mère, doit interrompre ses études. Il prépare alors, seul, l'agrégation de philosophie tout en enseignant dans

II

un lycée. Il est reçu premier en 1864 et soutient en 1872, à la Sorbonne, ses deux thèses, La liberté et le Déterminisme et Hippias Minor sive Socratia contra liberium arbitrium argumenta. A partir de 1875, il cesse d'enseigner et décide de vivre de sa plume, pour cela il se consacre exclusivement à la rédaction de nombreux articles et ouvrages de philosophie et aussi de sociologie (3). Parmi cette importante production à vocation souvent pédagogique, l'on peut citer: La Philosophie de Platon (2 vol. 1869), La Philosophie de Socrate (2 vol. 1874), Histoire de la philosophie (1875), L'Idée moderne de droit (1878), La Propriété sociale et la démocratie (1884), L'Evolutionnisme des idéesforces (1890), Tempérament et caractère selon les individus, les sexes et les races (1895), Nietzsche et l'immoralisme (1902), La Morale des idées-forces (1907) et La Pensée et les nouvelles écoles antiintellectualistes (1911). Cette oeuvre, qu'on ne cite plus guère, a plusieurs entrées: l'enseignement, les fondements de la démocratie, l'histoire des idées et la psychologie des peuples. Pourtant sa théorie des « idées-forces» ne passera pas inaperçue, influencera Jean-Marie Guyau et sera discutée par divers auteurs, dont Renouvier. Dans La psychologie des idéesforces (2 vol. 1893), il écrit: «Comment reconnaissons-nous que nos idées ressemblent aux réalités ou, du moins, que leurs rapports ressemblent aux rapports des réalités? Pour cela nous n'avons qu'un moyen: agir et nous mouvoir selon notre idée afin de voir si elle est une force capable de conséquences pratiques dans le monde réel (...) Seule la force de l'idée, son lien avec l'action et le mouvement permet de lui attribuer une valeur

III

objective. » Fouillée connaît bien le pragmatisme
anglo-saxon ( William James, Benjamin Peirce, etc.) tout comme la philosophie allemande (Schopenhauer, Nietzsche, Schiller, etc.) ou la psychologie européenne (Maine de Biran, Remacle, Hartmann, Ribot, Janet, Binet,Wundt, etc.), ce qui donne à ses essais les allures d'une excursion philosophique au pays d'untel ou d'untel, avec retour critique. C'est aussi ce qui en alourdit, bien souvent, la lecture, à vouloir être exhaustif, l'auteur en devient confus et bavard. Néanmoins ses ouvrages sont lus et commentés, souvent avec sympathie, par Espinas, Parodi, Brunschvicg et bien d'autres. Fouillée tente de renouveler la philosophie de son temps en l'articulant aux « découvertes» scientifiques, sans vraiment y arriver, c'est ce qui explique le veillissement de la plupart de ses thèses. Il faut le lire, dorénavant, comme un témoin « engagé» de, et dans la production des idées visant à expliquer le monde

en cette fin du XIXe siècle. A la question: « Pourquoi
pouvons-nous encore discuter certaines de ses thèses

? », Pierre Janet (4), répond: « C'est parce que nous
avons été amenés peu à peu à quitter l'étude des phénomènes purement mentaux tels qu'on nous les présentait autrefois pour examiner les actions, les attitudes, les conduites de l'homme qui nous semblent maintenant former l'essentiel du phénomène psychologique (...) Ce sont les philosophes du siècle dernier qui nous ont montré l'importance de l'acte dans tous les faits psychologiques, la part d'action qui détermine la nature de chacun de ces phénomènes et, parmi ces philosophes, Fouillée et Guyau tiennent le premier rang.» Il a raison de les associer, car ils sont

IV

intimement liés, non seulement par un lien « filial»
(<< enfant de ma pensée, que je chérissais plus cet peut-être que s'il eût été mon propre fils» confie Fouillée lors de l'hommage à Guyau) ou affectif, mais par un combat intellectuel commun. Guyau, qui a juste seize ans de moins que lui, est de santé fragile ce qui explique leurs déménagements successifs à Pau, Biarritz, Nice et enfin Menton- et sera, à la fois, un fils, un élève et un confrère. Leurs dialogues permanents traduisent une relation intellectuelle particulièrement forte qui rend bien délicate l'attribution de la paternité de telle ou telle idée à l'un ou à l'autre. Jean-Marie Guyau (1854-1888) est éduqué par sa mère et son beau-père et devient licencié èslettres à 17 ans. Cet élève brillant, particulèrement doué et précoce, est distingué par l'Académie des sciences morales et politiques pour un mémoire sur La morale utilitaire depuis Epictète jusqu'à l'Ecole anglaise contemporaine. A 20 ans, il est chargé de cours en philosophie, au lycée Condorcet, poste qu'il abandonne pour raisons de santé. Il s'installe avec sa mère et son beau-père dans le sud de la France. C'est là qu'il se marie et peu après découvre le plaisir de la paternité. Sa femme écrira des romans sous le pseudonyme de Pierre Ulric (5) et leur fils, Augustin (1883-1917), rédigera une étude sur l'oeuvre de son grand-père, qui comprend également de nombreux souvenirs d'enfance ainsi que quelques confidences de sa grand-mère (6). Jean-Marie Guyau s'intéresse à tout, lit énormément, rédige vite, comme s'il livrait avec la maladie une course à mort. En 1878, à 24 ans, il publie La morale

v

d'Epicure et ses rapports avec les doctrines contemporaines; en 1879, La morale anglaise contemporaine, morille de l'utilité et de l'évolution; en 1881, un recueil de poésies, Vers d'un philosophe; en 1884, Les problèmes de l'esthétique contemporaine; en 1885, son oeuvre maîtresse, Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction, que Nietzsche lira avec beaucoup d'attention et annotera; et en 1887, L'irréligion de l'avenir. Ses autres ouvrages seront publiés, de manière posthume, par Alfred Fouillée et de nombreux commentateurs soupçonneront ce dernier de glisser du Fouillée dans la prose de Guyau...(7) Il est certain que Guyau fait sienne la théorie des « idées-forces », qu'il associe à sa propre conception de la vie. Pas de réelle séparation entre la pensée et l'action, l'idée se traduit nécessairement en action et celle-ci n'est que le prolongement de celle-là. C'est la vie - entendre « la vie sociale », la « société» - qui donne sens aux idées et réciproquement. Les idées participent au sens de la vie, font la vie, tout comme l'énergie que chaque être déploie spontanément dans la conquête de son existence se traduit aussi en idées, en une pensée active, agissante. Ainsi que

l'écrit Vladimir Jankélévitch (8) : « La vie, pour

Guyau, ce n'est pas l'élan spontané qui, une fois déclenché par l'équilibre instable de la matière inerte et de la force d'expansion latente au fond de tout être organisé, se développe en manifestations arbitraires et en nouveautés ingénues: c'est la 'cause' qui 'ne peut pas ne pas produire ses effets', qui se dépense 'parce qu'il faut qu'elle se dépense', en vertu d'une nécessité naturelle; ce n'est pas une génialité créatrice qui, semblable à l'imagination de

VI

l'artiste, inventerait sans relâche des formes d'existence nouvelles sous l'inspiration d'un schéma dynamique initial et tendrait à s'assujettir la matière immobile et inerte: c'est une poussée demiin~onsciente, une impulsion instinctive émanée des profondeurs les plus obscures de l'organisation vivante, un besoin presque physiologique que l'individu doit en partie à l'hérédité et qui meut en lui l'automate; une force que l'être subit quasi mécaniquement, et non un élan dont il serait capable de prendre conscience dans un éclair d'intuition spirituelle.» Dans Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction, Jean-Marie Guyau affirme clairement que «La vie n'est pas seulement nutrition, elle est production et fécondité. Vivre, c'est dépenser aussi bien qu'acquérir. » (9)

La vie, le temps et la durée La Genèse de l'idée de temps est un ouvrage important dans I'histoire des idées, non seulement parce que Bergson, d'une manière ou d'une autre y est associé, mais aussi parce qu'un Gaston Bachelard, quarante ans plus tard, en fait écho. En effet, dans son commentaire de Siloë de son ami Gaston Roupnel, Gaston Bachelard constate que la durée n'a rien d'homogène, qu'elle n'est « sentie que par les instants », «elle est, précise-t-il, une poussière d'instants, mieux, un groupe de points qu'un phénomène de perspective solidarise plus ou moins étroitement.» Cette idée lui est soufflée par Guyau, dont il cite en note cette phrase: « L'idée du temps...

VII

se ramène à un reflet de perspective. » Il prend la
précaution de se démarquer du psychologisme de cet auteur, qu'il n'hésite pas à citer une seconde fois, un peu plus loin: «Comme le dit Guyau, c'est notre intention qui ordonne vraiment l'avenir comme une perspective dont nous sommes le centre de projection. 'Il faut désirer, il faut vouloir, il faut étendre la main et marcher pour créer l'avenir. L'avenir n'est pas ce qui vient vers nous, mais ce vers quoi nous allons.' Le sens et la portée de

l'avenir sont inscrits dans le présent même. » (10)
Faisant son miel avec le nectar recueilli par Bergson et Guyau, Bachelard affirme: «Encore une fois, c'est à notre conscience que revient la charge de tendre sur le canevas des instants une trame suffisamment régulière pour donner en même temps l'impression de

la continuité de l'être et de la rapidité du devenir. »
Concernant l'auteur de Matière et mémoire, Gaston

Bachelard écrit: « Entre M. Bergson et nous-mêmes,
c'est donc toujours la même différence de méthode; il prend le temps plein d'événements au niveau même de la conscie,nce des événements, puis il efface peu à peu les événements ou la conscience des événements; il atteindrait alors, croit-il, le temps sans événements, ou la conscience de la durée pure. Au contraire, nous ne savons sentir le temps qu'en multipliant les instants conscients. » (11) Finalement, il se retrouve du côté de J.-M. Guyau, quand il considère que le temps se prolonge en nous, parce qu'il agit encore, affectivement. Il reconnaît qu'un demi-siècle avant des thèses aujourd'hui célèbres, Guyau avait déjà reconnu que 'la mémoire et la sympathie ont.:. au fond la même origine' (...) Nous faisons notre temps comme notre espace par le simple

VIII

souci que nous prenons de notre avenir et par le désir

de notre propre expansion. » (12) Mais quelle est la
position de Bergson? Ce dernier a rédigé un long compte-rendu de l'essai posthume de Jean-Marie Guyau (13), dans lequel il présente ce qu'il considère être original dans la thèse de l'auteur, avant d'émettre quelques réserves et poser quelques questions. «Quand M. Guyau parle d'une perspective dans le temps, note-t-il, il ne fait pas une métaphore. La vérité est qu'il se donne le temps comme on pourrait se donner de l'espace, et qu'il se propose surtout de décrire le mécanisme de l'opération par laquelle nous distinguons des plans successifs dans cet espace d'un nouveau genre. J.M. Guyau procède donc ici à la manière des psychologues évolutionnistes; il nous montre l'adaptation progressive de la connaissance à son objet.» C'est là que gît le désaccord. Bergson

poursuit:

«

Or, cette méthode peut s'appliquer, selon

nous, à beaucoup de problèmes psychologiques, mais non pas à celui du temps. Se demander, en effet, par quel processus nous arrivons à connaître un objet, c'est supposer cet objet invariable et en quelque sorte extérieur à la conscience. Mais pareille supposition devient contradictoire dès lors qu'il s'agit de la durée, dont l'essence est de s'écouler sans cesse, et de n'exister, par conséquent, que pour une conscience et une mémoire.» Plus loin, il précise

son opposition à une telle conception: « M. Guyaua

bien compris que le temps, tel que l'aperçoit la conscience réfléchie, est une traduction de la durée en espace; mais il ne paraît avoir vu, ni comment cette traduction se fait, ni pourquoi elle est possible, ni surtout en quoi consiste la durée réelle, abstraction

IX

faite de l'espace qui la symbolise. » En conclusion de sa recension, il admet que « M. Fouillée nous paraît
avoir poussé l'analyse plus loin que M. Guyau lorsqu'il nous dit, dans son introduction, qu'« un être qui change en passant du plaisir à la douleur peut se sentir en train de changer, alors même qu'il ne conçoit pas encore le rapport des deux termes du changement ». Il a également raison, lorsqu'il tient le temps pour une donnée de l'expression immédiate, et point du tout, comme le voulait Kant, pour une forme a priori de la sensibilité. En allant jusqu'au bout de cette idée, il eût trouvé que la théorie de Kant consiste précisément dans une confusion de la durée réelle avec son symbole spatial, et que le problème posé entre les philosophes est toujours de savoir s'il y a deux espèces de multiplicité ou si nous n'en percevons qu'une seule.» Ainsi Bergson s'oppose à Guyau, plus qu'à Fouillée du reste, sur le rapport entre le temps et l'espace, comme cette citation le montre. Mais derrière cette divergence théorique surgit une autre différence d'appréciation concernant la « durée» et le « mouvement », deux notions qui méritent quelques précisions. Pour Guyau «la succession est un abstrait de l'effort moteur exercé dans l'espace: effort qui, devenu

conscient, est l'intention. » Finalement le mouvement
dans l'espace « fait» la durée dans le temps, mais un temps façonné par la conscience humaine. Pour Guyau le temps naît du mouvement perçu par la conscience, tandis que pour Bergson le mouvement rend le temps mesurable, dans l'espace et non plus seulement dans la conscience. Vladimir Jankélévitch rassemble les termes du débat en une formule

intéressante: « Or pour Fouillée comme Guyau, le

x

temps est plus dans les choses que dans l'esprit. Tandis que la grande originalité du bergsonisme a consisté à intérioriser, à spiritualiser le temps en l'épurant de tout élément matériel et en réservant le caractère spatial au monde des solides

géométriques... » Plus d'un siècle après la parution de
La Genèse, les technologies dites «nouvelles », celles des réseaux intersatellitaires et des télécommunications planétaires, modifient profondément la relation que chacun d'entre nous entretient avec le temps et avec l'espace. Le temps vise à nier l'espace en réalisant la transmission quasiinstantanée d'un message, par le fax. ou le e-mail. L'espace, quant à lui, joue de plus en plus la discontinuité. Ce «vieux» couple de la pensée occidentale se présente dorénavant séparé, le temps et l'espace n'ayant plus besoin de l'autre pour se définir. Se pose alors une question parmi d'autres, quel est notre sentiment du temps, à distinguer de notre idée du temps? A ces questions, le texte de Jean-Marie Guyau n'apporte pas vraiment de réponses, mais offre un précieux détour, nous permettant de mieux questionner notre époque.

* Thierry Paquot enseigne la philosophie à l'Ecole d'architecture de Paris-La Défense (Nanterre). Il est l'auteur de plusieurs essais sur la ville, l'urbain et l'architecture, parmi lesquels: Homo urbanus,. Vive la ville!, Le monde des villes. Il est éditeur de la revue Urbanisme et a publié un essai sur le temps (L'Art de la sieste, Zulma, 1998) .

XI

notes: (1) C'est en 1973, chez Anthropos, que Jean Divignaud publie son essai L'Anomie. Olivier Corpet m'encourage à demander à l'auteur une seconde édition pour la collection, « Armillaires », dont je m'occupais alors. Jean Duvignaud accepte et rédige spécialement une introduction, une conclusion, et deux chapitres pour cet essai, dont le titre devient Hérésie et subversion. Essais sur l'anomie (La Découverte, 1986). Il précise que c'est dans L'Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction (1885) qu'on trouve le mot « anomie» qui sera repris par Emile Durkheim dans son étude Le Suicide (1887). Jean Duvignaud note: «L'anomie, pour Guyau, est créatrice de formes nouvelles et relations humaines, d'autonomies qui ne sont pas celles d'une référence à des normes constituées, mais ouvertes sur une créativité possible. Elle ne résulte pas, comme chez Durkheim, d'un trouble statistique, elle incite l'individu à des sociabilités jusque-là inconnues - dont il dira que la création artistique est la manifestation la plus forte. » (p.7475). (2) Sur cet ouvrage, son accueil, ses réécritures successives,

ainsi que sur la personnalité de l'auteur on se reportera avec
profit à l'analyse de Jacques et Mona Ozouf, «Le Tour de France par deux enfants, le petit livre rouge de la République », Les Lieux de mémoire, sous la direction de Pierre Nora, volume I, pp.29l-32l, Gallimard, 1984. Au fur et à mesure de ses retirages, l'ouvrage se « dé-catholicise » pour se «républicaniser» et satisfaire la demande des instituteurs de l'Ecole laïque. Il ne s'agit pas d'un opportunisme mercantile, mais d'une modification des sentiments de l'auteur. Le député Grousseau dénonça ses changements, à la tribune de la Chambre, le 17 janvier 1910, c'est dire la notoriété de cet ouvrage... que Jaurès attribue à Fouillée! (3) cf. La psychologie et la métaphysique des idées-forces chez Alfred Fouillée, par Elisabeth Ganne de Beaucoudrey,

XII

Vrin, 1936 (il s'agit d'une thèse particulièrement bien documentée dans laquelle l'auteur replace les travaux de Fouillée dans leur contexte théorico-idéologique) et surtout La Philosophie et la sociologie d'Alfred Fouillée, par Augustin-Antoine Guyau, Alean, 1913. (4) cf. Pierre Janet, Bulletin morales, 1916, p.252. de l'Académie des sciences

(5) cf. Aux domaines incertains, par Pierre Ulric, L. Theuveny, 1906 et Parmi les jeunes, Grasset, 1911, avec une préface de Alfred Fouillée. (6) Augustin Guyau, après sa licence de mathématiques et de physique, en 1907, intègre l'Ecole supérieure d'électricité de Paris et entre comme ingénieur chez Schneider. Il n'abandonne pas, pour autant, les études et passe, tour à tour, une licence de droit et, en 1913, un doctorat ès sciences physiques, avec comme thèse principale, Le téléphone, instrument de mesure, oscillographe interférentielle, et thèse complémentaire, Mémoire sur les eaux usées. Il est tué le 1er juillet 1917 dans la Meuse. L'ouvrage sur son grand-père s'intitule, La philosophie et la sociologie d'Alfred Fouillée, Alean, 1913. Ses Oeuvres posthumes, publiées en 1919, regroupent plusieurs écrits inachevés, « Voyages », « Feuilles volantes» et « Journal de guerre ». (7) cf. La morale, l'art et la religion d'après Guyau, par Alfred Fouillée, Alean, 1889 ( la 11ème édition est augmentée d'une analyse sur l'influence de la pensée de Jean-Marie Guyau, ainsi que d'un portrait, Alean, 1911); Pages choisies de Jean-Marie Guyau, par Alfred Fouillée, Colin et Cie, 1895 (5ème éd. en 1911). (8) cf. «Deux philosophes de la vie: Bergson et Guyau », par Vladimir Jankélévitch, Revue philosophique de la France et de l'étranger, vo1.49, n02, 1924. Texte repris dans, Premières et dernières pages, par Vladimir Jankélévitch, Seuil, 1994. Il s'agit de la première étude publiée par l'auteur, à l'âge de 21 ans, le faisant par là un digne

XIII

« continuateur» de Jean-Marie Guyau, dans la précocité. Mais des deux philosophes qu'il commente, c'est Bergson, incontestablement, qui l'intéresse le plus, et sur lequel il reviendra à plusieurs reprises. Dans ce texte et dans d'autres, il montre la richesse de la pensée, et la proximité des thèmes, de G. Simmel avec J.-M.Guyau et H. Bergson, il y aurait là des rapprochements à examiner de plus près. Lire également son Henri Bergson, PUF, 1959. (9) cf. Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction, par Jean-Marie Guyau, A1can, 1885, p.247-247. (10) cf. L'intuition de l'instant, par Gaston Bachelard, Stock, 1931. Je cite d'après la réédition de 1993, qui ne corrige pas la coquille de la p. 51, appelant Guyau, Guyon! (11) cf. p.33, p.51, p.92 et p.93. La citation de J.-M.Guyau est de la p.33 de son essai. C'est là qu'il analyse le futur comme un «devant être », «c'est ce que je n'ai pas et ce dont j'ai désir ou besoin, c'est ce que je travaille à posséder (...) le futur se ramène à l'activité tendant vers autre chose, cherchant ce qui lui manque. » (12) cf. op.cité, p.88 (13) cf. op. cité, p.93, la phrase de Guyau se trouve p.80 de la Genèse... (13) cf. «Compte-rendu de la Genèse de l'idée de temps, de G.Guyau», par Henri Bergson, Revue philosophique, vol. XXXI, numéro janvier 1891. Ce «G. Guyau» est bien évidemment J.-M.G. ! (14) cf. op.cité, de la page 34 à la page 45. A plusieurs reprises, il laisse entendre que Fouillée a manipulé le texte de son beau-fils: « La Genèse de l'idée de temps est d'ailleurs un ouvrage posthume et il se peut même que certains chapitres soient entièrement de la main de Fouillée, l'éditeur du livre «(p.15); «La Genèse a été publiée par Fouillée en 1890, deux ans après la mort de Guyau et un an après la publication de la thèse de Bergson; mais la Genèse était la reproduction d'un article publié par Guyau dès 1885 dans la

XIV

Revue philosophique. Il est toutefois possible ( et cette hypothèse nous est suggérée par M. Bergson lui-même) que Fouillée ait ajouté du sien au livre posthume de Guyau, en s'inspirant de l'Essai paru depuis. Nous devons pourtant rappeler, afin de ne négliger aucun aspect de la question, que les théories bergsoniennes ont toujours rencontré en Fouillée un adversaire résolu. Il faudrait donc supposer l'existence d'un désaccord tacite entre les critiques de la Psychologie des idées-forces (II, p.109-112) et le ton très bergsonien non seulement de la Genèse, mais de la préface à la Genèse (signée par Fouillée).» (p.34, note.l); «cette phrase vraiment troublante (à l'accent bergsonien, Th.P), ne se trouvait pas dans l'article de 1885. A-t-elle été ajoutée par Fouillée?» (p.35, note.l); «Encore une formule qui pourrait bien être de Fouillée et qui semble inspirée par l'Essai de Bergson» (p.36, note.2), etc.

xv