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La quête identitaire du sujet africain moderne

De
190 pages
En s'opposant à l'oppression occidentale, des Africains ont entrepris, au début du XXe siècle, un travail d'identification de soi. L'auteur tente aujourd'hui de définir les éléments pour une reconstruction plus fondamentale d'un sujet africain qui, puisant ses ressources en soi et en l'autre, s'inscrit résolument dans la modernité. La méthode qui s'initie ici est une psychologie historique et comparée.
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N:79-8IBS882-0182-336-00orues
LA QUÊTE IDENTITAIRE DU SUJET AFRICAIN MODERNE
Perspective psychohistorique et comparée
PENSÉE AFRICAINE
Samuel SAME KOLLE
    
 
 
 
 
 
 
 
 
LA QUÊTE IDENTITAIRE
DU SUJET AFRICAIN MODERNE
 
Collection « Pensée africaine » dirigée par François Manga-Akoa  En ce début du XXI e  siècle, les sociétés africaines sont secouées par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la vie. Les structures économiques, les institutions politiques tels que les Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société quest la famille, les valeurs et les normes socioculturelles seffondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de rendre compte de leur raison dêtre aujourdhui. Lhistoire des civilisations nous fait constater que cest en période de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur deux-mêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les menacent. Pour relever ce défi dont lenjeu est la vie et la nécessité douvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la collection « Pensée africaine » participe à la quête et à la création du sens pour fonder de nouveaux espaces institutionnels de vie africaine.  Dernières parutions  Jules MAIDIKA Asana Kalinga, Métaphysique et technique moderne chez Martin Heidegger , 2013. Basile-Juléat FOUDA, La philosophie négro-africaine de lexistence. Herméneutique des traditions orales africaines , 2013. Claver BIBANG, Approches naïves du Noir dans les médias français , 2012.  Augustin RAMAZANI BISHWENDE, Dieu dans la modernité. Supprimer la religion, nest-ce pas supprimer lhomme ?, 2012. Dieudonné EKOUMA ASSEKO, Essai dinitiation à la philo-sophie , 2012 Philippe VERDOL, Déshumanisation et surexploitation coloniale. Démounaj  et Pwofitasyon  dans la Guadeloupe contemporaine , 2012. Emmanuel OKAMBA, Léthique du Kébé-kébé et la promotion du leadership chez les Mbosi du Congo.  Le réveil dOdi , 2012. Joseph WOUAKO TCHALEU, François Hollande et la Françafrique : le défi de la rupture , 2012.
 
Samuel SAME KOLLE            
LA QUÊTE IDENTITAIRE
DU SUJET AFRICAIN MODERNE  
 
Perspective psychohistorique et comparée
 
                                                                                
 
Du même auteur dans la même collection   Naissance et paradoxes du discours anthropologique africain , 2007.                                                                                                                                                             
 
© LHarmattan, 2013 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@ wanadoo.fr  ISBN : 978-2-336-00882-0 EAN : 9782336008820
         A mes enfants, Winnie et Richard Nelson
INTRODUCTION  Lapparition, encore diffuse, dune conscience dappartenance à une race, à une culture, ou à une histoire communes, dans un contexte historique caractérisé par la colonisation, va amener des Négro-africains à sengager dans des pratiques discursives de revendication dun statut social, de contestation de lordre colonial, et de recherche, daffirmation ou de définition dune identité et dune mémoire nègres spécifiques. Cet ensemble constitué par un discours sur soi est diversement et historique-ment consigné dans des archives, des revues politico-syndicales et culturelles ainsi que dans les premiers romans négro-africains qui paraissent en France entre la fin de la Première Guerre mondiale et le début de la seconde. Il se diversifie ensuite et se spécialise en roman sociologique et ethnologique, et en  sciences humaines ( philosophie, histoire, anthropologie ou sociologie) entre 1945 et laube des indépendances africaines.   Le corpus discursif qui construit et crée lindividu africain mo-derne comme sujet se présente donc comme une sorte d épistémè ou de dispositif, au sens où les définit M. Foucault 1 , cest-à-dire un ensemble de relations qui lient entre eux diffé-rents discours savants dune époque historique donnée. La no-tion actuelle d africain  en tant que mémoire, identité et cons-cience se construit et se recherche dans ce creuset, cette épisté-historiquement datée, constituée par ces pratiques discur-sives. La naissance de l homme , du sujet  africain moderne  est donc relativement récente. Celui-ci est  et tire son identité de toutes ces descriptions que le roman ethnologique africain a faites de lui, dans lexposé savant de ses cosmogonies et sys-tèmes de pensée présentés par lanthropologie et la philosophie africaines, dans les histoires construites et élaborées pour tra-duire sa mémoire séculaire et millénaire, dans la confrontation qui loppose au système colonial et à la mutation quil impose                                                  1  Tout au long de ce texte, la référence à Foucault sera constante. Ceci sexplique par le souci de nous approprier des éléments dune pensée féconde et heuristique, devant contribuer à la construction de lédifice théorique et méthodologique de notre problématique.
 
LA QUETE IDENTITAIRE DU SUJET AFRICAIN MODERNE
et transpose dans le roman sociologique et la sociologie nais-sante. En cela, ce corpus sinscrit dans une tradition discursive, dans une épistémè occidentale qui lui est contemporaine. Cest à partir de celle-ci que Michel Foucault a décrit les principes de la création de lhomme moderne en général et en a situé les ori-gines au XIX ème  siècle, avec les débuts des sciences humaines où lhomme, dans ses divers aspects, devient objet de connais-sance. Or daprès cette perspective, cette création de lhomme moderne est aussi en même temps une entreprise dobjecti-vation, qui transforme les êtres humains en sujet, et de subjecti-vation, où ces mêmes sujets deviennent lobjet de leur propre invention, dans une dialectique où le vouloir, le savoir et le pouvoir sintriquent réciproquement. Il existe en effet une acti-vité psychologiquement structurante de ces discours anthropo-logiques. Ainsi, après avoir construit limage actuelle de l Africain , cest à travers ceux-ci que les Africains, par un effet réflexif (en miroir), ont construit ce quils pensent être de leurs identité et mémoire actuelles. Le désir de définition dune identité et dune mémoire sinvestit en effet dans des pratiques discursives disciplinaires, qui ont noms anthropologie, histoire, philosophie, sociologie, littéra-ture, etc., dites africaines , mais en réalité inscrites dans un cadre discursif occidental qui « lhonore, mais le désarme », et assure lassujettissement de lindividu africain moderne. Il sagit dune pratique discursive qui est « invention de soi », mais dont le paradoxe est quelle vit dans lillusion dune libé-ration de soi. Les discours produits par ces divers auteurs africains, dans un contexte socio-historique qui leur donne un sens, sont des uvres, et sont transcrites dans différentes disciplines. Celles-ci feront dabord lobjet dune très brève présentation descriptive, selon lindication quIgnace Meyerson donne de la méthode psychologique historique : « Notre tâche, dit-il, est descriptive dabord, analysante ensuite. Nous partons de faits sociaux, reli-gieux, linguistiques, artistiques, dont nous devons donner une description (). Mais après cette description, il nous faut pas-ser à lanalyse, à la psychologie de lhomme édifiant ces
 
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INTRODUCTION
uvres. » 1 En cela correspond la brève historiographie de cette quête identitaire, dans un espace compris entre son émergence comme phénomène historique et sociologique, et laube des indépendances africaines.  Cette historiographie se présente soit à lintérieur de séries déjà constituées, ou alors est subordonnée à la constitution préalable de séries. Meyerson précise le travail à faire : « Le travail du psychologue () consiste à rechercher des significations et des opérations derrière les formes, à les grouper en fonctions psy-chologiques consistantes et à voir ce que deviennent ces fonc-tions (...). » 2  Il sagit ainsi de retrouver derrière ces uvres lesprit qui les a construites, de dégager les fonctions psycholo-giques mises en branle dans la production de celles-ci. La quête identitaire de soi à laquelle procèdent les auteurs afri-cains sinscrit dans un processus discursif général qui est « in-vention de soi ». Elle sinstaure quand une société ou un peuple sengage dans une lutte pour sa reconnaissance, telle quAlex Honneth en a dégagé les principes. Cette lutte appelle la restau-ration dune mémoire et dune histoire de soi, à partir des-quelles, en se projetant dans lavenir, la société donne un sens à son action. Ce processus classique dinvention de soi quadoptent les auteurs africains se solde par un paradoxe qui aboutit malencontreusement à des impasses et à une illusion dappropriation de soi, donc à une crise identitaire réelle dans la construction de lidentité africaine. Un retour réflexif sur soi simpose par conséquent, qui nous conduit à procéder à une « ontologie critique du présent », à une analytique déconstructionniste de ce sujet africain moderne, grâce à la méthode généalogique systématisée par Michel Fou-cault dans la deuxième période de son triple parcours philoso-phique. Il sagit didentifier le type de déterminations à partir desquelles nous sommes devenus ce que nous sommes au-jourdhui . Dinspiration nietzschéenne, elle utilise lhistoire telle que soit remis en cause le statut méta ou supra historique du sujet des historiens ou celui de la connaissance. Dans cette                                                  1  Meyerson, Ignace, (1953) ; Notes de cours, inédit. 2  Meyerson, I., (1995) ; Les Fonctions psychologiques et les uvres , Paris, Albin Michel, p. 138.
 
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