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La laïcité
Que peut nous en apprendre l'histoire?

Commentaires philosophiques Collection dirigée par Angèle Kremer Marietti et Fouad Nohra
Pennettre au lecteur de redécouvrir des auteurs connus, appartenant à ladite "histoire de la philosophie", à travers leur lecture méthodique, telle est la fmalité des ouvrages de la présente collection. Cette dernière demeure ouverte dans le temps et l'espace, et intègre aussi bien les nouvelles lectures des "classiques" par trop connus que la présentation de nouveaux venus dans le répertoire des philosophes à reconnaître. Les ouvrages seront à la disposition d'étudiants, d'enseignants et de lecteurs de tout genre intéressés par les grands thèmes de la philosophie. Déjà parus Stamatios TZITZIS (dir.), Nietzsche et les hiérarchies, 2008. Guy DELAPORTE, Physiques d'Aristote, commentaire de Thomas d'Aquin,2008. Khadija KSOURI BEN HASSINE, Question de l 'homme et théorie de la culture chez Ernst Cassirer, 2007. Angèle KREMER MARlETT!, Nietzsche et la rhétorique, 2007. Walter DUSSAUZE, Essai sur la religion d'après Auguste Comte, 2007. Monique CHARLES, Kierkegaard Atmosphère d'angoisse et de passion,2007. Monique CHARLES, Lettres d'amour au philosophe de ma vie, 2006. Angèle KREMER MARlETT!, Jean-Paul Sartre et le désir d'être, 2005. Michail MAIATSKY, Platon penseur du visuel, 2005. Rafika BEN MRAD, La Mimésis créatrice dans la Poétique et la Rhétorique d'Aristote, 2004. Gisèle SODCHON, Nietzsche: généalogie de l'individu, 2003. Gunilla HAAC (dir.), Hommage à Oscar Haac, mélanges historiques, philosophiques et littéraires, 2003. Angèle KREMER MARlETT!, Carnets philosophiques, 2002. Angèle KREMER MARlETT!, Karl Jaspers, 2002. Jean-Marie VERNIER (introduction, traduction et notes par), Saint Thomas d'Aquin, questions disputées de l'âme, 2001. Auguste COMTE, Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, 2001.

Khadija Ksouri Ben Hassine

La laïcité
Que peut nous en apprendre l'histoire?

L'HARMATTAN

@ L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07423-1 EAN : 9782296074231

Sommaire
Introduction: La forme symbolique de I'histoire. . . .. . .. ., 7
al Mémoire et synthèse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .8

b/ l'histoire: synthèse de synthèses
Chapitre l : Laïc, le concept de l'exclusion. Chapitre II : La revanche du serpent.

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. . . . . . . . . . . . . .. 23

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Chapitre III : La religion dans les limites de l'humanité..71 Chapitre IV : Une histoire symptomatique
Conclusion.

..93

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Bibliographie.

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La/orme

Introduction symbolique de l'histoire

Eternel Prométhée, l'homme n'a de cesse de défier la mort, de faire barrage au temps «sous peine de se voir désintégré totalement en lui» l : peintures rupestres, mythes, contes et légendes, chants ont constitué, depuis la nuit des temps, des manières de sauver de l'oubli, rétrospectivement, ce qu'on juge utile et digne d'immortalité. Ce qu'il sauve de l'oubli, l'homme le préserve sous forme d'images souvenirs ou mémoire. Cette mémoire est la matrice dans laquelle se fera la gestation de l'histoire. Elle fournit l'image représentant le passé qui sauve la mémoire, forcément subjective et individuelle, de l'oubli. Or, dire que l'histoire préserve de l'oubli, c'est supposer que la mémoire, ce vers quoi l'histoire se tourne, est antérieure à cette interrogation qui cherche à la sauvegarder et à laquelle elle ne doit rien, dans sa signification autant que dans sa validité spécifique. Il y aurait ainsi une différence de nature entre mémoire et histoire. Et si la mémoire elle-même n'a rien de mnésique et qu'elle est, à sa manière, une reconstruction, une synthèse? Dans ce cas, l'histoire ne serait pas une synthèse d'un donné premier, mais une synthèse de synthèses; ce qui correspond à la définition même de la forme symbolique. Pratique consciente, qui se veut objective, l'histoire ne ferait alors que prolonger et parfaire ce qui se faisait naturellement dans le travail de la mémoire! Affirmer cela, c'est poser que l'histoire est une des formes d'expression de l'homme, une mise en forme de ce qui n'est mémorisé que dans une forme, sa différence par rapport à la mémoire est une différence de
Ivan Domingues, Le fil et la trame: Réflexions sur le temps et l'histoire, L'Harmattan, 2000, p. 18.
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degré et non une différence de nature. Elle correspondrait à cette différence qui sépare le mot du langage du concept scientifique. C'est dire également qu'à chaque niveau de conscience il y a une forme d'historiographie. Cela légitimerait une approche critique de l'histoire dont le but est de se demander en fonction de quoi s'effectue et se change cette mise en forme quant à la causalité temporelle. al Mémoire et synthèse Poser que l'histoire, et dans une certaine mesure la mémoire, est une forme symbolique, c'est admettre que seul l'homme a une histoire. Il y a certes une mémoire chez les animaux, mais l'homme est le seul être qui se construit une histoire parce qu'il est le seul être qui se sait fini, être pour la mort. Il se sait menacé par chronos, ce Dieu qui dévore sa progéniture. Comment vaincre le temps, comment échapper à la dissipation, sinon en inscrivant ce qu'on veut sauver de son action érosive et corrosive, hors de son atteinte, dans la temporalité de la mémoire? La mémoire est donc résistance au temps, réponse au désir d'immortalité. Cette résistance au temps est la caractéristique de tout comportement humain. En elle s'établit la connexion entre les diverses phases de la vie. La conscience de soi tient par des fils solides à cette mémoire car elle est la condition même de la conscience de sa propre continuité. Toute amnésie s'accompagne d'une perte de la conscience de soi. En oubliant ce qu'on a été, on perd le sens de ce que nous sommes. Même chez les animaux, la manière « de réagir à des stimulations actuelles ne dépend pas seulement de la nature de l'excitant momentané, mais des excitants qui ont antérieurement atteint l'organisme» 1. Cela est encore plus évident chez I'homme dans la mesure où, tout vécu présent est porteur d'un vécu passé qui n'est pas moins présent en tant que souvenir. Cela veut dire que notre conscience est

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E. Cassirer, La Philosophie des formes symboliques 3, p. 200.

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une « combinaison d' « existant» et d' « ayant existé» 1. Le problème est de savoir si ce qui fut se présente à la conscience au gré d'une performance mnésique? Si notre mémoire ne fait que récupérer des données qui persistent dans notre faculté psychique comme des substances vers lesquelles elle retourne chaque fois que le besoin s'en fait sentir? L'idée directrice de la philosophie des formes symboliques de Cassirer est que nous n'avons jamais affaire à des impressions immédiates. Toutes nos images du monde correspondent non pas à des unités d'être, mais à des corrélations spécifiques entre la sphère sensible et la sphère spirituelle où le travail de l'esprit, loin de s'ajouter comme un acte médiat à quelque matériau de conscience donné immédiatement ou de se greffer après coup sur ce dernier2, lui appartient d'une façon primitive. Notre saisie du monde s'effectue donc dans un tout où s'entremêlent, dès le départ, le contenu et la représentation. Elle est, dès le départ, synthèse au sens kantien du terme. Chaque synthèse est aussi bien objectivation du monde qu'objectivation de l'esprit. Un esprit qui, dit Cassirer, «n'est qu'en [...] allant à quelque chose d'autre» 3, ces choses qui ne sont, elles-mêmes, qu'en tant que choses intentionnelles d'un esprit et de son acte « donateur de sens» 4. Une vérification de cette thèse pourrait se faire par une application du raisonnement par l'absurde et ce en recherchant, dans le cas d'empêchement des fonctions psychiques, les secrets de leur fonctionnement normal. Les études de Gelb et de Godstein sur les pathologies du langage, largement exploitées par Cassirer montrent que, chaque fois que l'esprit se trouve dans l'impossibilité de rapporter les phénomènes à la conscience et de les articuler selon ses catégories a priori [le tout et la partie, la chose et
Ibid., p. 207. Ibid., p. 193. 3 Ibid., p. 223. 4 Ibid.
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ses propriétés, la cause et l'effet], l'image du monde autant que la conscience de soi se retrouvent désarticulées. L'homme ne s'ouvre au monde que par un ensemble de formes a priori qui ont la particularité de se déployer selon des modalités qui correspondent aux stades de la maturation de l'esprit et de l'évolution de la culture. Cette attitude humaine face au monde est donc forcément une attitude catégorielle. Cela est largement démontré dans les trois volumes de La philosophie des formes symboliques où la culture est conçue comme l'aspect objectif de la phénoménologie de l'universel à la fois un et multiple. L'étude critique de la mise en forme au niveau du mythe, de la religion, de l'art, du langage et de la science a largement montré que nos différenciations entre l'actuel et le non actuel, en tant qu'expressions de notre conscience de la succession, résultent, comme toute autre forme de différenciation, de « l'intervention de la pensée unificatrice et décomposante, synthétique et analytique» 1 ; et sont, à ce titre, symboliques. L'étude de la cécité symbolique, un autre concept que Cassirer emprunte à la gestalt, a mis en évidence la corrélation étroite entre les défauts d'attitudes catégorielles et les différentes formes d'amnésie pathologique. Ces amnésies sont la preuve que la mémoire n'est pas une faculté psychique. Elle est un acte de la conscience qui consiste à mettre en revue et à récupérer des données qui ne persistent pas dans le présent de la conscience comme des substances vers lesquelles on retourne comme on retournerait à un objet donné en dehors de nous, mais « de nouveaux phénomènes, de nouvelles données »2 que la fonction de mémoire édifie: une « manière dont le temps se pose dans le moi et se donne au moi comme une suite »3. Ces études ont surtout montré que, paradoxalement, l'acte de mémoire ne requiert pas une
I

2 E. Cassirer, La Philosophie 3 Ibid, p. 199.

E. Cassirer,La Philosophiedesformes symboliques l, p. 172.
desformes symboliques 3, p. 204.

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