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La plénitude du logos dans le registre de la vie

De
270 pages
Dans cet ouvrage, Anna-Teresa Tymieniecka mène une recherche phénoménologique nouvelle qui remplace l'acte cognitif-constitutif comme point de départ de l'acte créateur, qui situe la recherche philosophique dans la complexité de l'être humain. Elle suit l'acte créateur humain à travers toutes les phases de la phénoménologie husserlienne pour inaugurer une dernière phase du logos phénoménologique. Elle ose introduire son propre panorama métaphysique et lancer de nouvelles Lumières pour l'humanité.
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LAPLÉNITUDEDULOGOSDANSLEREGISTREDELAVIE
LAMÉTAPHYSIQUEDANSLESNOUVELLESLUMIÈRESCOMMENTAIRESPHILOSOPHIQUES
CollectiondirigéeparAngèleKremer-MariettietFouadNohra
Guy-François DELAPORTE, Lecture du Commentaire de Thomas d’Aquin sur le Traité de l’âme
d’Aristote,1999.
JohnStuartMILL,Auguste Comte etle positivisme,1999.
MichelBOURDEAU, Locus Logicus,2000.
Jean-Marie VERNIER (Introduction, traduction et notes par), Saint Thomas d’Aquin, Questions
disputées de l’âme,2001.
AugusteCOMTE,Plandes travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser lasociété,2001.
AngèleKREMERMARIETTI,Carnets philosophiques,2002.
AngèleMARIETTI,Karl Jaspers,2002.
GisèleSOUCHON, Nietzsche:Généalogie de l’individu,2003.
GunillaHAAC,Hommage à Oscar Haac,2003.
RafikaBENMRAD, La mimésiscréatrice danslaPoétique et laRhétorique d’Aristote,2004.
MikhailMAIATSKI,Platonpenseur du visuel,2005.
AngèleKREMER-MARIETTI, Jean-Paul Sartreetle désir d’être,2005.
Guy-François DELAPORTE, Lecture du Commentaire de Thomas d’Aquin sur le Traité de la
démonstration d’Aristote,2005.
AugusteCOMTE/CarolineMASSIN,Correspondanceinédite (1831-1851),2006.
FriedrichNIETZSCHE, Contribution à la généalogie de la morale,2006.
FriedrichNIETZSCHE,Par-delàlebien et lemal,2006.
AugusteCOMTE, Sommaire appréciation de l’ensemble dupassé moderne,2006.
MoniqueCHARLES,Lettres d’amour au philosophe de ma vie,2006.
MoniqueCHARLES,Kierkegaard. Atmosphèred’angoisse et depassion,2007.
WalterDUSSAUZE,Essai sur la religion d‘après Auguste Comte,2007.
AngèleKREMER-MARIETTI,Nietzsche et larhétorique,2007.
MichèlePICHON, Vivrela philosophie,2007.
LucienLEVY-BRUHL,Correspondance de JohnStuart Mill et d’Auguste Comte,2007.
Khadija KSOURI BEN HASSINE, Question de l’homme et théorie de la culture chez Ernst
Cassirer,2007.
KhadijaKSOURIBENHASSINE, La Laïcité,2008.
Guy-François DELAPORTE, Physiques d’Aristote. Commentaires de Thomas d’Aquin, 2 tomes,
2008.
StamatiosTZITZIS, Nietzsche etles hiérarchies,2008.
MartinKUOLT, Thomas d’Aquin, Du Mal,2009.
ElvisSteeveELLA,EmmanuelLevinas, Des droits de l’homme à l’homme,2009.
Jean-JacquesROUSSEAU, Essai sur l’origine des langues,2009.
Jean-JacquesRO Discours sur l’origine etles fondements de l’inégalité parmi les
hommes,2009.
Angèle KREMER-MARIETTI,Nietzsche oulesenjeux de lafiction,2009.
AbdelazizAYADI, Philosophienomade,2009.
StéphanieBÉLANGER,Guerres, sacrificeset persécutions,2009.
ConstantinSALAVASTRU,Essai sur la problématique philosophique,2010.
HichemGHORBEL, L’idée deguerre chezRousseau. Volume 1, La guerre dansl‘ histoire,2010.
HichemGHORBEL, L’idée deguerre chezRousseau. Volume II, Paix intérieure et politique
étrangère,2010.
EdmundoMORIMdeCARVALHO,Poésie et sciencechez Bachelard,2010.
MohamedJAOUA, Phénoménologie et ontologie dans lapremière philosophie de Sartre,2011.
AbdelazizAYADI, La philosophieclaudicante,2011.
JeanLEFRANC,La philosophieen France auXIXè siècle,avril2011.ANNA-TERESATYMIENIECKA
LAPLÉNITUDEDULOGOSDANSLEREGISTREDELAVIE
LAMÉTAPHYSIQUEDANSLESNOUVELLESLUMIÈRES
TraduitparC.M.Hill,aveclacollaborationdeL.M.Weber
L’HarmattanTitre original :
THEFULLNESSOFTHELOGOSINTHEKEYOFLIFE
BOOKI.THECASEOFGODINTHENEWENLIGHTENMENT
OUVRAGESPARLE MÊME AUTEUR
Essenceet existence: Etude à propos de laphilosophie de Roman Ingarden et Nicolai Hartmann
(Paris:Aubier,1958)
For Roman Ingarden; nine essays in phenomenology(LeHaye:M.Nijhoff, 1959).
Phenomenologyand science incontemporary European thought,préface d’I. M.Bochenski(New
York:Farrar,StraussandCudahy,1962).
Leibniz’ cosmological synthesis.(Assen:VanGorcum,1964).
Why Is There Something Rather Than Nothing ? Prolegomena to the Phenomenology of
Cosmic Creation (Assen : van Gorcum, 1966).
Eros et Logos.(Paris:Beatrice-Nauwelaerts,1972).
Logos and Life4volumes(Dordrecht:Kluwer AcademicPublishers,1987-2000)
©SpringerScience+BusinessMediaB.V.2009
©L’Harmattan,2011
5-7,ruedel’Écolepolytechnique,75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-55274-6
EAN:9782296552746SOMMAIRE
Préface 7
Prologue 9
Introduction 19
PremièrePartie
LeLogosdelaviecommeleporteurdel’être
Chapitre1L’auto-individualisation:lefaitd’êtreetl’incarnation 23
Chapitre2Le modeinterrogateurdulogosdelavieetsarévélationdulogos
universel 31
Chapitre3L’émergencedulogosdelaviedansson élanconstructeur 45
Chapitre4Lelogosdelavieentantquesentience 49
Chapitre5Lelogosdelaviedanslesmécanismesetvirtualitésontiquesde
l’individualisationdelavie 53
DeuxièmePartie
L’ontopoïésis,l’auto-individualisationproto-ontiqued’êtredanslavie
auseindelanouvellecritiquedelaraison
Chapitre6Comprendrelavieàtraverssesorigines 71
Chapitre7Ladifférenciationetl’attractioncohérentedansleprocessusvital
s’auto-individualisant 85
Chapitre8Mesure,proportion, évaluation,etlavéritécommeleurtourbillon 123TroisièmePartie
Leshorizonspositionnelsvitauxdel’être
etleurorbitegéo-cosmique,ontopoïétique,créatrice,sacrale
Chapitre9LeTranscendantalismerevisité 141
Chapitre10L’incarnation,principegénérateurquiorientel’être-en-devenir 151
Chapitre11Lespassionsdelaterre 169
Chapitre12Latransformationdesens 181
QuatrièmePartie
L’âmehumainedanslecosmosetlecosmosdansl’âmehumaine
Chapitre13Laconditionhumaineouvredeshorizonsquitranscendentlavie 189
Chapitre14L’horizondel’esprit"lasecondenaissancedel’êtrehumainau
sens moral 199
Chapitre15Lesensmoraletl’originedelaconscience 209
Chapitre16Lerythmekairiquespécifiquementhumaindelavie:libertéet
accomplissement 213
CinquièmePartie
Lelogossacralàl’horizondelavie
Chapitre17Lerythmekairiquedulogossacral:laquêtesacralecomme
«l’entredeux» 221
Chapitre18Laquêtesacrale 225
Chapitre19Lesacralintérieurdel’âmed’où émergel’intuitionsui generis
dulogosdivin 235
Chapitre20Dulogosdelavieàl’horizonlogo-théique2 49
Tabledesmatières 257PRÉFACE
Latemporalisationdela vieparle Logos àtraversleshorizonsvitauxet
transcendantaux de l’individualisationde l’être
Cette étude est le fruit d’une enquête approfondie menée par l’auteur
pendant toutesa vie, enquêtequi a étendu ses ramifications dans de nombreuses
directions. Elle peutdoncsemblerêtrelerésumé de son système de pensée. Elle
l’est à plusieurs égards, mais les grandes questions de la philosophie qui ont été
abordéesjusqu’à présent pour elles-mêmes sont abordéesici dansla perspective
globaledelarythmicité et de la temporalitédel’être,perspective quilesramène
toutes à un dénominateur commun, car tout ce à quoinous, les êtres humains,
pouvons accéder mentalement se manifeste selon un rythme essentiel. La
temporalité traverse l’existence d’un bout à l’autre. Elle pénètre à la fois ce qui
est connu et celui qui connaît. Dans ses modalités particulières, elle émerge des
entrailles de la vie, où les premiers éléments séminaux reçoivent leur forme
logoïque et la vie est immédiatement structurée à travers le déploiement de
l’êtrevivant,àpartirdesesconditionsambiantes,etauseindecelles-ci.
La rythmicité et latemporalité dela vie assument ainsiun rôle si prépondérant
dans la vie de chaque être vivant que nous nous en sentons captifs. Elles
pénètrent notre vie, mais échappent toujours à nos efforts pour les saisir. Ce
n’est pas étonnant que, dans le mythe de Kronos, les Grecs anciens aient parlé
du Temps comme dévorant ses propres enfants. Les systèmes philosophiques
ont fait du temps un absolu, qui distingue et réunit les modalités de tout ce qui
estàlaportéede laconnaissancehumaine.L’être,entantqu’auto-individualisation
de la vie, est porté dans la séquence temporalisante du logos de la vie.Le logos
se manifesteàtraverssatemporalitédedevenirêtre.
Au cours de notre enquête, nous avons identifié le premier et le dernier fait
ontopoïétique à saisir concernant l’être, à savoir le logos de la vie, la force qui
suscite la vie et détermine son parcours ! dans ses rouages les plus intimes,
dans son progrèsconstructeur-destructeur, dans la genèse de l’être vivant, sa
croissance, son déclin, son extinction. Puisque la rythmicité est cruciale lors de
7toutes ces étapes, notre phénoménologie-ontopoïésis de la vie metla conception
substantielleclassiquedetempssensdessusdessous.Notreêtreestdevenir.
Par contraste avec la vue traditionnelle, l’ontopoïésis de la vie éclaircit
l’absolu du logos qui, en tant que force motrice, porte le devenir en avant.
Comme nous le verrons, c’est dansleurtemporalité que lesêtres, leschoses, les
événements se manifestent comme des modalités du logos de la vie, une
perspective qui prive le temps de son statut absolu traditionnel. Néanmoins, la
rythmicité et la temporalité restent emblématiques du devenir à son niveau le
plusprofond.
Je me propose de suivre succinctement le déploiement des modalités de la
rythmicité dans tout le champ du logos de la vie;le niveau crucial des rouages
internesd e l’être est celui du logos de la vie qui se rythme lors de son
déploiement. Allant pas à pas, du bord d’un précipice à un autre, au pas de sa
continuité et de sa discontinuité, nous suivrons la longue série de
transmutations, de conversions, de transformations constructrices de sens, par
lesquelles le logos de la vie procure des mécanismes toujours nouveaux et
produit des modalités toujours nouvelles de liaison communicative, interactive,
symbiotique, inter-génératrice. En réfléchissant aux renversements par lesquels,
au fil du temps, une modalité croît tandis qu’une autre décroît, et à la manière
dont une fonction sert de tremplin d’où une autre prend son élan, il nous faut
demander: «D’où vient ce courant qui se renouvelle toujours, et où mène-t-
il?»«Au milieu destransformations de sens du cours constructeur du logos de
lavie,quelestlesensdececourantlui-même ?»
Les sinueuses opérations de transformation, de transmutation, de sublimation,
de conversion que le logos de la vie réalise dans l’étendue ontopoïétique
temporelle des réseaux auto-individualisants de la vie nous mènent à travers les
méandres du telos constructeur de la vie pendant que le logos de la vie révèle
progressivement sa signification sacrale, qui était présente à ses origines et y a
présidé.
8PROLOGUE
LaMétaphysique et les nouvelles Lumières
I. LESNOUVELLESLUMIÈRES
Face à la croissance exponentielle et explosive delaconnaissancescientifique
et de la technologie aujourd’hui, un développement en cours depuis des siècles,
on se plaint souvent de se trouver face à un véritable bouleversement de notre
façon de voir le monde et d’aborder la vie et ses conditions. Non seulement des
événements inédits ! telles les sondes envoyées vers d’autres planètes, des
inventionsextraordinairesquitransformentlaviehumainedansletempsetdans
l’espace, tels les avions qui rétrécissent le globe, la télécommunication
instantanée, et les nombreux appareils qui facilitent et accélèrentlerythme de
la vie quotidienne ! ont transformé notre existence de multiples manières,
mais ils annoncent aussi les merveilles et les chocs à venir. Toute l’humanité
simplement attend, et dans une certaine mesure craint, une transformation de la
viequineprendjamaisfin.
Vivantdanscestemps extraordinaires, noussommesplongés dans unetelle
variété d’idées, d’expériences, de pratiques, d’intuitions nouvelles!Ilnous
faut consacrer du temps et des efforts à nous familiariser avec elles, à les
comprendre, et à les mettre en pratique. Il semble, non seulement que nous
restons perdus dans l’amas de ce qui change continuellement, mais aussi que
nous ne pouvons pas composer avec le visage toujours nouveau, voire
déstabilisant, de la réalité et l’épouser. La connaissance croissante de la nature,
du monde, du cosmos, des êtres humains aussi, maintient l’humanité dans une
incertitude perpétuelle. Les perspectives qui ont longtemps conditionné les
objectifs des efforts humains, la cohérence du monde, ont connu un certain
relâchement, et même des ruptures. Critèreset règles de validité sontremis en
cause,oucarrémentrejetés.
La migration des peuples à travers le monde nous met en face de personnes
de civilisations différentes.Puisque les nouveaux arrivés ne s’adaptent pas, au
niveau le plus profond, aux communautés qu’ils ont choisies, ils provoquent une
fermentation interne dans les habitudes culturelles de leur nouveau pays. Dans
9ce labyrinthe de visions fragmentaires du monde, nous manquons de repères,
ce qui semble rendre impossible la détermination des limites ou de l’étendue
de ce à quoi il estdonné aux êtres vivants, à l’être humain, à avoir affaire.
Représentant de nombreuses orientations intellectuelles et philosophies, les
chercheurs en sciences sociales et humaines déplorent la déformation et
l’effondrement de notre civilisation, ce que Michel Henry appelle sa chute
désastreusedanslabarbarie.
La réflexion philosophique a, elle aussi, subi une diminution. De grandes
recherchesphilosophiques quiavaient pour but de saisir et de comprendre le
sens des nombreux horizons qui entourent l’esprit humain et le monde dans
lequel nous vivons, de différencier les divers champs de l’expérience humaine
et de chercher leur cohérence, ont perdu leur sens. Comment pouvons-nous
même rêver à présent de contenir, dans une vision harmonieusement
unificatrice, cet infini toujours insaisissable qui s’ouvre devant notre regard
humain?Commentcherchersonsens,saraison?
Le rêve classique de l’humanité d’une vision métaphysique a disparu de
notre vue, semble-t-il. Or, ce n’est pas le cas. Nous pouvons, en effet, comparer
notre désorientation apparemment profonde ! au milieu des vagues fluctuantes
à l’avancée rapide qui agitent notre civilisation de perspectives toujours
nouvelles ouvrant sur la réalité ! au tumulte qui a agité le début de l’époque
moderne en Occident quand la vision rigide du monde de la pensée aristotélo-
scholastique a été balayée. Alors, comme à présent, le mécontentement suscité
par la vision du monde et l’orientation humaine en usage a troublé la religion,
la philosophie naturelle,la cosmologie et la vision que l’êtrehumainavait de
sa placedansle cosmos, qui avaient été étroitement reliées entre elles dans un
système de pensée compréhensif discrédité par des découvertesscientifiques
et desinvestigations philosophiques étonnamment nouvelles. Sous de nouvelles
impulsions, la rationalité aristotélicienne a cédé la place à la rationalité
newtonienne. Néanmoins, malgré tous les assauts venant de Bacon, de Hobbes,
de Locke, le monde manifestait un ordreet de la cohérence que l’esprit humain
pouvait saisir et réinterpréter dans lesperspectives des nouvelles approches.
Donc, ce qui était en cause, c’était la nature de la rationalité, étant donné que
dansunerévolutionconceptuelle,desmodèlesmathématiquess’étaient saisisde
lascienceempirique.
Aujourd’hui, toutefois, alors que tant d’énigmes jadis obscures de la réalité
et de la cognition humaine sont élucidées, les principes premiers n’ont pas été
entièrement perdus de vue. Le siècle dernier a vu de contributions majeures
faites au progrès de l’esprit humain de manière totalement désintéressée.
L’évolution de la connaissance, de l’esprit humain, de la croissance des facultés
humaines, de la découverte de moyens de maîtriser les forces de la nature, non
seulement a mis au premier plan de manière saisissante toutes les questions
classiquement formulées concernant les raisons et principes ultimes de la
réalité, mais elle a aussi mis en lumière des avancées impressionnantes : des
10perspectives de progrès humain pour ce qui est de scruter la vie, le monde,
l’homme lui-même et nos capacités de profiter des forces de la nature et
d’étendre notre maîtrise de celles-ci. Sont à prendre en considération, non
seulement la croissance de notre compréhension fondamentale de notre nature,
de l’esprit humain danss on parcours évolutif, mais aussi la clarification
contemporaine de la nature dulangage comme structure de l’interprétation de la
réalité. Des principes plus rigoureux de raisonnement, des critères de certitude
s’élaborent qui exigent une évaluation critique de conceptions admises jusqu’à
maintenant dans la recherche philosophique (par exemple, sujet et objet,
individu et communauté, essenceet existence,substance et accident). De plus,il
faut apprécier les nouveaux aperçus importants que nous avons des liens
associatifs, des fils de communication, etc. qui conduisent à une représentation
plus adéquate du réel. Du même coup, des chaînes conceptuelles, des théories,
des idées préconçues vieilles et sclérosées concernant la nature humaine, le
monde, la nature, les repères moraux, les lois et principes d’éthique sont
devenues plus souples, plus faibles quant à leur validité. Elles n’ont plus leur
poids de conviction face aux nouvelles perspectives ouvertes par le progrès
scientifique.
Mais de cette situation apparemment incohérente semble émerger la
promesse d’un squelette dynamique de futures fusions de sens. Avançant
toujours vers l’inconnu, l’enquête scientifique se différencie de plus en plus et
nous incite à suivre des chemins toujours plus interrogateurs à mesure
qu’apparaissent de nouvelles suggestions de liens, génératrices et formatrices.
Par conséquent, dans cette présentation de notre nouvelle vision, nous ne
pouvons pas suivre les modèles de discours philosophique proposés par les
systèmes traditionnels de conceptualisation. Nous sommes obligés, au contraire,
de suivre nos intuitions spontanées telles qu’elles apparaissent en zigzagà notre
esprit et à notre vue, simplement pour «reculer pour mieux sauter ». Les
progrès réalisés sont en train de transformer, non seulement l’enquête
scientifique, mais aussi, et encore plus, le développement de l’esprit humain qui
lamène.
Rappelons-nousla vision de l’avenirproposéeparTurgotetCondorcet qui,
à la fin de cette vague d’optimisme enthousiaste (mais, qui en réalité a
échoué) des seizième et dix-septième siècles qu’on appelle maintenant les
Lumières, voyaient l’histoire humaine comme la chronique du progrèsdela
race humaine vers la perfection, progrès qui avançait malgré des cataclysmes,
des fléaux, et des phases de barbarie. Dans son Esquisse d’un tableau
historique des progrès de l’esprit humain, Condorcet soutint que nous avions
abouti à une ère où cette perfection ne pouvait plus être arrêtée et serait
réalisée. Si nous comparons avec la situation et l’esprit de notre temps où
l’humanité, après de nouvelles périodes de barbarie et de désespoir, plonge
apparemment dans encore plus de chaos, tandis que progressentu ne
désorientation totale et la déconstructionde tout repère dans la vie, nous ne
11pouvons pas ne pas être frappés par l’échec apparent de l’espérance, mais
aussipar le profond manque de compréhension de la situation actuelle de
l’humanitéquecelaimplique.
Mais je considère qu’en réalité, sous les sentiments actuels de désarroi et
notre impression de manquer d’une boussole, à un niveau profond, un flux de
renouveau, de croissance, et de perfectionnement de l’humanité monte. Comme
le dit Voltaire, le héraut des Lumières, le progrès de l’humanité dépend d’un
renouvellement de la raison. C’est, en effet, à partir d’une renaissance de la
raison à proprement parlerque nous nous dirigeons vers de nouvelles Lumières,
que j’annonce. Dans une situation comparable à celle du dix-huitième siècle,
nous sommes prêts à lancer de nouvelles Lumières pour l’humanité. Afin d’évaluer
lestransformations quelesrévolutions scientifiques,technologiques,sociales,et
culturelles actuelles sont en train de créer, une nouvelle critique de la raison est
indispensable. Une visionde laraisonqui échappe à l’étroit cadretraditionnel et
s’ouvre de manière créatrice sur une appréciation de la multitude de nouvelles
rationalités actuellement proposées est nécessaireafinde faire face aux courants
variables de l’existence, de générer des critères de validité, de prédictibilité, de
probabilité,d’évaluation.
II. INLOGOS OMNIA
Avec cet appel urgent à une nouvelle critique de la raison, nous sommes
revenus à la philosophie. Cependant, celle-ci a été abandonnée, ainsi que sa
panoplie de questions,quisonderaientlesabîmesdela physique et passeraient
par-delà des horizons matériels pour sonder les impulsions existentielles les
plus intimes qui élèvent l’intellect, l’esprit comme une prolongation du
questionnement traditionnellement considéré comme métaphysique. Aujourd’hui,
avec la multiplicité exubérante d’enquêtes empirico-expérimentales surla
réalité, les grands principes conçus jadis parl’imagination spéculative pour
répondre aux interrogations de la philosophie et pour poursuivre la quête de la
sagesse personnellela plus intime ne sont plus applicables. À notre époque
postmoderneilssonttout simplement vétustes.
Ces grands principes sont d’abord discrédités en raison de leur inadéquation,
étant donné la façon dont leur conceptualisation comme des universaux,comme
des abstractions, domine les questions auxquelles ils étaient censés répondre.
Mais, finalement, ont-ils été abandonnés?Apparaissent-ils dépourvus d’intérêt?
Ce n’est pas le cas. Le renversement fondamental de leur conceptualisation
rationalisée et de leur formulation conceptuelle révèle que ces questions n’ont
pas simplement été de futiles placebos imaginaires pour des questions et des
aspirationsexistentielles, pour la soif de donner un sens à la vie et à la destinée
humaine. Au contraire, bien que notre vision de la réalité et de l’implication
humaine en elle ait diamétralement changé, passant des hauteurs de la raison
spéculative au concret originaire et à ses sources, lesroutes qui partent de ces
sources mènent notre questionnement dans la direction des questions ultimes
12qui ont été en apparence abandonnées. Un simple survol du déroulement
historique de la pensée philosophique suffit à nous pousser à réfléchir à
«l’éternel retour» des préoccupations humaines, des intuitions, des idées
auxquelles notre esprit est sensible. Elles sont constamment reformulées, leurs
sens et modesremodelés,ou ellessont même tout àfait discréditées quantà la
validité de leur correspondance avec le réel dans les appréhensions visées,et
sont donc remplacées par d’autres intuitions, d’autres idées. Les questions
perdurent,quoiquetransformées.Expressionaprèsexpression,cespréoccupations
reviennent.
Dans cette optique,en réponse au sens actuel de la vie, je ne réprimerai
pas les préoccupations métaphysiques pérennes de l’esprit et introduirai donc
mon propre panorama métaphysique. La préoccupation la plus concrètement
ressentie qui émergeuniversellement à présent concerne la communication.
Elle vient directement de l’esprit de notre temps évoqué plus haut, mais
pénètrejusqu’auxfondements de la vie : ses racines, le monde, la nature, la
position géo-cosmique de la condition humaine au sein de l’unité-du-vivant
qui s’étend à l’être-soi de l’homme pensant qui, de par son réseau sociétal
créateur, ainsiquesa vie personnelle,lieles filsdulogos qui parcourentla vie
et atteignent le divin. L’état de notre civilisation nous pousse à aller à la
recherche de la raison. Cet état de chosesmême exige un remède qui procède
de la raison elle-même ; il demande que la philosophie nous libère de nos
impasseset nousmèneenavant.
L’humanitélutteafindemaîtriserlesproblèmesconcretsliésàsasurvivance
et de faire face à l’accablante différenciation de rationalités émanant des
découvertes scientifiques qui, par leurs trouvailles inventives, poussent notre
recherche toujours plus en avant. Ces découvertes concernent directement la
nature, la santé humaine, des sujetsp ratiques immédiats, des affaires
transactionnelles environnementales, sociétales, nationales et mondiales. Le
progrès de l’esprit humain, avec ses dimensions sentientes et émotionnelles,
comme sesaspirationsspirituellesintimement personnellesà voir le sens de sa
propre vie et son épanouissement personnel, élucide nos liens avec le Divin et
demande une articulation, qui est cohérente et a un sens, de nos sensibilités,
de nos évaluations, de nos convictions, et de notre foi, choses qui nous sont
toutesindispensablespour naviguer dans le flux chaotique de la vie. Pour
commencer, il suffit d’évoquer le besoin d’établir un réseau coopératif entre
les différents niveaux de la réalité, que notre travail interdisciplinaire dans
tous les champs de la recherche et de la pratique ne fait que multiplier.
Découvrir les liaisons, les liens, les modes de coalescence, et les fusions, tant
évolutives que génératrices, dans les recherches en biologie implique tout un
réseau de forces vitales, de processus vitaux qui se différencient dans les
domaines scientifiques de la physique, de la chimie, de la biologie, et cela
demande un travail interdisciplinaire. C’est dès ce niveau générateur que des
réseaux de communication doivent être projetés par les forces vitales de
13génération de la vie, qui évolue, qui dissout, ! ce qui exige des scientifiques
d’aller et de chercher toujours plus loin. De plus, les affaires sociétales
humaines, tant dans la vie collective que dans la vie personnelle, entre groupes
et nations qui naissent de liens temporels immémoriaux, sont constamment
remisesenquestion.
La quête humaine de la sagesse, de la compréhension des choses que
nousc royons par la foi, est tiraillée entre le programme intellectuel de
déconstruction et un retour de méfiance religieuse vis-à-vis de la raison. Cette
situation demande une révision profonde des fondements que la foi et la raison
génèrent dans notre réalité.Au fur et à mesure que les normes traditionnelles de
la moralité, des mœurs, des principes de comportement, des buts et des
perspectives ont été détruits par l’esprit de progrès, les fondements de nos
attentes disparaissent de notre vue. Sans un système de repères même
provisoire, les mesures instantanées prises pour faire face à des besoins
immédiats ne semblent pas nous diriger, ou même nous promettre de nous
mener, à un endroit prévisible. De nouvelles modalités de liens, de contrats, de
lois, et de sensibilités morales, de même que des procédures pour générer de
l’information, sont constamment révisées dans la recherche de nouvelles
manières des’adapterà dessituations émergentes.Seuleune élucidation originale
de tous les principes fondamentaux de la raison qui répond adéquatement aux
besoins de formulations contemporaines des préoccupations peut satisfaire à ces
impératifs.
La communication est partout comprise comme étant la clef de notre
nouvelle critique de la raison. Or, pouvons-nous, au milieu de l’éblouissante
différenciation des rationalités à travers lesquelles nous voyons la réalité,
approcher adéquatements a coalescencec onstructrice,l a coordination du
cours fugitif des événements, transformations, intuitions par lesquels nous
nous élançons? Pouvons-nous envisager une compréhension rationnelle !
scientifique, artistique, spirituelle ! qui serait décisive pour les autres ? Le
fleuve de la réalité continue à couler, et nous, les agents actifs et pensants qui
nous ym aintenons, nous surnageons. Nous recourons à la sagessedela
philosophie, mais aucun dénominateur commun n’est disponible qui nous
permette de pénétrer ses profondeurs toujours plus insaisissables. Aucune
structure permanente de l’être comme celle présupposée par les Anciens,
aucune règle de direction de l’esprithumain comme celles qui servaient aux
Modernes à rendre compte de nos connaissances, ne peut être adéquate à
l’abondance et à la variété des choses révélées par l’état actuel de l’expérience
humaine, sans mentionner les perspectives qui s’étendent à nos horizons. Seul
un nouveau cadre qui reconnaisse la modalité commune de toute différenciation,
seule une mathesis universalis authentique, dispose de l’alphabet par lequel
communiquer d’une manière compréhensive toute la signification de la création:
constructivisme, énergie, polyvalence métamorphique, la force qui provoque la
14croissance, de même que la dissolution dans les sources régénératrices de
l’Inconditionné.
Pour expliquer autrement le mouvement du pendule qui oscille de l’abîme
de la décomposition à la régénération, nous devons accéder au sens du sens,
c’est-à-dire au logos ancien. Il nous faut le redécouvrir dans le labyrinthe des
nouvelles données révélatrices de la réalité et l’évaluer avec les données
émergeant depuis peu et donc fraîchement à la disposition de notre esprit. Le
logos, le sens du sens, pénètre Tout ; il comprend la réalité humaine, toutes ses
vagues scintillantes, nos nouvelles Lumières culturelles, de même que ce qui est
àvenir.InLogosomnia!
III. L’ONTOPOÏÉSISDE LAVIE:LENOUVELACCÈSAULOGOS
Comment nous approcher du logos, ce àquoitoutparticipe essentiellement ?
Ayant soigneusement, tortueusement séparé les couches de la compréhension
rationnelle de la vie qui se rejoignent aux sources de l’expérience créatrice
humaine, je crois être arrivée sur le seuil de son secret: le logos de la vie, dans
sa modalité originelle, dans son cours constructeur ontopoïétique, qui anime la
genèse de l’être, son entrée originaire dans le réel et le déploiement de celui-ci.
Comment pouvons-nous saisir les complexités de la réalité, d’où découlent les
innombrables rationalités dans leur entrecroisement constructeur-destructeur,
sinon en appréhendant l’origine, la génération, et l’évolution constitutive de
l’être!del’être vivant!entantquetel?
Le flux et le statisme, l’arbitraire et l’ordre ont été des préoccupations
pérennes de l’humanité et les sont toujours. Il nous faut, cependant, les
scruter à nouveau, les évaluer, les mesurer, les ordonner,a lors que les
courants de la réalité cohérente de la vie révélés depuis peu interpellent nos
conceptions du maintien de cette cohérence dont l’ordre nous permet de
continueràavancer.
Comme mentionné plus haut, les principes ontologiques d’ordre reconnus
par la conceptualisation de la philosophie traditionnelle ne correspondent plus
aux liens, aux relations, aux interconnexions structurales entre les facteurs
communicatifs quifusionnent le flux dynamique de rationalitésqui sont à
l’œuvre dans la vie. La dissolution des manières traditionnelles de voir la
réalité nous fournit d’innombrables intuitions de plus en plus profondes qui
atteignent aux routes génératrices de la vie, auxchemins du logos véhiculant
l’individualisation de l’être. Elle nous mène à la sphère que j’appelle
«primogénitale» initiale où se produisent l’émergence, la génération, le
déploiement de la vie individualisante. À ce niveau « primogénital », le logos
de la vie entre et déploie sa fonction d’animation ontopoïétique et de porteur
de vie en tant qu’être auto-individualisant. Nous avons bien ici affaire à la
philosophie ! à la proto-phénoménologie ! de l’êtrede la vie. Nous sommes,
en effet, face à l’intuition ontopoïétique présente dans le creuset de la
rationalité.
15Pour commencer, la permanence et le changement, le statismee t la
fluctuation, la transformation et la perduration se produisent au sein du flux
générateur et évolutif de la vie qui est portée constructivement et destructive-
ment, étape par étape, par la raison elle-même ! par le logos de la vie qui
rythmeet spatialiseconstructivement le flux. C’est le logos de la vie qui dans
sa détermination originelle de son cours nous donne accès au devenir même
de l’être. À travers son déploiement et son efficience dans la modalité de la
vie, il nous révèle leshorizons qui s’étendent plus loin vers sa Plénitude. À
travers le processus ontopoïétique de la vie, le logos fournitla matière et pose
les pierres angulaires de l’ultime et primaire mathesis universalis. Dans
l’alphabet universel de celle-ci, il y a des signes chiffrés par la transformabilité
infiniment élastique desp rocessus constructeurs de l’être individualisant.
Dans sa syntaxe, il y a les lois de la modalité de la vie et son arsenal de
mécanismes constructeurs ! qui font penser à une araignée filant sa toile, car
la vie file son sens en suivant la voie de ses rythmes et espacements vitaux.
Suspendu à son devenir existentiel ! telle une araignée à sa toile ! l’auto-
individualisation au sein de l’ontopoïésis de l’être se différencie au moyen d’une
séquence.
Grâce à de tentacules fonctionnels, l’être individualisant réalisesa
cristallisation existentielle par une distribution de forces autour du tourbillon
de sa séquence. Cette dernière, conformément à son pattern nucléique
d’incarnation, guide à la fois la liaison, la centralisation d’énergies et de forces
! qui passent d’éléments neutres à des chiffres de formes et de sensibilités
significatives pour la vie ! et leur décomposition. Le logos de la vie, en
atteignant le sommet de son parcours constructeur, réalise le déploiement
complexe de la Condition humaine dans l’unité-du-vivant où il subit une
métamorphose intrinsèque;à travers l’incarnation de l’être, il réalise l’opération
crucialedela vie:son positionnement.
Grâce au surgissement créateur de sa puissance dans la Condition humaine,
lelogos dela viecontinueàporter unfil sociétal quiconduit à la plénitude de la
vie.
IV.LEPOSITIONNEMENTDE LAVIE:
LEPOSITIONNEMENTTRANSCENDANTALGÉO-COSMIQUE
«Comment pouvons-nous connaître?» demandait la modernité après
Kant. «Que pouvons-nous connaître»? «Que pouvons-nous espérer»? Ces
questions peuvent être légitimement répétées aujourd’hui, mais notre
questionnement s’étant raffiné, nous devrions demander d’abord: «Comment
puis-je être?» «Qu’est-ce qui rend possible notre être?»La question: «Que
pouvons-nous espérer ?» reste donc valable, mais posée dans un autre registre.
La conscience transcendantale prônée par Kant, Husserl et leurs disciples,
malgrétoutes ses minutieusesetpénétrantesrèglesetméthodesdeconstitution
16intentionnelle, n’atteint pas le conditionnement de l’individu. Pas même la
descente jusqu’à la kinesthésie, pas même la descente jusqu’au niveau des
instincts ne peut expliquer notre être dans un complexe vivant composé de
corps et d’âme, ni ne peuvent ces appréhensions, si fondamentales qu’elles
soient,expliquerlavieelle-même.
Par notre focalisation naturelle sur les opérations de notre conscience, sur
l’action centrale de la personne qui promeut le sens, nous constituons un monde
autour de nous avec nos facultés conscientes. Les horizons du monde que nos
expériences ouvrent devant nous apparaissent et disparaissent selon que le foyer
de notre attention se déplace. Cependant, la spontanéité initiale de cette
émergence de la conscience ne s’explique pas toute seule. Elle n’est pas sa
proprecause,n’estpasporteusede sapropreraison.
Avec le progrès de la connaissance humaine nous sommes, non seulement
devenus conscients desracines existentielles de chaque être vivant dans la
matrice de la nature, des énergies et des forces auxquelles cet êtrepuise,
mais nous sommesaussi conscients des conditions fixées par le logos pour
le traitement de ces forces dans l’individualisation de la vie. Nous sommes
de plus en plus conscients des conditions vitalesde la génération et de la
croissance. Finalement, et c’est le plus important, nous sommes conscients du
système de lois universelles qui gouvernent le cosmos incommensurable et
affectent notre petiteplanète, où elles sont traduitesdans le conditionnement
delavie.
La conscience transcendantale suppose bien un monde objectif autour de
nous, mais un monde qui a des procédures établies, ou qui sont en train de
l’être. Mais ces modalités reconnues,e t leur instauration même, sont
existentiellement conditionnées et ont leurs racines, non pas en elles-mêmes,
mais dans le positionnement primordial de la vie et son individualisation ! un
positionnement au sein d’un immense réseau de forces, de schèmes, de routes
logoïques, dont la conscience humaine n’est qu’un nœud constructeur à une
plusgrande échelle.
V.LASENTIENCEDULOGOSDELAVIE:
UNFILQUICOURTATRAVERSL’ÉCRITUREDIVINE
Ayant suivi dans cette étude les méandres du logos de la vie à travers son
expansion autocréatrice dans la grande Métamorphose qui est celle de la
Condition humaine dans l’unité-du-vivant, nous nous trouvons où nous avons
commencé: au cœur de la vie dans toute sa pureté, ce que j’appelle la sentience
logoïque. Ici se trouve le fil qui court à travers la différenciation, puis à travers
la réunion, de ses innombrables rayons, qu’opère le logos de la vie, avec la
constitution métamorphique progressive qui va de l’être pré-générateur à la
vitalité et passe ensuite par la décomposition physique pour arriver àla
rédemptionsacrale. Celle-ci est anticipée par un passage rédempteur qui mène à
la Plénitude du logos, où est conditionné l’inconditionné, la vérité absolue de
17l’être, le Dieu de toute création, qui s’annonce à l’humanité comme «Je suis
Celui qui suis». Donc, la science du logos de la vie, la science de tout être, est
enracinée dans l’Êtrelui-même. Alors que nous prenons part à la sagesse des
Anciens et puisons aux visions interprétatives contemporaines, cette science se
révèle sous la forme d’une métaphysique réalisée, la métaphysique de nos
nouvellesLumières.
18INTRODUCTION
Avant d’entrer dans le vif de laquestion
(La légitimation de l’accèsà la vérité)
I. LAVIECOMMEPOINTDEDÉPARTRADICAL
Il est entièrement question de quête philosophique. Notre désir profond de
comprendretout ce qui nous entoure! le monde, les autresêtres,lesolsous nos
pieds et le firmament au-dessus de nous!jaillit de notre désir impérieux le plus
intime de découvrir le sens énigmatique de toute chose. En envisageant la quête
philosophique comme un voyage à travers la jungle épaisse d’intuitions, d’idées,
de moments d’illumination, à travers le désert d’impasses, ou bien à travers la
«mer agitée sans boussole » telle que la voyait Kant, il est extrêmement
important de repérer notre point de départ. Ce sera du dedans de notre être-en-
soi, pris dans son ensemble, que nous tracerons le chemin de la vie, et non pas à
traverslespousséesde notreimpulsion cognitiveprisesisolément.
Et, il y a une question encore plus grande que celle de savoir à partir d’où
nous commencerons notre quête : celle de savoir de quoi nous allons nous
munir pour la mener. Allons-nous tourner nos pensées vers une appréhension
intuitive des essences de l’être autour de nous ? Ce point de départ, qui conduit
normalement à la soi-disant ontologie, nous donnera seulement une vision
ossifiée des choses, des êtres. Allons-nous, en revanche, scruter notre appareil
cognitif, différencier la variété des modalités cognitives et leurs prétentions
contrastantes à la certitude, à la probabilité, suivre le chemin qu’on appelle
normalement celui de la théorie de la connaissance? Ou allons-nous nous
aventurer dans les hauteurs de la spéculation spirituelle et privilégier l’élan
direct de notre désir souterrain le plus profond d’accéder à la vérité ultime et le
suivre,libresdetoutecertitudecontingente,verssadestinationabsolue?
Ces trois voies ont toutes été suivies par des grands chercheurs de vérité.
Chacune d’elles semble indispensable pour situer notre quête. Aucune, cependant,
neportetouteseuleuntémoignagecompletdelavéritéquenouscherchons.Jepose
donc la question:Peut-ilyavoir une base plus fondamentale, un point de départ
plus solide, plus indicateur que la vie elle-même ? Je prétends que l’être vivant se
19reconnaît comme «lui-même», non pas grâce à un acte cognitif, mais en étant
vivant: en faisant l’expérience de lui-même dans sonmilieu; en dirigeant ses
instincts et ses appétits; en reconnaissant les éléments du monde ambiant dans leur
relation vitale à lui-même ; et finalement,maisprincipalement, en reconnaissant
qu’il est le centre agissant de l’univers de l’existence qui, en tant qu’agent
autosuffisant y détermine, par l’expérience, par l’observation, par la réflexion, et la
délibération, son propre cours qu’il dote finalement de valeurs morales et
esthétiques, et qui, cherchant à comprendre les raisons de tout cela, s’envole sur les
ailes de l’esprit vers les hauteurs de la métaphysique et du spirituel, portant en lui
uneconvictionpleinementressentieetconscienteque:Être,c’estêtrevivant.
Le point de départ de notre quête doit être situé, depuis ses débuts, au centre
même de toutes les trois perspectives mentionnées et toutes leurs considérations
subsidiaires.Celadoit,donc,êtrela vie.
II.LEPOINT DE DÉPART
Il y a, effectivement, un indéniable état primaire du fait d’être vivant: être
signifie être vivant. Il ne peut pas être identifié à une expérience quelconque et
pourtantil sous-tendtouteexpérience.L’étincelledelavie,quej’ai isoléecomme
étant l’événement de sa manifestation dans la réalité, jaillit de la coalescence des
facteurs propices de la vie qui favorisent la consolidation dynamique dans l’auto-
individualisation. La force du logos qui configure la vie active un accroissement
ultérieur d’étapes individualisantes de plus en plus complexes et trouve son
apogéedansl’individuhumain.C’estlàque se trouvelepoint deconfiancevitale,
celui de la certitudeexistentiellequel’identificationdufaitmême qu’onestréside
enceci:Être,c’estêtrevivant!Ils’agitdesesentirdansunmode«primogénital»,
comme étant épanoui et intégré dans le monde par son propre corps en action,
d’être vaguement conscient de sa participation corporelle-psychique vitale à ce
que le monde fait,d’être orienté del’intérieur vers l’extérieur vers uneintégration
étroite à la marche du monde à celle de la vie. C’est en ceci, dans le contexte
actio-passiodufaitd’êtrevivant,querésidema certitude.
Il n’est pas étonnant que la vérité, dans l’expérience de sa signification cruciale
en tant que tourbillon de tous les mesures, proportions, calculs, harmonies, et
disjonctions, dans tous leshorizons ontopoïétiques, allant du vitalau sacral,
exerce la fascination la plus profonde et pénètre tout ce que nous entreprenons,
à quoi nous aspirons, dont nous sommes assoiffés, que nous aimons en tant
qu’êtres humains, une fascination qui égale seulement celle exercée par l’extase
delaGloiredelaPlénitudequiembrassetout.
Or, cette première prise de conscience ! l’auto-conscience de l’être qui porte
toutes les virtualités de tout son déploiement ! ne vient à la conscience réflective
de l’esprit qu’en dernier lieu. En la proposant comme le point de départ du
trajet métaphysique, je dois attirer l’attention sur les phases préparatoires de
l’investigation phénoménologique-philosophique qu’il faut traverser afin d’y
parvenir. Indiquons, donc, succinctement, les étapes et les paliers préliminaires
20par lesquelles on passe avant d’atteindre le palier ontopoïétique «primogénital»
où nous découvrirons l’étatprimordial de la vie. C’est le logos de la vie que nous
suivrons, qui sera notre fil conducteur, notre fil d’Ariane. Les voies classiques
proposées par la philosophie, celles de l’ontologie, la théorie de la connaissance,
la métaphysique, l’esthétique, l’anthropologie, etc., ont toutes leur source dans
ce logos, et pourtants’en échappent et s’enfoncent dans les labyrinthes de leurs
approches particulières, s’éloignant de plus en plus de leurs sources et les unes
des autres, se perdant dans une spéculation interminable. Par contraste, la
phénoménologie-ontopoïésis de la vie tire de la vie l’évidence poignante du soi
comme terrain solide à partir duquel délinéer le cours de la vie, en retraçant dans
le travail de l’esprit les linéamentsvitaux, existentiels dynamiques du logos de la
vie. En procédant ainsi, on retrouve toutes les perspectives mentionnées ci-dessus
etonlessitueàlaplacequiestlaleur.
III.APERÇUDEL’ITINÉRAIRE INITIAL
QUILÉGITIME L’ACCÈS ÀLAVÉRITÉ
Il est habituel, dans la philosophie contemporaine, et spécialement dans la
tradition husserlienne, de justifier, non seulement son point de départ, mais aussi
sa méthode. Je propose que nos recherches focalisent directement sur l’intuition
du logos de la vie. Dans divers écrits, j’ai déjà suivi un chemin tortueux vers
l’oasis du logos de la vie «primogénital» et, avant de nous mettre en route,
j’indiqueraibrièvementlesprincipales phasesdel’itinéraire:
1) L’acte créateur humain. Tout d’abord, la découverte de l’expérience
1créatrice humaine nous a donné accès au logos de la vie, car il estreflété dans
lerayonnementprotéiforme del’expériencecréatricehumaine.
2) La condition créatrice humaine dansl’unité-du-vivant. Nous avons trouvé
un palier et notre boussole, non pas dans la cognition, mais dans l’acte créateur
humain, qui entre dans la sphère de la vie individualisante en devenir. Nous
interprétons ainsi, selon sa nature primordiale, le devenir qui révèle le logos de la
vie au sein de la nature originelle. Un pas de plus ! mais quel pas infini! ! et le
champtoutentierdudevenirdelavie,del’ontopoïésisdelavie,s’ouvre.
3) Le plan ontopoïétique de la vie. Avec le dévoilement du plan ontopoïétique
du devenir de la vie, les forces et les artères du logos de la vie s’ouvrent à
l’inspection métaphysique. Il s’agit d’un plan d’enquête qui combine l’ontologie
dynamique de l’être-en-devenir, la vision métaphysique et l’extrapolation
conjecturale aux grandes énigmes du Logos universel. Seule une quête qui ne
recule pas devant les sommets du Tout peut satisfaire l’élani nterrogateur
dynamique du génie humain. Nous allons demeurer dans ce champ afin de
montrer comment la rythmicité de la vie et la temporalité en tant que telle, de
même que les sphères spécifiquement morales et intellectuelles humaines,
1 Voir Anna-Teresa Tymieniecka, Logos and Life, Book 1: Creative Experience and the Critique
ofReason,AnalectaHusserlianaXXIV(Dordrecht:Kluwer AcademicPublishers,1988).
21appartiennent aux manières essentielles dont les sphères vitales émergent et se
déploient. Nous sommes conduits aussi vers les sphères du sacré qui sont au-delà
de celles-là et sur la routevers la Plénitude du Tout. Nous trouverons, en effet,
qu’au-dedans de la sphère sacrale de la rythmicité suprême du logosdelavie et
ses voies constructrices-destructrices, nous serons conduits de la génération
inconditionnée de tous les modes d’interdépendance qui existent vers la
Plénitude de tout. Mais, Tout est logos, et avec le logos il nous fautcommencer
notretrajet sur le palier ontopoïétique, vers lequel tendent les trois phases
préparatoiresdelaphilosophiequenousvenonsde traverser.
IV.LARÉVÉLATIONDU LOGOS DANSLARÉALITÉ
La révélation du logos de la vie dans la réalité ! et son extrapolation
conjecturale au-delà d’elle ! est un état unique d’individualisation, de devenir,
où le logos de la vie en évolution parvient à sa plénitude existentielle dans le
plein développement de l’individu humain. N’étant pas le fruit de la fonction
intellective de l’esprit humain, ni d’aucun de ses pouvoirs ou de choses
dépendantes de lui, la révélation du logos de la vie implique toute la personne
humaine sentiente dans son expansion logoïque. Elle fait un nœud final de la
synthèse vivante toujours renouvelée de la personne. Non seulement elle devient
consciente suivant le niveau de perfection du développement de l’individu, mais
elle n’atteint la clarté d’une vision expérientielle qu’en se dévoilant au cours
de l’ascension graduelle des marches de l’itinéraire métaphysique de l’esprit
comblé. Cela demande un dévoilement progressif, car il s’agit du premier et du
dernier fruit produit durant le parcours ontopoïétique de la personne humaine.
Ce n’est pas simplement le fruit de la cognition intellective de l’esprit humain,
mais une révélation quie st accordée à l’esprit tout entier pour avoir pris
l’itinérairemontantdudevenirdelavie.
Nous n’avons pas besoinde chercher de certitude de la validité de cette
révélation hors de son dévoilement. L’expérience humaine et les pouvoirs
cognitifs humains sontunepartieintégrante decetterévélation,qui porteen elle
unecertitudeabsolue.C’est-à-direqu’ellenepeutpasêtreréduiteàquelquechose
qui lareprésenterait; ellereposesurelle-même.C’est unevéritéquiseradévoilée
pleinement à la fin du trajet de l’esprit. Au-delà des réseaux de la vérité relative
du monde-de-la-vie concret de l’existence terrestre, nous trouvons, dans la
révélation du logos de la vie, la vérité absolue de l’Être dans son sens, dans le
sensdulogosdelavielui-même.
Cependant, cette dernière phase du trajet n’implique pas sa fin absolue. Au
contraire, la merveilleuse transformabilité du progrès du logos de la vie pour
établir la réalité suggère, dès le commencement, son expansion en Imagination
créatrice, qui rend compte, premièrement, de la grande transformation de sens
dans la Condition humaine et, deuxièmement, de son raffinement en Imagination
sacrale, qui à travers ses inférences conjecturales inspire et informe le grand
passagequiconduitvers,etpar-delà,laGrandeMétamorphoseSacrale.
22PREMIÈREPARTIE
LELOGOSDELAVIECOMMELEPORTEURDEL’ÊTRE
CHAPITRE1
L’AUTO-INDIVIDUALISATION:LEFAIT D’ÊTREET L’INCARNATION
I. LELOGOSDELAVIE ORIGINEL
La vie dans son logos est le tremplin quinous permet d’accéder aux
origines des origines: au logos primordial. Celui-ci est accordé avec la vie,
qui véhicule l’être et participe à sa Plénitude. Mais c’est est un processus très,
très long que suivre les méandres génériques et évolutifs de l’auto-
individualisation de la vie afin de détecter lespistesqui approchent la lumière
du logos originel. Nous ne pouvons découvrir son parcours qu’à travers la
vie.
En entrant dans le champ ontopoïétique où nous poursuivrons notre
investigation, nous sommes au fait, par notre trajet jusqu’ici, de nombreuses
caractéristiques du logos de la vie et du logos lui-même comme auteur et
promoteur de la vie. Il nous faut maintenant passeren revue nos découvertes
afindenousprépareràcontinuernotrequête.
Le logos, émerge-t-il de lui-même ? Existait-il avant son émergence dans la
vie à ses origines, ou était-ce la vie qui l’avaitpoussé et le pousse à s’activer?
Ces questions sont peut-être déjà le fruit d’une forme discursive du logos lui-
même : «soi» et «autre», «antérieur» et «postérieur», «activer» et «être
activé»sont déjà des différenciations qui procèdent de la vie et de son progrès.
Il est vain de se poser ces questions avant d’étudier comment le logos se révèle
àtraverslavie.
L’exubérant logos de la vie cherche, avec une persistance incomparable,
n’importe quel espace, n’importe quelle occasion, n’importe quel mode opportun
pour accomplir son travail,qu’il s’agisse d’une plante qui pousse dans une fissure
23à peine visible d’un mur, ou d’un arbre qui se creuse un espace dans un mur de
pierre, oud’unbuissonqui s’acclimate à unsol aride ou à une argile épaisse, ou
d’un insecte ou d’un vers qui apparait soudain aussitôt qu’un fruit cueilli est
mûr ou qu’un animal meurt, ou de la manière dont chaque nouvelle fleur semée
semblefairepousserdenouvellesmauvaisesherbes.
Prodigue dans un premiertemps, avec une abondance incommensurable
de genres, d’espèces, d’adaptations, le logos de la vie est ensuite prêt à tout
anéantir, tout rayer de la face de la terre par des cataclysmes ! Pareillement,
après avoir fait s’accomplir une communauté humaine, une société, une nation
en développement, il les précipite dans des conflits meurtriers pour des raisons
qui ne semblent pas justifier l’extermination d’êtres, de communautés, de
sociétés, de nations. La civilisation humaine, où le logos de la vie atteint son
point culminant, décline au sommet même de son épanouissement. L’abondance,
la richesse, l’opulence ! un autre sujet d’orgueil du logos de la vie florissant !
diminueront sans raison apparente. Des nations à leur apogée s’écroulent, tandis
que d’autres passent de la pauvreté à la richesse. Dans cet apparent tumulte où
aucun ordre n’est perceptible, le logos de la vie tourbillonne et règne. A-t-il des
rênesaveclesquellesonpeutletenir,maisqueleguidenetrouveplus?
Et pourtant,lelogos de la vie, aussi capricieux, volontaire, gaspilleur, et
prodigue qu’il soit en distribuantses dons, qu’il répand dans la génération,
la croissance,la corruption, ne fait pas les choses au hasard. Sinon il ne serait
pas raison. Il y a une logique complexe dans les patterns, les innombrables
réseaux impliqués dans le grand jeu de la vie auquel nous prenons part et
plaisir.
Lelogos vient-ildelui-même ouest-cequ’ilvientavec l’irruptionde lavie?
De fait,sesstratégies de vie, telles qu’elles se révèlent à traversla manifestation
de la vie, montrent que toutes les sphères sont harmonisées. Les principes du
logos primordial se révèlent dans son projet. Les proto-stratégies du logos sont
visibleslorsqu’ilsort son«sensdusens»générique;cellesdulogosprimordial
sont visibles lorsqu’il fait ressortir la «raison de la raison», «le sensdu sens»
dans une suite d’oppositions, de contraires, d’antithèses, de triades, de divisions
endeux,etc.
En effet, pour établir la rationalité, la raison de la raison, il faut d’abord
établir, prendre en compte, ce que la logique appelle la «qualité». Pour établir
le sens de «clair»,il faut suivre un circuit de moments fulgurants. « Clair»
est seulement connaissable par opposition avec «l’obscur», avec l’expérience
des innombrables gradations entre « clair»et «obscur» lorsqu’on va du clair
à l’obscur,et puis entre l’obscur et le clair lorsqu’on va vers la clarté qu’on
expérimente. Chacun d’eux est expérimenté à son tour dans une fulguration de
croisements avec d’autres opposés qualitatifs: ouvert et fermé, dissimulé et
manifeste, jaune et bleu, caché et révélé.... Chaque paire d’opposés est
forcément à la fois juxtaposée et complémentaire. Aucune n’a de sens, sinon
24comme opposé;chaque élément de la paire a besoin de l’autre, car c’est
seulementparcontrastequ’ilpeutprendreson propresens.
C’est le sens même qui émerge de ce jeu : c’est-a-dire le sens de «relation»
émerge également. Chaque élément a besoin d’être apprécié dans tous ses
degrés allant vers son opposé pour que ses proportions soientcorrectement
devinées. Chacun a besoin d’être joint à son opposé qualitatif. Cela revient à
donnerunsensàlarelation.Permutationetcombinaison,c’estcelalegrandjeu.
Quel sens y aurait différencier et comparer, réunir et séparer, mélanger et
extraire, s’il n’y avait pas eu d’éléments spécifiques complémentaires qui
engendraient leur sens même ? Des forces, des énergies avec leurs propensions
à entrer dans le processus inter-générateur mettent au pointla stratégie du
logos.
Jaillissant de lui-même, le logos est poussé à avancer, à se dérouler toujours
plus loin. Il ne suffit pas de projeter tous les principes d’un plan, de fournir les
matériaux de construction et les outils, de poser la logique, il faut le douer du
sens opérationnel qu’il exige. Nous sommes donc obligés de distinguer dans le
déploiement du sens primordial du logos ses côtéscompositionnels et sescôtés
opérationnels,dontchacunestindispensableausensdel’autre.
Attribuerions-nous au cosmos la première étape de la manifestation du
logos? Mais déjà, comme depuis un tremplin, la prochaine étape est lancée.
Des lois spécifiques du système solaire activent opérationnellement la poursuite
du déploiement du logos. La planète Terre, sans parallèle dans les connaissances
humaines, semble être le foyer d’une expansion constructrice de la raison au
sein de la biosphère ! un incubateur et un système d’alimentation d’une
extravagance inédite ! c’est-à-dire un royaume qui n’avait pas été prévu dans
aucun des anneaux de signification projetés antérieurement, quelque chose qui
dépasse le sens différenciateur, compositionnel, et opérationnel: le royaume de
la Vie.
La manifestation du logosà travers la vie ne s’arrête pas au grand don, à la
corne d’abondance, à tout ce qui est offert en partage à d’innombrables vies
pour qu’elles enjouissent. Il peut s’enorgueillir de faire avancer la construction,
l’accomplissement, le lancement d’incommensurables réseaux de génération, de
croissance,dedisparition,et derecommencerletoutdepuisledébut.
Ce réseau de progrès constructeur de la vie s’étend ! tel un tissu tissé sur un
métier ! sur plusieurs sphères de «pertinence» qui sont «inter-pertinentes»,
qui se motivent l’une et l’autre et sont indispensablesàla signification de
l’uneet de l’autre.Étrangement,il yadanslasphèrecosmique oulasphère de
la prévie, la biosphère, la sphère de la vie auto-individualisante un pattern
commun.Toutestendentversl’avancement desaccomplissementsdelavie.
Le logos différenciateur-compositionnel et la rationalité opérationnelle-inter-
génératrice paraissent provoquer l’émergence de l’Animus par le logos de la vie
sentient. Tout ne paraît acquérir sa pleine signification qu’avec l’irruption de la
vie par laquelle le logos entre de pied ferme sous les feux du projecteur, ou
25plutôt jette sa propre lumière dans les ténèbres, projetant une scène pour le
spectacledanslepérimètre éclairéparsesrayons.
Le logos animé vital, le logos sacral (logo-théique), le logos triadique-
noétique intellectuel, le logos dionysien de communication (sentant/partageant),
le logos prométhéen (inventeur), nous les suivons tous ici tout au long de leur
parcoursjusqu’àleurmanifestationdanslaGrandeVisiondel’Être.
II. L’ANIMUSQUIJAILLIT COMMEMANIFESTATION
DULOGOSDELAVIE
La manifestation du logos commence d’une manière très éblouissante par
l’émergence de l’animus. J’ai déjà exposé à grands traits l’auto-individualisation
de la vie telle qu’elle émerge de la phase pré-vitale d’éveil en route vers l’union
constructriceavec un principe entéléchiqued’articulation orientéeintérieurement-
extérieurement qui est déjà formé et qui suit un trajet constructeur de
déploiementdepuisl’intérieur.
Quoique cet assortiment d’éléments appropriés soit disponible et prêt à
l’articulation fonctionnelle, s’articulerait-il sans une impulsion initiale? Est-ce
que cette dernière émet l’étincelle vitale tout en poussantces éléments à la
coalescence, ou bien est-ce que l’étincelle jaillit de l’assemblagedu mélange
appropriéd’élémentslui-même ?Noustenteronsderépondreàcettequestion.
Lelogosde la viequijaillitd’une myriade demanièresavecledéclenchement
de l’individualisation de l’être se manifeste dans les innombrables façons
d’ordonner, d’articuler, de fusionner, etc. Deux de ses voies principales qui
mènent à d’innombrables réseaux de ramification qui rendent compte du
développement progressif de l’être vivant jusqu’à l’entière unité-du-vivant
sous-tendue par le système vital avec ses règles et sa direction idéales, sont :
l’ordre entéléchique du déploiement de la vie, et l’examen attentif du progrès
constructeur. Cependant, ces deux mécanismes, tout en étant souples et
infinimentdivers quant à leurs schèmes concrets d’ordonnancement, sont loin
d’être des schèmes d’articulation ou de rationalisation neutres, universels, sans-
vie, insensibles, logiques. Nous pouvons appliquer ces termes à l’intelligence
artificielle, mais il serait impropre de les appliquer à quelque chose qui ne
relève pas de la matière étrangère, mais au contraire appartient à une zone
animée de l’être. Dedans se déploie l’ordre entéléchique. Pareillement, c’est le
noyau animé de l’être qui soumet le fonctionnement de la vie à un examen
attentif.
Le dessein constructeur de l’entéléchie n’est pas un simple plan formel.
C’est avant tout un ensemble de virtualités sélectives ! de forces et d’énergies
dotées de propensions à un fusionnement inter-générateur et à l’accomplissement
de celui-ci avec des éléments appropriés de telle sorte qu’un pattern de
croissance se dessinera spontanément lors de leur libération. C’est de ce projet
constructeur conditionné par le temps que jaillissent des moyens constructeurs,
des postulats constructeurs : internes-externes et présents-passés-futurs. En
26d’autres termes, c’est le postulat interne de la croissance qui fait jaillir ce que
nousappelonsleschème spatio-temporeldelavie.
Est-ce qu’il y a une manière de dissocier l’expansion constructrice ! le
résultat du fusionnement, de la réunion, de l’inter-génération, de la stimulation
réciproque des proto-synergies qui font naître la vie ! de l’événement ou du
changementq ualitatif auquel elle aboutit? Ne sont-ils pas de simples
mécanismesordonnateursquisurgissentet se déploientensemble?
Mais pour revenir à notre sujet,il y a une façon extraordinaire dont le
progrès auto-individualisant du déploiement de la vie manifeste le logos. La vie
comme vie, la vie dans son émergence, soulignons-le encore une fois, n’est pas
simplement une voie de construction articulée. Au contraire, la rationalisation
de l’auto-individualisation est animée. Seule l’étincelle d’animation peut mettre
en œuvre l’appareil fonctionnel de l’individualisation. En effet, nous pouvons
oser conjecturer que c’est la propulsion animatrice qui, dans un instant, articule
les éléments autrement disparates pour en faire un schème fonctionnel. C’est
cette étincelle qui les pousse habilement à prendre des rôles complémentaires
cohésifs et ouvre une dimension vitale unique d’être individualisant comme sa
propre zone, une zone d’échanges vitaux, grâce à des tentacules que l’intériorité
individualisante étend, et grâce à l’ouverture sensible de celle-ci, du plus
profond d’elle-même, aux influences venant de l’extérieur. Cette zone n’est pas
un mécanisme neutre qui opère selon des règles quelconques, elle traite la vie
en vertu de cette étincelle-propulsion sensible pulsante pour laquelle nous
pouvonslégitimementgarderletermetraditionneld’animus.
Bref, le couronnement ! et le facteur décisif de l’être vivant émergeant à
travers lequel le logos de la vie se manifeste et se répand dans d’autres sphères
en tissant des circuits plusv astes et pluscomplexes ! est l’animus. C’est
l’animus qui rend l’être vivant«vivant». C’est vers son émergence, et à travers
son jaillissement,que les segmentsfonctionnels de l’appareil individualisant se
réunissent. Il est le couronnement de la manifestation du logos de la vie, sa
pleinegloire.
La manifestationdel’animus comme l’agent del’êtreindividualisant danssa
diversité et sa complexité frappe d’abord par son pouvoir d’harmonisation,
d’unification. L’animus-en-soi est impensable. Il se manifeste à travers l’unité
apparente des segments d’opérations fusionnants, confluents, coopérants,
articulés qui, simultanément ou successivement, en conglomération, ou en
circuitssélectifs, confèrent une orientationtélique.Mais l’orientation elle-même
se dessine à travers des tensionsi nternes-externes, la lutte de tendances
opposées, des tiraillements entre différenciation et de nouvelles coalescences,
des impulsions discordantes. En somme, ce tumulte se réunit en un jeu
harmonieuxindissociable de forcesattractives-répulsivesdansl’animus.
Nous ne pouvons pas attribuer de substance, d’accident, de propriété, de
caractère à l’animus. Il échappe à toute définition parce que l’être animé se
baigne, et devient un soi cohérent, dans l’unique et indissociable lumière de vie
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