La philosophie de Pascal

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Ravaisson a cherché dans cet essai "à prouver par des passages des Pensées de Pascal, c'est-à-dire d'une apologie du christianisme qu'il a laissée à l'état d'ébauche, qu'immolant la raison à la foi, il a nié qu'aucune philosophie fût possible". Il se propose "de montrer qu'on trouve dans ses Pensées des idées qui constituent les principes d'une véritable philosophie".
Publié le : jeudi 1 novembre 2007
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EAN13 : 9782296347953
Nombre de pages : 72
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Éditions du Sandre
57, rue du Docteur Blanche
75016 Paris FÉLIX RAVAISSON
LA PHILOSOPHIE DE PASCAL

Éditions du SandrePRÉFACE
par Claire Marin
Ravaisson l’affrme dès le titre, il y a une « philosophie
1de Pascal » . Il s’amuse dans cet article à prendre la doxa
philosophique à contre-courant. Le Pascal qu’il nous
présente est un philosophe à part entière, qu’il met sur un
pied d’égalité avec Descartes, Spinoza ou Leibniz, il est
parmi ceux qui restaurent le pouvoir de la raison, le tout
dans un élan optimiste et une appréhension esthétique
du monde. De qui se moque-t-on ? De tous ceux qui ne
prennent pas le temps d’approfondir leurs lectures, se
contentent d’images plutôt que de se nourrir des textes et
laissent fler les acquis profonds d’une pensée. Comme le
rappelle Ravaisson, Pascal disait que « c’est philosopher que
de se moquer. » C’est mettre à distance pour l’analyser de
manière critique une vérité qui demande à être démontrée.
Ravaisson s’attaque donc à certains poncifs sur Pascal et
l’observe d’un œil nouveau. On pourrait dire, bien sûr,
que cette « philosophie de Pascal », comme tous les textes
consacrés par un auteur à un autre, nous en apprend plus
sur Ravaisson que sur Pascal. Mais derrière les ajustements
de Ravse profle un autre enjeu, hautement
philosophique, celui de la nature même de la pensée, de son
appréhension des vérités métaphysiques, de sa capacité à
s’élever au-delà de la matérialité.
5Pascal philosophe
Ravaisson rappelle au terme de son article la fameuse
citation de Pascal : « toute la philosophie ne vaut pas une
heure de peine » (p. 65). Comme pour se rendre plus ardue
encore la tâche de défendre dans sa conclusion l’image
inhabituelle de Pascal qu’il a esquissée. Pourtant il s’est
efforcé de relire l’œuvre de Pascal en l’inscrivant dans la
continuité d’une philosophie métaphysique. S’il le compare
d’entrée de jeu à Descartes, Spinoza, Malebranche ou
Leibniz, c’est n’est pas tant pour la forme que sa réfexion
philosophique a pu prendre que pour la force des idées qu’il
a léguées : « [s]es idées […] constituent les principes d’une
véritable philosophie » (p. 23). Le premier doute sur le statut
de Pascal comme philosophe est donc dissipé. Ravaisson
inscrit Pascal dans la lignée des grands philosophes, « il n’a
fait que s’avancer plus loin dans la voie qu’avaient tracée les
grands penseurs qui l’avaient précédé » (p. 65). D’autre part,
contrairement à l’idée reçue, il n’y aurait pas selon Ravaisson
d’antinomie entre la raison et la foi chez Pascal. Rav
s’attache à démontrer dans ce texte la manière dont
philosophie et christianisme se complètent, pour ne pas dire
se subliment mutuellement. Pascal n’est pas celui qui rompt
avec la raison en philosophie, pour lui préférer la foi, il est
au contraire celui qui approfondit l’étude de l’intelligence et
son lien avec la volonté.
Toute la première partie du texte dessine une histoire
de la philosophie qui s’élance des Pythagoriciens jusqu’à
Descartes, avec pour fl directeur la question des principes
métaphysiques et de la capacité de l’intelligence humaine à les
atteindre. Ravaisson restitue ce cheminement philosophique
6et ses impasses, premier moment au terme duquel se trouve
selon lui « en germe toute la philosophie de l’auteur des
Pensées » (p. 31). Autrement dit, Pascal développerait dans
son œuvre les potentialités esquissées par les doctrines
antérieures, en particulier dans celle de Descartes. Il n’est
pas rare que Ravaisson procède ainsi, concentrant l’effort de
la pensée en un seul philosophe. Ce mode d’interprétation
de l’histoire philosophique se retrouve entre autres dans
e 2le rapport sur La philosophie du XIX siècle ou le Testament
philosophique. Ravaisson aime y voir l’évolution des idées
comme l’enrichissement progressif de la pensée au fl du
temps. Une grande fgure de la science, de l’art ou de la
pensée est ainsi choisie pour incarner une idée, un concept,
décisif dans l’histoire de l’humanité. La lecture de Ravaisson
cristallise en elle l’épanouissement d’une intuition, quitte à
faire passer au second plan des aspects qui pourraient
limiter ou contredire cette appréhension subjective. Les
hommes sont ainsi des repères pour la pensée plus que des
individus singuliers. L’énergie d’Aristote, la métamorphose
de Goethe, la différentielle de Leibniz, la ligne serpentine
de Léonard de Vinci, autant de fgures qui s’effacent devant
une idée phare. Vision simplifcatrice sans doute, mais
aussi et surtout unifcatrice. Celle-là même qui permet de
repérer des analogies entre des domaines aussi variés que
la biologie, les mathématiques, la poésie, la musique ou la
peinture. Ravaisson ne se sert pas de ces raccourcis pour
appauvrir l’histoire des idées, mais au contraire pour lui
donner plus d’ampleur et ouvrir le domaine de la réfexion
philosophique au domaine biologique et esthétique, comme
saura s’en souvenir Bergson.
Ravaisson étudie donc dans cette première partie les
diverses réfexions qui « préparent » celles de Pascal. Le
7

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