La morale en tant que science morale

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Le problème épistémologique de la morale se trouve posé et incarné par Socrate qui, malgré son assurance rationnelle - le bien pouvant, selon, s'enseigner -, savait indéniablement que les jugements moraux risquent souvent d'être profondément irrationnels, comme les comportements humains qui les suscitent ou les traduisent.
Publié le : samedi 1 septembre 2007
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EAN13 : 9782296182059
Nombre de pages : 137
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LA MORALE EN TANT QUE SCIENCE MORALE

Collection

« Épistémologie et Philosophie des Sciences» dirigée par Angèle Kremer Marietti

Angèle KREMER-MARIETTI, Nietzsche: L'homme et ses labyrinthes, 1999. Angèle KREMER-MARIETTI, L'anthropologie positiviste d'Auguste
Comte, Comte, 1999.

Angèle KREMER-MARIETTI,
1999.

Le projet anthropologique

d'Auguste

S. LATOUCHE, F. NOHRA, H. ZAOUAL, Critique de la raison économique, 1999. Jean-Charles SACCHI, Sur le développement des théories scientifiques, 1999. Yvette CONRY, L'Évolution créatrice d'Henri Bergson. Investigations critiques, 2000. Angèle KREMER-MARIETTI, La Symbolicité, 2000. Angèle KREMER-MARIETTI (dir.), Éthique et épistémologie autour du livre Impostures intellectuelles de Sakai et Bricmont, 2001. Abdelkader BACHT A, L'épistémologie scientifique des Lumières, 2001. Jean CAZENOBE, Technogenèse de la télévision, 2001. Jean-Paul JOUARY, L'art paléolithique, 2001. Angèle KREMER-MARIETTI, La philosophie cognitive, 2002. Angèle KREMER-MARIETTI, Ethique et méta-éthique, 2002. Michel BOURDEAU (dir.), Auguste Comte et l'idée de science de I'homme, 2002. Jan SEBESTIK, Antonia SOULEZ (dir.), Le Cercle de Vienne, 2002. Jan SEBESTIK, Antonia SOULEZ (dir.), Wittgenstein et la philosophie aujourd 'hui, 2002. Ignace HAAZ, Le concept de corps chez Ribot et Nietzsche, 2002. Pierre-André HUGLO, Approche nominaliste de Saussure, 2002. Jean-Gérard ROSSI, La philosophie analytique, 2002. Jacques MICHEL, La nécessité de Claude Bernard, 2002. Abdelkader BACHT A, L'espace et le temps chez Newton et chez Kant, 2002. Lucien-Smnir OULAHBIB, Éthique et épistémologie du nihilisme, 2002. Anna MAl.JCINI, La sagesse de l'ancienne Égypte pour l'Internet, 2002. Lucien-Satl1ir OULAHBIB, Le nihilisme français contemporain, 2003. Annie PETIT (dir.), Auguste Comte. Trajectoires du positivisme, 2003. Bernadette BENSAUDE-VINCENT, Bruno BERNARDI (dir.), Rousseau et les sciences, 2003. Angèle KREMER-MARIETTI, Cours sur la première Recherche Logique de Husserl, 2003. Abdelkader BACHT A, L'esprit scientifique et la civilisation arabomusulmane, 2004.

Rafika BEN MRAD, Principes et causes dans les Analytiques Seconds d'Aristote, 2004. Monique CHARLES, La Psychanalyse? Témoignage et Commentaires d'un psychanalyste et d'une analysante, 2004. Fouad NOHRA, L'éducation morale au-delà de la citoyenneté, 2004. Edmundo J\I10RIM DE CAR V ALHO, Le statut du paradoxe chez Paul Valéry,2005. Angèle KREMER -MARIETTI, Épistémologiques, philosophiques, anthropologiques, 2005. Taoufik CHERIF, Éléments d'Esthétique arabo-islamique, 2005. Pierre-André HUGLO, Sartre: Questions de méthode, 2005. Michèle PICHON, Esthétique et épistémologie du naturalisme abstrait. Avec Bachelard: rêver et peindre les éléments, 2005. Adrian BEJAN, Sylvie LORENTE, La loi constructale,2005. Zeïneb BEN SAÏD CHERNI, Auguste Comte, postérité épistémologique, et ralliement des nations, 2005. y (dir.), La quantification dans la logique moderne, 2005. Pierre JORA Saïd CHEBILI, Foucault et la psychologie, 2005. Christian MAGNAN, La nature sans foi ni loi. Les grands thèmes de la physique au XXè siècle, 2005. Christian MAGNAN, La science pervertie, 2005. Lucien-Satnir OULAHBIB, Méthode d'évaluation du développetnent hUtnain. De l'étnancipa-tion à l'affinetnent. Esquisse, 2005. Ignace HAAZ, Nietzsche et la lnétaphore cognitive, 2006. HaInadi BEN JABALLAH, Grâce du rationnel, Pesanteur des choses, 2006. Hamadi BEN JABALLAH, Criticisme cartésien, Synthèse newtonienne, 2006. Robert-Michel PALEM, Organodynamisme et neurocognitivisme, 2006. Léna SOLER, Philosophie de la physique, Dialogue à plusieurs voix autour de controverses contemporaines et classiques, 2006. Francis BACON, De lajustice universelle, 2006. Angèle KREMER-MARIETTI, Le Positivisme d'Auguste C01nte, 2006. Joseph-François KREMER, Les formes symboliques de la musique, 2006. Hamdi MLIKA, Quine et l' antiplatonislne, 2007. Jean-Pierre COUT ARD, Le vivant chez Leibniz, 2007. Angèle KREMER-MARIETTI, Philosophie des sciences de la nature, 2007. Angèle KREMER-MARIETTI, Le concept de science positive, 2007. Angèle KREMER-MARIETTI, Auguste Comte et la science politique, 2007. Angèle KREMER-MARIETTI, Le Kaléidoscope épistémologique d'Auguste C01nte. Sentiments Images Signes, 2007.

@ 3ème édition, PUF, 1995

@ L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1cq2wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04116-5 EAN : 9782296041165

Angèle Kremer- Marietti

LA MORALE EN TANT QUE SCIENCE MORALE

L'HARMATTAN

AVANT-PROPOS

L'impensé de Socrate Le problème épistémologique de la morale se trouve posé et incarné dans la personne de Socrate.
Nietzsche!, que possible reconnaissait dans l'ordre la capacité , dianoétique' qui se méfiait et se défendait autant de Socrate tout en le respectant, lui une double aptitude intellectuelle de l'éthique: pour ainsi dire, à la fois de la 'propédeutique' et de la .

En effet, il est possible de donner raison à Nietzsche en voyant bien que la capacité propédeutique, qui est celle d'entraîner et surtout d'aller de l'avant sur la base d'une bonne intuition ou d'un bon instinct, ne requiert aucune justification et, dès lors, Socrate pouvait apparaître lui aussi comme un aristocrate athénien, bien qu'il se moquât lui-même de ce type d'hommes.

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Vair Par delà le bien et le mal, ~ 191.

Par ailleurs, jouait aussi fondamentalement chez Socrate une capacité dianoétique, par laquelle Socrate avait justement la faculté de se justifier comme un véritable plébéien athénien qu'il était avant tout, ne serait-ce que lorsqu'il montrait les cinq doigts de la main à la manière populaire. Au fond, la question qui se pose dans la morale qui se voudrait une' science morale' est la suivante: peut-on entendre raison par et pour la seule raison? Car il s'agirait alors de changer de foi. La tendance aristocratique libérait Socrate de la nécessité de se justifier; l'autre tendance, la plébéienne, l'obligeait à raisonner autant pour se convaillcre lui-même que pour convaincre son interlocuteur. En somme, cette duplicité, qui fait toute l'ambiguïté du personnage, mettait Socrate directement en porte-à-faux entre un penchant d'homme 'noble', qui reconnaît d'emblée le bien, et un penchant d'homme 'vulgaire', qui doute de pouvoir partager sa première intuition, et qui, pour parer à cette difficulté, recherche l'approbation certifiée qu'il devra à son astuce ratiocinante.

Alors que, dans la perspective de cette typologie restrictive, Platon serait l'aristocrate pur, Socrate se révèle être un mélange de l'assurance arrogante du maître et de la méfiance cynique de l'esclave. Raison et foi avaient pourtant fondamentalement le même but axiologique chez les deux philosophes. Mais Socrate ne manquait pas d'assimiler « foi» et « tromperie». La connaissance du bien impliquait, directement, pour Socrate, la pratique du bien, puisque Socrate pensait que le bien peut s'enseigner. Au-delà de cette clarté rationnelle, subsistait au fond de Socrate un impensé: il savait indéniablement que les jugements moraux risquent d'être profondément irrationnels. En effet, le caractère d'irrationalité des jugements moraux ne provient-il pas de leur rapport immédiat aux comportements humains dont le propre est de se déployer dans des conditions elles-mêmes souvent irrationnelles?

Juillet 20072

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Le texte qui suit ad' abord été édité, à Paris, aux Presses
de France en 1982,1991,1995.

Universitaires

INTRODUCTION

UN CHAMP HORS DE TOUS LES CHAMPS
Un ouvrage intitulé La morale pourrait concerner un système normatif des règles de conduite ou un inventaire descriptif des mœurs effectivement pratiquées. Il pourrait, à l'instar des éthiques aristotéliciennes, proposer une liste analytique des vertus ou une discipline des car.actères. Mais une semblable « morale» présupposerait la reconnaissance préalable d'une métaphysique explicitement exposée. Le présent volume comporte une étude et une recherche concernant la morale en tant que théorie d'une discipline pratique universellement accessible. Il constitue le premier volet d'un diptyque consacré à la science morale et met en évidence la nécessité d'un contenu et, précisément, celle de l'obligation ou de la loi morale, d'un point de vue individuel ou collectif et, en particulier, son bien-fondé anthropologique et philosophique. Le second volume inti-

tulé L'éthique

(1)

a pourobjet une méta-éthique,

c'est-à-dire les conditions logiques de la possibilité de la science morale. De plus, pour reprendre une critique de l'article défini singulier ici utilisé, de ce « la » qui concerne « la morale» (critique que Michel Foucault a parfaite(1) Cf. L'éthique, PUF, « Que sais-je? .», nouv. éd., 1994. 3

ment développée à propos de « la » psychiatrie ou de toute autre science dont l'histoire est faite, sinon de « ruptures », du moins de discontinuités), y a-t-il un domaine permanent et scientifiquement défini qui puisse être désigné comme « la morale» ? L'anthropologie culturelle nous a montré que toujours et partout des règles existent et sont suivies strictement dans toutes les sociétés humaines, dans lesquelles l'expression des contraintes est consciente aux individus, suffisamment pour que puisse se bâtir finalement une anthropologie qui soit une « science des mœurs ». Mais cette anthropologie ellemême projette la lumière sur des phénomènes culturels objectifs qui sont de l'ordre de l'inconscient collectif; elle ne saurait donc s'identifier avec « la morale ». L'article défini se justifierait pleinement, toutefois, s'il désignait une partie; et il serait possible de parler de « la morale antique» ; car celle-ci s'identifie aisément à la lecture des textes anciens et, en général, dans l'histoire de l'Antiquité. Alors il y a lieu de distinguer plusieurs textes et plusieurs histoires, c'est-à-dire aussi plusieurs morales. On en dirait autant pour toute les époques. Et l'article défini touche tout ce qui peut se définir, c'est l'évidence même. A partir des particularités historiques et géographiques, sociales et économiques, il serait sans doute possible de découvrir, de proche en proche, le dénominateur commun à toutes les théories des pratiques humaines. Auguste Comte l'avait prévu, ce devait être «la morale », en effet, ou « l'anthropologie » comprise. comme intégrale: à la fois tournée vers l'individu et sommée vers l'humanité. En fait, chaque fois qu'il est question de « la » morale, il est généràlement question d'un ensemble constitué, d'un corps de pensées et de théories, de lois et de règles, destinées à régler, légiférer la
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conduite humaine, qu'elle soit individuelle ou collective, privée ou publique. En ce cas, « la morale », serait-ce encore le droit, qu'il soit coutumier ou écrit, le code, qu'il soit conscient ou inconscient? Mais, dans les sociétés dotées d'un temps plus rapide, les codifications se montrent comme non immuables; et, si elles changent, c'est relativement à une exigence qui leur est extérieure et qui viendrait précisément de « la » morale qui demeure notre problème... Dans cette perspective, il n'est donc pas évident de pouvoir affirmer pertinent de traiter de « la » morale il faut qu'elle soit antique ou chrétienne, prolétarienne ou bourgeoise, économique ou sociale, etc. On le voit, le défini doit encore se particulariser pour gagner le sens que chacun attend d'après l'exigence de sens à laquelle nous sommes définitivement sensibles. Et toutes ces morales sont par trop différentes pour être envisagées comme étant « la » morale, sans relever d'un syncrétisme par trop inexpérimenté ou intempestif. Si une telle morale devait pouvoir se représenter pour ce qui est de son contenu, fût-elle universelle, elle serait essentiellement inintéressante et dénuée de sens; et l'homme, privé de liberté. Retenons, toutefois, ce champ de réflexion que nous nous donnons hors de tous les champs, et qui, alors qu'il semble abandonné à la liberté de chacun, est en fait, dans sa diversité limitée, dépendant de la constellation entière des données sociales et culturelles qui sont les siennes, et dans lesquelles vivent les hommes, ceux d'aujourd'hui, tout comme ceux d'autrefois. Ce qui reste et dont il peut s'agir plus vrai-

-

-

semblablement

et plus

prudemment

-,

c'est un

domaine culturel qui peut varier, se diversifier jusqu'à un certain point, mais qui pourtant se reconnait

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