La politique selon l'égalité

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La contribution majeure de la pensée politique de Jacques Rancière se résume par un apport double : définir en quoi consiste la politique et comprendre de quoi la philosophie politique est le nom. C'est ainsi que la mise en évidence du logos propre de la politique (la mésentente) et de sa condition (l'égalité) s'accompagne d'une prise de distance critique vis-à-vis de la philosophie politique. Ce livre tente de ressaisir la singularité de cette conception par la mise en place d'un dispositif de controverses où elle est confrontée à celles de trois autres penseurs : Marcel Gauchet, Pierre Clastres et Claude Lefort.
Publié le : dimanche 1 mai 2016
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EAN13 : 9782140008252
Nombre de pages : 312
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ARASHJOUDAKI
LA POLITIQUE SELON L’ÉGALITÉ
Essai sur Rancière, Gauchet, Clastres et Lefort
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
La politique selon l’égalité
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Patrick MBAWA DEKUZU YA BEHAN,Le paradoxe du pardon chez Paul Ricoeur. De la gratuité à la gratitude, 2016. Hélène MICHON, Tamás PAVLOVITS,La sagesse de l’amour chez Pascal, 2016. Philippe FLEURY,Figures du gnosticisme, 2016. Auguste NSONSISSA,La grammaire de la signification.Querelle des fondements de la philosophie contemporaine du langage,2016. Pascal GAUDET,Qu’est-ce que la philosophie ?, Recherche kantienne,2016.Godefroy NOAH ONANA,Tradition et modernité.Rupture ou continuité ?,2016.Benoît BASSE,De la peine de mort en philosophie, Quel fondement pour l’abolition ?,2016. Bruno TRAVERSI,Le corps inconscient. Et l'Ame du monde selon C.G. Jung et W. Pauli,2016. Pierre-André STUCKI,Démocratie et populisme religieux. L’homme est-il un loup pour l’homme ?,2016. Ange Bergson LENDJANGNEMZUE,Identité et primauté d’autrui. La philosophie merleau-pontyenne de l’hospitalité, 2016. Mahamadé SAVADOGO,Théorie de la création, Philosophie et créativité, 2016. Marc LEBIEZ,Œdipe athée, Les hommes abandonnés des dieux, 2016.
Arash JOUDAKI La politique selon l’égalité Essai sur Rancière, Gauchet, Clastres et Lefort
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08857-0 EAN : 9782343088570
À la mémoire de mon père, Hamid Joudaki.
I ntroductIon
« Quelques fétus et poussières s’excitent ça et là ; faut pas faire attention ! » C’est avec ces mots que le 14 juin 2009, Mahmoud Ahmadinejad décrit le spectacle des centaines de milliers de manifestants qui, en signe de protestation contre la fabrication grossière du résultat des élections présiden-tielles ayant eu lieu deux jours auparavant, envahissaient depuis lors les rues de Téhéran et dont la voix parvenait, ce jour-là, jusqu’à la place où à la hâte le régime avait orga-nisé la célébration de la réélection du président sortant. Désormais, lors des manifestations qui gagnaient chaque jour en ampleur, à côté de la phrase emblématique : OÙ EST MON VOTE ?, on pouvait lire sur les écriteaux celle-ci : NOUS SOMMES DES FÉTUS ET POUSSIÈRES ! Cesrien-du-tout, – à tel point incomptés qu’on ne s’était même pas donné la peine de compter leurs votes – donnaient corps au peuple : ce rien qui est le tout, était de retour sur la scène publique et n’avait pas l’intention de renoncer à l’usage de la parole qu’il venait de se réapproprier. Et cela même après que le Guide suprême, Ali Khamenei – en sa qualité auto-at-tribuée deFasl -ol-khethâb, tranche-discours, c’est-à-dire celui qui en vertu de sa haute science du vrai et du faux est habilité à mettre fin à la discussion – ordonna d’en finir avec les protestations. Les gens défient pacifiquement son autorité : la parole fuse ; les discussions vont bon train et
les rues qui ne se vident pas restent la scène du peuple. On assistait en d’autres termes àl’avènement de la démocratiedans les rues de Téhéran. Oui, de la démocratie : car si l’on s’en tient à la significa-tion du mot, elle n’est ni une forme de régime politique ni unstyle d’existenceou unmode de viesociale. Et encore moins le résultat d’un long processus de sortie de la reli-gion : si tel était le cas on devrait pouvoir démontrer que l’Islam est en passe de devenir « Christianisme », puisque ce dernier est supposé être la religion de la sortie de la religion.Démocratie– appellation sarcastique par laquelle l’élite athénienne se plaisait à nommer ce surprenant gouver-nement defétus et poussières– ce terme retrouve dans la bouche du président iranien ses lettres de noblesse d’antan, bien que le nom le plus approprié pour désigner l’oligarchie qui sévit en Iran ne soit pas l’élite, mais lapègre. Lesfétus et poussières, les gens de rien ne sont pas forcément les pauvres, mais ceux qu’on ne compte pas, car ils n’ont pas de titre à gouverner. La démocratie, quand elle advient, est la démonstration éclatante de l’arbitraire de toute domina-tion, dans la mesure où elle montre que personne n’a de titre particulier à gouverner, qui l’autoriserait à briguer le pouvoir et à le conserver coûte que coûte. Que le principe de la démocratie soit letirage au sort– comme le rappelle l’Athénien au troisième livre desLoisde Platon –, les fables populaires iraniennes en gardent la trace : après la mort d’un roi sans héritier mâle, on lâche une orfraie et devient roi le premier venu sur l’épaule de qui vient se poser l’oiseau. La moralité des fables : le pouvoir politique repose sur le pouvoir de celles et ceux qui n’ont aucun titre particulier à faire valoir pour gouverner, si ce n’est l’égalité : l’absence de titre. C’est ce que les Iraniens font apparaître au grand jour.
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Les témoignages de ces événements nous sont parve-nus sous la forme de photographies et de films : à côté des professionnels du métier, les simples particuliers s’in-ventent cinéastes amateurs à l’aide de portables. La beauté des clichés, sans préjuger de l’art des photographes, relève d’autre chose : « quand un peuple se soulève, il est toujours beau » : démonstration que la politique est avant tout une affaire d’esthétique. Mais l’ambiance bon enfant créée par l’hilarité de cette prise de parole – malgré la colère engen-drée par l’ampleur de la tricherie électorale – ne durera pas ; le ton de l’autorité se durcit, surtout après le commande-ment de l’homme fort de l’Iran. Ce n’est pas par : « hé ! Vous, là-bas » (Althusser), ni encore par : « Circulez ! Il n’y a rien à voir » (Rancière) que les forces de l’ordre réagissent contre ce soudain devenirvisible,audibleetfaisablede ce qui était jusqu’alors invisible, inaudible et infaisable et devrait le rester. On ouvre le feu sur les manifestants, on remplit les prisons et on fait ce qui accompagne le plus souvent ce genre de pratique : tortures, viols, exécutions. Au même moment, sous le ciel philosophique euro-péen, nous devions bien faire le constat que dans les revues dont le souci affiché est la restauration de la philosophie politique, aucune analyse ne s’est souciée de refléter ces histoires, aucun numéro spécial n’a été consacré à l’événe-ment politique le plus important depuis la chute du Mur de 1 Berlin . Il y a plus de trente ans, les Iraniens s’étaient déjà soulevés contre un régime qui, comparé à l’actuel et avec le recul historique, apparaît aujourd’hui débonnaire. À ce moment-là, l’opinion intellectuelle en émoi s’entichait tant de ce qui se passait dans les lointains les plus proches de
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Ces lignes ont été rédigées avant les événements récents que l’on appelle désormais le « printemps arabe ».
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